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UE205 - Le pragmatisme sociologique et les pouvoirs. De la dynamique des controverses à la fabrique des relations d'emprise


Lieu et planning


  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    Salle 25-A
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / hebdomadaire, vendredi 10:30-12:30
    du 4 novembre 2022 au 26 mai 2023
    Nombre de séances : 24


Description


Dernière modification : 27 juillet 2022 14:28

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Sociologie
Page web
http://gspr-ehess.com/ 
Langues
français
Mots-clés
Affects Analyse de discours Argumentation Collectifs Démocratie Domination Enquêtes Environnement Interactions Milieu Mobilisation(s) Perception Politique Pragmatisme Risques Santé environnementale Savoirs Sciences Temps/temporalité Violence
Aires culturelles
Amérique du Nord Amérique du Sud Europe
Intervenant·e·s
  • Francis Chateauraynaud [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Groupe de sociologie pragmatique et réflexive (GSPR)

Prenant la suite du séminaire intitulé Pragmatisme et conflictualité mené en collaboration avec Jean-Michel Fourniau entre 2013 et 2022, cette nouvelle formule sera organisée en trois séquences de huit séances chacunes. On y développera plusieurs dimensions fondamentales du pragmatisme sociologique, qui s'est enrichi ces dernières années de multiples enquêtes et discussions : 1) l'approche des alertes et des controverses face à la complexité et la criticité des processus contemporains ; 2) les modalités d'enquête dans les milieux en interactions, lieux de saisie des affects et des percepts, des formes d'attention et des prises sur le monde ; 3) les conditions du dévoilement pragmatique des asymétries de prises et de la formation de liens d'emprise dans les mondes sociaux les plus divers.

1. Après plusieurs décennies de sociologie des alertes et des controverses : quelle épistémologie pragmatique face aux processus critiques contemporains ?  (séances 1 à 8)

Depuis plus de vingt ans une branche de la sociologie pragmatique française, appelée pragmatique de la complexité ou pragmatique des transformations, s’attache à décrire et analyser les processus d’alertes et de controverses, à travers les formes de mobilisation et de régulation auxquelles ils donnent lieu. Les premières séances prendront appui sur la casuistique accumulée autour des enjeux sanitaires, environnementaux et technoscientiques (du nucléaire aux OGM, des pandémies aux pesticides, de la pollution de l'air au changement climatique, de la transition énergétique aux effets controversés des artefacts numériques), tout en proposant un diagnostic sociopolitique de l’époque contemporaine marquée par des chocs et des crises aux multiples conséquences.

Dans ce cadre, le séminaire examinera les conditions actuelles des enquêtes d’inspiration pragmatiste face à des processus complexes, non-linéaires, multi-scalaires, riches en rebondissements et en rétroactions. On y pratiquera une forme de conséquentialisme ouvert, non-borné, heuristique pour relier l’exploration continue des phénomènes et la découverte graduelle, au fil des enquêtes, de caractéristiques ignorées, invisibles ou incertaines. L’enjeu est à la fois de rendre intelligibles les trajectoires suivies par les problèmes ou les causes publiques et de penser les incommensurabilités ou les irréductibilités liées aux jeux d’échelles. La convergence d’une sociologie pragmatique argumentative, d’une ethnographie des activités au coeur des milieux et d’une théorie ouverte des systèmes dynamiques, permet d’adapter les concepts et les outils issus du pragmatisme aux situations contemporaines et de réarmer les capacités critiques nécessaires à la pratique des sciences sociales.

2.  Prises (hyper)sensibles : milieux en interaction, affects et percepts en transformation (séances 9 à 16)

L'expérience sensible est depuis longtemps au coeur des démarches pragmatistes. Qu'elles s'inspirent de Peirce, James, Dewey ou Mead, ou d'auteurs contemporains, de Claudine Tiercelin à Joëlle Zask, de Robert Brandom à Mathias Girel, les approches pragmatistes ne projettent pas le sensible dans un cadre étroitement rationaliste : une sociologie pragmatiste suppose au contraire de saisir au plus près les activités et les pratiques dans leurs milieux, d'identifier les épreuves par lesquelles elles s'accordent ou entrent en conflit avec des normes et des dispositifs, et de rendre intelligibles les tensions propres à l'expression du perceptible et de l'imperceptible, de la différence ou du différend, de l'émotion ou du (res)sentiment, de l'incommensurable ou de l'irréductible. Il s'agit de compendre comment émergent des signes, comment se forgent leur portée et leur sens. C'est d'ailleurs de l'attention aux micro-phénomènes dans le monde sensible qu'est né véritablement le concept de lanceur d'alerte - comme la sociologie de la présence et de l'attention-vigilance qui le sous-tend.

En réactualisant les travaux sur la perception menés dans les années 1990, notamment dans Experts et faussaires (1995, réédité en 2014), on montrera comment le partage des expériences change de sens selon les prises élaborées par les personnes et les groupes. Par contraste, en contrepoint des raisonnements sur la complexité développés dans la première partie du séminaire, on ira au coeur de la fabrique des affects et des percepts, des attentions et des émotions, saisies dans leurs logique sociales, temporelles et spatiales propres. En entrant par les milieux en interaction, sans prétendre accéder directement et sans médiation au monde vécu d'entités hétérogènes, humaines, artefactuelles ou non-humaines, on s'attachera à renouer avec les processus fondamentaux mis en évidence par Gilbert Simondon et compatibles avec le pragmatisme : individuation et transindividualité.

Liées à des engagements ethnographiques de longue durée, comme lors des terrains menés au Brésil ou dans l'estuaire de la Gironde, les enquêtes ou contre-enquêtes visées ici, autour de sites et de zones sensibles, en milieux urbains, industriels ou ruraux, se tiennent à distance des grandes cartographies ou des opérations ontologiques et axiologiques de réduction par affectation à des catégories ou des variables. Elles permettent de saisir comment la balistique des causes individuelles ou collectives, qui marque les arènes publiques, font intervenir des opérateurs de mise en équivalence qui ont pour premier effet de tordre ou distordre l'expression des prises sensibles, poussant les protagonistes à ré-affirmer la singularité de formes de vie.

3. Tyrannies, dominations, influences ou emprises : le pragmatisme et les pouvoirs dans un monde en réseaux (séances 17 à 24)

Dans le prolongement des travaux sur les formes contemporaines de l'emprise, développés autour de la figure de l'empreneur, ce troisième moment du séminaire abordera sous un autre angle les éléments introduits jusqu'alors. Sans rabattre les analyses sur des figures classiques de dénonciation, on cherche à comprendre les processus par lesquels se tissent, s'étendent ou se perpétuent des relations de pouvoir, dont les ressorts multiples sont explorés, et démontés, à partir d'une vaste collection de cas cliniques - dont une partie a donné lieu à des affaires publiques. Ce volet de l'enquête pragmatiste, qui part du réexamen des théories du pouvoir et de la domination, en commençant par la servitude volontaire de La Boétie ou la thèse de Hannah Arendt sur la banalité du mal, permet de croiser de multiples approches, depuis les recherches marquantes de Jeanne Favret sur la sorcellerie dans le bocage jusqu'à l'anthropologie du silence développée par Deborah Puccio-Den, en passant par des travaux d'histoire contemporaine, comme ceux menés par Yves Cohen sur le commandement et l'influence.

Les modes de résistance et les techniques de défense en régime d'emprise ont contribué à l'ouverture d'un axe de recherche transversal consacré aux relations dialectiques entre for interne et for externe. Les formes d'emprise sont ainsi l'occasion de développer une pragmatique de l'intériorité, dont l'exploration, à la fois philosophique et sociologique, sera poursuivie au fil de dialogues avec Sylvain Lavelle (ICAM et GSPR).


Master


  • Séminaires de recherche – Sociologie – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel hebdomadaire = 12 ECTS
    MCC – Compte-Rendu analytique de séance

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

inscription via la plateforme des séminaires ou par courriel.

Direction de travaux des étudiants

demi-journée avant ou après le séminaire (à définir selon choix final du planning...). Si l'horaire retenu est le vendredi matin, comme par le passé, alors les étudiant·e·s seront reçu·e·s les vendredis après-midis sur rendez-vous.

Réception des candidats

par courriel uniquement : chateau@ehess.fr

Pré-requis

connaissance basique de la littérature en sciences sociales contemporaines et/ou simple désir de mieux comprendre sociologiquement ce qui se trame dans ce monde...

Dernière modification : 27 juillet 2022 14:28

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Sociologie
Page web
http://gspr-ehess.com/ 
Langues
français
Mots-clés
Affects Analyse de discours Argumentation Collectifs Démocratie Domination Enquêtes Environnement Interactions Milieu Mobilisation(s) Perception Politique Pragmatisme Risques Santé environnementale Savoirs Sciences Temps/temporalité Violence
Aires culturelles
Amérique du Nord Amérique du Sud Europe
Intervenant·e·s
  • Francis Chateauraynaud [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Groupe de sociologie pragmatique et réflexive (GSPR)

Prenant la suite du séminaire intitulé Pragmatisme et conflictualité mené en collaboration avec Jean-Michel Fourniau entre 2013 et 2022, cette nouvelle formule sera organisée en trois séquences de huit séances chacunes. On y développera plusieurs dimensions fondamentales du pragmatisme sociologique, qui s'est enrichi ces dernières années de multiples enquêtes et discussions : 1) l'approche des alertes et des controverses face à la complexité et la criticité des processus contemporains ; 2) les modalités d'enquête dans les milieux en interactions, lieux de saisie des affects et des percepts, des formes d'attention et des prises sur le monde ; 3) les conditions du dévoilement pragmatique des asymétries de prises et de la formation de liens d'emprise dans les mondes sociaux les plus divers.

1. Après plusieurs décennies de sociologie des alertes et des controverses : quelle épistémologie pragmatique face aux processus critiques contemporains ?  (séances 1 à 8)

Depuis plus de vingt ans une branche de la sociologie pragmatique française, appelée pragmatique de la complexité ou pragmatique des transformations, s’attache à décrire et analyser les processus d’alertes et de controverses, à travers les formes de mobilisation et de régulation auxquelles ils donnent lieu. Les premières séances prendront appui sur la casuistique accumulée autour des enjeux sanitaires, environnementaux et technoscientiques (du nucléaire aux OGM, des pandémies aux pesticides, de la pollution de l'air au changement climatique, de la transition énergétique aux effets controversés des artefacts numériques), tout en proposant un diagnostic sociopolitique de l’époque contemporaine marquée par des chocs et des crises aux multiples conséquences.

Dans ce cadre, le séminaire examinera les conditions actuelles des enquêtes d’inspiration pragmatiste face à des processus complexes, non-linéaires, multi-scalaires, riches en rebondissements et en rétroactions. On y pratiquera une forme de conséquentialisme ouvert, non-borné, heuristique pour relier l’exploration continue des phénomènes et la découverte graduelle, au fil des enquêtes, de caractéristiques ignorées, invisibles ou incertaines. L’enjeu est à la fois de rendre intelligibles les trajectoires suivies par les problèmes ou les causes publiques et de penser les incommensurabilités ou les irréductibilités liées aux jeux d’échelles. La convergence d’une sociologie pragmatique argumentative, d’une ethnographie des activités au coeur des milieux et d’une théorie ouverte des systèmes dynamiques, permet d’adapter les concepts et les outils issus du pragmatisme aux situations contemporaines et de réarmer les capacités critiques nécessaires à la pratique des sciences sociales.

2.  Prises (hyper)sensibles : milieux en interaction, affects et percepts en transformation (séances 9 à 16)

L'expérience sensible est depuis longtemps au coeur des démarches pragmatistes. Qu'elles s'inspirent de Peirce, James, Dewey ou Mead, ou d'auteurs contemporains, de Claudine Tiercelin à Joëlle Zask, de Robert Brandom à Mathias Girel, les approches pragmatistes ne projettent pas le sensible dans un cadre étroitement rationaliste : une sociologie pragmatiste suppose au contraire de saisir au plus près les activités et les pratiques dans leurs milieux, d'identifier les épreuves par lesquelles elles s'accordent ou entrent en conflit avec des normes et des dispositifs, et de rendre intelligibles les tensions propres à l'expression du perceptible et de l'imperceptible, de la différence ou du différend, de l'émotion ou du (res)sentiment, de l'incommensurable ou de l'irréductible. Il s'agit de compendre comment émergent des signes, comment se forgent leur portée et leur sens. C'est d'ailleurs de l'attention aux micro-phénomènes dans le monde sensible qu'est né véritablement le concept de lanceur d'alerte - comme la sociologie de la présence et de l'attention-vigilance qui le sous-tend.

En réactualisant les travaux sur la perception menés dans les années 1990, notamment dans Experts et faussaires (1995, réédité en 2014), on montrera comment le partage des expériences change de sens selon les prises élaborées par les personnes et les groupes. Par contraste, en contrepoint des raisonnements sur la complexité développés dans la première partie du séminaire, on ira au coeur de la fabrique des affects et des percepts, des attentions et des émotions, saisies dans leurs logique sociales, temporelles et spatiales propres. En entrant par les milieux en interaction, sans prétendre accéder directement et sans médiation au monde vécu d'entités hétérogènes, humaines, artefactuelles ou non-humaines, on s'attachera à renouer avec les processus fondamentaux mis en évidence par Gilbert Simondon et compatibles avec le pragmatisme : individuation et transindividualité.

Liées à des engagements ethnographiques de longue durée, comme lors des terrains menés au Brésil ou dans l'estuaire de la Gironde, les enquêtes ou contre-enquêtes visées ici, autour de sites et de zones sensibles, en milieux urbains, industriels ou ruraux, se tiennent à distance des grandes cartographies ou des opérations ontologiques et axiologiques de réduction par affectation à des catégories ou des variables. Elles permettent de saisir comment la balistique des causes individuelles ou collectives, qui marque les arènes publiques, font intervenir des opérateurs de mise en équivalence qui ont pour premier effet de tordre ou distordre l'expression des prises sensibles, poussant les protagonistes à ré-affirmer la singularité de formes de vie.

3. Tyrannies, dominations, influences ou emprises : le pragmatisme et les pouvoirs dans un monde en réseaux (séances 17 à 24)

Dans le prolongement des travaux sur les formes contemporaines de l'emprise, développés autour de la figure de l'empreneur, ce troisième moment du séminaire abordera sous un autre angle les éléments introduits jusqu'alors. Sans rabattre les analyses sur des figures classiques de dénonciation, on cherche à comprendre les processus par lesquels se tissent, s'étendent ou se perpétuent des relations de pouvoir, dont les ressorts multiples sont explorés, et démontés, à partir d'une vaste collection de cas cliniques - dont une partie a donné lieu à des affaires publiques. Ce volet de l'enquête pragmatiste, qui part du réexamen des théories du pouvoir et de la domination, en commençant par la servitude volontaire de La Boétie ou la thèse de Hannah Arendt sur la banalité du mal, permet de croiser de multiples approches, depuis les recherches marquantes de Jeanne Favret sur la sorcellerie dans le bocage jusqu'à l'anthropologie du silence développée par Deborah Puccio-Den, en passant par des travaux d'histoire contemporaine, comme ceux menés par Yves Cohen sur le commandement et l'influence.

Les modes de résistance et les techniques de défense en régime d'emprise ont contribué à l'ouverture d'un axe de recherche transversal consacré aux relations dialectiques entre for interne et for externe. Les formes d'emprise sont ainsi l'occasion de développer une pragmatique de l'intériorité, dont l'exploration, à la fois philosophique et sociologique, sera poursuivie au fil de dialogues avec Sylvain Lavelle (ICAM et GSPR).

  • Séminaires de recherche – Sociologie – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel hebdomadaire = 12 ECTS
    MCC – Compte-Rendu analytique de séance
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

inscription via la plateforme des séminaires ou par courriel.

Direction de travaux des étudiants

demi-journée avant ou après le séminaire (à définir selon choix final du planning...). Si l'horaire retenu est le vendredi matin, comme par le passé, alors les étudiant·e·s seront reçu·e·s les vendredis après-midis sur rendez-vous.

Réception des candidats

par courriel uniquement : chateau@ehess.fr

Pré-requis

connaissance basique de la littérature en sciences sociales contemporaines et/ou simple désir de mieux comprendre sociologiquement ce qui se trame dans ce monde...

  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    Salle 25-A
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / hebdomadaire, vendredi 10:30-12:30
    du 4 novembre 2022 au 26 mai 2023
    Nombre de séances : 24