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UE286 - Une théorie des situations : nature, musique et réalité virtuelle


Lieu et planning


  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    Salle 25-A
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 10:30-12:30
    du 14 octobre 2021 au 27 janvier 2022
    Nombre de séances : 14


Description


Dernière modification : 24 novembre 2021 18:50

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Philosophie et épistémologie, Psychologie et sciences cognitives
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Esthétique Musique Philosophie analytique Sciences cognitives
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Jérôme Dokic [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Institut Jean-Nicod (IJN)

Il y a bientôt 40 ans paraissait l’ouvrage Situations and Attitudes (1983) de Jon Barwise et John Perry, qui promettait une nouvelle théorie des attitudes psychologiques comme étant essentiellement ancrées dans des situations. La « sémantique des situations » de Barwise et Perry a exercé une influence notable sur la philosophie du langage contemporaine, et a donné lieu à des développements originaux (cf. par exemple la théorie de la fiction présentée dans l’ouvrage Oratio Obliqua, Oratio Recta de François Récanati, paru en 2000). Or, bien que la programme de la « cognition située » occupe une place importante (et controversée) au sein des sciences cognitives, les principes théoriques spécifiques de la théorie des situations sont rarement discutés en tant que tels.

L’objectif de ce séminaire est de reprendre et d’évaluer ces principes pour les confronter, selon une méthode ascendante (ou « bottom-up »), à trois études de cas : l’expérience de la nature, l’expérience esthétique (en particulier la musique) et la réalité virtuelle. Nous nous demanderons en particulier, dans chacun de ces cas, en quoi consiste l’ancrage dans une situation. Qu’est-ce qu’une situation environnementale, musicale ou encore virtuelle ? L’ancrage dans une situation implique-t-il l’immersion dans cette situation ? Peut-on être ancré dans une situation et en avoir quelque expérience, ou la situation d’ancrage échappe-t-elle entièrement à la conscience de l’agent ? Enfin, en quel sens les situations sont-elles objectives et sociales, plutôt qu’essentiellement relatives à la constitution cognitive du sujet ?

Pas de séance le 25 novembre


Master


  • Séminaires de recherche – Philosophie-Philosophie du langage et de l'esprit – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

Contacter l'enseignant.

Réception des candidats

Contacer l'enseignant.

Pré-requis
-

Compte rendu


Le séminaire a consisté, d’une part, en la présentation d’un cadre théorique, la théorie des situations, inspiré des travaux fondateurs de Jon Barwise et John Perry et de ses développements récents, notamment chez François Récanati, et d’autre part, en l’application de ce cadre à trois types d’expérience et de représentation mentale, relatifs à la nature, à la musique et à la réalité virtuelle.

La notion de situation et des notions apparentées dans différentes disciplines (philosophie, linguistique, sociologie et psychologie) ont été exposées, ainsi que le principe fondamental de la théorie des situations, à savoir qu’une représentation (mentale ou linguistique) doit être évaluée, par exemple comme vraie ou fausse, non pas absolument ou à partir du monde entier, mais seulement relativement à une portion de réalité appelée « situation ». Ce principe donne lieu à des phénomènes de non-persistance, par exemple lorsqu’une représentation vraie dans une situation cesse de l’être dans une situation plus large. Deux opérations fondamentales ont été définies, à savoir le détachement et l’immersion, ou la transition mentale d’une situation à une autre, plus large, ou au contraire d’une situation plus large à une autre, resserrée. (Des opérations similaires sont appelées respectivement « réflexion » et « projection » chez Récanati.)

La théorie des situations soulève plusieurs questions dont les implications sont à la fois cognitives et métaphysiques. Par exemple, y a-t-il des représentations entièrement détachées, qui vaudraient relativement au monde entier, et dont tous les constituants seraient articulés ou explicités ? Quid de la possibilité de représentations entièrement immergées, dont tous les constituants seraient inarticulés ou implicites ? Ou encore, en quoi la relativité situationnelle est-elle différente d’autres formes de dépendance contextuelle (indexicaux, contextuels, constituants inarticulés) ? La théorie des situations est-elle commise à l’existence de faits perspectivaux ? Peut-elle admettre des situations non réelles : imaginaires, fictionnelles ou virtuelles ?

Ces questions, complexes, ont été rendues un peu plus concrètes grâce à trois études de cas : l’expérience de la nature, de la musique et de la réalité virtuelle. Dans chaque cas, il est permis de parler d’une situation de référence (la nature, la musique ou un monde virtuel) au sein de laquelle il est possible de s’immerger mentalement. Deux leçons importantes ont été tirées de ces études. En premier lieu, il est possible de définir, au sein de la théorie des situations, une notion rigoureuse d’immersion mentale applicable aux trois domaines étudiés. En second lieu, si la situation de référence reste par définition inarticulée au sein de la représentation qui s’y adosse, il est possible de légitimer l’idée d’une expérience-limite, que nous avons appelé « le sens de la situation », et qui permet au sujet de prendre conscience de la situation comme un tout, à défaut de la mettre explicitement en contraste avec d’autres situations. À cet égard, nous avons repris à nouveaux frais les remarques de Wittgenstein sur ce qu’il appelle « l’élément mystique », ou « le sentiment du monde en tant que totalité limitée » (Tractatus Logico-Philosophicus, §6.45). Dans le contexte de la théorie des situations, où la notion de situation remplace celle de monde, « l’élément mystique » n’est autre que le sentiment de la situation en tant que totalité limitée.

Publications
  • « Percevoir l’inexistant, ou de l’utilité et de la nécessité de faire de la métaphysique », dans Métaphysique et ontologie. Autour de Frédéric Nef. Objections et réponses, sous la dir. de D. Berlioz, F. Drapeau-Contim et F. Loth, Paris, Vrin, 2021, p. 105-122.
  • « L’expérience visuelle est-elle une relation ou une représentation ? Le relationnisme et l’intentionnalisme à l’épreuve des sciences cognitives »,Astérion [En ligne], 25, 2021, mis en ligne le 2 mars 2022.
  • « Episodic Remembering and Affective Metacognition », Acta Scientiarum. Human and Social Sciences, vol. 43, n° 3, 2021.

Dernière modification : 24 novembre 2021 18:50

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Philosophie et épistémologie, Psychologie et sciences cognitives
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Esthétique Musique Philosophie analytique Sciences cognitives
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Jérôme Dokic [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Institut Jean-Nicod (IJN)

Il y a bientôt 40 ans paraissait l’ouvrage Situations and Attitudes (1983) de Jon Barwise et John Perry, qui promettait une nouvelle théorie des attitudes psychologiques comme étant essentiellement ancrées dans des situations. La « sémantique des situations » de Barwise et Perry a exercé une influence notable sur la philosophie du langage contemporaine, et a donné lieu à des développements originaux (cf. par exemple la théorie de la fiction présentée dans l’ouvrage Oratio Obliqua, Oratio Recta de François Récanati, paru en 2000). Or, bien que la programme de la « cognition située » occupe une place importante (et controversée) au sein des sciences cognitives, les principes théoriques spécifiques de la théorie des situations sont rarement discutés en tant que tels.

L’objectif de ce séminaire est de reprendre et d’évaluer ces principes pour les confronter, selon une méthode ascendante (ou « bottom-up »), à trois études de cas : l’expérience de la nature, l’expérience esthétique (en particulier la musique) et la réalité virtuelle. Nous nous demanderons en particulier, dans chacun de ces cas, en quoi consiste l’ancrage dans une situation. Qu’est-ce qu’une situation environnementale, musicale ou encore virtuelle ? L’ancrage dans une situation implique-t-il l’immersion dans cette situation ? Peut-on être ancré dans une situation et en avoir quelque expérience, ou la situation d’ancrage échappe-t-elle entièrement à la conscience de l’agent ? Enfin, en quel sens les situations sont-elles objectives et sociales, plutôt qu’essentiellement relatives à la constitution cognitive du sujet ?

Pas de séance le 25 novembre

  • Séminaires de recherche – Philosophie-Philosophie du langage et de l'esprit – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

Contacter l'enseignant.

Réception des candidats

Contacer l'enseignant.

Pré-requis
-
  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    Salle 25-A
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 10:30-12:30
    du 14 octobre 2021 au 27 janvier 2022
    Nombre de séances : 14

Le séminaire a consisté, d’une part, en la présentation d’un cadre théorique, la théorie des situations, inspiré des travaux fondateurs de Jon Barwise et John Perry et de ses développements récents, notamment chez François Récanati, et d’autre part, en l’application de ce cadre à trois types d’expérience et de représentation mentale, relatifs à la nature, à la musique et à la réalité virtuelle.

La notion de situation et des notions apparentées dans différentes disciplines (philosophie, linguistique, sociologie et psychologie) ont été exposées, ainsi que le principe fondamental de la théorie des situations, à savoir qu’une représentation (mentale ou linguistique) doit être évaluée, par exemple comme vraie ou fausse, non pas absolument ou à partir du monde entier, mais seulement relativement à une portion de réalité appelée « situation ». Ce principe donne lieu à des phénomènes de non-persistance, par exemple lorsqu’une représentation vraie dans une situation cesse de l’être dans une situation plus large. Deux opérations fondamentales ont été définies, à savoir le détachement et l’immersion, ou la transition mentale d’une situation à une autre, plus large, ou au contraire d’une situation plus large à une autre, resserrée. (Des opérations similaires sont appelées respectivement « réflexion » et « projection » chez Récanati.)

La théorie des situations soulève plusieurs questions dont les implications sont à la fois cognitives et métaphysiques. Par exemple, y a-t-il des représentations entièrement détachées, qui vaudraient relativement au monde entier, et dont tous les constituants seraient articulés ou explicités ? Quid de la possibilité de représentations entièrement immergées, dont tous les constituants seraient inarticulés ou implicites ? Ou encore, en quoi la relativité situationnelle est-elle différente d’autres formes de dépendance contextuelle (indexicaux, contextuels, constituants inarticulés) ? La théorie des situations est-elle commise à l’existence de faits perspectivaux ? Peut-elle admettre des situations non réelles : imaginaires, fictionnelles ou virtuelles ?

Ces questions, complexes, ont été rendues un peu plus concrètes grâce à trois études de cas : l’expérience de la nature, de la musique et de la réalité virtuelle. Dans chaque cas, il est permis de parler d’une situation de référence (la nature, la musique ou un monde virtuel) au sein de laquelle il est possible de s’immerger mentalement. Deux leçons importantes ont été tirées de ces études. En premier lieu, il est possible de définir, au sein de la théorie des situations, une notion rigoureuse d’immersion mentale applicable aux trois domaines étudiés. En second lieu, si la situation de référence reste par définition inarticulée au sein de la représentation qui s’y adosse, il est possible de légitimer l’idée d’une expérience-limite, que nous avons appelé « le sens de la situation », et qui permet au sujet de prendre conscience de la situation comme un tout, à défaut de la mettre explicitement en contraste avec d’autres situations. À cet égard, nous avons repris à nouveaux frais les remarques de Wittgenstein sur ce qu’il appelle « l’élément mystique », ou « le sentiment du monde en tant que totalité limitée » (Tractatus Logico-Philosophicus, §6.45). Dans le contexte de la théorie des situations, où la notion de situation remplace celle de monde, « l’élément mystique » n’est autre que le sentiment de la situation en tant que totalité limitée.

Publications
  • « Percevoir l’inexistant, ou de l’utilité et de la nécessité de faire de la métaphysique », dans Métaphysique et ontologie. Autour de Frédéric Nef. Objections et réponses, sous la dir. de D. Berlioz, F. Drapeau-Contim et F. Loth, Paris, Vrin, 2021, p. 105-122.
  • « L’expérience visuelle est-elle une relation ou une représentation ? Le relationnisme et l’intentionnalisme à l’épreuve des sciences cognitives »,Astérion [En ligne], 25, 2021, mis en ligne le 2 mars 2022.
  • « Episodic Remembering and Affective Metacognition », Acta Scientiarum. Human and Social Sciences, vol. 43, n° 3, 2021.