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UE360 - Anthropologie linguistique : les savoirs entre l'oral et l'écrit
Lieu et planning
-
Collège de France
11 place Marcelin-Berthelot 75005 Paris
annuel / mensuel (indifférent), jeudi 15:00-17:00
du 14 novembre 2024 au 12 juin 2025
Nombre de séances : 8
Description
Dernière modification : 25 févr. 2025 17:29:37
- Type d'UE
- Séminaires de centre
- Centres
- Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)
- Disciplines
- Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
- Page web
- -
- Langues
- anglais français
- Mots-clés
- Anthropologie Anthropologie et linguistique Écriture Épistémologie Linguistique Oralité
- Aires culturelles
- Afrique Amérique du Nord Amérique du Sud Amériques Asie Europe Océanie
Intervenant·e·s
- Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca [référent·e] maîtresse de conférences, EPHE / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)
Ce séminaire, organisé par l'équipe Anthropologie linguistique du laboratoire d'anthropologie sociale, s'adresse aux étudiants et chercheurs dont les travaux abordent de front la communication humaine, les échanges linguistiques, la transmission des savoirs et l'étude des textes. Il accueille aussi bien anthropologues que linguistes et philologues, et défend une vision exigeante du travail de transcription des discours et de traduction des textes, préalable indispensable de toute réflexion comparative ambitieuse. Il vise ensuite à faire découvrir aux étudiants des problématiques plus générales allant de l'impact des facteurs cognitifs dans la constitution des phénomènes culturels aux modélisations des micro- et des macro-institutions, en passant par l'étude des diverses techniques de stabilisation et de propagation du savoir.
En plus des séances du séminaire mensuel, deux ateliers - colloques internationaux sont organisés chaque année au printemps, avec la participation des membres statutaires de l'équipe, des doctorants et post-doctorants impliqués, des collègues invités et des correspondants autochtones.
14 novembre 2024
Séance d’introduction
Poétique rituelle. Pour une étude pragmatique des voix chamaniques Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca EPHE, LAS
Comparée à l’analyse des mythes, l’étude de la voix et du langage en tant qu’acte est restée lettre morte dans l’analyse structurale. Les cultures amérindiennes, cible privilégiée des Mythologiques ont pourtant de riches répertoires lyriques et chamaniques, comparables aux corpus recueillis en Amérique du Nord par les disciples de Sapir et Boas. Ces langues rituelles font un usage performatif du langage poétique. Loin de se réduire à un inventaire de paroles obscures, saturées de répétitions, comme le suggérait Lévi-Strauss, ces textes possèdent une valeur significative et pragmatique. Nous proposons d’explorer la richesse sémiotique des performances chamaniques : mimétisme vocal, polyglossie, hétérophonie sont autant de dispositifs énonciatifs permettant d’ouvrir la communication à des formes d’altérités non-humaines, esprits, animaux, ancêtres. Les jeux de langage et la « métamorphose » des voix, dont on repère les indices sur les plans grammatical, sémantique, musical et pragmatique, apparaissent comme des conditions nécessaires à la performance rituelle accomplie. Métalangage structuré déployant les variations du sens dans des univers possibles, ces performances ont pour effet de modifier non seulement l’ordre du monde mais les relations et l’identité des sujets participant au rituel chamanique.
28 Novembre 2024
Ritual Language as Cosmological Mediation
Nils Haukeland Vedal, University of Bergen, Norvège
The ritual language of the Awajún, an ethnic group belonging to the Aénts Chicham linguistic family, is a privileged mode of communication that weave together humans and nonhumans. Called ánen by the Awajún themselves (other Chicham speakers call them “anent”), these incantations often seek to establish an intimate rapport with a recipient far away. The distance needed to be traversed can be an ontological one as well as a spatial one as the words of ánen affect nonhuman recipients (such as plants, animals, or spirit), just as well as a human one. In the case of the latter ánen are often used as powerful love songs, as words are softly whispered while the sun ascends behind the jagged mountain reign in hope that the ones longing will be felt by a loved one far away. The act of preforming ánen is a mode of being in the world that collapses the intellectual faculties of the mind with the emotional capacities of the heart (anentai). The act of thinking (anentaimu) is the verb of the heart and the one who sings often address his or her words directly to the heart or the soul (wakán) of the addressee. This seminar explores how the Awajún manoeuvre the relational landscapes afforded through the narrative of different ánen incantations, drawing on a vast vocabulary of mythological references that underscore a constant state of transformation so often deemed central to Amazonian modes of being.
12 Décembre 2024
De la recherche des racines aux chemins du chant
Idjahure Kaduwei, Université de São Paulo, LAS Collège de France
À partir de la recherche de mon ancestralité Terena et de l'histoire récente du mouvement autochtone brésilien, j'examinerai d'abord quelques expériences fondatrices de la radio, du cinéma et des arts qui ont été menées par les peuples autochtones au Brésil. À partir de quelques lignes de cette histoire, je discuterai ensuite de la performance des chants autochtones et de mon travail le plus récent sur les musicalités Baniwa.
9 janvier 2025
La composition des voix : apprentissage des chants rituels et hétérophonie chez les Tikmũ’ũn-Maxakali
Jacopo Bertoli, LAS/EHESS
Les Tikmũ’ũn-Maxakali du Minas Gerais, au Brésil, débutent l'apprentissage des chants rituels lors du rite d’initiation Tatakox . Pendant la période de réclusion rituelle, les enfants apprennent les chants par le biais de l’art de la mémoire Mĩmkũĩn. Ils apprennent aussi à reconnaître, à reproduire et à s’identifier avec une multitude d’esprits non-humains. Ce parcours d’apprentissage et de maîtrise se poursuit jusqu’à l’âge adulte, dans une transition progressive de la monophonie à l’hétérophonie. L’accumulation des voix et des registres musicaux est à la fois un dispositif rituel et musical fondamental dans les rituels tikmũ’ũn, mais aussi l'affirmation de maîtrise d’un chanteur-chaman. À partir de l’analyse de l’usage de l’art de la mémoire Mĩmkũĩn et des quelques moments rituels, je propose de regarder en détail le fonctionnement et les effets de l’hétérophonie chez les Tikmũ’ũn.
23 Janvier 2025
Se souvenir des kapiwaya : savoir distribué et énonciation des chants rituels chez les Tuyuka du Haut Rio Negro
Emilio Frignati, LAS/EHESS
Les chants rituels amazoniens présentent bien souvent une structure musicale complexe associée à l'utilisation de langues opaques (Menezes Bastos 2007, 2013 ; Brabec de Mori et Seeger 2013). C'est notamment le cas du répertoire des kapiwaya, chanté par les Tuyuka de la région du Haut Rio Negro. La « langue des ancêtres » (« bükü wedese ») utilisée pour chanter les kapiwaya est hautement inintelligible même pour les experts rituels, et chaque chant du répertoire est mieux compris comme une longue suite musicale composée de multiples sections. Ainsi, les baya, experts chargés de conduire l'énonciation collective de ces chants en contexte cérémoniel, doivent pendant plusieurs années s'astreindre à des exercices quotidiens afin de maîtriser le répertoire. L'idéal de transmission de ce « corpus étendu » (Fausto, Franchetto, Montagnani 2011) se concentre sur la reproduction précise des paroles et des gestes des ancêtres. Cependant, il n'est pas rare qu'au cours du rituel, une partie du chant énoncé soit momentanément oubliée. Dans ce cas, le baya fait appel à d'autres spécialistes et membres de l'assemblée pour reconstituer la partie manquante et poursuivre le cérémoniel. En partageant leurs connaissances, ces différents experts délibèrent collectivement sur la manière correcte de proférer le chant, affirmant par la même occasion leur autorité et leur légitimité pour énoncer les paroles des ancêtres.
3 et 4 Février 2025
Colloque international
« SCIENCES VIVANTES.
Perspectives autochtones dans le monde de la recherche et des arts »
organisé par l’équipe « Anthropologie linguistique » du Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS) en partenariat avec l'UNESCO et la FAPESP.
comité scientifique : Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca, Idjahure Kaduwel, Keywa Henri, Yuuwey Henri, Juliana Tupinamba.
Collège de France - Salle 2
11 place Marcelin Berthelot, 5ème
09:00 – 09:30
Présentation et ouverture :
Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca (EPHE, LAS Collège de France), Jacques Rao (Commission nationale française pour l’UNESCO), Idjahure Kadiwel (doctorant USP, LAS Collège de France), Yuwey Henri (poète-écrivaine Kalin’a Tɨlewuyu), Juliana Tupinambá (doctorante UnB, Université Sorbonne Nouvelle).
09:30 – 10:30
Retour aux sources. Dialogue sur les sciences autochtones avec les peuples shuar, achuar aents chicham et runa d’Amazonie (Equateur, Pérou)
Anne-Christine Taylor (CNRS, EREA-LESC Université Paris Nanterre)
Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca (EPHE, LAS Collège de France)
10:30 - 12:30
Table-ronde 1
Sciences autochtones contemporaines : perspectives en mouvement
Anastácio Peralta (doctorant UFGD, Université Paris 8), Francy Baniwa (post-doctorant USP),
Modération : Pierre Déléage (CNRS, LAS Collège de France) et Philippe Erikson (Université Paris Nanterre, EREA-LESC)
14:30 - 15:00
Contextualisation des mouvements autochtones du Brésil
Idjahure Kadiwel (doctorant Université Sao Paulo, LAS Collège de France)
Projection du film Nosso modo de lutar (2024) de Francy Baniwa, Kerexu Martim, Vanuzia Pataxó
Court-métrage, 15’, Brésil.
15:00 - 17:00
Table-ronde 2
Le mouvement autochtone brésilien et ses stratégies de lutte
Anastácio Peralta (doctorant UFGD, Université Paris 8), Francy Baniwa (post-doctorante USP), Idjahure Kadiwel (doctorant USP, LAS Collège de France), Juliana Tupinambá (doctorant UnB, Université Sorbonne Nouvelle)
Modération : Capucine Boidin (Université Sorbonne Nouvelle, IHEAL-CREDA)
Seconde journée
10:00 - 10:30
Conférence-performance
Keywa Henri (artiste pluridisciplinaire-chercheur•euse Kalin’a Tɨlewuyu)
10:30 - 12:30
Table-ronde 3
Poétiques autochtones comme territoires ancestraux
Ítalo Mongconãn (doctorant Unicamp, Université Paris Nanterre), Trudruá Dorrico (écrivaine Makuxi, docteure en Lettres), Clément Lagouarde (artiste, réalisateur, comédien Franco-Natchitoches), Keywa Henri (artiste pluridisciplinaire-chercheur•euse Kalin’a Tɨlewuyu),Vanessa Pastorini (doctorante LAS Collège de France)
Modération : Cédric Yvinec (CNRS, CRBC-Mondes Américains)
14:00 - 16:00
Table-ronde 4
Autochtonies au-delà des frontières : dialogues internationaux
Yuwey Henri (poète-écrivaine Kalin’a Tɨlewuyu), Chantal Victória Medaets (Unicamp), Denis Pourawa (poète-écrivain Kanaké), Eugénie Clément Picos (docteure EHESS, CENA-Mondes Américains),
Modération : Nadège Mézié (Fondation pour la Recherche de l’Etat de Sao Paulo, FAPESP)
16:30 - 18:30
Table-ronde 5
18:30 - 19:00
Femmes autochtones : mémoires, savoirs, pouvoir
Juliana Tupinambá (doctorant UnB, Université Sorbonne Nouvelle), Maristela Aquino (doctorant UFGD, Université Paris 8), Ruth Troncarelli (doctorant USP, EHESS), Sandra Ventura (doctorant UFGD, Université Paris 8)
Modération: Anne-Christine Taylor (EREA-LESC, CNRS)
Dialogue de Clôture
Jeudi 20 mars
Maîtres des « roças » : une ethnographie « faite à la maison » sur les savoirs, les plantes et les femmes Baniwa
Francy Baniwa (Université de Sao Paulo)
La présentation porte sur l'anthropologie « faite à la maison » par une anthropologue autochtone Baniwa, avec sa famille, à travers l'oralité et la traduction intensive. La forêt, ses propriétaires, « les roças », les cycles culturels liés à la nature et marqués par les constellations autochtones : j'aborderai et relierai différentes dimensions de la vie dans la communauté d'Assunção, sur le cours inférieur de l'Içana, dans le territoire autochtone de l'Haut Rio Negro, en me concentrant spécifiquement sur la façon dont les femmes sont les protagonistes de leur savoir, avec lequel elles tissent un monde du bout des doigts. L'accent mis sur les connaissances des femmes en matière de production alimentaire à travers les jardins, soutenu par une approche photographique et sensorielle, me permet d'explorer mes souvenirs et mes conversations avec d'autres femmes.
Jeudi 24 avril
(titre à venir)
Jeudi 15 mai
(titre à venir)
Master
Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.
Renseignements
- Contacts additionnels
- andrea-luz.gutierrez-choquevilca@college-de-france.fr
- Informations pratiques
Le séminaire a lieu au Collège de France, 11 place Marcelin Berthelot, les jeudis de 15 h à 17 h.
Renseignements par courriel : andrea-luz.gutierrez-choquevilca@college-de-france.fr
- Direction de travaux des étudiants
- -
- Réception des candidats
- -
- Pré-requis
- -
Dernière modification : 25 févr. 2025 17:29:37
- Type d'UE
- Séminaires de centre
- Centres
- Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)
- Disciplines
- Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
- Page web
- -
- Langues
- anglais français
- Mots-clés
- Anthropologie Anthropologie et linguistique Écriture Épistémologie Linguistique Oralité
- Aires culturelles
- Afrique Amérique du Nord Amérique du Sud Amériques Asie Europe Océanie
Intervenant·e·s
- Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca [référent·e] maîtresse de conférences, EPHE / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)
Ce séminaire, organisé par l'équipe Anthropologie linguistique du laboratoire d'anthropologie sociale, s'adresse aux étudiants et chercheurs dont les travaux abordent de front la communication humaine, les échanges linguistiques, la transmission des savoirs et l'étude des textes. Il accueille aussi bien anthropologues que linguistes et philologues, et défend une vision exigeante du travail de transcription des discours et de traduction des textes, préalable indispensable de toute réflexion comparative ambitieuse. Il vise ensuite à faire découvrir aux étudiants des problématiques plus générales allant de l'impact des facteurs cognitifs dans la constitution des phénomènes culturels aux modélisations des micro- et des macro-institutions, en passant par l'étude des diverses techniques de stabilisation et de propagation du savoir.
En plus des séances du séminaire mensuel, deux ateliers - colloques internationaux sont organisés chaque année au printemps, avec la participation des membres statutaires de l'équipe, des doctorants et post-doctorants impliqués, des collègues invités et des correspondants autochtones.
14 novembre 2024
Séance d’introduction
Poétique rituelle. Pour une étude pragmatique des voix chamaniques Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca EPHE, LAS
Comparée à l’analyse des mythes, l’étude de la voix et du langage en tant qu’acte est restée lettre morte dans l’analyse structurale. Les cultures amérindiennes, cible privilégiée des Mythologiques ont pourtant de riches répertoires lyriques et chamaniques, comparables aux corpus recueillis en Amérique du Nord par les disciples de Sapir et Boas. Ces langues rituelles font un usage performatif du langage poétique. Loin de se réduire à un inventaire de paroles obscures, saturées de répétitions, comme le suggérait Lévi-Strauss, ces textes possèdent une valeur significative et pragmatique. Nous proposons d’explorer la richesse sémiotique des performances chamaniques : mimétisme vocal, polyglossie, hétérophonie sont autant de dispositifs énonciatifs permettant d’ouvrir la communication à des formes d’altérités non-humaines, esprits, animaux, ancêtres. Les jeux de langage et la « métamorphose » des voix, dont on repère les indices sur les plans grammatical, sémantique, musical et pragmatique, apparaissent comme des conditions nécessaires à la performance rituelle accomplie. Métalangage structuré déployant les variations du sens dans des univers possibles, ces performances ont pour effet de modifier non seulement l’ordre du monde mais les relations et l’identité des sujets participant au rituel chamanique.
28 Novembre 2024
Ritual Language as Cosmological Mediation
Nils Haukeland Vedal, University of Bergen, Norvège
The ritual language of the Awajún, an ethnic group belonging to the Aénts Chicham linguistic family, is a privileged mode of communication that weave together humans and nonhumans. Called ánen by the Awajún themselves (other Chicham speakers call them “anent”), these incantations often seek to establish an intimate rapport with a recipient far away. The distance needed to be traversed can be an ontological one as well as a spatial one as the words of ánen affect nonhuman recipients (such as plants, animals, or spirit), just as well as a human one. In the case of the latter ánen are often used as powerful love songs, as words are softly whispered while the sun ascends behind the jagged mountain reign in hope that the ones longing will be felt by a loved one far away. The act of preforming ánen is a mode of being in the world that collapses the intellectual faculties of the mind with the emotional capacities of the heart (anentai). The act of thinking (anentaimu) is the verb of the heart and the one who sings often address his or her words directly to the heart or the soul (wakán) of the addressee. This seminar explores how the Awajún manoeuvre the relational landscapes afforded through the narrative of different ánen incantations, drawing on a vast vocabulary of mythological references that underscore a constant state of transformation so often deemed central to Amazonian modes of being.
12 Décembre 2024
De la recherche des racines aux chemins du chant
Idjahure Kaduwei, Université de São Paulo, LAS Collège de France
À partir de la recherche de mon ancestralité Terena et de l'histoire récente du mouvement autochtone brésilien, j'examinerai d'abord quelques expériences fondatrices de la radio, du cinéma et des arts qui ont été menées par les peuples autochtones au Brésil. À partir de quelques lignes de cette histoire, je discuterai ensuite de la performance des chants autochtones et de mon travail le plus récent sur les musicalités Baniwa.
9 janvier 2025
La composition des voix : apprentissage des chants rituels et hétérophonie chez les Tikmũ’ũn-Maxakali
Jacopo Bertoli, LAS/EHESS
Les Tikmũ’ũn-Maxakali du Minas Gerais, au Brésil, débutent l'apprentissage des chants rituels lors du rite d’initiation Tatakox . Pendant la période de réclusion rituelle, les enfants apprennent les chants par le biais de l’art de la mémoire Mĩmkũĩn. Ils apprennent aussi à reconnaître, à reproduire et à s’identifier avec une multitude d’esprits non-humains. Ce parcours d’apprentissage et de maîtrise se poursuit jusqu’à l’âge adulte, dans une transition progressive de la monophonie à l’hétérophonie. L’accumulation des voix et des registres musicaux est à la fois un dispositif rituel et musical fondamental dans les rituels tikmũ’ũn, mais aussi l'affirmation de maîtrise d’un chanteur-chaman. À partir de l’analyse de l’usage de l’art de la mémoire Mĩmkũĩn et des quelques moments rituels, je propose de regarder en détail le fonctionnement et les effets de l’hétérophonie chez les Tikmũ’ũn.
23 Janvier 2025
Se souvenir des kapiwaya : savoir distribué et énonciation des chants rituels chez les Tuyuka du Haut Rio Negro
Emilio Frignati, LAS/EHESS
Les chants rituels amazoniens présentent bien souvent une structure musicale complexe associée à l'utilisation de langues opaques (Menezes Bastos 2007, 2013 ; Brabec de Mori et Seeger 2013). C'est notamment le cas du répertoire des kapiwaya, chanté par les Tuyuka de la région du Haut Rio Negro. La « langue des ancêtres » (« bükü wedese ») utilisée pour chanter les kapiwaya est hautement inintelligible même pour les experts rituels, et chaque chant du répertoire est mieux compris comme une longue suite musicale composée de multiples sections. Ainsi, les baya, experts chargés de conduire l'énonciation collective de ces chants en contexte cérémoniel, doivent pendant plusieurs années s'astreindre à des exercices quotidiens afin de maîtriser le répertoire. L'idéal de transmission de ce « corpus étendu » (Fausto, Franchetto, Montagnani 2011) se concentre sur la reproduction précise des paroles et des gestes des ancêtres. Cependant, il n'est pas rare qu'au cours du rituel, une partie du chant énoncé soit momentanément oubliée. Dans ce cas, le baya fait appel à d'autres spécialistes et membres de l'assemblée pour reconstituer la partie manquante et poursuivre le cérémoniel. En partageant leurs connaissances, ces différents experts délibèrent collectivement sur la manière correcte de proférer le chant, affirmant par la même occasion leur autorité et leur légitimité pour énoncer les paroles des ancêtres.
3 et 4 Février 2025
Colloque international
« SCIENCES VIVANTES.
Perspectives autochtones dans le monde de la recherche et des arts »
organisé par l’équipe « Anthropologie linguistique » du Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS) en partenariat avec l'UNESCO et la FAPESP.
comité scientifique : Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca, Idjahure Kaduwel, Keywa Henri, Yuuwey Henri, Juliana Tupinamba.
Collège de France - Salle 2
11 place Marcelin Berthelot, 5ème
09:00 – 09:30
Présentation et ouverture :
Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca (EPHE, LAS Collège de France), Jacques Rao (Commission nationale française pour l’UNESCO), Idjahure Kadiwel (doctorant USP, LAS Collège de France), Yuwey Henri (poète-écrivaine Kalin’a Tɨlewuyu), Juliana Tupinambá (doctorante UnB, Université Sorbonne Nouvelle).
09:30 – 10:30
Retour aux sources. Dialogue sur les sciences autochtones avec les peuples shuar, achuar aents chicham et runa d’Amazonie (Equateur, Pérou)
Anne-Christine Taylor (CNRS, EREA-LESC Université Paris Nanterre)
Andrea-Luz Gutierrez-Choquevilca (EPHE, LAS Collège de France)
10:30 - 12:30
Table-ronde 1
Sciences autochtones contemporaines : perspectives en mouvement
Anastácio Peralta (doctorant UFGD, Université Paris 8), Francy Baniwa (post-doctorant USP),
Modération : Pierre Déléage (CNRS, LAS Collège de France) et Philippe Erikson (Université Paris Nanterre, EREA-LESC)
14:30 - 15:00
Contextualisation des mouvements autochtones du Brésil
Idjahure Kadiwel (doctorant Université Sao Paulo, LAS Collège de France)
Projection du film Nosso modo de lutar (2024) de Francy Baniwa, Kerexu Martim, Vanuzia Pataxó
Court-métrage, 15’, Brésil.
15:00 - 17:00
Table-ronde 2
Le mouvement autochtone brésilien et ses stratégies de lutte
Anastácio Peralta (doctorant UFGD, Université Paris 8), Francy Baniwa (post-doctorante USP), Idjahure Kadiwel (doctorant USP, LAS Collège de France), Juliana Tupinambá (doctorant UnB, Université Sorbonne Nouvelle)
Modération : Capucine Boidin (Université Sorbonne Nouvelle, IHEAL-CREDA)
Seconde journée
10:00 - 10:30
Conférence-performance
Keywa Henri (artiste pluridisciplinaire-chercheur•euse Kalin’a Tɨlewuyu)
10:30 - 12:30
Table-ronde 3
Poétiques autochtones comme territoires ancestraux
Ítalo Mongconãn (doctorant Unicamp, Université Paris Nanterre), Trudruá Dorrico (écrivaine Makuxi, docteure en Lettres), Clément Lagouarde (artiste, réalisateur, comédien Franco-Natchitoches), Keywa Henri (artiste pluridisciplinaire-chercheur•euse Kalin’a Tɨlewuyu),Vanessa Pastorini (doctorante LAS Collège de France)
Modération : Cédric Yvinec (CNRS, CRBC-Mondes Américains)
14:00 - 16:00
Table-ronde 4
Autochtonies au-delà des frontières : dialogues internationaux
Yuwey Henri (poète-écrivaine Kalin’a Tɨlewuyu), Chantal Victória Medaets (Unicamp), Denis Pourawa (poète-écrivain Kanaké), Eugénie Clément Picos (docteure EHESS, CENA-Mondes Américains),
Modération : Nadège Mézié (Fondation pour la Recherche de l’Etat de Sao Paulo, FAPESP)
16:30 - 18:30
Table-ronde 5
18:30 - 19:00
Femmes autochtones : mémoires, savoirs, pouvoir
Juliana Tupinambá (doctorant UnB, Université Sorbonne Nouvelle), Maristela Aquino (doctorant UFGD, Université Paris 8), Ruth Troncarelli (doctorant USP, EHESS), Sandra Ventura (doctorant UFGD, Université Paris 8)
Modération: Anne-Christine Taylor (EREA-LESC, CNRS)
Dialogue de Clôture
Jeudi 20 mars
Maîtres des « roças » : une ethnographie « faite à la maison » sur les savoirs, les plantes et les femmes Baniwa
Francy Baniwa (Université de Sao Paulo)
La présentation porte sur l'anthropologie « faite à la maison » par une anthropologue autochtone Baniwa, avec sa famille, à travers l'oralité et la traduction intensive. La forêt, ses propriétaires, « les roças », les cycles culturels liés à la nature et marqués par les constellations autochtones : j'aborderai et relierai différentes dimensions de la vie dans la communauté d'Assunção, sur le cours inférieur de l'Içana, dans le territoire autochtone de l'Haut Rio Negro, en me concentrant spécifiquement sur la façon dont les femmes sont les protagonistes de leur savoir, avec lequel elles tissent un monde du bout des doigts. L'accent mis sur les connaissances des femmes en matière de production alimentaire à travers les jardins, soutenu par une approche photographique et sensorielle, me permet d'explorer mes souvenirs et mes conversations avec d'autres femmes.
Jeudi 24 avril
(titre à venir)
Jeudi 15 mai
(titre à venir)
Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.
- Contacts additionnels
- andrea-luz.gutierrez-choquevilca@college-de-france.fr
- Informations pratiques
Le séminaire a lieu au Collège de France, 11 place Marcelin Berthelot, les jeudis de 15 h à 17 h.
Renseignements par courriel : andrea-luz.gutierrez-choquevilca@college-de-france.fr
- Direction de travaux des étudiants
- -
- Réception des candidats
- -
- Pré-requis
- -
-
Collège de France
11 place Marcelin-Berthelot 75005 Paris
annuel / mensuel (indifférent), jeudi 15:00-17:00
du 14 novembre 2024 au 12 juin 2025
Nombre de séances : 8