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UE514 - La recherche scientifique et le développement durable : opportunisme ou refondation ?


Lieu et planning


Enseignement suspendu durant l'année universitaire 2021-2022.

Description


Dernière modification : 5 octobre 2022 05:47

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Géographie, Méthodes et techniques des sciences sociales
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Action publique Agriculture Alimentation Développement durable Environnement Études des sciences contemporaines Histoire des idées Histoire des sciences et des techniques Politiques publiques Relations internationales Rurales (études) Techniques
Aires culturelles
Contemporain (anthropologie du, monde) Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Bernard Hubert [référent·e]   directeur d'études, EHESS - directeur de recherche (émérite), INRAE / DE/MC à la retraite (DER-MCR)

Depuis une trentaine d’années, le développement durable s’inscrit dans les débats publics et politiques. En son nom, s’organisent des réunions et des conférences internationales, se justifient des choix et des décisions de politiques publiques, se mettent en place des systèmes d’indicateurs ! De nombreux substantifs se qualifient ainsi de « durable » : la ville, l’agriculture, la production … S’agit-il simplement d’une mode ou à l’inverse d’une étape dans une réflexion critique sur le concept de développement, dépassant la remise en cause de la seule croissance, voire son simple rejet, en introduisant une exigence d’intégration de points de vue et d’enjeux différents ainsi que d’équité sociale ?

Qu’en est-il pour la recherche ? Cette notion introduit-elle de nouveaux enjeux, de nouvelles questions qui conduiraient à renouveler certains thèmes, certains objets, voire même certaines pratiques de recherche ? Quels moyens la recherche se donne-t-elle pour intégrer un enchevêtrement de temporalités ? Quelles initiatives les différentes disciplines, en particulier sciences sociales, sciences techniques et sciences de la nature, prennent-elles pour améliorer leurs formes d’intégration et s’approprier scientifiquement les enjeux posés par cette notion ?

Le développement durable vise à surmonter ce que les oppositions, divisions et séparations peuvent représenter comme menaces de désintégration pour la société humaine ; l’idée d’intégration en est une idée maîtresse. Il a en outre à voir avec l’articulation du local et du planétaire, sans écraser l’un sur l’autre (le développement durable n’est pas fractal), et avec l’inscription du temps court de l’action ordinaire dans le temps long intergénérationnel, qui est aussi le temps de déploiement de processus biophysiques majeurs (biodiversité, climat, évolution de la fertilité des sols, accumulation de polluants dans les nappes profondes).

Le noyau dur du développement durable comme question et comme défi tient aux relations entre les processus économiques et les transformations de l’environnement planétaire et des ressources qu’il abrite. Ces relations sont médiatisées d’un côté par la technologie, qui fait le passage entre le monde social et le monde physique, et de l’autre côté par la préoccupation pour l’équité sociale, dont la donne est en partie modifiée par l’émergence de la question environnementale et des nouvelles raretés qu’elle exprime ou qu’elle demande d’instituer. Cette dernière dimension inscrit le développement durable dans le registre des catégories normatives et pas seulement des catégories descriptives ou analytiques.

Dans ce cadre normatif, le terme « durable » ajoute une exigence propre : que le développement au service des besoins humains et de la société des hommes ne se paie pas d’une dégradation continue de l’environnement bio-physique et de l’épuisement des ressources naturelles. C’est pour affirmer cette nouvelle dimension environnementale que l’expression développement durable a été forgée.

Considérés dans la pureté de leur logique intellectuelle, les deux concepts de développement sont strictement opposés : si le développement se réalise par une nécessité interne inscrite au cœur de la réalité même, il ne saurait faire place à une volonté et à un projet. Symétriquement, l’affirmation du développement comme procédant d’une volonté politique et d’un projet économique impose que le développement ne soit pas compris comme l’aboutissement d’une nécessité surgissant de l’état des choses. Néanmoins, si le développement n’était que projet, pure expression du souhaitable dans un monde plastique dégagé de toute nécessité, il n’y aurait guère de sens à parler encore de développement. Le développement durable ne trouve son espace d’existence intellectuelle que dans l’entre-deux ainsi borné, là où la logique de la détermination s’entremêle avec celle de la volonté et du projet. La chance que s’établisse un développement durable dépend in fine de la capacité des acteurs du développement à discerner les nécessités qui émanent de la réalité économique, sociale et écologique à laquelle ils sont confrontés et à y accrocher leurs projets dans un processus adaptatif qui sait tirer les leçons de l’expérience. Ni volontarisme ni déterminisme, tel est l’espace intellectuel du développement durable.

La prise en charge intégrée, par la société, des trois dimensions (durabilité écologique, viabilité économique et équité sociale) généralement reconnues au développement durable ne peut pas se passer d’une volonté politique des acteurs individuels et collectifs. Le moment politique est donc essentiel à une intégration qui ne résulte pas spontanément de l’organisation économique existante. Mais elle ne peut pas dépendre seulement de cette volonté. Si la réalisation des objectifs du développement durable devait ne répondre à aucune nécessité émanant de la société mais seulement lui être imposée par l’application d’une volonté extérieure, elle serait condamnée d’avance.

Une telle situation a des conséquences méthodologiques pour les chercheurs concernés. Il appartient à ces derniers d’attacher à combiner deux ordres d’explication différents (par la détermination, par le projet et le choix intentionnel) et cette combinaison n’est envisageable que parce que chacun des ordres recèle en lui-même des trous, des liens qui ne sont pas noués, une incomplétude que les modèles et analyses doivent trouver le moyen de prendre en compte de façon explicite, sans chercher à parvenir à une explication totale dans un seul ordre.

Les douze modules du séminaire porteront sur les points suivants (dates susceptibles d'être revues en cours d'année) :

  • 17 novembre 2021 : Développement durable : histoire du concept et contenu
  • 1er décembre 2021 : Conséquences pour la recherche scientifique : articulation des sciences sociales, techniques et de la nature
  • 15 décembre 2021 : Les conventions des NU sur l'environnement : climat, biodiversité, désertification
  • 5 janvier 2022 : Discussion à partir de textes
  • 19 janvier 2022 : L’environnement comme nouvel objet de gouvernement (1)
  • 2 février 2022 : L’environnement comme nouvel objet de gouvernement (2)
  • 16 février 2022 : Ré-interroger l’insertion territoriale
  • 2 mars 2022 : Agriculture et développement durable, De la sécurité à la sécurisation alimentaire
  • 16 mars 2022 : La pensée agronomique et l'agro-écologie: une mise en tension des régimes de la recherche scientifique ?
  • 30 mars 2022 : Indicateurs pour quoi et comment ?
  • 6 avril 2022 : Innovation et risques technologiques
  • 4 mai 2022 : Action collective et partenariat : la notion de dispositif
  • 18 mai 2022 : Évaluation.

Master


  • Séminaires de recherche – Territoires et développement - Territoires, espaces, sociétés – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Renseignements : Bernard Hubert, CRAI (Commision pour la recherche agronomique internationale), 42 rue Scheffer 75116 Paris, tél. : 04 67 04 75 50, courriel : bernard.hubert@inra.fr

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

Renseignements : Bernard Hubert, CRAI (Commision pour la recherche agronomique internationale), 42 rue Scheffer 75116 Paris, tél. : 04 67 04 75 50, courriel : bernard.hubert@inra.fr, sur rendez-vous.

Pré-requis

niveau M1, sur la base d'un projet de recherche écrit.


Compte rendu


Enseignement suspendu durant l'année universitaire 2021-2022.

Dernière modification : 5 octobre 2022 05:47

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Géographie, Méthodes et techniques des sciences sociales
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Action publique Agriculture Alimentation Développement durable Environnement Études des sciences contemporaines Histoire des idées Histoire des sciences et des techniques Politiques publiques Relations internationales Rurales (études) Techniques
Aires culturelles
Contemporain (anthropologie du, monde) Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Bernard Hubert [référent·e]   directeur d'études, EHESS - directeur de recherche (émérite), INRAE / DE/MC à la retraite (DER-MCR)

Depuis une trentaine d’années, le développement durable s’inscrit dans les débats publics et politiques. En son nom, s’organisent des réunions et des conférences internationales, se justifient des choix et des décisions de politiques publiques, se mettent en place des systèmes d’indicateurs ! De nombreux substantifs se qualifient ainsi de « durable » : la ville, l’agriculture, la production … S’agit-il simplement d’une mode ou à l’inverse d’une étape dans une réflexion critique sur le concept de développement, dépassant la remise en cause de la seule croissance, voire son simple rejet, en introduisant une exigence d’intégration de points de vue et d’enjeux différents ainsi que d’équité sociale ?

Qu’en est-il pour la recherche ? Cette notion introduit-elle de nouveaux enjeux, de nouvelles questions qui conduiraient à renouveler certains thèmes, certains objets, voire même certaines pratiques de recherche ? Quels moyens la recherche se donne-t-elle pour intégrer un enchevêtrement de temporalités ? Quelles initiatives les différentes disciplines, en particulier sciences sociales, sciences techniques et sciences de la nature, prennent-elles pour améliorer leurs formes d’intégration et s’approprier scientifiquement les enjeux posés par cette notion ?

Le développement durable vise à surmonter ce que les oppositions, divisions et séparations peuvent représenter comme menaces de désintégration pour la société humaine ; l’idée d’intégration en est une idée maîtresse. Il a en outre à voir avec l’articulation du local et du planétaire, sans écraser l’un sur l’autre (le développement durable n’est pas fractal), et avec l’inscription du temps court de l’action ordinaire dans le temps long intergénérationnel, qui est aussi le temps de déploiement de processus biophysiques majeurs (biodiversité, climat, évolution de la fertilité des sols, accumulation de polluants dans les nappes profondes).

Le noyau dur du développement durable comme question et comme défi tient aux relations entre les processus économiques et les transformations de l’environnement planétaire et des ressources qu’il abrite. Ces relations sont médiatisées d’un côté par la technologie, qui fait le passage entre le monde social et le monde physique, et de l’autre côté par la préoccupation pour l’équité sociale, dont la donne est en partie modifiée par l’émergence de la question environnementale et des nouvelles raretés qu’elle exprime ou qu’elle demande d’instituer. Cette dernière dimension inscrit le développement durable dans le registre des catégories normatives et pas seulement des catégories descriptives ou analytiques.

Dans ce cadre normatif, le terme « durable » ajoute une exigence propre : que le développement au service des besoins humains et de la société des hommes ne se paie pas d’une dégradation continue de l’environnement bio-physique et de l’épuisement des ressources naturelles. C’est pour affirmer cette nouvelle dimension environnementale que l’expression développement durable a été forgée.

Considérés dans la pureté de leur logique intellectuelle, les deux concepts de développement sont strictement opposés : si le développement se réalise par une nécessité interne inscrite au cœur de la réalité même, il ne saurait faire place à une volonté et à un projet. Symétriquement, l’affirmation du développement comme procédant d’une volonté politique et d’un projet économique impose que le développement ne soit pas compris comme l’aboutissement d’une nécessité surgissant de l’état des choses. Néanmoins, si le développement n’était que projet, pure expression du souhaitable dans un monde plastique dégagé de toute nécessité, il n’y aurait guère de sens à parler encore de développement. Le développement durable ne trouve son espace d’existence intellectuelle que dans l’entre-deux ainsi borné, là où la logique de la détermination s’entremêle avec celle de la volonté et du projet. La chance que s’établisse un développement durable dépend in fine de la capacité des acteurs du développement à discerner les nécessités qui émanent de la réalité économique, sociale et écologique à laquelle ils sont confrontés et à y accrocher leurs projets dans un processus adaptatif qui sait tirer les leçons de l’expérience. Ni volontarisme ni déterminisme, tel est l’espace intellectuel du développement durable.

La prise en charge intégrée, par la société, des trois dimensions (durabilité écologique, viabilité économique et équité sociale) généralement reconnues au développement durable ne peut pas se passer d’une volonté politique des acteurs individuels et collectifs. Le moment politique est donc essentiel à une intégration qui ne résulte pas spontanément de l’organisation économique existante. Mais elle ne peut pas dépendre seulement de cette volonté. Si la réalisation des objectifs du développement durable devait ne répondre à aucune nécessité émanant de la société mais seulement lui être imposée par l’application d’une volonté extérieure, elle serait condamnée d’avance.

Une telle situation a des conséquences méthodologiques pour les chercheurs concernés. Il appartient à ces derniers d’attacher à combiner deux ordres d’explication différents (par la détermination, par le projet et le choix intentionnel) et cette combinaison n’est envisageable que parce que chacun des ordres recèle en lui-même des trous, des liens qui ne sont pas noués, une incomplétude que les modèles et analyses doivent trouver le moyen de prendre en compte de façon explicite, sans chercher à parvenir à une explication totale dans un seul ordre.

Les douze modules du séminaire porteront sur les points suivants (dates susceptibles d'être revues en cours d'année) :

  • 17 novembre 2021 : Développement durable : histoire du concept et contenu
  • 1er décembre 2021 : Conséquences pour la recherche scientifique : articulation des sciences sociales, techniques et de la nature
  • 15 décembre 2021 : Les conventions des NU sur l'environnement : climat, biodiversité, désertification
  • 5 janvier 2022 : Discussion à partir de textes
  • 19 janvier 2022 : L’environnement comme nouvel objet de gouvernement (1)
  • 2 février 2022 : L’environnement comme nouvel objet de gouvernement (2)
  • 16 février 2022 : Ré-interroger l’insertion territoriale
  • 2 mars 2022 : Agriculture et développement durable, De la sécurité à la sécurisation alimentaire
  • 16 mars 2022 : La pensée agronomique et l'agro-écologie: une mise en tension des régimes de la recherche scientifique ?
  • 30 mars 2022 : Indicateurs pour quoi et comment ?
  • 6 avril 2022 : Innovation et risques technologiques
  • 4 mai 2022 : Action collective et partenariat : la notion de dispositif
  • 18 mai 2022 : Évaluation.
  • Séminaires de recherche – Territoires et développement - Territoires, espaces, sociétés – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Renseignements : Bernard Hubert, CRAI (Commision pour la recherche agronomique internationale), 42 rue Scheffer 75116 Paris, tél. : 04 67 04 75 50, courriel : bernard.hubert@inra.fr

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

Renseignements : Bernard Hubert, CRAI (Commision pour la recherche agronomique internationale), 42 rue Scheffer 75116 Paris, tél. : 04 67 04 75 50, courriel : bernard.hubert@inra.fr, sur rendez-vous.

Pré-requis

niveau M1, sur la base d'un projet de recherche écrit.

Enseignement suspendu durant l'année universitaire 2021-2022.

Enseignement suspendu durant l'année universitaire 2021-2022.