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UE561 - « Appropriations culturelles » : arts, identités, inégalités


Lieu et planning


  • Campus Condorcet-Centre de colloques
    Salle polyvalente 50
    Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / bimensuel (2e/4e), mercredi 10:30-12:30
    du 27 octobre 2021 au 25 mai 2022
    Nombre de séances : 13


Description


Dernière modification : 16 février 2022 13:05

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Arts Circulations Culture Discrimination Domination Ethnicité Inégalités
Aires culturelles
Amérique du Nord Europe
Intervenant·e·s
  • Brigitte Derlon [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

Dans les médias et sur les réseaux sociaux qui l’ont popularisée, la notion d’« appropriation culturelle » donne souvent lieu à des expressions caricaturales ou à des usages militants discrédités en tant qu’expression de la « cancel culture » et des « politiques de l’identité » importées des Etats-Unis. Particulièrement vives dans le champ des arts (art contemporain, cinéma, théâtre, littérature…), les accusations d’appropriation culturelle inquiètent les professionnels du monde de la culture (conservateurs de musées, éditeurs, metteurs en scène…) qui renoncent parfois à leurs projets devant l’ampleur des manifestations ou la crainte d’une mauvaise publicité. Quant aux controverses médiatisées sur les appropriations culturelles, elles tendent à opposer de manière radicale censure et liberté de création sur fond de rapports sociaux de race et de genre. On cherchera à comprendre de quoi ces phénomènes sont le symptôme en s’appuyant sur les travaux académiques consacrés aux « appropriations culturelles » et sur l’histoire d’une notion qui éclaire surtout le rôle majeur joué, dans son élaboration, par la lutte contre les inégalités.

La séance du 9 mars est annulée.


Master


  • Séminaires de recherche – Anthropologie-Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – devoir personnel ou fiche de lecture ou exposé
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Images, cultures visuelles, histoire de l'art (M2) – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – devoir personnel ou fiche de lecture ou exposé
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Pratiques, discours et usages (M1) – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – devoir personnel ou fiche de lecture ou exposé

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Contact : derlon@ehess.fr

Direction de travaux des étudiants

Sur rendez-vous

Réception des candidats

Sur rendez-vous (derlon@ehess.f)

Pré-requis
-

Compte rendu


La recherche sur l’origine du terme « appropriation culturelle » nous a permis de montrer qu’en Amérique du Nord, au tournant des années 1980-1990, ses promoteurs furent des écrivains, peintres, plasticiens et cinéastes qui avaient expérimenté des discriminations en raison non seulement de leur couleur de peau ou de leur groupe ethnique, mais aussi de leur genre ou de leur orientation sexuelle. Souvent autochtones ou s’identifiant comme des personnes de couleur, tous ces artistes, parmi lesquels on compte principalement des femmes, furent particulièrement sensibles aux mouvements féministes et homosexuels.

Ce constat nous a conduit à nous intéresser à ces mouvements, dont le féminisme noir qui prit son essor au début des années 1970 tant aux États-Unis qu’au Canada. Le collectif du Combahee River, créé à Boston par des femmes noires et lesbiennes, a doublement retenu notre attention. En effet, dans leur manifeste paru en 1979, non seulement ces femmes insistent sur « l’intrication » des types d’oppression liées à la race, au genre, à l’orientation sexuelle et à la classe sociale (ce que K. Crenshaw désignera dix ans plus tard par le terme d’ « intersectionnalité »), mais elles forgent le concept de « politique de l’identité », dont c’est la première occurrence connue, pour désigner leur volonté de faire de la politique en partant de leur expérience subjective de multiples formes d’oppression. Leur « politique de l’identité », toutefois, n’était en rien un repliement sur soi. Elle ne relevait pas du séparatisme qu’on reproche souvent aux mouvements contemporains pour qui la lutte se pratique exclusivement avec et pour des personnes semblables à soi. Au contraire, c’était une « politique de la coalition » (J. Falquet 2006), menée avec tous les mouvements qui luttaient contre les différentes formes d’oppression, dont ceux composés majoritairement d’hommes blancs hétérosexuels.

Or, sous l’effet de la montée des orientations séparatistes justement, le terme de « politique de l’identité » qui s’est largement diffusé à partir des années 1990 a pris une coloration négative : il est devenu une sorte de synonyme dépréciatif des mouvements multiculturalistes, noirs, autochtones, féministes, gays et lesbiens entre autres, ou du moins de ceux jugés trop centrés sur eux-mêmes et défendant des objectifs tenus pour restreints. Il est aussi invoqué en référence à certaines pratiques sur les campus en Amérique du Nord (safe places, trigger warnings), à la cancel culture et à la dénonciation des « appropriations culturelles ».

Aux États-Unis comme en France, les auteurs d’essais ou de pamphlets à succès ont récemment utilisé deux lignes directrices dans leurs critiques des « politiques de l’identité ». La première consiste à avancer qu’en privilégiant le combat contre les discriminations racistes et sexistes ainsi que la promotion de la diversité culturelle, ces politiques s’étaient substituées à la lutte contre le capitalisme et les injustices économiques. La deuxième leur reproche de réduire les membres de minorités au statut de victimes, tout en les transformant en bourreaux ou despotes toujours prêts à jeter des anathèmes, et d’évacuer de ce fait le politique au profit d’une moralisation des rapports sociaux.

En s’inspirant d’une remarque de Susan Bickford (1997), on a montré comment ces critiques, loin d’être nouvelles, reposaient en fait sur des arguments qui, dès les années 1990, avaient agité en interne les mouvements progressistes, dont les féministes. On a fait la part belle à l’analyse de State of Injury (1995) de Wendy Brown qui, bien que partageant les valeurs de justice des défenseurs des « politiques de l’identité », avait reproché à ces derniers de renforcer tout à la fois la marginalisation des groupes opprimés, en ancrant leur identité dans le statut de victime, et la puissance de l’État, en les incitant à réclamer droits et protections au lieu de briguer le partage du pouvoir. Elle dénonçait une logique du ressentiment, où la responsabilité de l’impuissance échoit toujours à l’autre et où la morale a cédé la place au politique.

Le séminaire s’est conclu par une analyse de la réception critique du livre de Brown, des contre-arguments qui lui ont été opposés, et de quelques approches divergentes des rapports entre identité et politique.

Publications
  • « Artefacts organiques et corps humains artefactuels dans les anciens rites du « cycle de vie » en Nouvelle-Irlande (Mélanésie) », dans Reconfigurer le vivant. Des organismes aux artefacts, sous la dir. de P. Pitrou et M. Mauzé, Paris, L’Herne (Cahiers d’anthropologie sociale), 2021, p. 141-158.

Dernière modification : 16 février 2022 13:05

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Arts Circulations Culture Discrimination Domination Ethnicité Inégalités
Aires culturelles
Amérique du Nord Europe
Intervenant·e·s
  • Brigitte Derlon [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

Dans les médias et sur les réseaux sociaux qui l’ont popularisée, la notion d’« appropriation culturelle » donne souvent lieu à des expressions caricaturales ou à des usages militants discrédités en tant qu’expression de la « cancel culture » et des « politiques de l’identité » importées des Etats-Unis. Particulièrement vives dans le champ des arts (art contemporain, cinéma, théâtre, littérature…), les accusations d’appropriation culturelle inquiètent les professionnels du monde de la culture (conservateurs de musées, éditeurs, metteurs en scène…) qui renoncent parfois à leurs projets devant l’ampleur des manifestations ou la crainte d’une mauvaise publicité. Quant aux controverses médiatisées sur les appropriations culturelles, elles tendent à opposer de manière radicale censure et liberté de création sur fond de rapports sociaux de race et de genre. On cherchera à comprendre de quoi ces phénomènes sont le symptôme en s’appuyant sur les travaux académiques consacrés aux « appropriations culturelles » et sur l’histoire d’une notion qui éclaire surtout le rôle majeur joué, dans son élaboration, par la lutte contre les inégalités.

La séance du 9 mars est annulée.

  • Séminaires de recherche – Anthropologie-Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – devoir personnel ou fiche de lecture ou exposé
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Images, cultures visuelles, histoire de l'art (M2) – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – devoir personnel ou fiche de lecture ou exposé
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Pratiques, discours et usages (M1) – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – devoir personnel ou fiche de lecture ou exposé
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Contact : derlon@ehess.fr

Direction de travaux des étudiants

Sur rendez-vous

Réception des candidats

Sur rendez-vous (derlon@ehess.f)

Pré-requis
-
  • Campus Condorcet-Centre de colloques
    Salle polyvalente 50
    Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    annuel / bimensuel (2e/4e), mercredi 10:30-12:30
    du 27 octobre 2021 au 25 mai 2022
    Nombre de séances : 13

La recherche sur l’origine du terme « appropriation culturelle » nous a permis de montrer qu’en Amérique du Nord, au tournant des années 1980-1990, ses promoteurs furent des écrivains, peintres, plasticiens et cinéastes qui avaient expérimenté des discriminations en raison non seulement de leur couleur de peau ou de leur groupe ethnique, mais aussi de leur genre ou de leur orientation sexuelle. Souvent autochtones ou s’identifiant comme des personnes de couleur, tous ces artistes, parmi lesquels on compte principalement des femmes, furent particulièrement sensibles aux mouvements féministes et homosexuels.

Ce constat nous a conduit à nous intéresser à ces mouvements, dont le féminisme noir qui prit son essor au début des années 1970 tant aux États-Unis qu’au Canada. Le collectif du Combahee River, créé à Boston par des femmes noires et lesbiennes, a doublement retenu notre attention. En effet, dans leur manifeste paru en 1979, non seulement ces femmes insistent sur « l’intrication » des types d’oppression liées à la race, au genre, à l’orientation sexuelle et à la classe sociale (ce que K. Crenshaw désignera dix ans plus tard par le terme d’ « intersectionnalité »), mais elles forgent le concept de « politique de l’identité », dont c’est la première occurrence connue, pour désigner leur volonté de faire de la politique en partant de leur expérience subjective de multiples formes d’oppression. Leur « politique de l’identité », toutefois, n’était en rien un repliement sur soi. Elle ne relevait pas du séparatisme qu’on reproche souvent aux mouvements contemporains pour qui la lutte se pratique exclusivement avec et pour des personnes semblables à soi. Au contraire, c’était une « politique de la coalition » (J. Falquet 2006), menée avec tous les mouvements qui luttaient contre les différentes formes d’oppression, dont ceux composés majoritairement d’hommes blancs hétérosexuels.

Or, sous l’effet de la montée des orientations séparatistes justement, le terme de « politique de l’identité » qui s’est largement diffusé à partir des années 1990 a pris une coloration négative : il est devenu une sorte de synonyme dépréciatif des mouvements multiculturalistes, noirs, autochtones, féministes, gays et lesbiens entre autres, ou du moins de ceux jugés trop centrés sur eux-mêmes et défendant des objectifs tenus pour restreints. Il est aussi invoqué en référence à certaines pratiques sur les campus en Amérique du Nord (safe places, trigger warnings), à la cancel culture et à la dénonciation des « appropriations culturelles ».

Aux États-Unis comme en France, les auteurs d’essais ou de pamphlets à succès ont récemment utilisé deux lignes directrices dans leurs critiques des « politiques de l’identité ». La première consiste à avancer qu’en privilégiant le combat contre les discriminations racistes et sexistes ainsi que la promotion de la diversité culturelle, ces politiques s’étaient substituées à la lutte contre le capitalisme et les injustices économiques. La deuxième leur reproche de réduire les membres de minorités au statut de victimes, tout en les transformant en bourreaux ou despotes toujours prêts à jeter des anathèmes, et d’évacuer de ce fait le politique au profit d’une moralisation des rapports sociaux.

En s’inspirant d’une remarque de Susan Bickford (1997), on a montré comment ces critiques, loin d’être nouvelles, reposaient en fait sur des arguments qui, dès les années 1990, avaient agité en interne les mouvements progressistes, dont les féministes. On a fait la part belle à l’analyse de State of Injury (1995) de Wendy Brown qui, bien que partageant les valeurs de justice des défenseurs des « politiques de l’identité », avait reproché à ces derniers de renforcer tout à la fois la marginalisation des groupes opprimés, en ancrant leur identité dans le statut de victime, et la puissance de l’État, en les incitant à réclamer droits et protections au lieu de briguer le partage du pouvoir. Elle dénonçait une logique du ressentiment, où la responsabilité de l’impuissance échoit toujours à l’autre et où la morale a cédé la place au politique.

Le séminaire s’est conclu par une analyse de la réception critique du livre de Brown, des contre-arguments qui lui ont été opposés, et de quelques approches divergentes des rapports entre identité et politique.

Publications
  • « Artefacts organiques et corps humains artefactuels dans les anciens rites du « cycle de vie » en Nouvelle-Irlande (Mélanésie) », dans Reconfigurer le vivant. Des organismes aux artefacts, sous la dir. de P. Pitrou et M. Mauzé, Paris, L’Herne (Cahiers d’anthropologie sociale), 2021, p. 141-158.