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UE996 - Atelier « Anthropologie et philologie »


Lieu et planning


  • INHA
    2 rue Vivienne 75002 Paris
    annuel / mensuel (2e), jeudi 18:00-20:00
    du 12 novembre 2020 au 20 mai 2021


Description


Dernière modification : 17 juillet 2020 09:41

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique
Page web
-
Langues
-
Mots-clés
Action Analyse de discours Anthropologie Anthropologie et linguistique Anthropologie historique Antiquité (sciences de l’) Objets Philologie Textes
Aires culturelles
Méditerranéens (mondes)
Intervenant·e·s
  • Cléo Carastro [référent·e]   maîtresse de conférences, EHESS / Anthropologie et histoire des mondes antiques (AnHiMA)
  • Manon Brouillet   maîtresse de conférences, Université de Picardie Jules-Verne
  • Charles Delattre   professeur des universités, Université de Lille

Dans le cadre de cet atelier de lecture, nous proposons de mettre en dialogue philologie classique et anthropologie. Il s'agira d'interroger le « retour à la philologie » par une discussion de travaux récents en anthropologie articulée à l'analyse de textes anciens. On focalisera l'attention notamment autour des « imitations d'Homère ». Il s'agira de proposer de nouveaux éclairages d'oeuvres de l'époque classique à l'Antiquité tardive en le mettant en perspective avec l’idéologie héroïque et de la société « homérique » telles que les travaux d'anthropologie ont pu les dessiner. Comment interpréter la reprise de formules, de références, de modèles sociaux, de représentations mentales dans un contexte historique et sociologique où ils semblent n'avoir plus cours ? Au lieu d’interpréter le décalage en termes de théorie littéraire seule (construction d’un espace fictionnel, d’un monde possible, etc.), peut-on, dans le cadre du séminaire associer anthropologie et littérature pour analyser à la fois la pertinence et la reformulation du « monde d’Ulysse » ?

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel mensuelle = 0 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel mensuelle = 3 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

Sur rendez-vous

Réception des candidats

Sur rendez-vous

Pré-requis
-

Compte rendu


Dans sa troisième et dernière année, le séminaire a souhaité problématiser le dialogue entre philologie et anthropologie en quittant le terrain de la production poétique d’époque archaïque et classique qui avait fait l’objet des deux années précédentes, et qui depuis les années 1960 constitue un champs d’enquête privilégié par les anthropologues de la Grèce ancienne, pour élargir le questionnement aux époques hellénistique et romaine. Si la tradition épique et la question des « imitations d’Homère » ont été retenues comme fil conducteur des exposés, il a paru utile, cette année encore, de consacrer des séances à la présentation et à la discussion des travaux récents en anthropologie et en philologie qui auraient un caractère plus réflexif et se prêteraient donc davantage à une réflexion interdisciplinaire.

À partir d’un corpus de textes épiques grecs, Charles Delattre a proposé un diagnostic sur les façons dont sont envisagées, en contexte de discipline littéraire, les relations entre narration et autorité par un exposé intitulé thème « Commencer à chanter: le poète et la Muse ». Contre une conception traditionnelle de l’unité de la posture homérique et d’une évolution définie comme linéaire, s’impose celle d’une diversité des postures, et ce dès l’Iliade. Les exemples d’Apollonios de Rhodes et de Quintus de Smyrne montrent la fusion entre différents modèles, et posent la question de l’évaluation de ces variations : en quoi peuvent-elles servir une réflexion sur les paradigmes anthropologiques des époques hellénistique et impériale ?

L’épopée de Quintus de Smyrne, présentée par Tine Scheijnen comme un patchwork d’idéologies, de temporalités et de genres, peut être définie comme une entreprise intertextuelle qui prétend à la fois s’inspirer d’Homère, le réécrire et y suppléer, tout en mobilisant un nombre considérable de sources littéraires (tragédies, épopées) qui enrichissent l’interprétation de cette œuvre kaléidoscopique. Interroger le mode de performance de cette épopée permet d’introduire un nouveau paradigme, propre à l’époque impériale, qui est celui de l’incarnation d’Homère, comme une divinité figure d’autorité, dans la culture de l’époque.

À l’occasion d’une séance consacrée aux différentes approches françaises et internationales en philologie, trois textes de Pierre Judet de La Combe ont été discutés en présence de son auteur : un statement (« Multiple philologies and logic of interpretations ») qu’il avait présenté à un colloque sur « le retour à la philologie » qui s’est tenu récemment à Princeton, ainsi que les textes « Futur d'une philologie nietzschéenne » (postface au volume édité par les éditions de l’EHESS d’une conférence de Nietzsche sur Homère) et « Les conflits en philologie » (paru dans les Quaderni urbinati di cultura classica, 90, 2008).

Lors d’une séance comparatiste intitulée « (Re)commencer à chanter », Manon Brouillet s’est interrogée sur les dispositifs qui régissent l’amorce d’un chant inspiré, à partir de la littérature grecque (Homère et Apollonios de Rhodes) mise en regard avec des travaux anthropologiques. Elle a ainsi comparé le début des cinq versions du Bagré Blanc le chant initiatique des LoDaaga publié par  Jack Goody (Une récitation du Bagré, Paris,1980) avec les éloges à Allah (madīḥ) qui ouvrent les performances de l’épopée égyptienne de Banī Hilāl étudiées par Dwight Reynolds (Heroic poets, poetic heroes : the ethnography of performance in an Arabic oral epic tradition, Cornell, 2018 [1995]). Sur la base des recherches de Parrry et Lord, elle a avancé que l’invocation à la Muse n’est pensable qu’au moment de certaines césures temporelles dans le cadre de la performance, comme l’apparition de l’aurore.

Dans son exposé intitulé « Quand l'anthropologue explore les ruines : Anna Tsing et les troubles de l'indétermination », Cléo Carastro a proposé un détour par les travaux d’Ann Stoler, Donna Haraway et Anna Tsing afin de quitter le récit des modernes, pour le dire avec Bruno Latour, et ainsi apporter un éclairage nouveau sur les modes d’existence que les collectifs formés d’humains et non-humains expérimentent. Aussi a-t-elle invité à reformuler le programme du séminaire en termes d’enquêtes sur les cosmologies anciennes, d’Homère à Quintus, en passant par Thucydide, notamment par rapport aux relations nouées entre humains et non-humains, afin de se tourner vers les modalité de se rapporter à l’invisible, d’en faire l’expérience. La notion de ruine retenue par Tsing servira alors de levier pour interroger les espaces interstitiels dans les récits, qui génèrent de l’incertitude, et sont donc des lieux à interroger à nouveaux frais. En renouant un dialogue avec l’exposé de Manon Brouillet et l’invocation à la Muse, il a été proposé que chez Thucydide les césures de ses récits sont marquées par la mention de la sungraphé, cette écriture qui instancie l’invisible, garant de l’opération historiographique. Stratégie nouvelle de nouer avec l’invisible, de légitimer un discours qui ne se revendique pas d’une origine divine, mais qui est néanmoins une manière de valoriser l’acte de l’écrit comme une modalité de rendre visible ce qui ne l’est pas nécessairement, la sungraphé est un contrat historiographique qui scelle le récit justement par les césures qu’elle opère.

L’ouvrage Wisdom Sits in Places, de l’anthropologue Keith Basso, présenté par Alessandro Buccheri, définit un usage spécifique des toponymes apaches comme medium pour créer un lien entre un lieu, sa représentation mentale et une histoire qui lui est associée, et participer à la construction d’un discours éthique et parénétique. Mais l’usage des toponymes peut s’analyser aussi chez un auteur antique, en l’espèce Lucien (Sur l’ambre ou sur les cygnes), où il se mêle à des jeux intertextuels et des allusions mythologiques, pour devenir une puissance d’évocation à la fois partagée et personnelle.

Publications
  • « Récits de ruines, ou la parole contre le marbre », Critique, 894, 2021, p. 882-897.

Dernière modification : 17 juillet 2020 09:41

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique
Page web
-
Langues
-
Mots-clés
Action Analyse de discours Anthropologie Anthropologie et linguistique Anthropologie historique Antiquité (sciences de l’) Objets Philologie Textes
Aires culturelles
Méditerranéens (mondes)
Intervenant·e·s
  • Cléo Carastro [référent·e]   maîtresse de conférences, EHESS / Anthropologie et histoire des mondes antiques (AnHiMA)
  • Manon Brouillet   maîtresse de conférences, Université de Picardie Jules-Verne
  • Charles Delattre   professeur des universités, Université de Lille

Dans le cadre de cet atelier de lecture, nous proposons de mettre en dialogue philologie classique et anthropologie. Il s'agira d'interroger le « retour à la philologie » par une discussion de travaux récents en anthropologie articulée à l'analyse de textes anciens. On focalisera l'attention notamment autour des « imitations d'Homère ». Il s'agira de proposer de nouveaux éclairages d'oeuvres de l'époque classique à l'Antiquité tardive en le mettant en perspective avec l’idéologie héroïque et de la société « homérique » telles que les travaux d'anthropologie ont pu les dessiner. Comment interpréter la reprise de formules, de références, de modèles sociaux, de représentations mentales dans un contexte historique et sociologique où ils semblent n'avoir plus cours ? Au lieu d’interpréter le décalage en termes de théorie littéraire seule (construction d’un espace fictionnel, d’un monde possible, etc.), peut-on, dans le cadre du séminaire associer anthropologie et littérature pour analyser à la fois la pertinence et la reformulation du « monde d’Ulysse » ?

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel mensuelle = 0 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel mensuelle = 3 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

Sur rendez-vous

Réception des candidats

Sur rendez-vous

Pré-requis
-
  • INHA
    2 rue Vivienne 75002 Paris
    annuel / mensuel (2e), jeudi 18:00-20:00
    du 12 novembre 2020 au 20 mai 2021

Dans sa troisième et dernière année, le séminaire a souhaité problématiser le dialogue entre philologie et anthropologie en quittant le terrain de la production poétique d’époque archaïque et classique qui avait fait l’objet des deux années précédentes, et qui depuis les années 1960 constitue un champs d’enquête privilégié par les anthropologues de la Grèce ancienne, pour élargir le questionnement aux époques hellénistique et romaine. Si la tradition épique et la question des « imitations d’Homère » ont été retenues comme fil conducteur des exposés, il a paru utile, cette année encore, de consacrer des séances à la présentation et à la discussion des travaux récents en anthropologie et en philologie qui auraient un caractère plus réflexif et se prêteraient donc davantage à une réflexion interdisciplinaire.

À partir d’un corpus de textes épiques grecs, Charles Delattre a proposé un diagnostic sur les façons dont sont envisagées, en contexte de discipline littéraire, les relations entre narration et autorité par un exposé intitulé thème « Commencer à chanter: le poète et la Muse ». Contre une conception traditionnelle de l’unité de la posture homérique et d’une évolution définie comme linéaire, s’impose celle d’une diversité des postures, et ce dès l’Iliade. Les exemples d’Apollonios de Rhodes et de Quintus de Smyrne montrent la fusion entre différents modèles, et posent la question de l’évaluation de ces variations : en quoi peuvent-elles servir une réflexion sur les paradigmes anthropologiques des époques hellénistique et impériale ?

L’épopée de Quintus de Smyrne, présentée par Tine Scheijnen comme un patchwork d’idéologies, de temporalités et de genres, peut être définie comme une entreprise intertextuelle qui prétend à la fois s’inspirer d’Homère, le réécrire et y suppléer, tout en mobilisant un nombre considérable de sources littéraires (tragédies, épopées) qui enrichissent l’interprétation de cette œuvre kaléidoscopique. Interroger le mode de performance de cette épopée permet d’introduire un nouveau paradigme, propre à l’époque impériale, qui est celui de l’incarnation d’Homère, comme une divinité figure d’autorité, dans la culture de l’époque.

À l’occasion d’une séance consacrée aux différentes approches françaises et internationales en philologie, trois textes de Pierre Judet de La Combe ont été discutés en présence de son auteur : un statement (« Multiple philologies and logic of interpretations ») qu’il avait présenté à un colloque sur « le retour à la philologie » qui s’est tenu récemment à Princeton, ainsi que les textes « Futur d'une philologie nietzschéenne » (postface au volume édité par les éditions de l’EHESS d’une conférence de Nietzsche sur Homère) et « Les conflits en philologie » (paru dans les Quaderni urbinati di cultura classica, 90, 2008).

Lors d’une séance comparatiste intitulée « (Re)commencer à chanter », Manon Brouillet s’est interrogée sur les dispositifs qui régissent l’amorce d’un chant inspiré, à partir de la littérature grecque (Homère et Apollonios de Rhodes) mise en regard avec des travaux anthropologiques. Elle a ainsi comparé le début des cinq versions du Bagré Blanc le chant initiatique des LoDaaga publié par  Jack Goody (Une récitation du Bagré, Paris,1980) avec les éloges à Allah (madīḥ) qui ouvrent les performances de l’épopée égyptienne de Banī Hilāl étudiées par Dwight Reynolds (Heroic poets, poetic heroes : the ethnography of performance in an Arabic oral epic tradition, Cornell, 2018 [1995]). Sur la base des recherches de Parrry et Lord, elle a avancé que l’invocation à la Muse n’est pensable qu’au moment de certaines césures temporelles dans le cadre de la performance, comme l’apparition de l’aurore.

Dans son exposé intitulé « Quand l'anthropologue explore les ruines : Anna Tsing et les troubles de l'indétermination », Cléo Carastro a proposé un détour par les travaux d’Ann Stoler, Donna Haraway et Anna Tsing afin de quitter le récit des modernes, pour le dire avec Bruno Latour, et ainsi apporter un éclairage nouveau sur les modes d’existence que les collectifs formés d’humains et non-humains expérimentent. Aussi a-t-elle invité à reformuler le programme du séminaire en termes d’enquêtes sur les cosmologies anciennes, d’Homère à Quintus, en passant par Thucydide, notamment par rapport aux relations nouées entre humains et non-humains, afin de se tourner vers les modalité de se rapporter à l’invisible, d’en faire l’expérience. La notion de ruine retenue par Tsing servira alors de levier pour interroger les espaces interstitiels dans les récits, qui génèrent de l’incertitude, et sont donc des lieux à interroger à nouveaux frais. En renouant un dialogue avec l’exposé de Manon Brouillet et l’invocation à la Muse, il a été proposé que chez Thucydide les césures de ses récits sont marquées par la mention de la sungraphé, cette écriture qui instancie l’invisible, garant de l’opération historiographique. Stratégie nouvelle de nouer avec l’invisible, de légitimer un discours qui ne se revendique pas d’une origine divine, mais qui est néanmoins une manière de valoriser l’acte de l’écrit comme une modalité de rendre visible ce qui ne l’est pas nécessairement, la sungraphé est un contrat historiographique qui scelle le récit justement par les césures qu’elle opère.

L’ouvrage Wisdom Sits in Places, de l’anthropologue Keith Basso, présenté par Alessandro Buccheri, définit un usage spécifique des toponymes apaches comme medium pour créer un lien entre un lieu, sa représentation mentale et une histoire qui lui est associée, et participer à la construction d’un discours éthique et parénétique. Mais l’usage des toponymes peut s’analyser aussi chez un auteur antique, en l’espèce Lucien (Sur l’ambre ou sur les cygnes), où il se mêle à des jeux intertextuels et des allusions mythologiques, pour devenir une puissance d’évocation à la fois partagée et personnelle.

Publications
  • « Récits de ruines, ou la parole contre le marbre », Critique, 894, 2021, p. 882-897.