Attention, les informations que vous consultez actuellement ne sont pas celles de l'année en cours. Consulter l'année universitaire 2022-2023.

UE354 - L'interprétation dans la langue


Lieu et planning


  • 54 bd Raspail
    Salle AS1_24
    54 bd Raspail 75006 Paris
    1er semestre / hebdomadaire, vendredi 12:30-14:30
    du 19 novembre 2021 au 18 février 2022
    Nombre de séances : 12


Description


Dernière modification : 14 octobre 2021 15:06

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Linguistique, sémantique
Page web
http://semanticar.hypotheses.org 
Langues
français
Mots-clés
Analyse de discours Argumentation Communication Écriture Langues Linguistique Littérature Poétique Pragmatique
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Marion Carel [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL)

Comment le locuteur et son interlocuteur construisent-ils ensemble le sens des énoncés ? Ce dernier bien sûr, en prenant à son tour la parole, peut transformer ce qui a été dit. Mais parfois le locuteur, à l’intérieur même de son énoncé, laisse un rôle à qui il s’adresse. Cette place est inscrite dans les mots utilisés par le locuteur, ou dans leur entrelacement ; quelque chose reste à compléter. Ce que nous nous proposons de discuter, c’est l’hypothèse que celui à qui s’adresse l’énoncé doive alors retrouver l’intention du locuteur, ce qu’il voulait dire. Certes le locuteur peut être autoritaire et revenir tout expliquer. Mais tel n’est pas toujours le cas et celui à qui il s’adresse n’est alors guidé que par la nécessité linguistique de faire de la suite de mots un énoncé pourvu d’un sens, et de la suite d’énoncés un discours cohésif. Qu’est-ce qu’un texte ? C’est à cette question, en dernier ressort, que doit répondre celui qui entreprend de le comprendre. Le séminaire se développera à partir de l’étude de textes littéraires ou de discours politiques des XIXe et XXe siècles.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Formes et objets (M1) – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, analyse linguistique
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Linguistique et écrit (M2) – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, analyse linguistique
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Pratiques, discours et usages (M1) – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, analyse linguistique

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous

Réception des candidats

sur rendez-vous

Pré-requis

Aucun pré-requis


Compte rendu


Le séminaire concernait la cohérence textuelle : qu’est-ce qui fait qu’un texte n’est pas un simple amas d’énoncés ? L’étude avait pour corpus une lettre de George Sand à Laure Decerfz du 13 juin 1832, dans laquelle elle raconte les journées d’émeute qui ont précédé. L’analyse a porté sur l’unité constituée par les énoncés à l’intérieur de chaque paragraphe, et non sur l’unité des paragraphes entre eux qui, elle, repose sur des principes linguistiques mais également sur des pratiques : une lettre, parce qu’il s’agit d’une lettre, permet de passer de questions sur la santé de l’interlocuteur au récit d’une émeute, sans que l’on sente de coq-à-l’âne comme ce serait le cas dans un essai. L’étude a conduit à revenir sur le phénomène de sous-entendu étudié lors du séminaire de 2020-2021 et à le placer à l’intérieur d’un phénomène plus vaste de « pointage ». Nous avons ainsi admis qu’un énoncé, non seulement exprime un point de vue, mais porte également une seconde valeur assurant son inscription dans le texte où il apparaît : il « pointe » vers une « forme linguistique ».

Le phénomène a été cerné sur un exemple construit :

(1) A : (a) Pierre toussait donc sa maîtresse l’a renvoyé à la maison B : (b) Il faudra la remercier

L’énoncé (1a) est ambigu, selon qu’on voie la toux comme une fragilité de Pierre ou comme une gêne pour la maîtresse. Pour lever cette ambiguïté, la Théorie des Blocs Sémantiques propose d’associer l’enchaînement (1a) à un schéma. Le point de vue exprimé par l’énoncé (1a) sera ainsi décrit, par exemple, par (2) :

 (2) Pierre toussait donc sa maîtresse l’a renvoyé à la maison, compris comme formulant [y être faible dc x aider y]

Mais ce n’est pas tout. En tant qu’élément d’une conversation, l’énoncé (1a) pointe également vers une phrase qui en quelque sorte le résume, par exemple :

(3) la maîtresse a eu pitié de Pierre

(3), en effet, ne précise plus la faiblesse de Pierre ni l’aide qu’il a reçue, mais tout de même exprime, comme (1a), le schéma [y être faible dc x aider y]. (3) résume (1a) en cela que (3) a pour groupe verbal un terme, avoir pitié de, qui signifie [y être faible dc x aider y]. 

Notre hypothèse a été que cette forme linguistique (3) assure les relations de (1a) avec sa réponse (1b). En effet, la signification de avoir pitié de ne se réduit pas au seul schéma argumentatif [y être faible dc x aider y]. À l’instar de tous les termes du lexique, elle en préfigure plusieurs, comme [gentil dc avoir pitié] ou [x avoir pitié de y dc y redevable à x]. Autrement dit, (3) résume (1a) et en même temps le regroupe avec d’autres points de vue argumentatifs comme (4) ou (5) que (1a) n’exprime pas mais que (3) situe à ses côtés :

(4) la maîtresse est gentille donc elle a eu pitié de Pierre, compris comme  formulant [gentil dc avoir pitié]

(5) la maîtresse a eu pitié de Pierre donc il faudra la remercier, compris comme formulant [x avoir pitié de y dc y être redevable à x]

Nous avons proposé de résumer cette analyse en disant que l’énoncé (1a) dit (2), pointe vers (3) et ce faisant laisse à dire (4) et (5). Il apparaît alors que l’interlocuteur B dit ce que A laissait à dire. (1a) s’articule à sa réponse (1b) par l’intermédiaire de sa forme pointée.

Le séminaire a alors stabilisé la notion de « forme linguistique pointée » en appliquant à l’étude de la lettre de George Sand la démarche empruntée pour décrire (1). Il est ainsi apparu que la cohérence d’un texte repose sur la structure même de la langue, qui fixe les formes pointées et ce qu’elles laissent à dire, et non sur les croyances que les interlocuteurs partageraient et à partir desquelles ils raisonneraient.

Publications
  • Avec Dinah Ribard, « Un mode d’action politique: l’énonciation chantée », Langage et Société, 2021, n° 174, 33-55.
  • « La Théorie des Blocs Sémantiques », dans La sémantique au pluriel.Théories et méthodes, sous la dir. d'A. Biglari et D. Ducard, Presses Universitaires de Rennes, 2022.
  • Avec Louise Behe et Corentin Denuc, « De l’acte d’argumenter à l’évocation d’enchaînements argumentatifs : quelle place pour l’énonciation ? », Humanidades e Inovação, 2022, vol.9, n°4, p. 33-47. traduit en portugais par L. Gomes dans le même ouvrage : « Do ato de argumentar à evocação de encadeamentos argumentativos: que lugar para a enunciação? ».

Dernière modification : 14 octobre 2021 15:06

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Linguistique, sémantique
Page web
http://semanticar.hypotheses.org 
Langues
français
Mots-clés
Analyse de discours Argumentation Communication Écriture Langues Linguistique Littérature Poétique Pragmatique
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Marion Carel [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL)

Comment le locuteur et son interlocuteur construisent-ils ensemble le sens des énoncés ? Ce dernier bien sûr, en prenant à son tour la parole, peut transformer ce qui a été dit. Mais parfois le locuteur, à l’intérieur même de son énoncé, laisse un rôle à qui il s’adresse. Cette place est inscrite dans les mots utilisés par le locuteur, ou dans leur entrelacement ; quelque chose reste à compléter. Ce que nous nous proposons de discuter, c’est l’hypothèse que celui à qui s’adresse l’énoncé doive alors retrouver l’intention du locuteur, ce qu’il voulait dire. Certes le locuteur peut être autoritaire et revenir tout expliquer. Mais tel n’est pas toujours le cas et celui à qui il s’adresse n’est alors guidé que par la nécessité linguistique de faire de la suite de mots un énoncé pourvu d’un sens, et de la suite d’énoncés un discours cohésif. Qu’est-ce qu’un texte ? C’est à cette question, en dernier ressort, que doit répondre celui qui entreprend de le comprendre. Le séminaire se développera à partir de l’étude de textes littéraires ou de discours politiques des XIXe et XXe siècles.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Formes et objets (M1) – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, analyse linguistique
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Linguistique et écrit (M2) – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, analyse linguistique
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Pratiques, discours et usages (M1) – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, analyse linguistique
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous

Réception des candidats

sur rendez-vous

Pré-requis

Aucun pré-requis

  • 54 bd Raspail
    Salle AS1_24
    54 bd Raspail 75006 Paris
    1er semestre / hebdomadaire, vendredi 12:30-14:30
    du 19 novembre 2021 au 18 février 2022
    Nombre de séances : 12

Le séminaire concernait la cohérence textuelle : qu’est-ce qui fait qu’un texte n’est pas un simple amas d’énoncés ? L’étude avait pour corpus une lettre de George Sand à Laure Decerfz du 13 juin 1832, dans laquelle elle raconte les journées d’émeute qui ont précédé. L’analyse a porté sur l’unité constituée par les énoncés à l’intérieur de chaque paragraphe, et non sur l’unité des paragraphes entre eux qui, elle, repose sur des principes linguistiques mais également sur des pratiques : une lettre, parce qu’il s’agit d’une lettre, permet de passer de questions sur la santé de l’interlocuteur au récit d’une émeute, sans que l’on sente de coq-à-l’âne comme ce serait le cas dans un essai. L’étude a conduit à revenir sur le phénomène de sous-entendu étudié lors du séminaire de 2020-2021 et à le placer à l’intérieur d’un phénomène plus vaste de « pointage ». Nous avons ainsi admis qu’un énoncé, non seulement exprime un point de vue, mais porte également une seconde valeur assurant son inscription dans le texte où il apparaît : il « pointe » vers une « forme linguistique ».

Le phénomène a été cerné sur un exemple construit :

(1) A : (a) Pierre toussait donc sa maîtresse l’a renvoyé à la maison B : (b) Il faudra la remercier

L’énoncé (1a) est ambigu, selon qu’on voie la toux comme une fragilité de Pierre ou comme une gêne pour la maîtresse. Pour lever cette ambiguïté, la Théorie des Blocs Sémantiques propose d’associer l’enchaînement (1a) à un schéma. Le point de vue exprimé par l’énoncé (1a) sera ainsi décrit, par exemple, par (2) :

 (2) Pierre toussait donc sa maîtresse l’a renvoyé à la maison, compris comme formulant [y être faible dc x aider y]

Mais ce n’est pas tout. En tant qu’élément d’une conversation, l’énoncé (1a) pointe également vers une phrase qui en quelque sorte le résume, par exemple :

(3) la maîtresse a eu pitié de Pierre

(3), en effet, ne précise plus la faiblesse de Pierre ni l’aide qu’il a reçue, mais tout de même exprime, comme (1a), le schéma [y être faible dc x aider y]. (3) résume (1a) en cela que (3) a pour groupe verbal un terme, avoir pitié de, qui signifie [y être faible dc x aider y]. 

Notre hypothèse a été que cette forme linguistique (3) assure les relations de (1a) avec sa réponse (1b). En effet, la signification de avoir pitié de ne se réduit pas au seul schéma argumentatif [y être faible dc x aider y]. À l’instar de tous les termes du lexique, elle en préfigure plusieurs, comme [gentil dc avoir pitié] ou [x avoir pitié de y dc y redevable à x]. Autrement dit, (3) résume (1a) et en même temps le regroupe avec d’autres points de vue argumentatifs comme (4) ou (5) que (1a) n’exprime pas mais que (3) situe à ses côtés :

(4) la maîtresse est gentille donc elle a eu pitié de Pierre, compris comme  formulant [gentil dc avoir pitié]

(5) la maîtresse a eu pitié de Pierre donc il faudra la remercier, compris comme formulant [x avoir pitié de y dc y être redevable à x]

Nous avons proposé de résumer cette analyse en disant que l’énoncé (1a) dit (2), pointe vers (3) et ce faisant laisse à dire (4) et (5). Il apparaît alors que l’interlocuteur B dit ce que A laissait à dire. (1a) s’articule à sa réponse (1b) par l’intermédiaire de sa forme pointée.

Le séminaire a alors stabilisé la notion de « forme linguistique pointée » en appliquant à l’étude de la lettre de George Sand la démarche empruntée pour décrire (1). Il est ainsi apparu que la cohérence d’un texte repose sur la structure même de la langue, qui fixe les formes pointées et ce qu’elles laissent à dire, et non sur les croyances que les interlocuteurs partageraient et à partir desquelles ils raisonneraient.

Publications
  • Avec Dinah Ribard, « Un mode d’action politique: l’énonciation chantée », Langage et Société, 2021, n° 174, 33-55.
  • « La Théorie des Blocs Sémantiques », dans La sémantique au pluriel.Théories et méthodes, sous la dir. d'A. Biglari et D. Ducard, Presses Universitaires de Rennes, 2022.
  • Avec Louise Behe et Corentin Denuc, « De l’acte d’argumenter à l’évocation d’enchaînements argumentatifs : quelle place pour l’énonciation ? », Humanidades e Inovação, 2022, vol.9, n°4, p. 33-47. traduit en portugais par L. Gomes dans le même ouvrage : « Do ato de argumentar à evocação de encadeamentos argumentativos: que lugar para a enunciação? ».