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UE924 - Capitalisme sauvage (séminaire d’anthropologie)


Lieu et planning


  • Campus Condorcet-Centre de colloques
    Salle 3.09
    Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / mensuel (1re), vendredi 12:30-14:30
    du 5 novembre 2021 au 3 juin 2022
    Nombre de séances : 10


Description


Dernière modification : 16 septembre 2021 12:18

Type d'UE
Séminaires DR/CR
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Anthropologie Capitalisme Économie Ethnographie
Aires culturelles
Afrique Amériques Asie Europe Océanie
Intervenant·e·s
  • Alice Doublier [référent·e]   chargée de recherche, CNRS / Centre de recherches sur le Japon (CCJ-CRJ)
  • Ismaël Moya   chargé de recherche, CNRS

Le capitalisme sauvage et non la sauvagerie du capitalisme. Car ce séminaire propose de se pencher sur ce qui, dans le monde capitaliste contemporain, échappe structurellement à la domestication en vue d'obtenir un rendement. A partir d’exemples ethnographiques géographiquement variés, il s’agira d'explorer des mondes sociaux où la richesse est mise au service de la socialité et l’accumulation semble rencontrer une forme de limite. Des dépenses rituelles aux quêtes de sens dans le capitalisme tardif, les richesses et les dynamiques sociales produites par l'économie capitaliste sont ainsi captées pour alimenter des formes de vie sociales singulières avec une ampleur et une intensité telle qu’ils suscitent des formes de réflexivité observables sur le terrain et impliquent de fait un travail de redescription ethnographique et de redéfinition des concepts anthropologiques. En cela l’objectif de ce séminaire est anthropologique. Il ne vise pas à décrire la diversité des formes de capitalisme, les projets alternatifs ou dénoncer les ravages des régimes économiques modernes. A l’inverse, nous proposons d'opérer un pas de côté, et de procéder à une série de décentrements qui mettent au jour, et au travail, les formes de différences alimentées par l’économie capitaliste.

Dates des séances  :

  •  22 octobre 2021 (salle A302, bât. EHESS-Condorcet, 2 cours des Humanités 93300 Aubervilliers)
  • 5 novembre 2021
  • 3 décembre 2021
  • 7 janvier 2022
  • 4 février 2022
  • 4 mars 2022
  • 1er avril 2022
  • 3 juin 2022, journée d'étude de 9 h à 18 h (salle 3.09)

Master


  • Séminaires de recherche – Anthropologie-Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel mensuelle = 6 ECTS
    MCC – organisation d'une journée d'étude

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Contacts: alice.doublier@ehess.fr; Ismael.MOYA@cnrs.fr

Direction de travaux des étudiants
-
Réception des candidats
-
Pré-requis
-

Compte rendu


Sous la forme d’un clin d’œil à Claude Lévi-Strauss, ce séminaire a proposé de se pencher sur la « part sauvage » du capitalisme, à savoir ce qui échappe structurellement à la domestication en vue d'obtenir un rendement. Au lieu de nous demander ce qu’est le capitalisme, nous avons essayé de comprendre empiriquement ses effets inattendus en explorant des situations où la logique de l’accumulation rencontre une forme de limite et les richesses et les dynamiques sociales produites par le capitalisme sont captées pour alimenter des formes de vie, avec une ampleur et une intensité qui impose, pour l’analyse, un décentrement du capitalisme et de l’économie.

Le séminaire a fonctionné en deux temps. Après une présentation générale, le premier moment du séminaire a été consacré à une suite d’exposés ethnographiques. Un volet a porté sur le coût des relations en contrastant les logiques d’accumulation et de consumation. Ismaël Moya (CNRS-X, LESC) a ainsi présenté son travail à Dakar sur la polarisation du système financier par le système rituel dominé par les femmes, dont ses interlocuteurs se plaignent comme d’un gaspillage de ressources, en insistant sur l’importance paradoxale en termes de valeur de l’ostentation et de l’orgueil dans la société wolof contemporaine. Juliette Cleuziou (Université Lyon 2, LADEC) a montré que l’accès renouvelé aux richesses, depuis l’accès au marché capitaliste, au Tadjikistan a alimenté une économie communautaire articulée autour du mariage. Elle a exploré les liens entre conception de la personne (des femmes en particulier), mariage et société. Un second volet a étudié la manière dont une forme de mise en récit post-effondrement permet paradoxalement de « périphériser » empiriquement le capitalisme. Marroussia Ferry (IHEID) a analysé le « scandale » migratoire dans la Géorgie contemporaine. Depuis l’introduction de l’économie de marché à la chute de l’URSS, les femmes migrent en masse tandis que leurs maris et leurs fils dilapideraient la quasi-totalité de l’argent qu’elles leur envoient afin d’assurer leurs sociabilités et/ou à des fins réprouvées socialement (alcool, drogue, jeu etc.) et, dans tous les cas, sans soucis d’accumulation ou de productivité. Alice Doublier (CNRS, CCJ) a quant à elle présenté la manière dont les brasseurs de sauce soja artisanale cherchent, dans le cadre capitaliste à restaurer la grandeur du Japon à l’aide d’une moisissure, recomposant ainsi un monde déroutant dont ils se plaignent par ailleurs. Enfin, le troisième axe a porté sur l’État. Discutant de l’économie socialiste de marché chinoise, Hélène Bloch (Université de Nanterre, Lesc) a souligné l’importance de la planification dans le capitalisme chinois et exploré la manière dont l’artificialisme de l’État chinois, exprimé dans un plan de mise en valeur touristique du Mont Qingcheng (Sichuan), a su transformer radicalement l’espace géographique et social tout en devant composer localement avec un culte local en principe interdit, ce qui a conduit à une articulation des économies touristiques et rituelles.

Le second moment a été pensé autour d’un atelier conclusif. En collaboration avec les étudiant·es qui ont suivi régulièrement du séminaire, nous avons discuté des points de convergences entre les invité·es et élaboré le programme. Les étudiant-es ont fait office de discutant·es des différentes séquences en association avec des collègues plus expérimentés. Cette journée (3 juin 2022) a rassemblé les intervenant-es de l’année ainsi que deux autres intervenant-es sur la question du rapport entre travail et richesse. Muriel Champy (Université d’Aix-Marseille, IMAF) a présenté le « travaillement » de la richesse lors de soirées musicales Ivoiriennes de Coupé-Décalé, à savoir des distributions ostentatoires de billets de banque visant à mettre en scène sa valeur. Cette forme de « boucan » (i.e. forcer l’attention en soirée par des pratiques de consommation ostentatoire) vise à transformer le réel en présentant une fiction suffisamment spectaculaire pour que tout le monde soit obligé de négocier. Inversement, Arthur Jatteau (Université de Lille, Clersé), à partir de données statistiques, a décrit le travail institutionnel, social et fiscal nécessaire à la reproduction et la transmission de la richesse dans le contexte français en insistant sur son coût et l’invisibilisation de ce travail social.

Publications

Alice Doublier & Ismaël Moya (eds), (à paraître, printemps 2023), Terrain "Capitalisme Sauvage", n° 78.

Dernière modification : 16 septembre 2021 12:18

Type d'UE
Séminaires DR/CR
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Anthropologie Capitalisme Économie Ethnographie
Aires culturelles
Afrique Amériques Asie Europe Océanie
Intervenant·e·s
  • Alice Doublier [référent·e]   chargée de recherche, CNRS / Centre de recherches sur le Japon (CCJ-CRJ)
  • Ismaël Moya   chargé de recherche, CNRS

Le capitalisme sauvage et non la sauvagerie du capitalisme. Car ce séminaire propose de se pencher sur ce qui, dans le monde capitaliste contemporain, échappe structurellement à la domestication en vue d'obtenir un rendement. A partir d’exemples ethnographiques géographiquement variés, il s’agira d'explorer des mondes sociaux où la richesse est mise au service de la socialité et l’accumulation semble rencontrer une forme de limite. Des dépenses rituelles aux quêtes de sens dans le capitalisme tardif, les richesses et les dynamiques sociales produites par l'économie capitaliste sont ainsi captées pour alimenter des formes de vie sociales singulières avec une ampleur et une intensité telle qu’ils suscitent des formes de réflexivité observables sur le terrain et impliquent de fait un travail de redescription ethnographique et de redéfinition des concepts anthropologiques. En cela l’objectif de ce séminaire est anthropologique. Il ne vise pas à décrire la diversité des formes de capitalisme, les projets alternatifs ou dénoncer les ravages des régimes économiques modernes. A l’inverse, nous proposons d'opérer un pas de côté, et de procéder à une série de décentrements qui mettent au jour, et au travail, les formes de différences alimentées par l’économie capitaliste.

Dates des séances  :

  •  22 octobre 2021 (salle A302, bât. EHESS-Condorcet, 2 cours des Humanités 93300 Aubervilliers)
  • 5 novembre 2021
  • 3 décembre 2021
  • 7 janvier 2022
  • 4 février 2022
  • 4 mars 2022
  • 1er avril 2022
  • 3 juin 2022, journée d'étude de 9 h à 18 h (salle 3.09)
  • Séminaires de recherche – Anthropologie-Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel mensuelle = 6 ECTS
    MCC – organisation d'une journée d'étude
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Contacts: alice.doublier@ehess.fr; Ismael.MOYA@cnrs.fr

Direction de travaux des étudiants
-
Réception des candidats
-
Pré-requis
-
  • Campus Condorcet-Centre de colloques
    Salle 3.09
    Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / mensuel (1re), vendredi 12:30-14:30
    du 5 novembre 2021 au 3 juin 2022
    Nombre de séances : 10

Sous la forme d’un clin d’œil à Claude Lévi-Strauss, ce séminaire a proposé de se pencher sur la « part sauvage » du capitalisme, à savoir ce qui échappe structurellement à la domestication en vue d'obtenir un rendement. Au lieu de nous demander ce qu’est le capitalisme, nous avons essayé de comprendre empiriquement ses effets inattendus en explorant des situations où la logique de l’accumulation rencontre une forme de limite et les richesses et les dynamiques sociales produites par le capitalisme sont captées pour alimenter des formes de vie, avec une ampleur et une intensité qui impose, pour l’analyse, un décentrement du capitalisme et de l’économie.

Le séminaire a fonctionné en deux temps. Après une présentation générale, le premier moment du séminaire a été consacré à une suite d’exposés ethnographiques. Un volet a porté sur le coût des relations en contrastant les logiques d’accumulation et de consumation. Ismaël Moya (CNRS-X, LESC) a ainsi présenté son travail à Dakar sur la polarisation du système financier par le système rituel dominé par les femmes, dont ses interlocuteurs se plaignent comme d’un gaspillage de ressources, en insistant sur l’importance paradoxale en termes de valeur de l’ostentation et de l’orgueil dans la société wolof contemporaine. Juliette Cleuziou (Université Lyon 2, LADEC) a montré que l’accès renouvelé aux richesses, depuis l’accès au marché capitaliste, au Tadjikistan a alimenté une économie communautaire articulée autour du mariage. Elle a exploré les liens entre conception de la personne (des femmes en particulier), mariage et société. Un second volet a étudié la manière dont une forme de mise en récit post-effondrement permet paradoxalement de « périphériser » empiriquement le capitalisme. Marroussia Ferry (IHEID) a analysé le « scandale » migratoire dans la Géorgie contemporaine. Depuis l’introduction de l’économie de marché à la chute de l’URSS, les femmes migrent en masse tandis que leurs maris et leurs fils dilapideraient la quasi-totalité de l’argent qu’elles leur envoient afin d’assurer leurs sociabilités et/ou à des fins réprouvées socialement (alcool, drogue, jeu etc.) et, dans tous les cas, sans soucis d’accumulation ou de productivité. Alice Doublier (CNRS, CCJ) a quant à elle présenté la manière dont les brasseurs de sauce soja artisanale cherchent, dans le cadre capitaliste à restaurer la grandeur du Japon à l’aide d’une moisissure, recomposant ainsi un monde déroutant dont ils se plaignent par ailleurs. Enfin, le troisième axe a porté sur l’État. Discutant de l’économie socialiste de marché chinoise, Hélène Bloch (Université de Nanterre, Lesc) a souligné l’importance de la planification dans le capitalisme chinois et exploré la manière dont l’artificialisme de l’État chinois, exprimé dans un plan de mise en valeur touristique du Mont Qingcheng (Sichuan), a su transformer radicalement l’espace géographique et social tout en devant composer localement avec un culte local en principe interdit, ce qui a conduit à une articulation des économies touristiques et rituelles.

Le second moment a été pensé autour d’un atelier conclusif. En collaboration avec les étudiant·es qui ont suivi régulièrement du séminaire, nous avons discuté des points de convergences entre les invité·es et élaboré le programme. Les étudiant-es ont fait office de discutant·es des différentes séquences en association avec des collègues plus expérimentés. Cette journée (3 juin 2022) a rassemblé les intervenant-es de l’année ainsi que deux autres intervenant-es sur la question du rapport entre travail et richesse. Muriel Champy (Université d’Aix-Marseille, IMAF) a présenté le « travaillement » de la richesse lors de soirées musicales Ivoiriennes de Coupé-Décalé, à savoir des distributions ostentatoires de billets de banque visant à mettre en scène sa valeur. Cette forme de « boucan » (i.e. forcer l’attention en soirée par des pratiques de consommation ostentatoire) vise à transformer le réel en présentant une fiction suffisamment spectaculaire pour que tout le monde soit obligé de négocier. Inversement, Arthur Jatteau (Université de Lille, Clersé), à partir de données statistiques, a décrit le travail institutionnel, social et fiscal nécessaire à la reproduction et la transmission de la richesse dans le contexte français en insistant sur son coût et l’invisibilisation de ce travail social.

Publications

Alice Doublier & Ismaël Moya (eds), (à paraître, printemps 2023), Terrain "Capitalisme Sauvage", n° 78.