UE67 - Penser les anti-démocraties du XXIe siècle. Une enquête sur l’Iran, la Russie et la Turquie


Planning


  • 105 bd Raspail
    Salle 1
    105 bd Raspail 75006 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, lundi 09:00-11:00
    du 4 janvier 2021 au 22 mars 2021


Description


Dernière modification : 2 juin 2020 21:23

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Sociologie
Page web
-
Langues
-
Mots-clés
Démocratie Domination Économie politique Gouvernance Histoire des idées
Aires culturelles
Iranien (monde) Russie Turc (domaine)
Intervenant·e·s
  • Hamit Bozarslan [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Centre d'études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (CETOBaC)

« La mission historique millénaire », « l’avenir comme revanche sur le passé », « la fusion charnelle entre le chef et la nation », « la terre ne devenant patrie que par le sang des martyrs qui l’arrose », « la restauration de la nation dans sa pureté ontologique »… tels sont quelques-uns des thèmes qui structurent les discours des dirigeants iraniens, russes et turcs. Il s’agit des régimes qui préservent la charpente institutionnelle d’une démocratie classique (élections, parlement, cour constitutionnelle, cour des comptes…) mais qui se pensent comme des alternatives radicales, nationales et « viriles » à la démocratie libérale. Comprendre l’émergence de ces anti-démocraties en Iran, en Russie et en Turquie, trois pays aux trajectoires historiques si contrastées, exige la prise en considération des crises dont ils furent le théâtre au cours des quatre dernières décennies.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Études politiques – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Sociologie – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

contacter l'enseignant par courriel.

Réception des candidats

contacter l'enseignant par courriel.

Pré-requis
-

Compte rendu


Consacré aux régimes iranien, russe et turque, notre séminaire est parti d’un constat : depuis une bonne vingtaine d’années les sciences sociales semblent être en panne de concepts pour décrire les nouvelles formes de pouvoir qui voient le jour, notamment, mais pas exclusivement, dans l’espace euro-asiatique (« Démocraties illibérales », « autoritarismes compétitifs », « démocraties autoritaires », « autoritarismes démocratiques »…Sans nier la valeur heuristique de ces concepts, la notion d’« anti-démocratie », pourrait permettre de comprendre l’émergence d’une série de nouveaux régimes dans les années 2010 et 2020.

Les régimes que nous qualifierons d’« anti-démocraties » ne rejettent pas formellement le principe électoral et disposent souvent d’un parlement, d’une Cour constitutionnelle, d’une Cour des Comptes ou encore des structures partisanes. Ils privent cependant cette charpente institutionnelle de toute autonomie, interdisant ainsi dans la pratique toute possibilité du contrôle et d’équilibre des pouvoirs. Au-delà de cette paralysie institutionnelle, ils se pensent explicitement comme une réponse, nationale et radicale, à la démocratie libérale « efféminée » et « corrompue », coupable d’avoir détruite la nation comme une entité organique. La plupart de ces anti-démocraties, notamment celles qui voient le jour dans l’ancienne Europe de l’Est, se particularisent aussi par leur repli sur un temps et un espace « nationalisés », appréhendés comme menacés par la « souillure » venant de l’extérieur. Dans des cas iranien, russe et turc, qui constitueront l’objet de notre ouvrage, en revanche, la nation est pensée en termes irrédentistes, la violente nostalgie d’Empire ou de revanche sur l’histoire ouvrant la voie à une pratique guerrière de proximité ou à distance.  

Il est indéniable que les régimes anti-démocratiques iranien, russe et turc partagent nombre de traits communs avec celles du siècle passé : comme elles, elles conçoivent la « peuple-nation » comme une entité homogène, organique et métahistorique, incarné, dans son présent, mais aussi dans son passé et son avenir, par son leader. Cette fusion charnelle transforme le « chef » en seul détenteur de légitimité, source autant que horizon de la nation.

De même, dans leur lecture, l’histoire du peuple-nation apparaît d’abord comme celle d’une mission historique dont il serait chargé à l’aube de l’humanité : dominer le monde pour lui apporter justice, harmonie et civilisation. Elle est, en suite, celle d’une épreuve militaire permanente : marqué par la lâcheté de l’ « ennemi », de l’intérieur autant que de l’extérieur, le passé n’a légué au présent qu’une humiliation nationale et les conséquences dramatiques de la rupture de la mission historique ; temps d’endurance, le présent est à son tour chargé de la tâche de penser et préparer la revanche futur de Kairos sur Chronos. Le nationalisme nécrophile, à forte tonalité maurassienne, que prônent ces régimes interdit tout principe d’égalité entre les nations : le « peuple-nation » surplombe l’universel pour lui permettre de s’épanouir sous la protection de ses maîtres en vertu de la mission historique qui lui est conférée.

Publications
  • L’anti-démocratie au 21ème siècle, Iran, Russie, Turquie, Paris, CNRS Éditions, 2021, 280 p.
  • Histoire de la Turquie. De l’Empire à nos jours, 3e édition actualisée, Paris, Tallandier, 2021, 703 p.
  • Avec C. Günes et V. Yadirgi, « Introduction » et « Dark Times: Kurdistan in the Turmoil of the Middle East, 1979-2003 », dans The Cambridge History of the Kurds, sous la dir. d'H. Bozarslan, C. Günes et V. Yadirgi, Cambridge, 2021, p. 1-22 et 269-288.
  • « From Kemalism to the Armed Struggle: Radicalization of the Left in the 1960s », dans Turkey in Tourmoil. Social Change and Political Radicalism during the 1960s, sous la dir. de B. Pekesen, Lodenbourg, de Gruyter, 2020, p. 115-136.  
  • « De la Nahda à aujourd’hui : le nationalisme, la gauche et l’islamisme arabes face à l’Occident », dans Le Moyen-Orient et le monde. L’État du monde 2021, sous la dir. de B. Badie et D. Vidal, 2020, p. 31-38.
  • « Anti-démocarties et démocraties dans les années 2020 », Esprit, n° 468, 2020, p. 57-67.

Dernière modification : 2 juin 2020 21:23

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Sociologie
Page web
-
Langues
-
Mots-clés
Démocratie Domination Économie politique Gouvernance Histoire des idées
Aires culturelles
Iranien (monde) Russie Turc (domaine)
Intervenant·e·s
  • Hamit Bozarslan [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Centre d'études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (CETOBaC)

« La mission historique millénaire », « l’avenir comme revanche sur le passé », « la fusion charnelle entre le chef et la nation », « la terre ne devenant patrie que par le sang des martyrs qui l’arrose », « la restauration de la nation dans sa pureté ontologique »… tels sont quelques-uns des thèmes qui structurent les discours des dirigeants iraniens, russes et turcs. Il s’agit des régimes qui préservent la charpente institutionnelle d’une démocratie classique (élections, parlement, cour constitutionnelle, cour des comptes…) mais qui se pensent comme des alternatives radicales, nationales et « viriles » à la démocratie libérale. Comprendre l’émergence de ces anti-démocraties en Iran, en Russie et en Turquie, trois pays aux trajectoires historiques si contrastées, exige la prise en considération des crises dont ils furent le théâtre au cours des quatre dernières décennies.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Études politiques – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Sociologie – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
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Réception des candidats

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Pré-requis
-
  • 105 bd Raspail
    Salle 1
    105 bd Raspail 75006 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, lundi 09:00-11:00
    du 4 janvier 2021 au 22 mars 2021

Consacré aux régimes iranien, russe et turque, notre séminaire est parti d’un constat : depuis une bonne vingtaine d’années les sciences sociales semblent être en panne de concepts pour décrire les nouvelles formes de pouvoir qui voient le jour, notamment, mais pas exclusivement, dans l’espace euro-asiatique (« Démocraties illibérales », « autoritarismes compétitifs », « démocraties autoritaires », « autoritarismes démocratiques »…Sans nier la valeur heuristique de ces concepts, la notion d’« anti-démocratie », pourrait permettre de comprendre l’émergence d’une série de nouveaux régimes dans les années 2010 et 2020.

Les régimes que nous qualifierons d’« anti-démocraties » ne rejettent pas formellement le principe électoral et disposent souvent d’un parlement, d’une Cour constitutionnelle, d’une Cour des Comptes ou encore des structures partisanes. Ils privent cependant cette charpente institutionnelle de toute autonomie, interdisant ainsi dans la pratique toute possibilité du contrôle et d’équilibre des pouvoirs. Au-delà de cette paralysie institutionnelle, ils se pensent explicitement comme une réponse, nationale et radicale, à la démocratie libérale « efféminée » et « corrompue », coupable d’avoir détruite la nation comme une entité organique. La plupart de ces anti-démocraties, notamment celles qui voient le jour dans l’ancienne Europe de l’Est, se particularisent aussi par leur repli sur un temps et un espace « nationalisés », appréhendés comme menacés par la « souillure » venant de l’extérieur. Dans des cas iranien, russe et turc, qui constitueront l’objet de notre ouvrage, en revanche, la nation est pensée en termes irrédentistes, la violente nostalgie d’Empire ou de revanche sur l’histoire ouvrant la voie à une pratique guerrière de proximité ou à distance.  

Il est indéniable que les régimes anti-démocratiques iranien, russe et turc partagent nombre de traits communs avec celles du siècle passé : comme elles, elles conçoivent la « peuple-nation » comme une entité homogène, organique et métahistorique, incarné, dans son présent, mais aussi dans son passé et son avenir, par son leader. Cette fusion charnelle transforme le « chef » en seul détenteur de légitimité, source autant que horizon de la nation.

De même, dans leur lecture, l’histoire du peuple-nation apparaît d’abord comme celle d’une mission historique dont il serait chargé à l’aube de l’humanité : dominer le monde pour lui apporter justice, harmonie et civilisation. Elle est, en suite, celle d’une épreuve militaire permanente : marqué par la lâcheté de l’ « ennemi », de l’intérieur autant que de l’extérieur, le passé n’a légué au présent qu’une humiliation nationale et les conséquences dramatiques de la rupture de la mission historique ; temps d’endurance, le présent est à son tour chargé de la tâche de penser et préparer la revanche futur de Kairos sur Chronos. Le nationalisme nécrophile, à forte tonalité maurassienne, que prônent ces régimes interdit tout principe d’égalité entre les nations : le « peuple-nation » surplombe l’universel pour lui permettre de s’épanouir sous la protection de ses maîtres en vertu de la mission historique qui lui est conférée.

Publications
  • L’anti-démocratie au 21ème siècle, Iran, Russie, Turquie, Paris, CNRS Éditions, 2021, 280 p.
  • Histoire de la Turquie. De l’Empire à nos jours, 3e édition actualisée, Paris, Tallandier, 2021, 703 p.
  • Avec C. Günes et V. Yadirgi, « Introduction » et « Dark Times: Kurdistan in the Turmoil of the Middle East, 1979-2003 », dans The Cambridge History of the Kurds, sous la dir. d'H. Bozarslan, C. Günes et V. Yadirgi, Cambridge, 2021, p. 1-22 et 269-288.
  • « From Kemalism to the Armed Struggle: Radicalization of the Left in the 1960s », dans Turkey in Tourmoil. Social Change and Political Radicalism during the 1960s, sous la dir. de B. Pekesen, Lodenbourg, de Gruyter, 2020, p. 115-136.  
  • « De la Nahda à aujourd’hui : le nationalisme, la gauche et l’islamisme arabes face à l’Occident », dans Le Moyen-Orient et le monde. L’État du monde 2021, sous la dir. de B. Badie et D. Vidal, 2020, p. 31-38.
  • « Anti-démocarties et démocraties dans les années 2020 », Esprit, n° 468, 2020, p. 57-67.