Attention, les informations que vous consultez actuellement ne sont pas celles de l'année en cours. Consulter l'année universitaire 2022-2023.

UE737 - Anthropologies de la Renaissance


Lieu et planning


  • Campus Condorcet-Centre de colloques
    Salle 3.09
    Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / bimensuel (2e/4e/5e), vendredi 12:30-14:30
    du 29 octobre 2021 au 27 mai 2022
    Nombre de séances : 12


Description


Dernière modification : 7 juillet 2021 13:54

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Histoire
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
-
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Caroline Callard [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Centre d'études en sciences sociales du religieux (CéSor)

La Renaissance est un grand moment de « trouble dans les ontologies » : c’est un siècle qui réfléchit aux métamorphoses (le loup garou), à la séparation des esprits et des corps (l’extase des sorciers, les phénomènes d’apparitions), aux ressemblances extraordinaires (comme dans la célèbre affaire Martin Guerre). Le schisme protestant contribue à cette mise à feu polémique en plaçant le problème de l’incarnation, le rapport de l’âme et du corps, la physique de la matière, le retour des âmes revenantes au premier plan des questions théologiques. Dans le séminaire de cette année nous explorerons ces phénomènes troublants au travers, notamment, leurs saisies judiciaires et savantes, en les réinsérant dans le contexte de violence paroxysmique et de massacres qui ponctuent ce « siècle de fer ».

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Pour toutes demandes d'informations, contacter directement l'enseignante : Caroline Callard

Direction de travaux des étudiants

Sur rendez-vous, en accord avec l'enseignante.

Réception des candidats

Sur rendez-vous, en accord avec l'enseignante.

Pré-requis

Aucuns


Compte rendu


Cette année, le séminaire a voulu ressaisir l’histoire des grands chantiers qui ont marqué l’anthropologie historique de la Renaissance.

Prenant pour point d’appui l’étude diachronique des préfaces et postfaces qui ponctuent les rééditions des ouvrages de Carlo Ginzburg, en particulier celles des Batailles nocturnes, on a suivi les différentes formes d’actualisation d’une pensée qui sans relâche a renégocié son inscription historiographique : de Jules Michelet, Margaret Murray (vite effacée), Delio Cantimori ou Eric Hobsbawm à la constitution de la triade Antonio Gramsci, Carlo Levi, Ernesto de Martino. On s’est intéressé au rôle joué par l’ouvrage de Serguei Shirokogoroff (Psycho Mental Complex of the Tungus,1935) dans l’élaboration d’outils visant tantôt à rapprocher l’historien de ses sources (par le recours à la psychologie – voire la psychiatrie) tantôt à l’en éloigner (par l’anthropologie et la linguistique), l’approche morphologique se plaçant au cœur du dispositif inter-disciplinaire. Nous avons resitué les études de C. Ginzburg sur la sorcellerie dans le contexte du marxisme italien des décennies d’après-guerre, jusqu’à la « révélation » du rôle de son identité juive.

Nous avons ensuite étudié le contexte anglo-américain d’éclosion de l’anthropologie historique, en nous appuyant sur la correspondance éditée par Alex Walsham entre Natalie Zemon Davis et Edgar P. Thompson. La contestation politique, étudiante et ouvrière, de la fin des années 60 est l’élément déterminant pour l’adoption du questionnaire anthropologique par des historiens militants, un questionnaire dépris des cadres de l’entreprise coloniale, notamment par son croisement avec l’histoire sociale d’Hobsbawm et la catégorie du subaltern. Ce contexte peut sembler, dans une certaine mesure, avoir été recouvert en France par le moment « Levi-Strauss » de la Nouvelle Histoire : le colloque de 77 consacré au charivari – auxquels participent aussi bien Carlo Ginzburg que Natalie Zemon Davis et Edgar P. Thompson – devaient célébrer les noces de l’anthropologie et de l’histoire. Le volume issu de la rencontre, publié en 1981 sous la direction de Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt, laisse apercevoir cependant d'intéressantes lignes de faille – notamment autour du primat à accorder à la fonction du rite ou à sa forme pour en délivrer une interprétation (difficultés reformulées aujourd’hui dans la discussion autour des thèses de Philippe Descola, bien accueillies par la communauté historienne).

La critique se déplace plus décisivement encore à la fin des années 80, lorsque Nancy Regalado réfute l’interprétation du Roman de Fauvel par C. Ginzburg, rendant patente l’irruption du tournant critique dans le champ de l’anthropologie historique. Pour la spécialiste américaine, ce n’est pas une logique anthropologique qui a guidé l’introduction de la Mesnie (chevauchée des morts) dans le rite du Charivari, venant en infléchir le sens, mais une pure logique textuelle répondant aux requisits du genre du miroir du prince. Ces deux traditions critiques – interprétation fonctionnaliste et interprétation textuelle – ont continué à nourrir les dialogues de l’anthropologie et de l’histoire, tandis que les objets passaient les frontières disciplinaires.

Retraçant le parcours d’objets classiquement historiens devenus anthropologiques (l’hérésie), ou au contraire classiquement anthropologiques devenus historiens (les formes de la parenté à l’œuvre dans le rituel du charivari), en passant par ceux partagés d’emblée (les rituels politiques), le séminaire a poursuivi son enquête jusqu’à repérer une forme actuelle de désenchantement, saisissable, par exemple, dans les usages que fait Denis Crouzet de l’« ethnographie » pour l’étude des rituels de violence.

Publications
  • Spectralities in the Renaissance. Sixteenth and Seventeenth Century, Oxford University Press, Oxford, 2022 [version remaniée du Temps des fantômes, Fayard, 2019].
  • « Des fantômes au théâtre de justice ? », La mémoire du futur. 8e Rencontres Recherche et Création, CNRS Édition, 2021.

Dernière modification : 7 juillet 2021 13:54

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Histoire
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
-
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Caroline Callard [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Centre d'études en sciences sociales du religieux (CéSor)

La Renaissance est un grand moment de « trouble dans les ontologies » : c’est un siècle qui réfléchit aux métamorphoses (le loup garou), à la séparation des esprits et des corps (l’extase des sorciers, les phénomènes d’apparitions), aux ressemblances extraordinaires (comme dans la célèbre affaire Martin Guerre). Le schisme protestant contribue à cette mise à feu polémique en plaçant le problème de l’incarnation, le rapport de l’âme et du corps, la physique de la matière, le retour des âmes revenantes au premier plan des questions théologiques. Dans le séminaire de cette année nous explorerons ces phénomènes troublants au travers, notamment, leurs saisies judiciaires et savantes, en les réinsérant dans le contexte de violence paroxysmique et de massacres qui ponctuent ce « siècle de fer ».

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Pour toutes demandes d'informations, contacter directement l'enseignante : Caroline Callard

Direction de travaux des étudiants

Sur rendez-vous, en accord avec l'enseignante.

Réception des candidats

Sur rendez-vous, en accord avec l'enseignante.

Pré-requis

Aucuns

  • Campus Condorcet-Centre de colloques
    Salle 3.09
    Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / bimensuel (2e/4e/5e), vendredi 12:30-14:30
    du 29 octobre 2021 au 27 mai 2022
    Nombre de séances : 12

Cette année, le séminaire a voulu ressaisir l’histoire des grands chantiers qui ont marqué l’anthropologie historique de la Renaissance.

Prenant pour point d’appui l’étude diachronique des préfaces et postfaces qui ponctuent les rééditions des ouvrages de Carlo Ginzburg, en particulier celles des Batailles nocturnes, on a suivi les différentes formes d’actualisation d’une pensée qui sans relâche a renégocié son inscription historiographique : de Jules Michelet, Margaret Murray (vite effacée), Delio Cantimori ou Eric Hobsbawm à la constitution de la triade Antonio Gramsci, Carlo Levi, Ernesto de Martino. On s’est intéressé au rôle joué par l’ouvrage de Serguei Shirokogoroff (Psycho Mental Complex of the Tungus,1935) dans l’élaboration d’outils visant tantôt à rapprocher l’historien de ses sources (par le recours à la psychologie – voire la psychiatrie) tantôt à l’en éloigner (par l’anthropologie et la linguistique), l’approche morphologique se plaçant au cœur du dispositif inter-disciplinaire. Nous avons resitué les études de C. Ginzburg sur la sorcellerie dans le contexte du marxisme italien des décennies d’après-guerre, jusqu’à la « révélation » du rôle de son identité juive.

Nous avons ensuite étudié le contexte anglo-américain d’éclosion de l’anthropologie historique, en nous appuyant sur la correspondance éditée par Alex Walsham entre Natalie Zemon Davis et Edgar P. Thompson. La contestation politique, étudiante et ouvrière, de la fin des années 60 est l’élément déterminant pour l’adoption du questionnaire anthropologique par des historiens militants, un questionnaire dépris des cadres de l’entreprise coloniale, notamment par son croisement avec l’histoire sociale d’Hobsbawm et la catégorie du subaltern. Ce contexte peut sembler, dans une certaine mesure, avoir été recouvert en France par le moment « Levi-Strauss » de la Nouvelle Histoire : le colloque de 77 consacré au charivari – auxquels participent aussi bien Carlo Ginzburg que Natalie Zemon Davis et Edgar P. Thompson – devaient célébrer les noces de l’anthropologie et de l’histoire. Le volume issu de la rencontre, publié en 1981 sous la direction de Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt, laisse apercevoir cependant d'intéressantes lignes de faille – notamment autour du primat à accorder à la fonction du rite ou à sa forme pour en délivrer une interprétation (difficultés reformulées aujourd’hui dans la discussion autour des thèses de Philippe Descola, bien accueillies par la communauté historienne).

La critique se déplace plus décisivement encore à la fin des années 80, lorsque Nancy Regalado réfute l’interprétation du Roman de Fauvel par C. Ginzburg, rendant patente l’irruption du tournant critique dans le champ de l’anthropologie historique. Pour la spécialiste américaine, ce n’est pas une logique anthropologique qui a guidé l’introduction de la Mesnie (chevauchée des morts) dans le rite du Charivari, venant en infléchir le sens, mais une pure logique textuelle répondant aux requisits du genre du miroir du prince. Ces deux traditions critiques – interprétation fonctionnaliste et interprétation textuelle – ont continué à nourrir les dialogues de l’anthropologie et de l’histoire, tandis que les objets passaient les frontières disciplinaires.

Retraçant le parcours d’objets classiquement historiens devenus anthropologiques (l’hérésie), ou au contraire classiquement anthropologiques devenus historiens (les formes de la parenté à l’œuvre dans le rituel du charivari), en passant par ceux partagés d’emblée (les rituels politiques), le séminaire a poursuivi son enquête jusqu’à repérer une forme actuelle de désenchantement, saisissable, par exemple, dans les usages que fait Denis Crouzet de l’« ethnographie » pour l’étude des rituels de violence.

Publications
  • Spectralities in the Renaissance. Sixteenth and Seventeenth Century, Oxford University Press, Oxford, 2022 [version remaniée du Temps des fantômes, Fayard, 2019].
  • « Des fantômes au théâtre de justice ? », La mémoire du futur. 8e Rencontres Recherche et Création, CNRS Édition, 2021.