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UE613 - Les philosophes et les machines au XXe siècle. 2


Lieu et planning


  • Campus Condorcet-Centre de colloques
    Salle 3.07
    Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / bimensuel (2e/4e), mercredi 16:30-18:30
    du 27 octobre 2021 au 11 mai 2022
    Nombre de séances : 12


Description


Dernière modification : 25 novembre 2021 14:34

Type d'UE
Enseignements fondamentaux de master
Disciplines
Philosophie et épistémologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Action Architecture Design Énergie Environnement Esthétique Geste technique Histoire des sciences et des techniques Histoire intellectuelle Industrie Philosophie Philosophie sociale Techniques Travail
Aires culturelles
Europe
Intervenant·e·s
  • Leopoldo Iribarren [référent·e]   maître de conférences, EHESS / Anthropologie et histoire des mondes antiques (AnHiMA)
  • Barbara Carnevali   directrice d'études (en cours de nomination), EHESS / Centre d'études sociologiques et politiques Raymond-Aron (CESPRA)

À l’aube du XXe siècle, Bergson affirmait que la faculté de créer des objets artificiels constitue la démarche originelle de l’intelligence humaine, faisant ainsi entrer la figure industrieuse de l’Homo faber dans le débat philosophique de son temps. Porteuse d’une promesse de progrès, cette figure sera brutalement mise à l’épreuve de deux guerres mondiales. L’intelligence instrumentale et inventive, marqueur incontestable du processus d’hominisation, se retrouve tout à coup à l’origine de machines qui propulsent l’humanité vers des modes d’« être au monde » vis-à-vis desquels on ne peut avoir aucune certitude. Dès lors, la question du « machinisme » hante la philosophie bien au-delà des griefs traditionnellement élevés contre l’idée de progrès. Les positions dans le débat philosophique tendent à être aussi tranchées que la question est urgente. Chez certains penseurs, la critique de la raison instrumentale devient une critique de la raison tout court débouchant sur l’impératif d’une resacralisation de la nature. Chez d’autres, il s’agira plutôt de réconcilier technicité et humanisme en apportant à la machine une dignité ontologique analogue à celle dont jouissait jadis le vivant dans la philosophie de la nature. Chez d’autres encore, dans une perspective anti- ou non-humaniste, la technique est thématisée comme « ouverture », l’apriori ontologique qui véhicule une certaine image de l’être humain et qui permet de parler d’une « époque de la technique » au sens plus qualitatif que quantitatif du terme : il n’est pas question du nombre d’instruments existant dans le monde, mais des nouvelles modalités d’existence que ces instruments rendent possibles. Dans tous les cas, aucun des grands courants de la philosophie du XXe siècle ne restera indifférent à la question de la machine, qu’il s’agisse de la phénoménologie, du néo-kantisme, de l’anthropologie philosophique, de l’existentialisme, de la philosophie sociale ou de la théorie critique.

Sans prétendre à l’exhaustivité, ce séminaire a pour vocation de présenter un choix de moments représentatifs de la philosophie du XXe siècle dans son rapport aux techniques contemporaines. Centré sur la lecture et la discussion des textes fournis à l’avance, le séminaire vise à contextualiser chaque auteur, à reconstruire les arrière-plans théoriques et les représentations où s’inscrit à chaque fois la réflexion sur la technique. Dans le premier volet du séminaire (2020-21), nous avons couvert la période qui va de Karl Marx à Norbert Wiener (1867-1948) ; cette année, nous nous intéresserons à la période qui va de Martin Heidegger (1954) à Bernard Stiegler (2001).

27 octobre 2021 : Arnold Gehlen, L’Homme : sa nature et sa position dans le monde (1940),  

10 novembre 2021 : Martin Heidegger, La question de la technique (1954), Langue de tradition et langue technique (1966).

24 novembre 2021 : Heidegger (fin): Hannah Arendt, La condition de l’homme moderne (1958)

8 décembre 2021 : Gilbert Simondon, Le mode d’existence des objets techniques (1958). 

12 janvier 2022 : Arendt (fin), II; Günther Anders, L’obsolescence de l’homme (1956)

26 janvier 2022 : Herbert Marcuse, Eros et civilisation (1955), L’homme unidimensionnel (1964)

9 février 2022 : André Leroi-Gourhan, Le geste et la parole (1964)

23 février : Hans Jonas, Le Principe responsabilité (1979)

9 mars : Jacques Ellul, La technique ou l’enjeu du siècle (1954), Le système technicien (1977)

23 mars : Jürgen Habermas, La technique et la science comme idéologie (1968)

13 avril : Peter Sloterdijk, Règles pour le parc humain (2000)Bernard Stiegler, La technique et le temps (1996-2001)

11 mai : Niklas Luhmann (invitée Elena Esposito)


Master


  • Séminaires de tronc commun – Philosophie-Philosophie sociale et politique – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – contrôle continu
  • Séminaires de tronc commun – Savoirs en sociétés-Histoire des sciences, des techniques et des savoirs – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Initiation/introduction – Arts, littératures et langages-Linguistique et écrit (M2) – M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Initiation/introduction – Arts, littératures et langages-Pratiques, discours et usages (M1) – M1/S1-S2
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

par courriel auprès des organisateurs.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous auprès des organisateurs.

Réception des candidats

sur rendez-vous auprès des organisateurs.

Pré-requis

ouvert à tous les étudiants et chercheurs.


Compte rendu


Ce deuxième volet du séminaire commencé en 2020-2021 a poursuivi la reconstruction d’une histoire critique des philosophies de la technique au XXe siècle. Nous sommes partis du constat qu’après la deuxième Guerre Mondiale, émergent des nouveaux courants de pensée qui s’écartent des deux grandes questions de la technique dans la première moitié du siècle, l’anthropogenèse et l’aliénation.

Le premier de ces courants est la cybernétique, qui se pose la question de la modélisation du vivant et du social par des procédés techniques. Présentée par la première génération des cybernéticiens comme la science de toute structure complexe organisée, la cybernétique devient la premier savoir techno-scientifique à afficher des prétentions totalisantes. Contemporaine de la cybernétique, la phénoménologie existentialiste de Heidegger marque l’autre grande tendance de la pensée de la technique d’après-guerre. La question de la technique recoupe désormais celle de notre « être au monde », déterminé à l’époque contemporaine par l’utilisabilité et la disponibilité de ce qui nous entoure.

Avec Simondon, nous assistons à une première tentative de synthèse des deux courants : partant des présupposés théoriques de la cybernétique, Simondon ontologise notre rapport à la technique. L’objet technique doit être pensé en tant que système et doit être appréhendé dans son propre devenir, à la manière d’Hegel. Quant à notre rapport aux objets techniques, il s’agit pour les humains de suivre ce principe immanent. En somme, le programme de Simondon est celui d’une réconciliation avec une rationalité technique qui est par nature autonome.

En même temps, en Allemagne, « les enfants d’Heidegger » (Arendt, Marcuse, Jonas) commencent à réfléchir à cette rationalité technique autonome dont les contours avaient été dessinés par Horkheimer et Adorno. La critique de la raison technique tend à devenir une critique de la raison tout court qui débouche, chez Marcuse, sur l’aspiration à une technique nouvelle qui serait porteuse de la promesse d’une résurrection de la nature déchue (la sexualité libérée comme subversion d’un surmoi technicisé). Jonas pose la question, aujourd’hui incontournable, du rapport entre technique et écologie. Le cas d’Arendt est à la fois plus complexe et plus classique, dans la mesure où la distinction entre technique et travail commence à dessiner deux trajectoires théoriques différentes partant d’une relecture d’Aristote.

Le retour au postulat théoriques de rationalités différentiées et concurrentielles est aussi manifeste dans la philosophie de Habermas, qui formule une opposition, au niveau des intérêts de la connaissance, entre « travail », d’un côté, et « interaction médiatisée par des symboles », de l’autre. Habermas opère un retour aux sources de l’anthropologie philosophique d’inspiration hégélienne, qui s’articule autour de l’opposition technique / langage. Cette opposition, constitutive de toute spéculation sur l’anthropogenèse (on la retrouve jusque dans les différentes versions grecques du mythe de Prométhée), nous l’avons retrouvé à l’œuvre chez Leroi-Gourhan, qui explique le processus biologique d’hominisation comme un couplage entre l’homme et l’environnement dont le moment décisif est la libération de la main qui permet l’usage de la parole. L’outil permet le passage du monde biologique à celui de l’histoire.

Bernard Stiegler, enfin, prolonge la réhabilitation ontologique de la technique initiée par Simondon en l’investissant d’un fondement anthropologique inspiré de Leroi-Gourhan. La technique et l’humain sont co-originaires. D’une certaine manière, Stiegler représente l’achèvement d’une synthèse des deux courants de la pensée de la technique, la phénoménologie et la théorie de l’information, dont nous avons reconstruit les rapports tout au long du séminaire.

Invitations : Elena Esposito (Université de Bielefeld) sur Niklas Luhmann.

Publications

Barbara Carnevali

  • « La storia delle idee dopo la storia delle idee (L’histoire des idées après l’histoire des idées) », numéro spécial de Intersezioni. Rivista di storia delle idee, vol. 41, 2021.
  • « Un altro modernismo. La linea Persico-Olivetti » (sur l’humanisme technologique d’Olivetti), dans L’ospite ingrato, VI, 2021, p. 17-37.
  • « Das Selbst als die anderen, WestEnd. Neue Zeitschrift für Sozialforschung, vol. 2, 2022, p. 113-125.

Leopoldo Iribarren

  • Avec Hugo Koning, Hesiod and the Beginnings of Greek Philosophy, Leiden-Boston, Brill, 2022.

Dernière modification : 25 novembre 2021 14:34

Type d'UE
Enseignements fondamentaux de master
Disciplines
Philosophie et épistémologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Action Architecture Design Énergie Environnement Esthétique Geste technique Histoire des sciences et des techniques Histoire intellectuelle Industrie Philosophie Philosophie sociale Techniques Travail
Aires culturelles
Europe
Intervenant·e·s
  • Leopoldo Iribarren [référent·e]   maître de conférences, EHESS / Anthropologie et histoire des mondes antiques (AnHiMA)
  • Barbara Carnevali   directrice d'études (en cours de nomination), EHESS / Centre d'études sociologiques et politiques Raymond-Aron (CESPRA)

À l’aube du XXe siècle, Bergson affirmait que la faculté de créer des objets artificiels constitue la démarche originelle de l’intelligence humaine, faisant ainsi entrer la figure industrieuse de l’Homo faber dans le débat philosophique de son temps. Porteuse d’une promesse de progrès, cette figure sera brutalement mise à l’épreuve de deux guerres mondiales. L’intelligence instrumentale et inventive, marqueur incontestable du processus d’hominisation, se retrouve tout à coup à l’origine de machines qui propulsent l’humanité vers des modes d’« être au monde » vis-à-vis desquels on ne peut avoir aucune certitude. Dès lors, la question du « machinisme » hante la philosophie bien au-delà des griefs traditionnellement élevés contre l’idée de progrès. Les positions dans le débat philosophique tendent à être aussi tranchées que la question est urgente. Chez certains penseurs, la critique de la raison instrumentale devient une critique de la raison tout court débouchant sur l’impératif d’une resacralisation de la nature. Chez d’autres, il s’agira plutôt de réconcilier technicité et humanisme en apportant à la machine une dignité ontologique analogue à celle dont jouissait jadis le vivant dans la philosophie de la nature. Chez d’autres encore, dans une perspective anti- ou non-humaniste, la technique est thématisée comme « ouverture », l’apriori ontologique qui véhicule une certaine image de l’être humain et qui permet de parler d’une « époque de la technique » au sens plus qualitatif que quantitatif du terme : il n’est pas question du nombre d’instruments existant dans le monde, mais des nouvelles modalités d’existence que ces instruments rendent possibles. Dans tous les cas, aucun des grands courants de la philosophie du XXe siècle ne restera indifférent à la question de la machine, qu’il s’agisse de la phénoménologie, du néo-kantisme, de l’anthropologie philosophique, de l’existentialisme, de la philosophie sociale ou de la théorie critique.

Sans prétendre à l’exhaustivité, ce séminaire a pour vocation de présenter un choix de moments représentatifs de la philosophie du XXe siècle dans son rapport aux techniques contemporaines. Centré sur la lecture et la discussion des textes fournis à l’avance, le séminaire vise à contextualiser chaque auteur, à reconstruire les arrière-plans théoriques et les représentations où s’inscrit à chaque fois la réflexion sur la technique. Dans le premier volet du séminaire (2020-21), nous avons couvert la période qui va de Karl Marx à Norbert Wiener (1867-1948) ; cette année, nous nous intéresserons à la période qui va de Martin Heidegger (1954) à Bernard Stiegler (2001).

27 octobre 2021 : Arnold Gehlen, L’Homme : sa nature et sa position dans le monde (1940),  

10 novembre 2021 : Martin Heidegger, La question de la technique (1954), Langue de tradition et langue technique (1966).

24 novembre 2021 : Heidegger (fin): Hannah Arendt, La condition de l’homme moderne (1958)

8 décembre 2021 : Gilbert Simondon, Le mode d’existence des objets techniques (1958). 

12 janvier 2022 : Arendt (fin), II; Günther Anders, L’obsolescence de l’homme (1956)

26 janvier 2022 : Herbert Marcuse, Eros et civilisation (1955), L’homme unidimensionnel (1964)

9 février 2022 : André Leroi-Gourhan, Le geste et la parole (1964)

23 février : Hans Jonas, Le Principe responsabilité (1979)

9 mars : Jacques Ellul, La technique ou l’enjeu du siècle (1954), Le système technicien (1977)

23 mars : Jürgen Habermas, La technique et la science comme idéologie (1968)

13 avril : Peter Sloterdijk, Règles pour le parc humain (2000)Bernard Stiegler, La technique et le temps (1996-2001)

11 mai : Niklas Luhmann (invitée Elena Esposito)

  • Séminaires de tronc commun – Philosophie-Philosophie sociale et politique – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – contrôle continu
  • Séminaires de tronc commun – Savoirs en sociétés-Histoire des sciences, des techniques et des savoirs – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Initiation/introduction – Arts, littératures et langages-Linguistique et écrit (M2) – M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Initiation/introduction – Arts, littératures et langages-Pratiques, discours et usages (M1) – M1/S1-S2
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

par courriel auprès des organisateurs.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous auprès des organisateurs.

Réception des candidats

sur rendez-vous auprès des organisateurs.

Pré-requis

ouvert à tous les étudiants et chercheurs.

  • Campus Condorcet-Centre de colloques
    Salle 3.07
    Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / bimensuel (2e/4e), mercredi 16:30-18:30
    du 27 octobre 2021 au 11 mai 2022
    Nombre de séances : 12

Ce deuxième volet du séminaire commencé en 2020-2021 a poursuivi la reconstruction d’une histoire critique des philosophies de la technique au XXe siècle. Nous sommes partis du constat qu’après la deuxième Guerre Mondiale, émergent des nouveaux courants de pensée qui s’écartent des deux grandes questions de la technique dans la première moitié du siècle, l’anthropogenèse et l’aliénation.

Le premier de ces courants est la cybernétique, qui se pose la question de la modélisation du vivant et du social par des procédés techniques. Présentée par la première génération des cybernéticiens comme la science de toute structure complexe organisée, la cybernétique devient la premier savoir techno-scientifique à afficher des prétentions totalisantes. Contemporaine de la cybernétique, la phénoménologie existentialiste de Heidegger marque l’autre grande tendance de la pensée de la technique d’après-guerre. La question de la technique recoupe désormais celle de notre « être au monde », déterminé à l’époque contemporaine par l’utilisabilité et la disponibilité de ce qui nous entoure.

Avec Simondon, nous assistons à une première tentative de synthèse des deux courants : partant des présupposés théoriques de la cybernétique, Simondon ontologise notre rapport à la technique. L’objet technique doit être pensé en tant que système et doit être appréhendé dans son propre devenir, à la manière d’Hegel. Quant à notre rapport aux objets techniques, il s’agit pour les humains de suivre ce principe immanent. En somme, le programme de Simondon est celui d’une réconciliation avec une rationalité technique qui est par nature autonome.

En même temps, en Allemagne, « les enfants d’Heidegger » (Arendt, Marcuse, Jonas) commencent à réfléchir à cette rationalité technique autonome dont les contours avaient été dessinés par Horkheimer et Adorno. La critique de la raison technique tend à devenir une critique de la raison tout court qui débouche, chez Marcuse, sur l’aspiration à une technique nouvelle qui serait porteuse de la promesse d’une résurrection de la nature déchue (la sexualité libérée comme subversion d’un surmoi technicisé). Jonas pose la question, aujourd’hui incontournable, du rapport entre technique et écologie. Le cas d’Arendt est à la fois plus complexe et plus classique, dans la mesure où la distinction entre technique et travail commence à dessiner deux trajectoires théoriques différentes partant d’une relecture d’Aristote.

Le retour au postulat théoriques de rationalités différentiées et concurrentielles est aussi manifeste dans la philosophie de Habermas, qui formule une opposition, au niveau des intérêts de la connaissance, entre « travail », d’un côté, et « interaction médiatisée par des symboles », de l’autre. Habermas opère un retour aux sources de l’anthropologie philosophique d’inspiration hégélienne, qui s’articule autour de l’opposition technique / langage. Cette opposition, constitutive de toute spéculation sur l’anthropogenèse (on la retrouve jusque dans les différentes versions grecques du mythe de Prométhée), nous l’avons retrouvé à l’œuvre chez Leroi-Gourhan, qui explique le processus biologique d’hominisation comme un couplage entre l’homme et l’environnement dont le moment décisif est la libération de la main qui permet l’usage de la parole. L’outil permet le passage du monde biologique à celui de l’histoire.

Bernard Stiegler, enfin, prolonge la réhabilitation ontologique de la technique initiée par Simondon en l’investissant d’un fondement anthropologique inspiré de Leroi-Gourhan. La technique et l’humain sont co-originaires. D’une certaine manière, Stiegler représente l’achèvement d’une synthèse des deux courants de la pensée de la technique, la phénoménologie et la théorie de l’information, dont nous avons reconstruit les rapports tout au long du séminaire.

Invitations : Elena Esposito (Université de Bielefeld) sur Niklas Luhmann.

Publications

Barbara Carnevali

  • « La storia delle idee dopo la storia delle idee (L’histoire des idées après l’histoire des idées) », numéro spécial de Intersezioni. Rivista di storia delle idee, vol. 41, 2021.
  • « Un altro modernismo. La linea Persico-Olivetti » (sur l’humanisme technologique d’Olivetti), dans L’ospite ingrato, VI, 2021, p. 17-37.
  • « Das Selbst als die anderen, WestEnd. Neue Zeitschrift für Sozialforschung, vol. 2, 2022, p. 113-125.

Leopoldo Iribarren

  • Avec Hugo Koning, Hesiod and the Beginnings of Greek Philosophy, Leiden-Boston, Brill, 2022.