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UE695 - L'enquête biographique dans l’étude des sciences. Vie et travail scientifiques


Lieu et planning


  • Enseignement à distance/webinaire
    webinaire
    https://listsem.ehess.fr/
    1er semestre / hebdomadaire, lundi 15:00-17:00
    du 16 novembre 2020 au 15 février 2021


Description


Dernière modification : 7 avril 2021 17:20

Type d'UE
Séminaires DR/CR
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie, Histoire, Méthodes et techniques des sciences sociales, Sociologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Épistémologie Études des sciences contemporaines Genre Histoire culturelle Histoire des sciences et des techniques Histoire intellectuelle Intellectuels Travail
Aires culturelles
Europe France
Intervenant·e·s
  • Anne Collinot [référent·e]   chargée de recherche, CNRS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)

Le séminaire poursuit sa réflexion sur l’enquête biographique comme outil de connaissance pour l’étude des sciences. Il s'agit d’examiner spécifiquement le « mode de vie » savant, en le situant dans la catégorie des existences vouées aux savoirs, comme celles des lettrés, des érudits ou des scientifiques.

Le séminaire est construit autour du concept d’œuvre-travail. Cependant que toute enquête biographique porte en elle la question cruciale du rapport entre la vie et l’œuvre, il s’agit de mettre en lumière le chaînon important mais souvent oublié, qui attache étroitement l’œuvre à la vie : ce chaînon est le travail. Bien que nul n’ignore la place du travail acharné dans la vie du savant, et que les biographies scientifiques manquent rarement d’évoquer la ténacité et l’opiniâtreté comme les qualités indispensables des chercheurs, il est opportun d’examiner attentivement les aspects pratiques et ordinaires du travail et de l’acharnement. La notion de travail est entendue jusque dans sa dimension la plus intime, avec tout ce qu’il suppose de persévérance, de constance, d’effort continu, c’est-à-dire de discipline quotidienne. La gestion de l’emploi du temps, l’aménagement des lieux de résidence, les pratiques de sociabilité donnent à voir la vie scientifique comme une construction homogène et conséquente. Les difficultés – et les satisfactions – du travail intellectuel impliquent d’organiser sa vie d’une certaine manière, mais aussi de dérober du temps à la vie, c’est-à-dire de donner une forme singulière à l’ensemble de sa vie, faisant de celle-ci un outil essentiel de la production intellectuelle. En dirigeant l’éclairage sur cet ensemble de déterminants du travail intellectuel, décisifs et néanmoins rarement objectivés, nous visons non seulement à lever le voile sur certaines des conditions de possibilité de l’œuvre, mais aussi à enrichir l’enquête biographique.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Savoirs en sociétés-Histoire des sciences, des techniques et des savoirs – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

par courriel.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis

le séminaire est ouvert aux chercheurs, aux doctorants, aux étudiants en master.


Compte rendu


Le séminaire poursuit la réflexion sur l’enquête biographique comme outil de connaissance pour l’étude des sciences. Nous avons continué d’examiner spécifiquement le « mode de vie » savant, en le situant dans la catégorie des existences vouées aux savoirs, comme celles des lettrés, des érudits ou des scientifiques. Le séminaire a été divisé en trois parties.

Dans la première partie, j’ai discuté le concept d’œuvre-travail, situé au cœur de mes recherches. Cependant que toute enquête biographique porte en elle la question cruciale du rapport entre la vie et l’œuvre, il s’agit de mettre en lumière le chaînon important mais souvent négligé, qui attache étroitement l’œuvre à la vie : ce chaînon est le travail. Bien que nul n’ignore la place du travail acharné dans la vie du savant, et que les biographies scientifiques manquent rarement d’évoquer la ténacité et l’opiniâtreté comme les qualités indispensables des chercheurs, il est opportun d’examiner attentivement les aspects pratiques et ordinaires du travail et de l’acharnement. Les difficultés – et les satisfactions – du travail intellectuel impliquent de donner une forme singulière à l’ensemble de sa vie, faisant de celle-ci un outil essentiel de la production intellectuelle. En dirigeant l’éclairage sur cet ensemble de déterminants du travail intellectuel, décisifs et néanmoins rarement objectivés, je vise non seulement à lever le voile sur certaines des conditions de possibilité de l’œuvre, mais aussi à enrichir l’enquête biographique. 

Nous avons ainsi fait valoir une « niche » culturelle précise définies par des contraintes récurrentes, non-contextuelles du travail : les modalités pratiques, quotidiennes et ordinaires du travail que nous avons analysées dans cette première partie du séminaire sont générales et inscrites dans la longue durée ; en arrière-plan de l’étude de cas présentée dans la deuxième partie - la vie et le travail de Claude Lévi-Strauss – nous avons souligné  la récurrence de ces contraintes en déployant un échantillon de protagonistes fameux du labeur érudit (Erasme, Buffon, Darwin, Durkheim, Frazer…).

Étude de cas : Claude Lévi-Strauss. À travers les détails de la quotidienneté, nous avons élucidé les aspects ordinaires du travail de l’anthropologue, tout en essayant de comprendre comment ceux-ci ont concouru non seulement à façonner un style de vie, mais surtout à faire de la vie du savant un instrument mis au service de sa production intellectuelle. Nous avons montré combien la maîtrise de l’emploi du temps était importante pour parvenir à écrire les milliers de pages d’une trentaine de livres. Ce n’était pas tout. Comme d’autres savants avant lui (par exemple Charles Darwin, Émile Durkheim ou James Frazer), Claude Lévi-Strauss a eu le bonheur d’associer à sa vie une compagne qui avait très vite compris que le travail était une priorité. Le savant a puisé de grandes forces dans cette société conjugale. Plutôt que de se focaliser sur le rôle de l’épouse-de-savant nous avons exploré l’idée d’une société construite sur mesure destinée à servir la production intellectuelle, en reconnaissant la variété de ses contours : l’union des époux, mais aussi la famille, un cercle amical, un cénacle de disciples, un groupe de collègues.

La troisième partie du séminaire a été consacrée à évaluer les apports du concept d’œuvre-travail dans les cas précis des travaux des étudiants. Par exemple pour : élucider la manière dont Julien-Joseph Virey (1775-1846) avait défini une hygiène de vie la plus propice au travail intellectuel ; distinguer l'implication du cercle familial dans les travaux de l’inventeur Arnaud Vincent Demontpetit (1713-1800) ; explorer l’idée de mettre la vie bénévole et la vie savante sur un même plan en terme de gestion du temps et de dévouement.

Publications

-

Dernière modification : 7 avril 2021 17:20

Type d'UE
Séminaires DR/CR
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie, Histoire, Méthodes et techniques des sciences sociales, Sociologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Épistémologie Études des sciences contemporaines Genre Histoire culturelle Histoire des sciences et des techniques Histoire intellectuelle Intellectuels Travail
Aires culturelles
Europe France
Intervenant·e·s
  • Anne Collinot [référent·e]   chargée de recherche, CNRS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)

Le séminaire poursuit sa réflexion sur l’enquête biographique comme outil de connaissance pour l’étude des sciences. Il s'agit d’examiner spécifiquement le « mode de vie » savant, en le situant dans la catégorie des existences vouées aux savoirs, comme celles des lettrés, des érudits ou des scientifiques.

Le séminaire est construit autour du concept d’œuvre-travail. Cependant que toute enquête biographique porte en elle la question cruciale du rapport entre la vie et l’œuvre, il s’agit de mettre en lumière le chaînon important mais souvent oublié, qui attache étroitement l’œuvre à la vie : ce chaînon est le travail. Bien que nul n’ignore la place du travail acharné dans la vie du savant, et que les biographies scientifiques manquent rarement d’évoquer la ténacité et l’opiniâtreté comme les qualités indispensables des chercheurs, il est opportun d’examiner attentivement les aspects pratiques et ordinaires du travail et de l’acharnement. La notion de travail est entendue jusque dans sa dimension la plus intime, avec tout ce qu’il suppose de persévérance, de constance, d’effort continu, c’est-à-dire de discipline quotidienne. La gestion de l’emploi du temps, l’aménagement des lieux de résidence, les pratiques de sociabilité donnent à voir la vie scientifique comme une construction homogène et conséquente. Les difficultés – et les satisfactions – du travail intellectuel impliquent d’organiser sa vie d’une certaine manière, mais aussi de dérober du temps à la vie, c’est-à-dire de donner une forme singulière à l’ensemble de sa vie, faisant de celle-ci un outil essentiel de la production intellectuelle. En dirigeant l’éclairage sur cet ensemble de déterminants du travail intellectuel, décisifs et néanmoins rarement objectivés, nous visons non seulement à lever le voile sur certaines des conditions de possibilité de l’œuvre, mais aussi à enrichir l’enquête biographique.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Savoirs en sociétés-Histoire des sciences, des techniques et des savoirs – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

par courriel.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis

le séminaire est ouvert aux chercheurs, aux doctorants, aux étudiants en master.

  • Enseignement à distance/webinaire
    webinaire
    https://listsem.ehess.fr/
    1er semestre / hebdomadaire, lundi 15:00-17:00
    du 16 novembre 2020 au 15 février 2021

Le séminaire poursuit la réflexion sur l’enquête biographique comme outil de connaissance pour l’étude des sciences. Nous avons continué d’examiner spécifiquement le « mode de vie » savant, en le situant dans la catégorie des existences vouées aux savoirs, comme celles des lettrés, des érudits ou des scientifiques. Le séminaire a été divisé en trois parties.

Dans la première partie, j’ai discuté le concept d’œuvre-travail, situé au cœur de mes recherches. Cependant que toute enquête biographique porte en elle la question cruciale du rapport entre la vie et l’œuvre, il s’agit de mettre en lumière le chaînon important mais souvent négligé, qui attache étroitement l’œuvre à la vie : ce chaînon est le travail. Bien que nul n’ignore la place du travail acharné dans la vie du savant, et que les biographies scientifiques manquent rarement d’évoquer la ténacité et l’opiniâtreté comme les qualités indispensables des chercheurs, il est opportun d’examiner attentivement les aspects pratiques et ordinaires du travail et de l’acharnement. Les difficultés – et les satisfactions – du travail intellectuel impliquent de donner une forme singulière à l’ensemble de sa vie, faisant de celle-ci un outil essentiel de la production intellectuelle. En dirigeant l’éclairage sur cet ensemble de déterminants du travail intellectuel, décisifs et néanmoins rarement objectivés, je vise non seulement à lever le voile sur certaines des conditions de possibilité de l’œuvre, mais aussi à enrichir l’enquête biographique. 

Nous avons ainsi fait valoir une « niche » culturelle précise définies par des contraintes récurrentes, non-contextuelles du travail : les modalités pratiques, quotidiennes et ordinaires du travail que nous avons analysées dans cette première partie du séminaire sont générales et inscrites dans la longue durée ; en arrière-plan de l’étude de cas présentée dans la deuxième partie - la vie et le travail de Claude Lévi-Strauss – nous avons souligné  la récurrence de ces contraintes en déployant un échantillon de protagonistes fameux du labeur érudit (Erasme, Buffon, Darwin, Durkheim, Frazer…).

Étude de cas : Claude Lévi-Strauss. À travers les détails de la quotidienneté, nous avons élucidé les aspects ordinaires du travail de l’anthropologue, tout en essayant de comprendre comment ceux-ci ont concouru non seulement à façonner un style de vie, mais surtout à faire de la vie du savant un instrument mis au service de sa production intellectuelle. Nous avons montré combien la maîtrise de l’emploi du temps était importante pour parvenir à écrire les milliers de pages d’une trentaine de livres. Ce n’était pas tout. Comme d’autres savants avant lui (par exemple Charles Darwin, Émile Durkheim ou James Frazer), Claude Lévi-Strauss a eu le bonheur d’associer à sa vie une compagne qui avait très vite compris que le travail était une priorité. Le savant a puisé de grandes forces dans cette société conjugale. Plutôt que de se focaliser sur le rôle de l’épouse-de-savant nous avons exploré l’idée d’une société construite sur mesure destinée à servir la production intellectuelle, en reconnaissant la variété de ses contours : l’union des époux, mais aussi la famille, un cercle amical, un cénacle de disciples, un groupe de collègues.

La troisième partie du séminaire a été consacrée à évaluer les apports du concept d’œuvre-travail dans les cas précis des travaux des étudiants. Par exemple pour : élucider la manière dont Julien-Joseph Virey (1775-1846) avait défini une hygiène de vie la plus propice au travail intellectuel ; distinguer l'implication du cercle familial dans les travaux de l’inventeur Arnaud Vincent Demontpetit (1713-1800) ; explorer l’idée de mettre la vie bénévole et la vie savante sur un même plan en terme de gestion du temps et de dévouement.

Publications

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