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UE923 - L'enquête biographique dans l'étude des sciences. Vie et travail scientifiques


Lieu et planning


  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    Salle A527
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    1er semestre / hebdomadaire, lundi 15:30-17:30
    du 8 novembre 2021 au 7 février 2022
    Nombre de séances : 12


Description


Dernière modification : 17 mai 2021 17:28

Type d'UE
Séminaires DR/CR
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie, Histoire, Méthodes et techniques des sciences sociales, Sociologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Épistémologie Études des sciences contemporaines Genre Histoire culturelle Histoire des sciences et des techniques Histoire intellectuelle Intellectuels Travail
Aires culturelles
Europe France
Intervenant·e·s
  • Anne Collinot [référent·e]   chargée de recherche, CNRS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)

Le séminaire poursuit sa réflexion sur l’enquête biographique comme outil de connaissance pour l’étude des sciences. Il s'agit d’examiner spécifiquement le « mode de vie » savant, en le situant dans la catégorie des existences vouées aux savoirs, comme celles des lettrés, des érudits ou des scientifiques.

Le séminaire est construit autour du concept d’œuvre-travail. Cependant que toute enquête biographique porte en elle la question cruciale du rapport entre la vie et l’œuvre, il s’agit de mettre en lumière le chaînon important mais souvent oublié, qui attache étroitement l’œuvre à la vie : ce chaînon est le travail. Bien que nul n’ignore la place du travail acharné dans la vie du savant, et que les biographies scientifiques manquent rarement d’évoquer la ténacité et l’opiniâtreté comme les qualités indispensables des chercheurs, il est opportun d’examiner attentivement les aspects pratiques et ordinaires du travail et de l’acharnement. La notion de travail est entendue jusque dans sa dimension la plus intime, avec tout ce qu’il suppose de persévérance, de constance, d’effort continu, c’est-à-dire de discipline quotidienne. La gestion de l’emploi du temps, l’aménagement des lieux de résidence, les pratiques de sociabilité donnent à voir la vie scientifique comme une construction homogène et conséquente. Les difficultés – et les satisfactions – du travail intellectuel impliquent d’organiser sa vie d’une certaine manière, mais aussi de dérober du temps à la vie, c’est-à-dire de donner une forme singulière à l’ensemble de sa vie, faisant de celle-ci un outil essentiel de la production intellectuelle. En dirigeant l’éclairage sur cet ensemble de déterminants du travail intellectuel, décisifs et néanmoins rarement objectivés, nous visons non seulement à lever le voile sur certaines des conditions de possibilité de l’œuvre, mais aussi à enrichir l’enquête biographique.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Savoirs en sociétés-Histoire des sciences, des techniques et des savoirs – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

par courriel.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis

le séminaire est ouvert aux chercheurs, aux doctorants, aux étudiants en master.


Compte rendu


Le séminaire poursuit la réflexion sur l’enquête biographique comme outil de connaissance pour l’étude des sciences. Nous avons continué d’examiner spécifiquement le « mode de vie » savant, en le situant dans la catégorie des existences vouées aux savoirs, comme celles des lettrés, des érudits ou des scientifiques. Le séminaire a été divisé en trois parties.

Dans la première partie, j’ai discuté le concept d’œuvre-travail, situé au cœur de mes recherches. Cependant que toute enquête biographique porte en elle la question cruciale du rapport entre la vie et l’œuvre, il s’agit de mettre en lumière le chaînon important mais souvent négligé, qui attache étroitement l’œuvre à la vie : ce chaînon est le travail. Bien que nul n’ignore la place du travail acharné dans la vie du savant, et que les biographies scientifiques manquent rarement d’évoquer la ténacité et l’opiniâtreté comme les qualités indispensables des chercheurs, il est opportun d’examiner attentivement les aspects pratiques et ordinaires du travail et de l’acharnement. Les difficultés – et les satisfactions – du travail intellectuel impliquent de donner une forme singulière à l’ensemble de sa vie, faisant de celle-ci un outil essentiel de la production intellectuelle. En dirigeant l’éclairage sur cet ensemble de déterminants du travail intellectuel, décisifs et néanmoins rarement objectivés, je vise non seulement à lever le voile sur certaines des conditions de possibilité de l’œuvre, mais aussi à enrichir l’enquête biographique. 

Nous avons ainsi fait valoir une « niche » culturelle précise définies par des contraintes récurrentes, non-contextuelles du travail : les modalités pratiques, quotidiennes et ordinaires du travail que nous avons analysées dans cette première partie du séminaire sont générales et se retrouvent dans plusieurs cas inscrits dans la longue durée : Erasme, Lavoisier, Darwin, Lévi-Strauss… Autant de cas sur lesquels nous nous sommes penchés dans la seconde partie du séminaire, pour souligner les conditions pratiques et parfois psycho-affectives de la production d’une œuvre savante. Si la figure du savant est rapprochée de celle de l’artisan, tant son existence et son corps sont entièrement engagés dans le processus, une collectivité plus ou moins nombreuse se fait jour autour de lui qui l’accompagne dans sa vie domestique et intellectuelle. Inventée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et illustrée par plusieurs couples célèbres, la « société conjugale », formée par le savant et son épouse, est un modèle pérenne qui, des Lumières jusqu’au XXe siècle, a permis l’épanouissement de maintes grandes œuvres. L’épouse se révèle ici comme la principale collaboratrice/interlocutrice éclairée du savant, effectuant différents travaux (relectures, traductions…), organisant la vie sociale, veillant à chaque instant à aménager les conditions les plus favorables à l’accomplissement de « l’œuvre-travail ». Au-delà de la figure de l’épouse-de-savant, nous avons exploré l’idée d’une collectivité construite sur mesure destinée à servir la production intellectuelle, en reconnaissant la variété de ses contours : l’union des époux, mais aussi la famille, un cercle amical, un cénacle de disciples, un groupe de collègues.

La troisième partie du séminaire a été consacrée à évaluer les apports du concept d’œuvre-travail dans les cas précis des travaux des étudiants. Par exemple pour : interroger les données biographiques rassemblées à ce jour sur la vie du naturaliste Georges Cuvier ; interpréter les données disponibles sur la vie et l'œuvre de Jean-Joseph Ménuret de Chambaud (1739-1815), médecin de l'École de Montpellier ; analyser le récit autobiographique du mathématicien et cybernéticien Norbert Wiener, et mettre en lumière la discipline et le travail acharné imposés à l’« enfant prodige » par le projet éducatif mis en œuvre par son père.

Publications

-

Dernière modification : 17 mai 2021 17:28

Type d'UE
Séminaires DR/CR
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie, Histoire, Méthodes et techniques des sciences sociales, Sociologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Épistémologie Études des sciences contemporaines Genre Histoire culturelle Histoire des sciences et des techniques Histoire intellectuelle Intellectuels Travail
Aires culturelles
Europe France
Intervenant·e·s
  • Anne Collinot [référent·e]   chargée de recherche, CNRS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)

Le séminaire poursuit sa réflexion sur l’enquête biographique comme outil de connaissance pour l’étude des sciences. Il s'agit d’examiner spécifiquement le « mode de vie » savant, en le situant dans la catégorie des existences vouées aux savoirs, comme celles des lettrés, des érudits ou des scientifiques.

Le séminaire est construit autour du concept d’œuvre-travail. Cependant que toute enquête biographique porte en elle la question cruciale du rapport entre la vie et l’œuvre, il s’agit de mettre en lumière le chaînon important mais souvent oublié, qui attache étroitement l’œuvre à la vie : ce chaînon est le travail. Bien que nul n’ignore la place du travail acharné dans la vie du savant, et que les biographies scientifiques manquent rarement d’évoquer la ténacité et l’opiniâtreté comme les qualités indispensables des chercheurs, il est opportun d’examiner attentivement les aspects pratiques et ordinaires du travail et de l’acharnement. La notion de travail est entendue jusque dans sa dimension la plus intime, avec tout ce qu’il suppose de persévérance, de constance, d’effort continu, c’est-à-dire de discipline quotidienne. La gestion de l’emploi du temps, l’aménagement des lieux de résidence, les pratiques de sociabilité donnent à voir la vie scientifique comme une construction homogène et conséquente. Les difficultés – et les satisfactions – du travail intellectuel impliquent d’organiser sa vie d’une certaine manière, mais aussi de dérober du temps à la vie, c’est-à-dire de donner une forme singulière à l’ensemble de sa vie, faisant de celle-ci un outil essentiel de la production intellectuelle. En dirigeant l’éclairage sur cet ensemble de déterminants du travail intellectuel, décisifs et néanmoins rarement objectivés, nous visons non seulement à lever le voile sur certaines des conditions de possibilité de l’œuvre, mais aussi à enrichir l’enquête biographique.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Savoirs en sociétés-Histoire des sciences, des techniques et des savoirs – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

par courriel.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis

le séminaire est ouvert aux chercheurs, aux doctorants, aux étudiants en master.

  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    Salle A527
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    1er semestre / hebdomadaire, lundi 15:30-17:30
    du 8 novembre 2021 au 7 février 2022
    Nombre de séances : 12

Le séminaire poursuit la réflexion sur l’enquête biographique comme outil de connaissance pour l’étude des sciences. Nous avons continué d’examiner spécifiquement le « mode de vie » savant, en le situant dans la catégorie des existences vouées aux savoirs, comme celles des lettrés, des érudits ou des scientifiques. Le séminaire a été divisé en trois parties.

Dans la première partie, j’ai discuté le concept d’œuvre-travail, situé au cœur de mes recherches. Cependant que toute enquête biographique porte en elle la question cruciale du rapport entre la vie et l’œuvre, il s’agit de mettre en lumière le chaînon important mais souvent négligé, qui attache étroitement l’œuvre à la vie : ce chaînon est le travail. Bien que nul n’ignore la place du travail acharné dans la vie du savant, et que les biographies scientifiques manquent rarement d’évoquer la ténacité et l’opiniâtreté comme les qualités indispensables des chercheurs, il est opportun d’examiner attentivement les aspects pratiques et ordinaires du travail et de l’acharnement. Les difficultés – et les satisfactions – du travail intellectuel impliquent de donner une forme singulière à l’ensemble de sa vie, faisant de celle-ci un outil essentiel de la production intellectuelle. En dirigeant l’éclairage sur cet ensemble de déterminants du travail intellectuel, décisifs et néanmoins rarement objectivés, je vise non seulement à lever le voile sur certaines des conditions de possibilité de l’œuvre, mais aussi à enrichir l’enquête biographique. 

Nous avons ainsi fait valoir une « niche » culturelle précise définies par des contraintes récurrentes, non-contextuelles du travail : les modalités pratiques, quotidiennes et ordinaires du travail que nous avons analysées dans cette première partie du séminaire sont générales et se retrouvent dans plusieurs cas inscrits dans la longue durée : Erasme, Lavoisier, Darwin, Lévi-Strauss… Autant de cas sur lesquels nous nous sommes penchés dans la seconde partie du séminaire, pour souligner les conditions pratiques et parfois psycho-affectives de la production d’une œuvre savante. Si la figure du savant est rapprochée de celle de l’artisan, tant son existence et son corps sont entièrement engagés dans le processus, une collectivité plus ou moins nombreuse se fait jour autour de lui qui l’accompagne dans sa vie domestique et intellectuelle. Inventée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et illustrée par plusieurs couples célèbres, la « société conjugale », formée par le savant et son épouse, est un modèle pérenne qui, des Lumières jusqu’au XXe siècle, a permis l’épanouissement de maintes grandes œuvres. L’épouse se révèle ici comme la principale collaboratrice/interlocutrice éclairée du savant, effectuant différents travaux (relectures, traductions…), organisant la vie sociale, veillant à chaque instant à aménager les conditions les plus favorables à l’accomplissement de « l’œuvre-travail ». Au-delà de la figure de l’épouse-de-savant, nous avons exploré l’idée d’une collectivité construite sur mesure destinée à servir la production intellectuelle, en reconnaissant la variété de ses contours : l’union des époux, mais aussi la famille, un cercle amical, un cénacle de disciples, un groupe de collègues.

La troisième partie du séminaire a été consacrée à évaluer les apports du concept d’œuvre-travail dans les cas précis des travaux des étudiants. Par exemple pour : interroger les données biographiques rassemblées à ce jour sur la vie du naturaliste Georges Cuvier ; interpréter les données disponibles sur la vie et l'œuvre de Jean-Joseph Ménuret de Chambaud (1739-1815), médecin de l'École de Montpellier ; analyser le récit autobiographique du mathématicien et cybernéticien Norbert Wiener, et mettre en lumière la discipline et le travail acharné imposés à l’« enfant prodige » par le projet éducatif mis en œuvre par son père.

Publications

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