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UE657 - La visibilité en crise. Les nouvelles images et l’espace public


Lieu et planning


  • Enseignement à distance/webinaire
    webinaire
    https://listsem.ehess.fr/
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 18:00-20:00
    du 5 novembre 2020 au 11 février 2021


Description


Dernière modification : 7 avril 2021 17:19

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Signes, formes, représentations
Page web
http://imagesociale.fr/ 
Langues
français
Mots-clés
Image Médias Réseaux sociaux
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • André Gunthert [référent·e]   maître de conférences, EHESS / Centre d'histoire et de théorie des arts (CRAL-CEHTA)

Visibilité accrue des minorités, documents accusateurs, paniques morales provoquées par l’exposition alternative, mise en récit de l’automédiation : l’empreinte croissante de la délégation visuelle se vérifie par l’importance que prennent les questions de visibilité publique. La diffusion du terme de «visibilité» dans les sciences sociales désigne le champ de l’image comme un espace d’affrontement et de crises. Mais si les outils numériques ont ouvert de nouveaux accès à la sphère publique, il convient de faire la part de l’illusion qui prête aux images une performativité autonome. L’étude de la reconfiguration de l’espace public passera par l'examen des principaux textes théoriques (Habermas, Arendt, Fraser), ainsi que par l’analyse de débats visuels récents (copwatching, migrants, Gilets jaunes, etc.).

En raison de la situation sanitaire, le séminaire «La visibilité en crise» aura lieu en visioconférence (distanciel), à partir du jeudi 5 novembre (18h-20h, 12 séances jusqu’au 11 février). Ce choix a été retenu parce qu’il est le seul qui nous donne l’assurance de pouvoir mener le séminaire à son terme. Ce format impose des contraintes spécifiques. Il est préférable de recourir aux méthodes du TD, qui implique une participation accrue. Pour ce faire, il est nécessaire de restreindre le groupe de participants, qui est fixé à 20. La disponibilité d’une connexion internet de bonne qualité est évidemment souhaitable.

Merci aux étudiant·e·s de me contacter dès maintenant, de façon à pouvoir répartir les exposés. Un choix de sujets est proposé ci-dessous, à partir des références et des sources du séminaire. Ces travaux seront répartis entre les participant·e·s.

La visibilité en crise. Les nouvelles images et l’espace public

Les effets de la numérisation des images se limitent-ils à une surproduction des formes visuelles? S’il n’est pas aisé d’observer les évolutions récentes, il existe toutefois des manifestations sociales susceptibles d’en révéler les contours. Controverse sur le selfie, la visibilité des minorités, l’extension de la reconnaissance faciale ou les violences policières: les crises, paniques morales ou emballements du débat public sont des indicateurs des tensions générées par les modifications des équilibres existants.

Ces controverses témoignent des effets des nouveaux usages des images. Elles montrent que les questions posées par les formes visuelles tiennent aux conditions de leur exposition publique, c’est-à-dire à leur visibilité sociale. Avec les textes théoriques consacrés à l’espace public ou à l’accès des minorités à la visibilité, on étudiera plus particulièrement les conflits liés à l’auto-exposition des anonymes, ainsi que l’émergence de contre-récits appuyés sur des documents visuels. Grâce aux images, ce sont les territoires du pouvoir que les crises de la visibilité interrogent, et contribuent à reconfigurer.

Séminaire de recherche ouvert aux M2 et doctorants, 1er semestre 2020-2021. Compte tenu des contraintes sanitaires, ce cours est proposé en distanciel, le jeudi de 18 h à 20 h, du 5 novembre au 11 février 2021 (12 séances) et sera limité à 20 participants.

 

Programme

  1. Introduction: minorités, visibilité, reconnaissance
     
  2. Théories de l’espace public
  • Habermas, Jürgen, 1992, L’Espace public (trad. de l’allemand par Marc B. de Launay), Paris, Payot; Ballarini, Loïc; Ségur, Céline, 2017, Devenir public. Modalités et enjeux, Paris, éd. Mare & Martin.
  1. Les contre-publics
  • Fraser, Nancy, 1990, «Rethinking the Public Sphere: A Contribution to the Critique of Actually Existing Democracy», Social Text, n° 25/26, p. 56-80.
  • Spivak, Gayatri Chakravorty, 2009, Les Subalternes peuvent-elles parler? (1988, trad. de l’anglais par Jérôme Vidal), Paris, Amsterdam.
  1. Théories de la visibilité
  • Heinich, Nathalie, 2012, De la visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique, Paris, Gallimard,
  • Mirzoeff, Nicholas, 2010, An Introduction to Visual Culture (2e ed.), Londres, Routledge, 2010.
  • Bertho, Alain, 2016, «Enoncés visuels des mobilisations. Autoportraits des peuples», Anthropologie et Sociétés, vol. 40, n° 1, p. 31-50.
  1. Théories et pratiques de la sousveillance
  • Mann, Steve ; Nolan, Jason ; Wellman, Barry, 2003, «Sousveillance : Inventing and Using Wearable Computing Devices for Data Collection in Surveillance Environments», Surveillance & Society, vol. 1, n° 3, p. 331-355.
  • Ly, Ladj, 2019, Les Misérables (film, 103 min.), SRAB Films.
  1. La fonction d’alerte
  • Chateaureynaud, Francis, 2020, Alertes et lanceurs d’alerte, Paris, Que sais-je ? Humensis.
  1. Remédiation, immédiation, viralité
  • Bolter, David Jay; Grusin, Richard, 1999, Remediation. Understanding New Media, Cambridge Ma, The MIT Press.
  1. Les vidéos de violences policières et les Gilets jaunes
  • Dufresne, David, 2020, Un pays qui se tient sage (film, 86 min.), Le Bureau/Jour2fête.
  • Amnesty International, 2020, «Arrêté·e·s pour avoir manifesté: La loi comme arme de répression des manifestant·e·s pacifiques en France», rapport, septembre.
  1. L’imagerie de reconstitution, avec la participation d’Antoine Schirer (Forensic Architecture)
  2. Le rôle de la technique, le modèle de l’imprimé
  • Eisenstein, Elizabeth, 1991, La Révolution de l’imprimé. A l’aube de l’Europe moderne (1973), Paris, La Découverte.

Master


  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Images, cultures visuelles, histoire de l'art – M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, exposé oral

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

compte tenu des contraintes sanitaires, ce cours est proposé en distanciel, le jeudi de 18 h à 20 h, du 5 novembre au 11 février 2021 (12 séances) et sera limité à 20 participants (prendre impérativement contact avec l’enseignant). La disponibilité d'une connexion internet de bonne qualité est recommandée.

Direction de travaux des étudiants

le mardi matin sur rendez-vous.

Réception des candidats

le mardi matin sur rendez-vous.

Pré-requis

les candidats dont le sujet de mémoire porte sur la visibilité publique ont la priorité.


Compte rendu


Grâce à l’outillage numérique et aux médias sociaux, la production et la diffusion de contenus audiovisuels confèrent une visibilité inédite aux acteurs minoritaires et alimentent le débat public. Pour étudier ce phénomène, nous avons entrepris d’analyser l’émergence sur la scène publique française de la thématique des violences policières, appuyée sur la diffusion virale de nombreuses vidéos en ligne à l’occasion du mouvement des Gilets jaunes. Proposé au premier semestre 2020-2021, le séminaire a été effectué à distance en raison des contraintes sanitaires. Il était important de distribuer la parole et de favoriser l’interaction. Chaque séance a donné lieu à des interventions d’invités ou des exposés préparés par les étudiant·e·s.

Plusieurs élaborations théoriques pouvant faire office de cadre de référence ont été examinées et discutées, en particulier celles de Jürgen Habermas et Nancy Fraser sur les conditions du débat dans de la sphère publique, celles de James C. Scott et Gayatri Chakravorty Spivak sur les contre-publics et la formation de contre-récits, celles de Nicholas Mirzoeff et Alain Bertho sur la constitution de visibilités alternatives, ou celle de Steve Mann sur la sousveillance, ou surveillance inverse, dans l’espace public. Nous nous sommes également penchés, avec le réalisateur Raymond Macherel,  sur le film du journaliste David Dufresne, Un pays qui se tient sage (2020), qui reprend une cinquantaine de vidéos diffusées en ligne pendant la crise des Gilets jaunes. Nous avons discuté, avec le chercheur Michaël Bourgatte, de la production de l’association animaliste L214 de vidéos pirates dans les abattoirs. Nous avons également étudié, avec le journaliste Antoine Schirer, les reconstitutions 3D à des fins d’analyse forensique des documents audiovisuels.

À côté des nouveaux outils de communication militants, décrits notamment dans le cadre des révolutions arabes, le phénomène que ce séminaire a permis de cerner est celui qu’on pourrait appeler l’alerte par l’image. A partir des travaux de Francis Chateauraynaud, la notion d’alerte est apparue comme le facteur déterminant de la réception de la documentation spontanée des manifestations. Dotée de critères propres et d’une justification sociale forte, fondée sur l’urgence et la perception d’un risque collectif, l’alerte prend sur les réseaux sociaux la forme du signalement viral.

Si la crédibilité documentaire de l’enregistrement vidéo en situation constitue à l’évidence un atout pour en faire un support d’alerte, cette condition ne suffit pas à elle seule à conférer la viralité. L’accélération de la circulation du document provient à la fois des caractéristiques de son énonciation, qu’avec Bolter et Grusin on peut décrire comme celles de l’immédiation, de ses qualités narratives, propices à en faire un exemplum, et de la dynamique de la conversation en ligne, amplifiée par la tension de l’événement et les effets de la controverse. Équivalent à un travail d’éditorialisation de l’actualité, le commentaire participatif confère à ces contenus un statut de document-icône, à la fois preuve et emblème.

Si cette forme d’alerte n’a jamais conduit à remettre en cause la réponse des forces de l’ordre, elle a néanmoins fait accéder la question des violences policières au premier plan du débat public. Alors que les plus hauts représentants de l’État se sont efforcés de nier les excès du maintien de l’ordre, les centaines d’images qui ont circulé sur les réseaux sociaux ont établi l’existence des violences policières, à un degré jamais atteint. Ces phénomènes ont incité les réseaux sociaux a modifier l’affichage des images de violence, et poussé l’État français à légiférer pour faire obstacle à la documentation des pratiques policières. Deux articles ont été publiés pour rendre compte de ces conclusions.

Publications

Dernière modification : 7 avril 2021 17:19

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Signes, formes, représentations
Page web
http://imagesociale.fr/ 
Langues
français
Mots-clés
Image Médias Réseaux sociaux
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • André Gunthert [référent·e]   maître de conférences, EHESS / Centre d'histoire et de théorie des arts (CRAL-CEHTA)

Visibilité accrue des minorités, documents accusateurs, paniques morales provoquées par l’exposition alternative, mise en récit de l’automédiation : l’empreinte croissante de la délégation visuelle se vérifie par l’importance que prennent les questions de visibilité publique. La diffusion du terme de «visibilité» dans les sciences sociales désigne le champ de l’image comme un espace d’affrontement et de crises. Mais si les outils numériques ont ouvert de nouveaux accès à la sphère publique, il convient de faire la part de l’illusion qui prête aux images une performativité autonome. L’étude de la reconfiguration de l’espace public passera par l'examen des principaux textes théoriques (Habermas, Arendt, Fraser), ainsi que par l’analyse de débats visuels récents (copwatching, migrants, Gilets jaunes, etc.).

En raison de la situation sanitaire, le séminaire «La visibilité en crise» aura lieu en visioconférence (distanciel), à partir du jeudi 5 novembre (18h-20h, 12 séances jusqu’au 11 février). Ce choix a été retenu parce qu’il est le seul qui nous donne l’assurance de pouvoir mener le séminaire à son terme. Ce format impose des contraintes spécifiques. Il est préférable de recourir aux méthodes du TD, qui implique une participation accrue. Pour ce faire, il est nécessaire de restreindre le groupe de participants, qui est fixé à 20. La disponibilité d’une connexion internet de bonne qualité est évidemment souhaitable.

Merci aux étudiant·e·s de me contacter dès maintenant, de façon à pouvoir répartir les exposés. Un choix de sujets est proposé ci-dessous, à partir des références et des sources du séminaire. Ces travaux seront répartis entre les participant·e·s.

La visibilité en crise. Les nouvelles images et l’espace public

Les effets de la numérisation des images se limitent-ils à une surproduction des formes visuelles? S’il n’est pas aisé d’observer les évolutions récentes, il existe toutefois des manifestations sociales susceptibles d’en révéler les contours. Controverse sur le selfie, la visibilité des minorités, l’extension de la reconnaissance faciale ou les violences policières: les crises, paniques morales ou emballements du débat public sont des indicateurs des tensions générées par les modifications des équilibres existants.

Ces controverses témoignent des effets des nouveaux usages des images. Elles montrent que les questions posées par les formes visuelles tiennent aux conditions de leur exposition publique, c’est-à-dire à leur visibilité sociale. Avec les textes théoriques consacrés à l’espace public ou à l’accès des minorités à la visibilité, on étudiera plus particulièrement les conflits liés à l’auto-exposition des anonymes, ainsi que l’émergence de contre-récits appuyés sur des documents visuels. Grâce aux images, ce sont les territoires du pouvoir que les crises de la visibilité interrogent, et contribuent à reconfigurer.

Séminaire de recherche ouvert aux M2 et doctorants, 1er semestre 2020-2021. Compte tenu des contraintes sanitaires, ce cours est proposé en distanciel, le jeudi de 18 h à 20 h, du 5 novembre au 11 février 2021 (12 séances) et sera limité à 20 participants.

 

Programme

  1. Introduction: minorités, visibilité, reconnaissance
     
  2. Théories de l’espace public
  • Habermas, Jürgen, 1992, L’Espace public (trad. de l’allemand par Marc B. de Launay), Paris, Payot; Ballarini, Loïc; Ségur, Céline, 2017, Devenir public. Modalités et enjeux, Paris, éd. Mare & Martin.
  1. Les contre-publics
  • Fraser, Nancy, 1990, «Rethinking the Public Sphere: A Contribution to the Critique of Actually Existing Democracy», Social Text, n° 25/26, p. 56-80.
  • Spivak, Gayatri Chakravorty, 2009, Les Subalternes peuvent-elles parler? (1988, trad. de l’anglais par Jérôme Vidal), Paris, Amsterdam.
  1. Théories de la visibilité
  • Heinich, Nathalie, 2012, De la visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique, Paris, Gallimard,
  • Mirzoeff, Nicholas, 2010, An Introduction to Visual Culture (2e ed.), Londres, Routledge, 2010.
  • Bertho, Alain, 2016, «Enoncés visuels des mobilisations. Autoportraits des peuples», Anthropologie et Sociétés, vol. 40, n° 1, p. 31-50.
  1. Théories et pratiques de la sousveillance
  • Mann, Steve ; Nolan, Jason ; Wellman, Barry, 2003, «Sousveillance : Inventing and Using Wearable Computing Devices for Data Collection in Surveillance Environments», Surveillance & Society, vol. 1, n° 3, p. 331-355.
  • Ly, Ladj, 2019, Les Misérables (film, 103 min.), SRAB Films.
  1. La fonction d’alerte
  • Chateaureynaud, Francis, 2020, Alertes et lanceurs d’alerte, Paris, Que sais-je ? Humensis.
  1. Remédiation, immédiation, viralité
  • Bolter, David Jay; Grusin, Richard, 1999, Remediation. Understanding New Media, Cambridge Ma, The MIT Press.
  1. Les vidéos de violences policières et les Gilets jaunes
  • Dufresne, David, 2020, Un pays qui se tient sage (film, 86 min.), Le Bureau/Jour2fête.
  • Amnesty International, 2020, «Arrêté·e·s pour avoir manifesté: La loi comme arme de répression des manifestant·e·s pacifiques en France», rapport, septembre.
  1. L’imagerie de reconstitution, avec la participation d’Antoine Schirer (Forensic Architecture)
  2. Le rôle de la technique, le modèle de l’imprimé
  • Eisenstein, Elizabeth, 1991, La Révolution de l’imprimé. A l’aube de l’Europe moderne (1973), Paris, La Découverte.
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Images, cultures visuelles, histoire de l'art – M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, exposé oral
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

compte tenu des contraintes sanitaires, ce cours est proposé en distanciel, le jeudi de 18 h à 20 h, du 5 novembre au 11 février 2021 (12 séances) et sera limité à 20 participants (prendre impérativement contact avec l’enseignant). La disponibilité d'une connexion internet de bonne qualité est recommandée.

Direction de travaux des étudiants

le mardi matin sur rendez-vous.

Réception des candidats

le mardi matin sur rendez-vous.

Pré-requis

les candidats dont le sujet de mémoire porte sur la visibilité publique ont la priorité.

  • Enseignement à distance/webinaire
    webinaire
    https://listsem.ehess.fr/
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 18:00-20:00
    du 5 novembre 2020 au 11 février 2021

Grâce à l’outillage numérique et aux médias sociaux, la production et la diffusion de contenus audiovisuels confèrent une visibilité inédite aux acteurs minoritaires et alimentent le débat public. Pour étudier ce phénomène, nous avons entrepris d’analyser l’émergence sur la scène publique française de la thématique des violences policières, appuyée sur la diffusion virale de nombreuses vidéos en ligne à l’occasion du mouvement des Gilets jaunes. Proposé au premier semestre 2020-2021, le séminaire a été effectué à distance en raison des contraintes sanitaires. Il était important de distribuer la parole et de favoriser l’interaction. Chaque séance a donné lieu à des interventions d’invités ou des exposés préparés par les étudiant·e·s.

Plusieurs élaborations théoriques pouvant faire office de cadre de référence ont été examinées et discutées, en particulier celles de Jürgen Habermas et Nancy Fraser sur les conditions du débat dans de la sphère publique, celles de James C. Scott et Gayatri Chakravorty Spivak sur les contre-publics et la formation de contre-récits, celles de Nicholas Mirzoeff et Alain Bertho sur la constitution de visibilités alternatives, ou celle de Steve Mann sur la sousveillance, ou surveillance inverse, dans l’espace public. Nous nous sommes également penchés, avec le réalisateur Raymond Macherel,  sur le film du journaliste David Dufresne, Un pays qui se tient sage (2020), qui reprend une cinquantaine de vidéos diffusées en ligne pendant la crise des Gilets jaunes. Nous avons discuté, avec le chercheur Michaël Bourgatte, de la production de l’association animaliste L214 de vidéos pirates dans les abattoirs. Nous avons également étudié, avec le journaliste Antoine Schirer, les reconstitutions 3D à des fins d’analyse forensique des documents audiovisuels.

À côté des nouveaux outils de communication militants, décrits notamment dans le cadre des révolutions arabes, le phénomène que ce séminaire a permis de cerner est celui qu’on pourrait appeler l’alerte par l’image. A partir des travaux de Francis Chateauraynaud, la notion d’alerte est apparue comme le facteur déterminant de la réception de la documentation spontanée des manifestations. Dotée de critères propres et d’une justification sociale forte, fondée sur l’urgence et la perception d’un risque collectif, l’alerte prend sur les réseaux sociaux la forme du signalement viral.

Si la crédibilité documentaire de l’enregistrement vidéo en situation constitue à l’évidence un atout pour en faire un support d’alerte, cette condition ne suffit pas à elle seule à conférer la viralité. L’accélération de la circulation du document provient à la fois des caractéristiques de son énonciation, qu’avec Bolter et Grusin on peut décrire comme celles de l’immédiation, de ses qualités narratives, propices à en faire un exemplum, et de la dynamique de la conversation en ligne, amplifiée par la tension de l’événement et les effets de la controverse. Équivalent à un travail d’éditorialisation de l’actualité, le commentaire participatif confère à ces contenus un statut de document-icône, à la fois preuve et emblème.

Si cette forme d’alerte n’a jamais conduit à remettre en cause la réponse des forces de l’ordre, elle a néanmoins fait accéder la question des violences policières au premier plan du débat public. Alors que les plus hauts représentants de l’État se sont efforcés de nier les excès du maintien de l’ordre, les centaines d’images qui ont circulé sur les réseaux sociaux ont établi l’existence des violences policières, à un degré jamais atteint. Ces phénomènes ont incité les réseaux sociaux a modifier l’affichage des images de violence, et poussé l’État français à légiférer pour faire obstacle à la documentation des pratiques policières. Deux articles ont été publiés pour rendre compte de ces conclusions.

Publications