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UE895 - Eros et démocratie : le destin du féminin


Lieu et planning


  • Campus Condorcet (GED/bât. recherche Sud/Nord)
    Salle 2.11 - Humathèque (ex-Grand équipement documentaire/GED)
    Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    1er semestre / bimensuel (1re/3e), jeudi 14:30-18:30
    du 18 novembre 2021 au 3 février 2022
    Nombre de séances : 6


Description


Dernière modification : 16 mai 2021 15:53

Type d'UE
Séminaires DR/CR
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie, Philosophie et épistémologie, Signes, formes, représentations, Sociologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Affects Anthropologie Arts Corps Culture Démocratie Féminisme Genre Imaginaire Philosophie Psychanalyse Sexualité
Aires culturelles
Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Agnès Antoine [référent·e]   professeure agrégée, EHESS / Centre d'études sociologiques et politiques Raymond-Aron (CESPRA)

Ce séminaire s’inscrit dans le cadre d’une réflexion philosophique et psychanalytique sur le  «malaise dans la civilisation  démocratique »  et le type de renoncement pulsionnel qu’a induit l’idéologie de la rationalité dans le régime socio-politique de l’égalité, alors même qu’il est porteur d’une promesse de « réhabilitation de la chair », pour parler comme les Saint-Simoniens.  Pour dessiner ce que pourrait être une « démocratie sensible » et analyser le changement de civilisation en cours, du fait de l’effacement progressif des derniers vestiges patriarcaux, nous explorons la question du féminin symbolique et de son destin culturel passé et à venir et, avec elle, celle des liens archaïques mère-enfant, à la racine du psychisme humain.

Tout en gardant à l’horizon l’énigme anthropologique du déni ou du refoulement du féminin, le travail du séminaire précédent, axé sur la notion de frontière ou limite, intrapsychique ou politique, et sur le sentiment d’« inquiétante étrangeté » analysé par Freud, auquel nous conduisait l’expérience collective du confinement, nous a amenée sur le terrain des rapports spécifiques de la psychogenèse et de « l’appareil » psychique avec l’espace. C’est ce rapport que nous souhaiterions explorer plus à fond cette année, en nous appuyant notamment sur des textes issus de la tradition de la psychologie et de la psychiatrie phénoménologiques – en particulier ceux de Ludwig Binswanger -, et de la théorie psychologique et philosophique de la Gestalt (« forme »), ou encore sur des textes théoriques psychanalytiques traitant de la construction de l’image du corps – en particulier, ceux de Françoise Dolto.

Non seulement nous privilégierons dans cette recherche l’approche sensible d’œuvres artistiques, selon une « science affective » en résonance avec le mode de connaissance du « moi » primitif, mais nous nous attacherons aussi, eu égard à la frontière, à la limite et à l’espace, à analyser l’art dans sa dimension de rupture, de brèche ou de perméabilité.

Comme l’an passé, les participants du séminaire seront invités à poursuivre le travail au second semestre dans un atelier de recherche du même nom, à rythme mensuel, où ils interviendront, en retour, par des exposés individuels, en présentant les réflexions qu’ont fait naître en eux ce premier parcours, à partir de leur propre champ de recherche et de lectures qui leur auront été suggérées ( voir Agnès Antoine, « Eros et démocratie : le destin du féminin : atelier de recherche », à partir de février 2022). S’il est conseillé de suivre ce second séminaire après le premier, il n’est cependant pas obligatoire de le faire.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Formes et objets (M1) – M1/S1
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Images, cultures visuelles, histoire de l'art (M2) – M2/S3
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Pratiques, discours et usages (M1) – M1/S1
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

par courriel : agnes.antoine@ehess.fr

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

voir adresse courriel ci-dessus.

Pré-requis
-

Compte rendu


Cette année, l’exploration de la question du sensible, de son lien avec le féminin, des forces de résistance civilisationnelles à leur égard, m’a amenée à me centrer sur la question de la « passibilité » de l’être humain et à approfondir la genèse des premières représentations psychiques à partir d’un socle primitif de sensations corporelles et d’émotions ; et l’expérience récente du confinement m’a conduite à m’intéresser tout particulièrement aux liens entre psychisme et espace.

Après l’analyse, en guise d’introduction, de la conférence de Heidegger de 1964, Remarques sur art-sculpture-espace (Payot, 2015), où le philosophe trace la vocation de l’homme à « espacer » l’espace, lequel de son côté se donne à espacer, le séminaire s’est appuyé, en particulier, sur les ouvrages du psychiatre Ludwig Binswanger, Rêve et existence (1930 ) [Vrin,2012] et Le problème de l’espace en psychopathologie (conférence de 1932) [PUM, 1998].  Le penseur, en dialogue tout à la fois avec la psychanalyse et avec la tradition phénoménologique husserlienne et heideggérienne, pour la construction de « sciences affectives », y met en évidence la centralité de  la « disposition thymique » ou « tonalité affective »  (Stimmung) chez l’être humain, en montrant comment elle est première dans sa relation avec l’espace environnant et le colore, tandis qu’en retour l’Umwelt agit sur l’intériorité.  Nous nous sommes intéressés, en particulier, aux « existentiaux » de la hauteur et de la chute que Binswanger a mis en évidence, à la place déterminante qu’il leur donne dans l’existence humaine, ponctuée par la pulsation de leur alternance, et à la nature spécifique de ces ressentis affectifs qui portent encore en eux l’expérience corporelle et spatiale qui leur a donné forme originellement.

J’ai tenté alors d’introduire l’auditoire à ce que la psychanalyse postfreudienne et contemporaine a apporté de nouveau sur l’originaire et l’archaïque, et à ce que ces élucidations permettent aujourd’hui de penser, tout en partant d’abord du texte fondateur de 1896, où  Freud énonce l’idée qu’il y a différentes strates ou régimes de langage dans le psychisme humain, correspondant à des formes d’enregistrement et de représentation de sensations qui se sont succédées depuis l’origine suivant un processus de « traduction » (lettre 52/ 112 à W. Fliess).

Nous avons étudié, à travers son ouvrage La violence de l’interprétation (Puf, 1975), l’apport théorique de la psychiatre et psychanalyste Piera Aulagnier concernant l’existence d’un processus psychique « originaire » et de signifiants primitifs qu’elle nomme « pictogrammes », codant les premiers éprouvés de plaisir et de déplaisir par une « mise en forme » qui précède la mise en image et la mise en mot chargé de sens des processus ultérieurs. Nous avons également considéré les « signifiants formels » que Didier Anzieu a théorisés dans le sillon de ses travaux fondamentaux sur le « moi-peau », avec son texte  « Les signifiants formels et le moi-peau » (Les enveloppes psychiques, Dunod, 1987) ; et nous avons réfléchi, plus généralement, à cette grammaire archaïque de la représentation, à la source de l’Imaginaire, à partir de l’article de synthèse de Bernard Golse « Les signifiants formels comme un lointain écho du bébé que nous avons été » (Carnet Psy, n° 117, 2007).

J’ai enfin repris la question des premiers enregistrements somato-psychiques et de leur lien avec la spatialité en travaillant la question, symétrique, de la signification psychique des lieux avec l’ouvrage de la psychanalyste Isée Bernateau Vue sur mer (Puf, 2018) – et, en particulier, avec la pensée de l’écrivain Georges Perec qu’elle convoque dans son livre. L’expérimentation du confinement, encore proche, m’a amenée à m’intéresser tout spécialement au thème de la « maison ».

C’est dans la perspective critique d’un nouveau paradigme anthropologique, incluant la vie intra-utérine et l’événement natal, développé dans mes propres travaux, que j’ai, dans ce séminaire, analysé l’ensemble de ces textes. Et selon une méthodologie ajustée aux sciences du sensible, donnant aussi une place centrale à la rencontre des images et des formes.

Dans cette perspective, nous avons dialogué avec des œuvres plastiques issues des expositions  Inside (Palais de Tokyo, 2014-2015) et Women house. La maison selon elles (Monnaie de Paris, 2017-2018) – cette dernière écho elle-même de l’exposition-performance féministe Womanhouse de 1972. J’ai également visité avec les étudiants et participants du séminaire l’exposition Maisons du Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne (nov. 2021-mai 2022), qui abordait le thème de cet espace familier au prisme du trouble psychique, à travers les collections de l’hôpital, mais aussi par le biais d’œuvres d’artistes contemporains.          

Dernière modification : 16 mai 2021 15:53

Type d'UE
Séminaires DR/CR
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie, Philosophie et épistémologie, Signes, formes, représentations, Sociologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Affects Anthropologie Arts Corps Culture Démocratie Féminisme Genre Imaginaire Philosophie Psychanalyse Sexualité
Aires culturelles
Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Agnès Antoine [référent·e]   professeure agrégée, EHESS / Centre d'études sociologiques et politiques Raymond-Aron (CESPRA)

Ce séminaire s’inscrit dans le cadre d’une réflexion philosophique et psychanalytique sur le  «malaise dans la civilisation  démocratique »  et le type de renoncement pulsionnel qu’a induit l’idéologie de la rationalité dans le régime socio-politique de l’égalité, alors même qu’il est porteur d’une promesse de « réhabilitation de la chair », pour parler comme les Saint-Simoniens.  Pour dessiner ce que pourrait être une « démocratie sensible » et analyser le changement de civilisation en cours, du fait de l’effacement progressif des derniers vestiges patriarcaux, nous explorons la question du féminin symbolique et de son destin culturel passé et à venir et, avec elle, celle des liens archaïques mère-enfant, à la racine du psychisme humain.

Tout en gardant à l’horizon l’énigme anthropologique du déni ou du refoulement du féminin, le travail du séminaire précédent, axé sur la notion de frontière ou limite, intrapsychique ou politique, et sur le sentiment d’« inquiétante étrangeté » analysé par Freud, auquel nous conduisait l’expérience collective du confinement, nous a amenée sur le terrain des rapports spécifiques de la psychogenèse et de « l’appareil » psychique avec l’espace. C’est ce rapport que nous souhaiterions explorer plus à fond cette année, en nous appuyant notamment sur des textes issus de la tradition de la psychologie et de la psychiatrie phénoménologiques – en particulier ceux de Ludwig Binswanger -, et de la théorie psychologique et philosophique de la Gestalt (« forme »), ou encore sur des textes théoriques psychanalytiques traitant de la construction de l’image du corps – en particulier, ceux de Françoise Dolto.

Non seulement nous privilégierons dans cette recherche l’approche sensible d’œuvres artistiques, selon une « science affective » en résonance avec le mode de connaissance du « moi » primitif, mais nous nous attacherons aussi, eu égard à la frontière, à la limite et à l’espace, à analyser l’art dans sa dimension de rupture, de brèche ou de perméabilité.

Comme l’an passé, les participants du séminaire seront invités à poursuivre le travail au second semestre dans un atelier de recherche du même nom, à rythme mensuel, où ils interviendront, en retour, par des exposés individuels, en présentant les réflexions qu’ont fait naître en eux ce premier parcours, à partir de leur propre champ de recherche et de lectures qui leur auront été suggérées ( voir Agnès Antoine, « Eros et démocratie : le destin du féminin : atelier de recherche », à partir de février 2022). S’il est conseillé de suivre ce second séminaire après le premier, il n’est cependant pas obligatoire de le faire.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Formes et objets (M1) – M1/S1
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Images, cultures visuelles, histoire de l'art (M2) – M2/S3
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Pratiques, discours et usages (M1) – M1/S1
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

par courriel : agnes.antoine@ehess.fr

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

voir adresse courriel ci-dessus.

Pré-requis
-
  • Campus Condorcet (GED/bât. recherche Sud/Nord)
    Salle 2.11 - Humathèque (ex-Grand équipement documentaire/GED)
    Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    1er semestre / bimensuel (1re/3e), jeudi 14:30-18:30
    du 18 novembre 2021 au 3 février 2022
    Nombre de séances : 6

Cette année, l’exploration de la question du sensible, de son lien avec le féminin, des forces de résistance civilisationnelles à leur égard, m’a amenée à me centrer sur la question de la « passibilité » de l’être humain et à approfondir la genèse des premières représentations psychiques à partir d’un socle primitif de sensations corporelles et d’émotions ; et l’expérience récente du confinement m’a conduite à m’intéresser tout particulièrement aux liens entre psychisme et espace.

Après l’analyse, en guise d’introduction, de la conférence de Heidegger de 1964, Remarques sur art-sculpture-espace (Payot, 2015), où le philosophe trace la vocation de l’homme à « espacer » l’espace, lequel de son côté se donne à espacer, le séminaire s’est appuyé, en particulier, sur les ouvrages du psychiatre Ludwig Binswanger, Rêve et existence (1930 ) [Vrin,2012] et Le problème de l’espace en psychopathologie (conférence de 1932) [PUM, 1998].  Le penseur, en dialogue tout à la fois avec la psychanalyse et avec la tradition phénoménologique husserlienne et heideggérienne, pour la construction de « sciences affectives », y met en évidence la centralité de  la « disposition thymique » ou « tonalité affective »  (Stimmung) chez l’être humain, en montrant comment elle est première dans sa relation avec l’espace environnant et le colore, tandis qu’en retour l’Umwelt agit sur l’intériorité.  Nous nous sommes intéressés, en particulier, aux « existentiaux » de la hauteur et de la chute que Binswanger a mis en évidence, à la place déterminante qu’il leur donne dans l’existence humaine, ponctuée par la pulsation de leur alternance, et à la nature spécifique de ces ressentis affectifs qui portent encore en eux l’expérience corporelle et spatiale qui leur a donné forme originellement.

J’ai tenté alors d’introduire l’auditoire à ce que la psychanalyse postfreudienne et contemporaine a apporté de nouveau sur l’originaire et l’archaïque, et à ce que ces élucidations permettent aujourd’hui de penser, tout en partant d’abord du texte fondateur de 1896, où  Freud énonce l’idée qu’il y a différentes strates ou régimes de langage dans le psychisme humain, correspondant à des formes d’enregistrement et de représentation de sensations qui se sont succédées depuis l’origine suivant un processus de « traduction » (lettre 52/ 112 à W. Fliess).

Nous avons étudié, à travers son ouvrage La violence de l’interprétation (Puf, 1975), l’apport théorique de la psychiatre et psychanalyste Piera Aulagnier concernant l’existence d’un processus psychique « originaire » et de signifiants primitifs qu’elle nomme « pictogrammes », codant les premiers éprouvés de plaisir et de déplaisir par une « mise en forme » qui précède la mise en image et la mise en mot chargé de sens des processus ultérieurs. Nous avons également considéré les « signifiants formels » que Didier Anzieu a théorisés dans le sillon de ses travaux fondamentaux sur le « moi-peau », avec son texte  « Les signifiants formels et le moi-peau » (Les enveloppes psychiques, Dunod, 1987) ; et nous avons réfléchi, plus généralement, à cette grammaire archaïque de la représentation, à la source de l’Imaginaire, à partir de l’article de synthèse de Bernard Golse « Les signifiants formels comme un lointain écho du bébé que nous avons été » (Carnet Psy, n° 117, 2007).

J’ai enfin repris la question des premiers enregistrements somato-psychiques et de leur lien avec la spatialité en travaillant la question, symétrique, de la signification psychique des lieux avec l’ouvrage de la psychanalyste Isée Bernateau Vue sur mer (Puf, 2018) – et, en particulier, avec la pensée de l’écrivain Georges Perec qu’elle convoque dans son livre. L’expérimentation du confinement, encore proche, m’a amenée à m’intéresser tout spécialement au thème de la « maison ».

C’est dans la perspective critique d’un nouveau paradigme anthropologique, incluant la vie intra-utérine et l’événement natal, développé dans mes propres travaux, que j’ai, dans ce séminaire, analysé l’ensemble de ces textes. Et selon une méthodologie ajustée aux sciences du sensible, donnant aussi une place centrale à la rencontre des images et des formes.

Dans cette perspective, nous avons dialogué avec des œuvres plastiques issues des expositions  Inside (Palais de Tokyo, 2014-2015) et Women house. La maison selon elles (Monnaie de Paris, 2017-2018) – cette dernière écho elle-même de l’exposition-performance féministe Womanhouse de 1972. J’ai également visité avec les étudiants et participants du séminaire l’exposition Maisons du Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne (nov. 2021-mai 2022), qui abordait le thème de cet espace familier au prisme du trouble psychique, à travers les collections de l’hôpital, mais aussi par le biais d’œuvres d’artistes contemporains.