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UE1047 - Mise en récits opposés des découvertes scientifiques


Lieu et planning


  • ENS Lyon
    ENS-Lyon, 15 parvis René Descartes 69007 Lyon
    annuel / mensuel (indifférent), jeudi 17:00-19:30
    du 21 octobre 2021 au 16 juin 2022


Description


Dernière modification : 20 septembre 2021 15:18

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Méthodes et techniques des sciences sociales, Philosophie et épistémologie
Page web
-
Langues
-
Mots-clés
-
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Jean Dhombres [référent·e]   directeur d'études (retraité·e), EHESS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)

Les découvreurs ne sont pas avares, en général, de récits sur leurs performances, bien disposés à en dire les circonstances, les aléas et plus encore les causes, voire les embûches et les obstacles. Du moins selon ce qu’ils estiment avoir vécu. À ces récits, historiens et épistémologues ajoutent les leurs qui tiennent au dépouillement des archives, et aussi bien à l’insertion des exploits dans les contextes intellectuels et socio-politiques. Ce qui fournit un tissu serré de commentaires, d’anecdotes, et de légendes aussi, qui n’en fait pas moins cette toile de fond de la culture scientifique et une richesse d’ordre anthropologique. Un propos de Bachelard, qui corrige sa position dans l’ordre de la connaissance scientifique à la fois très empiriste et teintée de psychanalyse, excite la réflexion pour qui cherche à décrire l’acte de trouver : le vrai d’une théorie serait ce qui aurait dû être pensé en premier mais ne l’a pas été, et n’est donc obtenu qu’après remise en chantier. Bachelard s’inscrit ainsi de façon originale dans une lignée pour laquelle la découverte est un chemin nécessairement pavé d’erreurs et de retours, et une conséquence souvent prise par les pédagogues que sont aussi les scientifiques est de se libérer de ces actes d’enfantement. Du coup, le récit de l’épistémologue ne s’ouvre souvent à la question du collectif de recherche que par les seuls blocages tenant à la pensée commune, faisant les récits de Galilée par exemple. Au contraire, Ludwig Fleck dans un texte de 1935 devenu aujourd’hui culte assure qu’il n’existe pas de découverte isolée, et nourrit en un sens les récits de Newton et Leibniz, jusque dans leurs querelles de priorité. À partir de ces exemples déjà opposés d’interprétation, j’entends au cours de ces neuf séances mensuelles, mettre en place une typologie de récits de découvertes en les constituant en genres épistémologiques, et en jouant sur des oppositions binaires prises chaque fois sur des cas concrets. Je n’ai choisi que des exemples dans le domaine des sciences physico-mathématiques.

Jeudi 21 octobre 2021 : Récits de la réussite 

  • Pythagore et le sacrifice aux muses pour l’obtention du théorème de Pythagore : la façon dont on a commenté cette affaire.
  • D’Alembert et les cordes vibrantes, avec le récit de l’impossibilité mathématique de pouvoir tout décrire.
  • Gödel et la limitation intrinsèque des systèmes axiomatiques : les récits d’épistémologues à ce propos

Jeudi 25 novembre 2021 : Le récit de sérendipité/Le récit de l’acharnement. Evangelista Torricelli et Roberval sur l’aire d’une arche de cycloïde et sa longueur.

Torricelli dit explicitement en 1644 qu’il est venu par hasard, mais non par chance, à trouver l’aire d’une arche de cycloïde, tout simplement parce qu’il avait réfléchi sur la méthode des indivisibles de Cavalieri, explicitée moins de dix ans plus tôt. Roberval l’avait trouvée quelques années plus tôt mais au terme d’une recherche acharnée, motivé par la volonté d’utiliser « les analytiques ». Lorsqu’on annoncera en 1658 que Wren a pu trouver la longueur d’un arc de la courbe, Roberval pourvoit une jolie preuve qu’il aurait pu établir dès 1638. Torricelli tient le récit d’une simplicité; Roberval celui du travail méthodique dans la direction d’un calcul.

Jeudi 9 décembre 2021 : Le récit refusant l’empirisme/ Le récit expérimental.

Je pars de deux récits que je veux analyser. Pierre Bouguer invente (1746) la stabilité des vaisseaux en escaladant les montagnes du Pérou pour mesure la longueur du degré de méridien et Pierre Curie donne la loi exponentielle de désintégration radioactive (1896) sur la seule expérimentation de la demi-période.

Jeudi 20 janvier 2022 : Le récit d’une mise en en ordre théorique d’une pratique/Le récit d’une lignée fonctionnelle

Il s’agit d’opposer deux récits sur un même sujet, celui des outils pour les équations aux dérivée partielles, avec d’une part le récit des distributions de Laurent Schwartz (1944) et celui de Sobolev sur les espaces qui portent son nom

Jeudi 10 février 2022 : Le récit de la recherche d’un problème/Le récit d’une déduction à partir d’un constat

Je cherche à opposer deux façons de dire grosso modo la même découverte qui est celle du Calcul, chez Leibniz et chez Newton, mais en regardant plus spécifiquement la notion de primitive chez l’auteur allemand et celle du binôme éponyme chez l’Anglais. . 

Jeudi 24 mars 2022 : Les récits de découverte d’une même structure dans des circonstances bien différentes

  • Le récit de Joseph Fourier sur la propagation de la chaleur et les modes propres (1807). 
  • Le récit de John von Neumann sur la géométrisation de la mécanique quantique (1932)
  • Le récit d’Yves Meyer sur les relations d’orthogonalité des ondelettes (1986).

Jeudi 28 avril 2022 : Le récit logique sur ce qui a déjà été pensé

J’oppose deux récits, l’un de Cauchy sur sa découverte du critère de convergence qui porte son nom (1821), et  celui de Lebesgue, sur la notion de presque partout (1900).

Jeudi 26 mai 2022 : Le récit de tout une vie de chercheur/ Le récit d’une pensée fugitive, d’abord refusée, mais vite adoptée

Il s’agit de comparer le récit que Galilée donne de sa découverte de la loi de la chute des corps et du mouvement parabolique (conclu en 1638) , et celui de Kepler des lois suivies par les planètes.

Jeudi 16 juin 2022 : Le récit de la performance/Le récit de l’opportunité professorale. À propos du théorème fondamental de l’algèbre chez Gauss et Laplace vers 1800.

On a l’impression que c’est par le hasard d’une tache professorale à accomplir dans le moment révolutionnaire que Laplace, à 46 ans, est venu à prouver le théorème fondamental de l’algèbre. Son récit est celui d’une évidence de ce que doit devenir un enseignement des mathématiques. Gauss, à l’opposé, encore adolescent, utilise sa découverte pour le moins tortueuse, pour critiquer toutes les preuves antérieures, et ainsi pour dire ce que doit devenir la recherche en mathématiques. 


Master


Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.


Renseignements


Contacts additionnels
eric.guichard@enssib.fr jean.dhombres@cnrs.fr
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants
-
Réception des candidats
-
Pré-requis
-

Compte rendu


Comme les découvreurs ne sont pas avares, en général, de récits sur leurs performances, bien disposés à en dire les circonstances, les aléas et plus encore les causes, voire les embûches et les obstacles, et qu’à ces récits, historiens et épistémologues ajoutent les leurs qui tiennent au dépouillement des archives, et aussi bien à l’insertion des exploits dans les contextes intellectuels et socio-politiques, on dispose d’un tissu assez serré de commentaires, d’anecdotes, et de légendes aussi, qui n’en fait pas moins une toile de fond de la culture scientifique et une richesse d’ordre anthropologique. Mais le récit de l’épistémologue ne s’ouvre souvent à la question du collectif de recherche que par les seuls blocages tenant à la pensée commune, faisant les récits de Galilée par exemple. Au contraire, Ludwig Fleck dans un texte de 1935 devenu aujourd’hui culte assure qu’il n’existe pas de découverte isolée, et nourrit en un sens les récits de Newton et Leibniz, jusque dans leurs querelles de priorité. À partir de ces exemples déjà opposés d’interprétation, au cours des neuf séances mensuelles à Lyon, le but du séminaire consista à mettre en place une typologie de récits de découvertes en les constituant en genres épistémologiques, et en jouant sur des oppositions binaires prises chaque fois sur des cas concrets. Je donne ci-dessous quelques exemples de ce qui a été traité dans les séances

Récits de la réussite : Pythagore et le sacrifice aux muses pour l’obtention du théorème de Pythagore : la façon dont on a commenté cette affaire. D’Alembert et les cordes vibrantes, avec le récit de l’impossibilité mathématique de pouvoir tout décrire.

Le récit de sérendipité/Le récit de l’acharnement. Evangelista Torricelli et Roberval sur l’aire d’une arche de cycloïde et sa longueur.

Le récit refusant l’empirisme/Le récit expérimental : Pierre Bouguer invente (1746) la stabilité des vaisseaux en escaladant les montagnes du Pérou pour mesure la longueur du degré de méridien et Pierre Curie donne la loi exponentielle de désintégration radioactive (1896) sur la seule expérimentation de la demi-période.

Le récit d’une mise en en ordre théorique d’une pratique/Le récit d’une lignée fonctionnelle

Il s’est agi d’opposer deux récits sur un même sujet, celui des outils pour les équations aux dérivée partielles, avec d’une part le récit des distributions de Laurent Schwartz (1944) et celui de Sobolev sur les espaces qui portent son nom.

Les récits de découverte d’une même structure dans des circonstances bien différentes. Le récit de Joseph Fourier sur la propagation de la chaleur et les modes propres (1807). Le récit de John von Neumann sur la géométrisation de la mécanique quantique (1932). Le récit d’Yves Meyer sur les relations d’orthogonalité des ondelettes (1986).

Le récit de tout une vie de chercheur/Le récit d’une pensée fugitive, d’abord refusée, mais vite adoptée. Il s’est agi de comparer le récit que Galilée donne de sa découverte de la loi de la chute des corps et du mouvement parabolique (conclu en 1638) , et celui de Kepler des lois suivies par les planètes.

Publications
  • « Quel dialogue avec les Anciens à l’âge des algorithmes conçus pour penser et même sentir à votre place », sous la dir. de Baldine Saint-Girons et Jackie Pigeaud, PUR, 2022, p. 1-28.
  • « Effets culturels et contraintes mathématiques : quelques interrogations à propos de la construction cartographique », dans Colloque sur la cartographie, Études Digitales, sous la dir. d'Éric Guichard, n° 10, 2022, p. 69-96.
  • « Preuves et ontologie chez Descartes. Ce que pourvoit la postérité de la méthode des coefficients indéterminés », dans Descartes et les mathématiques, sous la dir. d'Olivia Chevalier, Éditions Garnier, 2022,  p. 47-91.
  • Article « mathématiques », dans L’Europe. Encyclopédie historique, sous la dir. de Christophe Charle et Daniel Roche, 2022, p. 1463-1478.
  • Avec Pierre Cartier, Jean Dhombres, Gerhard Heinzmann et Cedric Villani, Freedom in Mathematics, Series 360, 2022.
  • « Communication in mathematics  : some lessons from the past », dans ΘΕΜΑΤΑ ΕΚΠΑΙΔΕΥΤΙΚΟΥ ΣΧΕΔΙΑΣΜΟΥ, TOPICS IN EDUCATIONAL DESIGN 12, sous la dir. d'Anastassios Kodakos et Fragkiskos Kalavasis, Educational engineering of communication and its media in the design and development of educational organizations, Rhodes, 2022, p. 33-56.
  • L’"Égyptien" Joseph Fourier, Jean-Antoine Chaptal, la Description de l’Égypte et les frères Champollion », Colloque de l’Académie des sciences et des Belles-lettres de Montpellier, 13-14 mai 2022, sous la dir. de Sydney H. Aufrère et Gilles Gudin de Vallerin, Montpellier, sous presse.
  • « Sous l’influence du mathématicien Cantor, du poète philosophe Fondane et du savant apologète chrétien Pascal, trois lectures de Lévy-Bruhl sur le thème du fini, de l’infini, et de l’indéfini », sous la dir. de Dominique Guedj, Lévy-Bruhl, sous presse.
  • « Désirs mimétiques et violences modernistes, ou les aventures figurées d'un clou sur une roue de carrosse », Revue Experts, sous presse.

Dernière modification : 20 septembre 2021 15:18

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Méthodes et techniques des sciences sociales, Philosophie et épistémologie
Page web
-
Langues
-
Mots-clés
-
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Jean Dhombres [référent·e]   directeur d'études (retraité·e), EHESS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)

Les découvreurs ne sont pas avares, en général, de récits sur leurs performances, bien disposés à en dire les circonstances, les aléas et plus encore les causes, voire les embûches et les obstacles. Du moins selon ce qu’ils estiment avoir vécu. À ces récits, historiens et épistémologues ajoutent les leurs qui tiennent au dépouillement des archives, et aussi bien à l’insertion des exploits dans les contextes intellectuels et socio-politiques. Ce qui fournit un tissu serré de commentaires, d’anecdotes, et de légendes aussi, qui n’en fait pas moins cette toile de fond de la culture scientifique et une richesse d’ordre anthropologique. Un propos de Bachelard, qui corrige sa position dans l’ordre de la connaissance scientifique à la fois très empiriste et teintée de psychanalyse, excite la réflexion pour qui cherche à décrire l’acte de trouver : le vrai d’une théorie serait ce qui aurait dû être pensé en premier mais ne l’a pas été, et n’est donc obtenu qu’après remise en chantier. Bachelard s’inscrit ainsi de façon originale dans une lignée pour laquelle la découverte est un chemin nécessairement pavé d’erreurs et de retours, et une conséquence souvent prise par les pédagogues que sont aussi les scientifiques est de se libérer de ces actes d’enfantement. Du coup, le récit de l’épistémologue ne s’ouvre souvent à la question du collectif de recherche que par les seuls blocages tenant à la pensée commune, faisant les récits de Galilée par exemple. Au contraire, Ludwig Fleck dans un texte de 1935 devenu aujourd’hui culte assure qu’il n’existe pas de découverte isolée, et nourrit en un sens les récits de Newton et Leibniz, jusque dans leurs querelles de priorité. À partir de ces exemples déjà opposés d’interprétation, j’entends au cours de ces neuf séances mensuelles, mettre en place une typologie de récits de découvertes en les constituant en genres épistémologiques, et en jouant sur des oppositions binaires prises chaque fois sur des cas concrets. Je n’ai choisi que des exemples dans le domaine des sciences physico-mathématiques.

Jeudi 21 octobre 2021 : Récits de la réussite 

  • Pythagore et le sacrifice aux muses pour l’obtention du théorème de Pythagore : la façon dont on a commenté cette affaire.
  • D’Alembert et les cordes vibrantes, avec le récit de l’impossibilité mathématique de pouvoir tout décrire.
  • Gödel et la limitation intrinsèque des systèmes axiomatiques : les récits d’épistémologues à ce propos

Jeudi 25 novembre 2021 : Le récit de sérendipité/Le récit de l’acharnement. Evangelista Torricelli et Roberval sur l’aire d’une arche de cycloïde et sa longueur.

Torricelli dit explicitement en 1644 qu’il est venu par hasard, mais non par chance, à trouver l’aire d’une arche de cycloïde, tout simplement parce qu’il avait réfléchi sur la méthode des indivisibles de Cavalieri, explicitée moins de dix ans plus tôt. Roberval l’avait trouvée quelques années plus tôt mais au terme d’une recherche acharnée, motivé par la volonté d’utiliser « les analytiques ». Lorsqu’on annoncera en 1658 que Wren a pu trouver la longueur d’un arc de la courbe, Roberval pourvoit une jolie preuve qu’il aurait pu établir dès 1638. Torricelli tient le récit d’une simplicité; Roberval celui du travail méthodique dans la direction d’un calcul.

Jeudi 9 décembre 2021 : Le récit refusant l’empirisme/ Le récit expérimental.

Je pars de deux récits que je veux analyser. Pierre Bouguer invente (1746) la stabilité des vaisseaux en escaladant les montagnes du Pérou pour mesure la longueur du degré de méridien et Pierre Curie donne la loi exponentielle de désintégration radioactive (1896) sur la seule expérimentation de la demi-période.

Jeudi 20 janvier 2022 : Le récit d’une mise en en ordre théorique d’une pratique/Le récit d’une lignée fonctionnelle

Il s’agit d’opposer deux récits sur un même sujet, celui des outils pour les équations aux dérivée partielles, avec d’une part le récit des distributions de Laurent Schwartz (1944) et celui de Sobolev sur les espaces qui portent son nom

Jeudi 10 février 2022 : Le récit de la recherche d’un problème/Le récit d’une déduction à partir d’un constat

Je cherche à opposer deux façons de dire grosso modo la même découverte qui est celle du Calcul, chez Leibniz et chez Newton, mais en regardant plus spécifiquement la notion de primitive chez l’auteur allemand et celle du binôme éponyme chez l’Anglais. . 

Jeudi 24 mars 2022 : Les récits de découverte d’une même structure dans des circonstances bien différentes

  • Le récit de Joseph Fourier sur la propagation de la chaleur et les modes propres (1807). 
  • Le récit de John von Neumann sur la géométrisation de la mécanique quantique (1932)
  • Le récit d’Yves Meyer sur les relations d’orthogonalité des ondelettes (1986).

Jeudi 28 avril 2022 : Le récit logique sur ce qui a déjà été pensé

J’oppose deux récits, l’un de Cauchy sur sa découverte du critère de convergence qui porte son nom (1821), et  celui de Lebesgue, sur la notion de presque partout (1900).

Jeudi 26 mai 2022 : Le récit de tout une vie de chercheur/ Le récit d’une pensée fugitive, d’abord refusée, mais vite adoptée

Il s’agit de comparer le récit que Galilée donne de sa découverte de la loi de la chute des corps et du mouvement parabolique (conclu en 1638) , et celui de Kepler des lois suivies par les planètes.

Jeudi 16 juin 2022 : Le récit de la performance/Le récit de l’opportunité professorale. À propos du théorème fondamental de l’algèbre chez Gauss et Laplace vers 1800.

On a l’impression que c’est par le hasard d’une tache professorale à accomplir dans le moment révolutionnaire que Laplace, à 46 ans, est venu à prouver le théorème fondamental de l’algèbre. Son récit est celui d’une évidence de ce que doit devenir un enseignement des mathématiques. Gauss, à l’opposé, encore adolescent, utilise sa découverte pour le moins tortueuse, pour critiquer toutes les preuves antérieures, et ainsi pour dire ce que doit devenir la recherche en mathématiques. 

Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.

Contacts additionnels
eric.guichard@enssib.fr jean.dhombres@cnrs.fr
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants
-
Réception des candidats
-
Pré-requis
-
  • ENS Lyon
    ENS-Lyon, 15 parvis René Descartes 69007 Lyon
    annuel / mensuel (indifférent), jeudi 17:00-19:30
    du 21 octobre 2021 au 16 juin 2022

Comme les découvreurs ne sont pas avares, en général, de récits sur leurs performances, bien disposés à en dire les circonstances, les aléas et plus encore les causes, voire les embûches et les obstacles, et qu’à ces récits, historiens et épistémologues ajoutent les leurs qui tiennent au dépouillement des archives, et aussi bien à l’insertion des exploits dans les contextes intellectuels et socio-politiques, on dispose d’un tissu assez serré de commentaires, d’anecdotes, et de légendes aussi, qui n’en fait pas moins une toile de fond de la culture scientifique et une richesse d’ordre anthropologique. Mais le récit de l’épistémologue ne s’ouvre souvent à la question du collectif de recherche que par les seuls blocages tenant à la pensée commune, faisant les récits de Galilée par exemple. Au contraire, Ludwig Fleck dans un texte de 1935 devenu aujourd’hui culte assure qu’il n’existe pas de découverte isolée, et nourrit en un sens les récits de Newton et Leibniz, jusque dans leurs querelles de priorité. À partir de ces exemples déjà opposés d’interprétation, au cours des neuf séances mensuelles à Lyon, le but du séminaire consista à mettre en place une typologie de récits de découvertes en les constituant en genres épistémologiques, et en jouant sur des oppositions binaires prises chaque fois sur des cas concrets. Je donne ci-dessous quelques exemples de ce qui a été traité dans les séances

Récits de la réussite : Pythagore et le sacrifice aux muses pour l’obtention du théorème de Pythagore : la façon dont on a commenté cette affaire. D’Alembert et les cordes vibrantes, avec le récit de l’impossibilité mathématique de pouvoir tout décrire.

Le récit de sérendipité/Le récit de l’acharnement. Evangelista Torricelli et Roberval sur l’aire d’une arche de cycloïde et sa longueur.

Le récit refusant l’empirisme/Le récit expérimental : Pierre Bouguer invente (1746) la stabilité des vaisseaux en escaladant les montagnes du Pérou pour mesure la longueur du degré de méridien et Pierre Curie donne la loi exponentielle de désintégration radioactive (1896) sur la seule expérimentation de la demi-période.

Le récit d’une mise en en ordre théorique d’une pratique/Le récit d’une lignée fonctionnelle

Il s’est agi d’opposer deux récits sur un même sujet, celui des outils pour les équations aux dérivée partielles, avec d’une part le récit des distributions de Laurent Schwartz (1944) et celui de Sobolev sur les espaces qui portent son nom.

Les récits de découverte d’une même structure dans des circonstances bien différentes. Le récit de Joseph Fourier sur la propagation de la chaleur et les modes propres (1807). Le récit de John von Neumann sur la géométrisation de la mécanique quantique (1932). Le récit d’Yves Meyer sur les relations d’orthogonalité des ondelettes (1986).

Le récit de tout une vie de chercheur/Le récit d’une pensée fugitive, d’abord refusée, mais vite adoptée. Il s’est agi de comparer le récit que Galilée donne de sa découverte de la loi de la chute des corps et du mouvement parabolique (conclu en 1638) , et celui de Kepler des lois suivies par les planètes.

Publications
  • « Quel dialogue avec les Anciens à l’âge des algorithmes conçus pour penser et même sentir à votre place », sous la dir. de Baldine Saint-Girons et Jackie Pigeaud, PUR, 2022, p. 1-28.
  • « Effets culturels et contraintes mathématiques : quelques interrogations à propos de la construction cartographique », dans Colloque sur la cartographie, Études Digitales, sous la dir. d'Éric Guichard, n° 10, 2022, p. 69-96.
  • « Preuves et ontologie chez Descartes. Ce que pourvoit la postérité de la méthode des coefficients indéterminés », dans Descartes et les mathématiques, sous la dir. d'Olivia Chevalier, Éditions Garnier, 2022,  p. 47-91.
  • Article « mathématiques », dans L’Europe. Encyclopédie historique, sous la dir. de Christophe Charle et Daniel Roche, 2022, p. 1463-1478.
  • Avec Pierre Cartier, Jean Dhombres, Gerhard Heinzmann et Cedric Villani, Freedom in Mathematics, Series 360, 2022.
  • « Communication in mathematics  : some lessons from the past », dans ΘΕΜΑΤΑ ΕΚΠΑΙΔΕΥΤΙΚΟΥ ΣΧΕΔΙΑΣΜΟΥ, TOPICS IN EDUCATIONAL DESIGN 12, sous la dir. d'Anastassios Kodakos et Fragkiskos Kalavasis, Educational engineering of communication and its media in the design and development of educational organizations, Rhodes, 2022, p. 33-56.
  • L’"Égyptien" Joseph Fourier, Jean-Antoine Chaptal, la Description de l’Égypte et les frères Champollion », Colloque de l’Académie des sciences et des Belles-lettres de Montpellier, 13-14 mai 2022, sous la dir. de Sydney H. Aufrère et Gilles Gudin de Vallerin, Montpellier, sous presse.
  • « Sous l’influence du mathématicien Cantor, du poète philosophe Fondane et du savant apologète chrétien Pascal, trois lectures de Lévy-Bruhl sur le thème du fini, de l’infini, et de l’indéfini », sous la dir. de Dominique Guedj, Lévy-Bruhl, sous presse.
  • « Désirs mimétiques et violences modernistes, ou les aventures figurées d'un clou sur une roue de carrosse », Revue Experts, sous presse.