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UE743 - Épistémologie de l'archéologie


Lieu et planning


  • EHESS-Toulouse
    Université Toulouse-Jean Jaurès, Maison de la recherche, 5 allées Antonio-Machado 31000 Toulouse
    1er semestre / hebdomadaire, lundi 14:00-17:00
    du 8 novembre 2021 au 13 décembre 2021
    Nombre de séances : 6


Description


Dernière modification : 10 janvier 2022 18:23

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Archéologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Archéologie Épistémologie
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Philippe Boissinot [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés (TRACES)

En quoi l'archéologie est-elle une science sociale, et comment la définir face à un emploi de plus en plus équivoque de son objet ? La méthode OSE (ontologie-épistémologie-sémantique) est proposée pour clarifier cette méthode spécifique de connaissance à partir des choses matérielles, qui n'est rien d'autre qu'une enquête sur des agrégats. Durant le séminaire, on tirera toutes les conséquences de cette proposition préliminaire, ou comment connaître un fait humain quand on ne le sait pas déjà.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.


Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Philippe Boissinot : philippe.boissinot@ehess.fr

Direction de travaux des étudiants

sur RDV uniquement, le jeudi après-midi, MDR, Toulouse 2

Réception des candidats

sur internet uniquement : philippe.boissinot@ehess.fr

Pré-requis

niveau M1 (spécialité archéologique non obligatoire)


Compte rendu


Notre séminaire de premier semestre a été l’occasion d’une nouvelle interrogation sur les liens entre sémantique, ontologie et épistémologie, et cela, à propos de l’enquête archéologique. Contrairement à certaines propositions théoriques, nous n’accordons pas à l’artefact une place aussi centrale qui justifierait la création d’une nouvelle discipline. Nous avons cependant besoin d’une définition élargie des artefacts pour examiner comment ils entrent dans la composition des agrégats, lesquels sont pour nous les véritables objets archéologiques. L’extension qui n’est pas admise par tous les ontologues est celle des choses qui ne sont pas réellement fabriquées, mais dont on peut être certain d’un usage de la part des humains. Rien ne différencie toutefois un galet de rivière observé dans son lit naturel, du même galet retrouvé dans un dispositif à l’intérieur d’une habitation (ayant peut-être servi à maintenir un poids sur le couvercle d’un récipient). Cependant, aucune loi de la nature ne pouvant justifier sa présence dans le deuxième contexte, nous supposons qu’un intérêt a été trouvé à la chose. Ces considérations épistémiques se heurtent toutefois à quelques limites : ainsi, un amoncellement de galets au bord de la rivière qui les a fournis (tel qu’on peut les voir dans des œuvres relavant du Land Art) ne pourrait aucunement être détecté comme une fabrication humaine, de surcroît produite à des fins esthétiques. Par ailleurs, nous avons besoin d’étendre la notion d’artefact à celle des dispositifs, eux-mêmes constitués d’artefacts initialement séparés et, par exemple, rassemblés dans un dépôt sépulcral ou constituant l’équipement d’une habitation. L’expérience de terrain montre en réalité de nombreuses incertitudes quant à ces choses intentionnellement assemblées, qui ne l’ont finalement pas été totalement (cas des « mélanges » qui nécessite des hypothèses sur l’intention et sur la causalité). Se pose également la question du temps de ces assemblages, pour lesquels des choses peuvent être remplacées, soustraites ou ajoutées, rejoignant ainsi des interrogations classiques de la philosophie (sorites, identité du bateau de Thésée). L’un des avantages d’une telle extension de la définition des artefacts est de poser à nouveaux frais l’opposition canonique entre ensemble ouverts et fermés (une des rares contributions conceptuelles propres à l’archéologie) et de contribuer à une meilleure appréhension de l’opposition entre événements et processus (ainsi que nous l’avons proposé dans le registre particulier de l’« archéopédologie »).    

Nous avons continué nos interrogations sur les approches formelles, après les avoir concrètement abordées à propos de la collection céramique de la nécropole protohistorique de Sainte-Eulalie dans le Tarn (Boissinot 2022). En nous demandant « qu’est-une forme céramique ? », nous empruntons une voie différente de celle du formalisme géométrique, lequel s’attache à des formes « pures », abstraites de toute agentivité ; ces dernières peuvent certes être utiles pour la création d’un modèle 3D, mais elles échappent au contenu intentionnel que toute science historique ou anthropologique se doit d’analyser. La division d’un tout en plusieurs parties (étudiée par la discipline méréologique) constitue cette divergence avec les approches géométriques. Ainsi, peut-on dire qu’un vase de forme simple, par exemple « dérivée de la sphère » comporte cependant plusieurs parties : un fond arrondi destiné à son ancrage dans le sol, une paroi curviligne qui limite l’essentiel de son volume, et enfin l’ouverture qui constitue une interruption matérielle. La plupart des vases fabriqués sont généralement plus complexes et permettent d’opérer maintes divisions dans l’espace, en utilisant bien souvent le vocabulaire métaphorique du corps humain (pied, panse, col, épaulement, lèvre…). Les définitions qu’en donnent les manuels se caractérisent par leur caractère vague (il y a de nombreux cas intermédiaires et, parfois, des ambiguïtés). La reconnaissance de points caractéristiques, tels les points d’inflexion suggérés par A.-O. Sheppard  (à la suite du mathématicien Birkhoff), pourrait constituer une approche plus cohérente de la forme des vases (etic), mais elle se heurte nécessairement aux conceptions plus « fonctionnelles » des fabricants et des utilisateurs (emic) dont on ne peut pas ne pas tenir compte. Il en découle des classifications qui opèrent dans des registres forts différents.

Publications
  •  « Que faut-il pour faire un sanctuaire ? » , dans Naming and Mapping Gods, sous la dir. de C. Bonnet, De Gruyer, à paraître.
  •  « Entre événements et processus : sur les rencontres possibles entre archéologie et pédologie », dans L’archéopédologie : une approche interdisciplinaire des interactions sols/sociétés, sous la dir. de C. Petit et D. Schwartz, Étude et Gestion des sols, à paraître.
  •  « What is a "forme" ? On the description and classification of archaeological potteries », dans Between Singularity and Variability: crossing theoretical, qualitative and computer-based approaches to types and typologies in archaeology, sous la dir. de S. Plutniak et H. Shumon, Sidestone, à paraître.

Dernière modification : 10 janvier 2022 18:23

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Archéologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Archéologie Épistémologie
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Philippe Boissinot [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés (TRACES)

En quoi l'archéologie est-elle une science sociale, et comment la définir face à un emploi de plus en plus équivoque de son objet ? La méthode OSE (ontologie-épistémologie-sémantique) est proposée pour clarifier cette méthode spécifique de connaissance à partir des choses matérielles, qui n'est rien d'autre qu'une enquête sur des agrégats. Durant le séminaire, on tirera toutes les conséquences de cette proposition préliminaire, ou comment connaître un fait humain quand on ne le sait pas déjà.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.

Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Philippe Boissinot : philippe.boissinot@ehess.fr

Direction de travaux des étudiants

sur RDV uniquement, le jeudi après-midi, MDR, Toulouse 2

Réception des candidats

sur internet uniquement : philippe.boissinot@ehess.fr

Pré-requis

niveau M1 (spécialité archéologique non obligatoire)

  • EHESS-Toulouse
    Université Toulouse-Jean Jaurès, Maison de la recherche, 5 allées Antonio-Machado 31000 Toulouse
    1er semestre / hebdomadaire, lundi 14:00-17:00
    du 8 novembre 2021 au 13 décembre 2021
    Nombre de séances : 6

Notre séminaire de premier semestre a été l’occasion d’une nouvelle interrogation sur les liens entre sémantique, ontologie et épistémologie, et cela, à propos de l’enquête archéologique. Contrairement à certaines propositions théoriques, nous n’accordons pas à l’artefact une place aussi centrale qui justifierait la création d’une nouvelle discipline. Nous avons cependant besoin d’une définition élargie des artefacts pour examiner comment ils entrent dans la composition des agrégats, lesquels sont pour nous les véritables objets archéologiques. L’extension qui n’est pas admise par tous les ontologues est celle des choses qui ne sont pas réellement fabriquées, mais dont on peut être certain d’un usage de la part des humains. Rien ne différencie toutefois un galet de rivière observé dans son lit naturel, du même galet retrouvé dans un dispositif à l’intérieur d’une habitation (ayant peut-être servi à maintenir un poids sur le couvercle d’un récipient). Cependant, aucune loi de la nature ne pouvant justifier sa présence dans le deuxième contexte, nous supposons qu’un intérêt a été trouvé à la chose. Ces considérations épistémiques se heurtent toutefois à quelques limites : ainsi, un amoncellement de galets au bord de la rivière qui les a fournis (tel qu’on peut les voir dans des œuvres relavant du Land Art) ne pourrait aucunement être détecté comme une fabrication humaine, de surcroît produite à des fins esthétiques. Par ailleurs, nous avons besoin d’étendre la notion d’artefact à celle des dispositifs, eux-mêmes constitués d’artefacts initialement séparés et, par exemple, rassemblés dans un dépôt sépulcral ou constituant l’équipement d’une habitation. L’expérience de terrain montre en réalité de nombreuses incertitudes quant à ces choses intentionnellement assemblées, qui ne l’ont finalement pas été totalement (cas des « mélanges » qui nécessite des hypothèses sur l’intention et sur la causalité). Se pose également la question du temps de ces assemblages, pour lesquels des choses peuvent être remplacées, soustraites ou ajoutées, rejoignant ainsi des interrogations classiques de la philosophie (sorites, identité du bateau de Thésée). L’un des avantages d’une telle extension de la définition des artefacts est de poser à nouveaux frais l’opposition canonique entre ensemble ouverts et fermés (une des rares contributions conceptuelles propres à l’archéologie) et de contribuer à une meilleure appréhension de l’opposition entre événements et processus (ainsi que nous l’avons proposé dans le registre particulier de l’« archéopédologie »).    

Nous avons continué nos interrogations sur les approches formelles, après les avoir concrètement abordées à propos de la collection céramique de la nécropole protohistorique de Sainte-Eulalie dans le Tarn (Boissinot 2022). En nous demandant « qu’est-une forme céramique ? », nous empruntons une voie différente de celle du formalisme géométrique, lequel s’attache à des formes « pures », abstraites de toute agentivité ; ces dernières peuvent certes être utiles pour la création d’un modèle 3D, mais elles échappent au contenu intentionnel que toute science historique ou anthropologique se doit d’analyser. La division d’un tout en plusieurs parties (étudiée par la discipline méréologique) constitue cette divergence avec les approches géométriques. Ainsi, peut-on dire qu’un vase de forme simple, par exemple « dérivée de la sphère » comporte cependant plusieurs parties : un fond arrondi destiné à son ancrage dans le sol, une paroi curviligne qui limite l’essentiel de son volume, et enfin l’ouverture qui constitue une interruption matérielle. La plupart des vases fabriqués sont généralement plus complexes et permettent d’opérer maintes divisions dans l’espace, en utilisant bien souvent le vocabulaire métaphorique du corps humain (pied, panse, col, épaulement, lèvre…). Les définitions qu’en donnent les manuels se caractérisent par leur caractère vague (il y a de nombreux cas intermédiaires et, parfois, des ambiguïtés). La reconnaissance de points caractéristiques, tels les points d’inflexion suggérés par A.-O. Sheppard  (à la suite du mathématicien Birkhoff), pourrait constituer une approche plus cohérente de la forme des vases (etic), mais elle se heurte nécessairement aux conceptions plus « fonctionnelles » des fabricants et des utilisateurs (emic) dont on ne peut pas ne pas tenir compte. Il en découle des classifications qui opèrent dans des registres forts différents.

Publications
  •  « Que faut-il pour faire un sanctuaire ? » , dans Naming and Mapping Gods, sous la dir. de C. Bonnet, De Gruyer, à paraître.
  •  « Entre événements et processus : sur les rencontres possibles entre archéologie et pédologie », dans L’archéopédologie : une approche interdisciplinaire des interactions sols/sociétés, sous la dir. de C. Petit et D. Schwartz, Étude et Gestion des sols, à paraître.
  •  « What is a "forme" ? On the description and classification of archaeological potteries », dans Between Singularity and Variability: crossing theoretical, qualitative and computer-based approaches to types and typologies in archaeology, sous la dir. de S. Plutniak et H. Shumon, Sidestone, à paraître.