Attention, les informations que vous consultez actuellement ne sont pas celles de l'année en cours. Consulter l'année universitaire 2022-2023.

UE986 - Anthropologie comparative du Sahel occidental musulman (Sénégal, Mauritanie, Mali...)


Lieu et planning


  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    Salle 25-B
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / bimensuel (2e/4e), mercredi 16:30-18:30
    du 13 octobre 2021 au 22 juin 2022
    Nombre de séances : 14


Description


Dernière modification : 18 mai 2022 13:19

Type d'UE
Séminaires collectifs de recherche
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Comparatisme Esclavage Genre Islam Migration(s) Morphologie
Aires culturelles
Afrique Sahel
Intervenant·e·s

Ce séminaire est consacré à l’anthropologie comparative des sociétés du Sahel occidental musulman (Sénégal, Mauritanie, Mali, Niger...) et de leurs diasporas, régionales et internationales. Il aborde quatre thématiques : l’islam, les hiérarchies sociales de castes et d’esclavage, la migration ainsi que les relations de genre pour s’interroger sur l’unité de cette région. Loin de considérer les différentes configurations sahéliennes comme des espaces disjoints, on s’attache à comprendre leur continuité dans une perspective comparative  en s’intéressant à l’historicité et la cohérence des économies morales, des institutions et des valeurs qui les organisent.  Il s’agit enfin de dépasser les problématiques centrées sur la définition des groupes sociaux au profit de l’analyse des relations qui constituent et articulent les catégories et les organisations sociales locales et rendent compte de leur mutabilité : superposition (intersectionnalité), substitution, occultation. En effet, ces relations ont  été prises dans les dynamiques politico-religieuses de la région (djihad du XIXsiècle, ordres soufis, salafisme…). 

Les séances des 11 et 25 mai se dérouleront en salle 0.017, bât. recherche sud, campus Condorcet

La séance du 8 juin se déroulera en salle 0.017, bâtiment recherche Sud, Campus Condorcet

La séance du 22 juin se déroulera en salle 3.07, centre des colloques, Campus Condorcet


Master


Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.


Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

par courriel : ismael.moya@cnrs.fr

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous par courriel.

Réception des candidats

sur rendez-vous par courriel.

Pré-requis
-

Compte rendu


Fondé en 2005, ce séminaire est consacré à l’anthropologie comparative des sociétés du Sahel occidental musulman (Sénégal, Mauritanie, Mali, Niger...) et de leurs diasporas, régionales et internationales. Lors de l’année 2021-2022, le séminaire a poursuivi et enrichi ses activités qui consistent à démontrer, à l’aide d’une démarche comparative, que les logiques sociales, religieuses et culturelles d’islamisation et de hiérarchisation des sociétés du Sahel occidental (dans leur historicité longue) fournissent un prisme extrêmement pertinent pour comprendre, non seulement, l’actualité de ces sociétés mais, bien au-delà de cela, notre contemporanéité. Lors d’une séance introductive collective et d’onze exposés individuels, la comparaison s’est construite autour de trois axes :

1) Réformismes islamiques et mobilité sociale. Ayant popularisé l’Islam dans la vallée du fleuve Sénégal, depuis le XVe siècle et jusqu’à nos jours, ces réformismes rendent possibles des processus de promotion sociale permettant l’ascension des « subalternes » (cadets sociaux, femmes…) à des position prestigieuses et/ou d’autorité – Abdel Wedoud Ould-Cheikh (Université de Lorraine) et Jean Schmitz (IMAF-IRD). Les traditions lettrées de l’espace sahelo-saharien, entre XVe et XIXe siècle, offrent ainsi un exemple de la constitution d’un islam « polycentrique » où les formes d’islamité sont nourries par un « cosmopolitisme vernaculaire » (Ismail Warscheid, IRHT-CNRS). Par ailleurs, dans la société maure la distinction apparemment raciale et binaire entre Bīđ̣ân (« Blancs ») et ḥṛāṭîn (descendant d’esclaves) renvoie à un éventail beaucoup plus fin et complexe de catégories dont la langue est le vecteur premier (Catherine Taine-Cheikh, CNRS-LACITO). Encore, l’affirmation dans l’arène publique d’intellectuels ou d’associations « wahhabites » au Ghana et au Burkina Faso ont permis d’« incorporer » localement, via les jeunes fonctionnaires éduqués, le projet de modernisation promu par les colonisateurs (Ousmane Kobo, Columbus Université, invité IISMM), ainsi que de fournir aux colonisés d’autres arguments comme en témoigne le débat entre Chrétiens et Musulmans au Niger (Abdoulaye Sounaye, Leibniz-ZMO, invité IISMM).

2) La distinction entre hiérarchies statutaires et rapports de pouvoir est aussi un axe qui structure les sociétés du Sahel occidental. À Dakar, au Sénégal, le pouvoir et plus largement la capacité d’agir ne sont pensables que par le truchement des griots, dont le statut social polarise l’ensemble des catégories statutaires (Ismaël Moya, CNRS-X, LESC). Par ailleurs, dans le haut Atlas du Maroc par exemple, être descendant d’« esclaves domestiques » ou de « forgerons » est toujours aujourd’hui source de stigmatisation, alors même que ces catégories ont disparu sur le plan professionnel (Matthew Carey, Université de Copenhague, invité IISMM). Encore, dans la commune de Ross Béthio dans le Delta du fleuve Sénégal, être membre des géér (gens du commun) ou des ñeeño (« castés ») se révèle déterminant dans les carrières des hommes politiques et des grands exploitants agricoles (Cheikh Mané, IMAF). Ces différents exposés ont permis de souligner l’air de famille de ces institutions contemporaines sur les deux rives du Sahara et en particulier l’importance de la valeur de la discrétion (sutra, sutura).

3) Le débat sur la transnationalisation des espaces sociaux peut alors être engagé en adoptant une posture critique qui consiste à prendre en compte la reproduction des catégories d’appartenance lors des migrations et mobilités au sens large. Ainsi, l’essor des migrations transnationales à partir du pays bisa du Burkina Faso ne produit pas une déterritorialisation des villages de départ des migrants mais est, au contraire, l’expression même de la territorialité villageoise (Pietro Fornasetti, IMAf). Les trajectoires personnelles des « mauvais garçons de la nation » de Grigny (Île-de-France), qui traversent des périodes de criminalité voire des processus de « radicalisation » et vivent au bord de la « seconde zone », restent toujours ancrées au groupe d’amis qui forme donc des « loyautés radicales » (Fabien Truong, Université Paris 8). Par ailleurs, l’exemple de l’Afghanistan actuel, dont la capitale a été prise sans coup férir par les Talibans en septembre 2021, donne un autre exemple d’une arène politique transnationale où les grands récits téléologiques de la modernisation et de la démocratisation se trouvent remis radicalement en question (Alessandro Monsutti, IHEID).

Dernière modification : 18 mai 2022 13:19

Type d'UE
Séminaires collectifs de recherche
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Comparatisme Esclavage Genre Islam Migration(s) Morphologie
Aires culturelles
Afrique Sahel
Intervenant·e·s

Ce séminaire est consacré à l’anthropologie comparative des sociétés du Sahel occidental musulman (Sénégal, Mauritanie, Mali, Niger...) et de leurs diasporas, régionales et internationales. Il aborde quatre thématiques : l’islam, les hiérarchies sociales de castes et d’esclavage, la migration ainsi que les relations de genre pour s’interroger sur l’unité de cette région. Loin de considérer les différentes configurations sahéliennes comme des espaces disjoints, on s’attache à comprendre leur continuité dans une perspective comparative  en s’intéressant à l’historicité et la cohérence des économies morales, des institutions et des valeurs qui les organisent.  Il s’agit enfin de dépasser les problématiques centrées sur la définition des groupes sociaux au profit de l’analyse des relations qui constituent et articulent les catégories et les organisations sociales locales et rendent compte de leur mutabilité : superposition (intersectionnalité), substitution, occultation. En effet, ces relations ont  été prises dans les dynamiques politico-religieuses de la région (djihad du XIXsiècle, ordres soufis, salafisme…). 

Les séances des 11 et 25 mai se dérouleront en salle 0.017, bât. recherche sud, campus Condorcet

La séance du 8 juin se déroulera en salle 0.017, bâtiment recherche Sud, Campus Condorcet

La séance du 22 juin se déroulera en salle 3.07, centre des colloques, Campus Condorcet

Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.

Contacts additionnels
-
Informations pratiques

par courriel : ismael.moya@cnrs.fr

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous par courriel.

Réception des candidats

sur rendez-vous par courriel.

Pré-requis
-
  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    Salle 25-B
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / bimensuel (2e/4e), mercredi 16:30-18:30
    du 13 octobre 2021 au 22 juin 2022
    Nombre de séances : 14

Fondé en 2005, ce séminaire est consacré à l’anthropologie comparative des sociétés du Sahel occidental musulman (Sénégal, Mauritanie, Mali, Niger...) et de leurs diasporas, régionales et internationales. Lors de l’année 2021-2022, le séminaire a poursuivi et enrichi ses activités qui consistent à démontrer, à l’aide d’une démarche comparative, que les logiques sociales, religieuses et culturelles d’islamisation et de hiérarchisation des sociétés du Sahel occidental (dans leur historicité longue) fournissent un prisme extrêmement pertinent pour comprendre, non seulement, l’actualité de ces sociétés mais, bien au-delà de cela, notre contemporanéité. Lors d’une séance introductive collective et d’onze exposés individuels, la comparaison s’est construite autour de trois axes :

1) Réformismes islamiques et mobilité sociale. Ayant popularisé l’Islam dans la vallée du fleuve Sénégal, depuis le XVe siècle et jusqu’à nos jours, ces réformismes rendent possibles des processus de promotion sociale permettant l’ascension des « subalternes » (cadets sociaux, femmes…) à des position prestigieuses et/ou d’autorité – Abdel Wedoud Ould-Cheikh (Université de Lorraine) et Jean Schmitz (IMAF-IRD). Les traditions lettrées de l’espace sahelo-saharien, entre XVe et XIXe siècle, offrent ainsi un exemple de la constitution d’un islam « polycentrique » où les formes d’islamité sont nourries par un « cosmopolitisme vernaculaire » (Ismail Warscheid, IRHT-CNRS). Par ailleurs, dans la société maure la distinction apparemment raciale et binaire entre Bīđ̣ân (« Blancs ») et ḥṛāṭîn (descendant d’esclaves) renvoie à un éventail beaucoup plus fin et complexe de catégories dont la langue est le vecteur premier (Catherine Taine-Cheikh, CNRS-LACITO). Encore, l’affirmation dans l’arène publique d’intellectuels ou d’associations « wahhabites » au Ghana et au Burkina Faso ont permis d’« incorporer » localement, via les jeunes fonctionnaires éduqués, le projet de modernisation promu par les colonisateurs (Ousmane Kobo, Columbus Université, invité IISMM), ainsi que de fournir aux colonisés d’autres arguments comme en témoigne le débat entre Chrétiens et Musulmans au Niger (Abdoulaye Sounaye, Leibniz-ZMO, invité IISMM).

2) La distinction entre hiérarchies statutaires et rapports de pouvoir est aussi un axe qui structure les sociétés du Sahel occidental. À Dakar, au Sénégal, le pouvoir et plus largement la capacité d’agir ne sont pensables que par le truchement des griots, dont le statut social polarise l’ensemble des catégories statutaires (Ismaël Moya, CNRS-X, LESC). Par ailleurs, dans le haut Atlas du Maroc par exemple, être descendant d’« esclaves domestiques » ou de « forgerons » est toujours aujourd’hui source de stigmatisation, alors même que ces catégories ont disparu sur le plan professionnel (Matthew Carey, Université de Copenhague, invité IISMM). Encore, dans la commune de Ross Béthio dans le Delta du fleuve Sénégal, être membre des géér (gens du commun) ou des ñeeño (« castés ») se révèle déterminant dans les carrières des hommes politiques et des grands exploitants agricoles (Cheikh Mané, IMAF). Ces différents exposés ont permis de souligner l’air de famille de ces institutions contemporaines sur les deux rives du Sahara et en particulier l’importance de la valeur de la discrétion (sutra, sutura).

3) Le débat sur la transnationalisation des espaces sociaux peut alors être engagé en adoptant une posture critique qui consiste à prendre en compte la reproduction des catégories d’appartenance lors des migrations et mobilités au sens large. Ainsi, l’essor des migrations transnationales à partir du pays bisa du Burkina Faso ne produit pas une déterritorialisation des villages de départ des migrants mais est, au contraire, l’expression même de la territorialité villageoise (Pietro Fornasetti, IMAf). Les trajectoires personnelles des « mauvais garçons de la nation » de Grigny (Île-de-France), qui traversent des périodes de criminalité voire des processus de « radicalisation » et vivent au bord de la « seconde zone », restent toujours ancrées au groupe d’amis qui forme donc des « loyautés radicales » (Fabien Truong, Université Paris 8). Par ailleurs, l’exemple de l’Afghanistan actuel, dont la capitale a été prise sans coup férir par les Talibans en septembre 2021, donne un autre exemple d’une arène politique transnationale où les grands récits téléologiques de la modernisation et de la démocratisation se trouvent remis radicalement en question (Alessandro Monsutti, IHEID).