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UE679 - Anthropologie et histoire des royautés sacrées et divines : regard comparatif depuis l’Empire inca


Lieu et planning


  • Campus Condorcet-Centre de colloques
    Salle 3.08
    Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    2nd semestre / hebdomadaire, vendredi 10:30-12:30
    du 25 février 2022 au 3 juin 2022
    Nombre de séances : 12


Description


Dernière modification : 7 avril 2022 06:34

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Anthropologie historique Comparatisme Corps Domination Empire Ethnologie Gouvernance Histoire culturelle Imaginaire Politique Rituel
Aires culturelles
Afrique Amérique préhispanique Amériques Asie Insulindien (monde) Océanie
Intervenant·e·s
  • Isabel Yaya-Mckenzie [référent·e]   maîtresse de conférences, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

Pour gouverner, le pouvoir doit s’autonomiser de la collectivité. Cette condition prend des formes particulièrement dramatiques dans les sociétés où l’État est incarné par la figure d’un « chef/roi sacré ». Décrit par la littérature anthropologique comme le principal responsable rituel de la prospérité et de la fécondité de ses sujets, il est aussi un être affranchi des lois qui régissent l’ordre social des humains ordinaires. Il peut donc effectuer, selon les lieux et les époques, des actes de sorcellerie maléfique ou de cannibalisme rituel, le meurtre symbolique d’un parent ou un mariage incestueux. Le séminaire propose d’examiner les pratiques gouvernementales singulières des royautés sacrées et divines telles que les anthropologues les ont documentées depuis la fin du XIXe siècle. Nous interrogerons les conditions de production de ces travaux aux époques coloniale et postcoloniale, ainsi que les théories qu’ils ont alimentées sur la formation de l’État et sa relation au fait religieux. Les séances alterneront entre la présentation des études classiques qui ont théorisé la spécificité de ces institutions au regard d’autres régimes politiques, et l’analyse des sources historiques de l’Empire inca qui nous permettront d’illustrer ces formes de pouvoir. Ce format entend articuler la discussion critique autour d’études de cas issues des mondes africain, océanien, indien et sud-asiatique, tout en offrant des clés méthodologiques pour l’étude comparative en sciences sociales et humaines.

25 février : Petite histoire et épistémologie de la notion de « royauté sacrée/divine »

4 mars : Régner hors-du-monde : l’étranger-roi et ses transgressions

11 mars : Regard comparatif. « [Les Incas] prenaient pour épouse leur sœur de chair »

18 mars : La physiologie du pouvoir : le corps du souverain et ses effets

25 mars : Regard comparatif. « Jamais on n’avait vu [l’Inca] ivre… il buvait pour tous les pauvres qu’il nourrissait ainsi »

1er avril : Le souverain officiant et objet rituel

8 avril : Regard comparatif. « Ils faisaient des sacrifices d’enfants et autres pour le maintien des forces de l’Inca »

15 avril : La violence souveraine

22 avril : Regard comparatif. « Après les avoir pendus, ils leur coupèrent les têtes qui furent empalées, et leurs corps réduits en cendre sur les plus hauts sommets »

13 mai : Maurizio Esposito La Rossa, Université de Cambridge – Fondation Fyssen, Pouvoir du souverain et pouvoir souverain de l’État à Madagascar : royautés contemporaines et État postcolonial chez les Sakalava

20 mai : Benoit Beucher, Université de Paris – CESSMA, L'entrée en « modernité coloniale » d'une monarchie africaine de droit divin : le risque de déforcement de la figure du roi (Moogo, actuel Burkina Faso, fin du XIXe siècle aux années 1950)

3 juin : Conclusion et discussion générale : qu’est-ce que comparer en sciences sociales et humaines ?


Master


  • Séminaires de recherche – Anthropologie-Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

Sur RDV uniquement

Réception des candidats
-
Pré-requis
-

Compte rendu


Ce séminaire proposait d’examiner les pratiques gouvernementales singulières des royautés sacrées et divines telles que les anthropologues les ont documentées depuis la fin du XIXe siècle. Il visait à interroger les conditions de production de ces travaux aux époques coloniale et postcoloniale, ainsi que les théories que cette littérature a contribué à alimenter sur les origines de l’État et sa relation au domaine religieux. Il a débuté par une petite histoire des grands classiques de la littérature anthropologique et historiques – James Frazer, Arthur Hocart, Edward Evans-Pritchard et les premières études sur les Shilluk – qui ont défini la royauté sacrée comme une forme d’autorité politico-rituelle dont la légitimité à régner ne repose sur aucun intermédiaire religieux : le roi ou le chef sacré est le garant de la prospérité et de la fertilité de ses sujets par l’accomplissement d’actes propitiatoires. Il est le principal responsable rituel agissant pour le bénéfice de la population, en même temps qu’il est un personnage qui se situe en dehors de la société car il transgresse toutes les règles de la socialité ordinaire, sans être soumis à la justice des gens du commun. Il est aussi un être affranchi des lois qui régissent l’ordre social des humains ordinaires. Il peut donc effectuer, selon les lieux et les époques, des actes de sorcellerie maléfique ou de cannibalisme rituel, le meurtre symbolique d’un parent ou un mariage incestueux.

Les séances ont alterné entre la présentation de ces études classiques qui ont théorisé la spécificité de cette institution au regard d’autres régimes politiques, et l’analyse des sources historiques de l’Empire inca. Ce format a permis d’articuler la discussion critique autour d’études de cas, tout en offrant des clés méthodologiques pour l’étude comparative en sciences sociales et humaines. La séance finale a été consacrée à un débat collectif sur le thème du séminaire : qu’est-ce que comparer en sciences sociales ? Au fil des séances, quelques questionnements ont été formulés à l’égard de la définition partagée de « royauté sacrée », en cherchant à contextualiser les sources ethnographiques et historiques sur lesquelles s’appuient ces théories : à travers quels dialogues intellectuels et dans quels contextes géopolitiques cette définition s’est stabilisée ? Et comment cette notion a participé à alimenter de vastes projets intellectuels, comme celui de la genèse de l’État.

Nous avons observé la persistance de l’héritage intellectuel de James Frazer alors que sa démarche analytique et le cadre évolutionniste de sa pensée ont été largement critiqués. Cet héritage paradoxal a alimenté certaines théories sur l’émergence de l’État dans les sociétés humaines qui serait tour à tour « la forme prédominante de l’État prémoderne » pour Marshall Sahlins ;  « une institution typique des sociétés à système lignager prononcé » pour Evans-Pritchard, où l’organisation politique prendrait une forme rituelle qui préfigure l’administration centralisée de l’État moderne ; ou encore une forme transitoire de système politique où la royauté sacrée est un organe différencié de la société, mais n’opère pas encore comme instrument d’une classe dominante minoritaire, comme c’est le cas dans l’État moderne dans sa définition classique. Or, ces théories s’appuient sur des ethnographies qui font peu de cas de la dimension coercitive du pouvoir royal. C’est pourquoi les dernières séances ont porté un regard critique sur cette absence, en tentant de redonner une chair historique à ces études de cas.

Dernière modification : 7 avril 2022 06:34

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Anthropologie historique Comparatisme Corps Domination Empire Ethnologie Gouvernance Histoire culturelle Imaginaire Politique Rituel
Aires culturelles
Afrique Amérique préhispanique Amériques Asie Insulindien (monde) Océanie
Intervenant·e·s
  • Isabel Yaya-Mckenzie [référent·e]   maîtresse de conférences, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

Pour gouverner, le pouvoir doit s’autonomiser de la collectivité. Cette condition prend des formes particulièrement dramatiques dans les sociétés où l’État est incarné par la figure d’un « chef/roi sacré ». Décrit par la littérature anthropologique comme le principal responsable rituel de la prospérité et de la fécondité de ses sujets, il est aussi un être affranchi des lois qui régissent l’ordre social des humains ordinaires. Il peut donc effectuer, selon les lieux et les époques, des actes de sorcellerie maléfique ou de cannibalisme rituel, le meurtre symbolique d’un parent ou un mariage incestueux. Le séminaire propose d’examiner les pratiques gouvernementales singulières des royautés sacrées et divines telles que les anthropologues les ont documentées depuis la fin du XIXe siècle. Nous interrogerons les conditions de production de ces travaux aux époques coloniale et postcoloniale, ainsi que les théories qu’ils ont alimentées sur la formation de l’État et sa relation au fait religieux. Les séances alterneront entre la présentation des études classiques qui ont théorisé la spécificité de ces institutions au regard d’autres régimes politiques, et l’analyse des sources historiques de l’Empire inca qui nous permettront d’illustrer ces formes de pouvoir. Ce format entend articuler la discussion critique autour d’études de cas issues des mondes africain, océanien, indien et sud-asiatique, tout en offrant des clés méthodologiques pour l’étude comparative en sciences sociales et humaines.

25 février : Petite histoire et épistémologie de la notion de « royauté sacrée/divine »

4 mars : Régner hors-du-monde : l’étranger-roi et ses transgressions

11 mars : Regard comparatif. « [Les Incas] prenaient pour épouse leur sœur de chair »

18 mars : La physiologie du pouvoir : le corps du souverain et ses effets

25 mars : Regard comparatif. « Jamais on n’avait vu [l’Inca] ivre… il buvait pour tous les pauvres qu’il nourrissait ainsi »

1er avril : Le souverain officiant et objet rituel

8 avril : Regard comparatif. « Ils faisaient des sacrifices d’enfants et autres pour le maintien des forces de l’Inca »

15 avril : La violence souveraine

22 avril : Regard comparatif. « Après les avoir pendus, ils leur coupèrent les têtes qui furent empalées, et leurs corps réduits en cendre sur les plus hauts sommets »

13 mai : Maurizio Esposito La Rossa, Université de Cambridge – Fondation Fyssen, Pouvoir du souverain et pouvoir souverain de l’État à Madagascar : royautés contemporaines et État postcolonial chez les Sakalava

20 mai : Benoit Beucher, Université de Paris – CESSMA, L'entrée en « modernité coloniale » d'une monarchie africaine de droit divin : le risque de déforcement de la figure du roi (Moogo, actuel Burkina Faso, fin du XIXe siècle aux années 1950)

3 juin : Conclusion et discussion générale : qu’est-ce que comparer en sciences sociales et humaines ?

  • Séminaires de recherche – Anthropologie-Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

Sur RDV uniquement

Réception des candidats
-
Pré-requis
-
  • Campus Condorcet-Centre de colloques
    Salle 3.08
    Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    2nd semestre / hebdomadaire, vendredi 10:30-12:30
    du 25 février 2022 au 3 juin 2022
    Nombre de séances : 12

Ce séminaire proposait d’examiner les pratiques gouvernementales singulières des royautés sacrées et divines telles que les anthropologues les ont documentées depuis la fin du XIXe siècle. Il visait à interroger les conditions de production de ces travaux aux époques coloniale et postcoloniale, ainsi que les théories que cette littérature a contribué à alimenter sur les origines de l’État et sa relation au domaine religieux. Il a débuté par une petite histoire des grands classiques de la littérature anthropologique et historiques – James Frazer, Arthur Hocart, Edward Evans-Pritchard et les premières études sur les Shilluk – qui ont défini la royauté sacrée comme une forme d’autorité politico-rituelle dont la légitimité à régner ne repose sur aucun intermédiaire religieux : le roi ou le chef sacré est le garant de la prospérité et de la fertilité de ses sujets par l’accomplissement d’actes propitiatoires. Il est le principal responsable rituel agissant pour le bénéfice de la population, en même temps qu’il est un personnage qui se situe en dehors de la société car il transgresse toutes les règles de la socialité ordinaire, sans être soumis à la justice des gens du commun. Il est aussi un être affranchi des lois qui régissent l’ordre social des humains ordinaires. Il peut donc effectuer, selon les lieux et les époques, des actes de sorcellerie maléfique ou de cannibalisme rituel, le meurtre symbolique d’un parent ou un mariage incestueux.

Les séances ont alterné entre la présentation de ces études classiques qui ont théorisé la spécificité de cette institution au regard d’autres régimes politiques, et l’analyse des sources historiques de l’Empire inca. Ce format a permis d’articuler la discussion critique autour d’études de cas, tout en offrant des clés méthodologiques pour l’étude comparative en sciences sociales et humaines. La séance finale a été consacrée à un débat collectif sur le thème du séminaire : qu’est-ce que comparer en sciences sociales ? Au fil des séances, quelques questionnements ont été formulés à l’égard de la définition partagée de « royauté sacrée », en cherchant à contextualiser les sources ethnographiques et historiques sur lesquelles s’appuient ces théories : à travers quels dialogues intellectuels et dans quels contextes géopolitiques cette définition s’est stabilisée ? Et comment cette notion a participé à alimenter de vastes projets intellectuels, comme celui de la genèse de l’État.

Nous avons observé la persistance de l’héritage intellectuel de James Frazer alors que sa démarche analytique et le cadre évolutionniste de sa pensée ont été largement critiqués. Cet héritage paradoxal a alimenté certaines théories sur l’émergence de l’État dans les sociétés humaines qui serait tour à tour « la forme prédominante de l’État prémoderne » pour Marshall Sahlins ;  « une institution typique des sociétés à système lignager prononcé » pour Evans-Pritchard, où l’organisation politique prendrait une forme rituelle qui préfigure l’administration centralisée de l’État moderne ; ou encore une forme transitoire de système politique où la royauté sacrée est un organe différencié de la société, mais n’opère pas encore comme instrument d’une classe dominante minoritaire, comme c’est le cas dans l’État moderne dans sa définition classique. Or, ces théories s’appuient sur des ethnographies qui font peu de cas de la dimension coercitive du pouvoir royal. C’est pourquoi les dernières séances ont porté un regard critique sur cette absence, en tentant de redonner une chair historique à ces études de cas.