UE573 - Asie du Sud et culture persane (XVIe-XXe siècle). Productions savantes, traductions, interactions


Planning


  • 54 bd Raspail
    Salle A07_51
    54 bd Raspail 75006 Paris
    annuel / mensuel (1re), mardi 15:00-18:00
    du 3 novembre 2020 au 1er juin 2021


Description


Dernière modification : 2 avril 2021 13:19

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Histoire, Langues
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Circulations Empire Ethnographie Histoire Histoire des sciences et des techniques Histoire intellectuelle Interactions Islam Médecine Textes
Aires culturelles
Asie Asie méridionale Inde Iranien (monde) Musulmans (mondes) Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Fabrizio Speziale [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du Sud (CEIAS)

Ce séminaire explore les transformations des formes de production et de traduction scientifiques dans les sociétés musulmane et indienne, à travers l’étude de la culture persane d’Asie du Sud et de ses interactions avec les savoirs et les réseaux de savants hindous et non musulmans. D’abord, il s’agira d’envisager : 1) le processus d’expansion transrégionale de la culture persane (de l’Anatolie jusqu’au Bengale), un phénomène qui crée de nouveaux objets, directions et lecteurs des études scientifiques, par rapport à la fois à l’héritage gréco-arabe et à la production persane de l’Iran Safavide (1501-1722) et post-Safavide ; 2) le rôle politique du persan en Asie du Sud, notamment à partir de 1582, lorsqu’il devient la langue officielle de l’empire moghol (1526-1857). Au début du XVIIIe siècle, l’Asie du Sud est la région la plus importante sur une échelle globale pour l’utilisation savante du persan et compte un nombre de locuteurs persanophones plus important que celui de l’Iran. En Asie du Sud, le persan devient un nouveau moyen d’expression et d’enseignement des savoirs hindous, un phénomène caractérisé par la production d’un corpus étendu d’ouvrages et de traductions en persan sur les sciences indiennes. En parallèle, il devient un idiome incontournable des échanges entre les élites lettrées. De nombreuses générations de savants hindous s’en emparent, mais aussi des chrétiens, des parsis, des sikhs et certaines élites européennes, à l’époque coloniale.

L’analyse de différents types de sources et de données (sources primaires en persan et ourdou, rapports de l’époque coloniale, données démographiques, etc.) ainsi que la lecture de recherches récentes permettront de préciser les nouvelles perspectives et hypothèses concernant la fonction des sciences et des savants hindous, à l’époque de l’hégémonie politique du persan en Asie du Sud. Les phénomènes symétriques d’indianisation de la littérature scientifique persane, caractérisée par la traduction et l’incorporation des matériaux indiens, et de persanisation de la formation scientifique des savants hindous, caractérisée par l’étude et la transmission du persan, seront abordés. L’une des hypothèses de ce séminaire est que l’apprentissage du persan opère un changement majeur dans la formation des savants hindous qui peuvent s’emparer des savoirs scientifiques des musulmans, par exemple dans le domaine des études médicales, où ce phénomène se poursuit jusqu’à la fin de l’époque coloniale. Cette hypothèse sera abordée à travers l’étude : 1) des modalités et des contextes d’apprentissage de la culture persane par les hindous (la madrasa, l’enseignement privé, le cadre familial) ; 2) des sources persanes et ourdoues composées par et sur les savants hindous, ainsi que des modalités selon lesquelles ces savants s’approprient des styles textuels, du lexique et des catégories conceptuelles de la culture scientifique arabo-persane.

8 séances les mardis  : 3 novembre, 1er décembre 2020, 12 janvier, 2 février, 2 mars, 6 avril, 4 mai et 1er juin 2021.


Master


  • Séminaires de recherche – Études asiatiques-Histoire et sciences sociales : terrains, textes et images – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Fabrizio Speziale, CEIAS, 54 bd Raspail 75006 Paris, contact par courriel.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis
-

Compte rendu


Le séminaire a approfondi l’étude des interactions entre sociétés musulmane, hindoue et coloniale en Asie du sud, à travers l’analyse des textes persans composés et lus par les savants musulmans, hindous et européens. La séance inaugurale s’est concentrée sur les nouvelles approches touchant les études sur l’histoire intellectuelle des sociétés persanophones et indiennes. Plusieurs séances du séminaire ont été consacrées à l’étude du rôle des européens dans la culture textuelle indo-persane. L’analyse a focalisé sur les textes persans composés en Inde par des lettrés britanniques, portugais, français, allemands et italiens. Il s’agit d’un phénomène qui débute à l’époque moghole et se développe notamment au XVIIIe et au XIXe siècles, à la période des États princiers indiens. Cette analyse a montré que la connaissance du persan, en Inde, est transmise à l’intérieur de plusieurs familles d’origine européenne, comme la famille de savants et médecins portugais de Silva qui furent au service de différents États princiers. Trois textes persans sur la médecine et d’autres sujets scientifiques ont fait l’objet d’une analyse plus approfondie, le Mir’at al-ḥukamā’ de Yūnus Beg Īngrīz (XVIIe siècle environ), composé à la cour des sultans de Bijapur (Deccan), le Tuḥfa al-masīḥā de Dominic Gregory Bautist Dakhanī Beg, dédié au maharaja hindou Jagat Singh II (r. 1734-1751) de Udaipur, et le Mufradāt-i hindī de José de Silva (m. 1826). Une séance du séminaire a été consacrée à l’étude du Ma‘dan al-šifā’ Sikandar-shahī, l’un des plus importants manuels persans sur la médecine ayurvédique composés en Inde, au début du XVIe siècle, à la cour du sultan de Delhi. Une autre séance a abordé la question des textes apocryphes persans sur les savoirs indiens, à travers l’étude du Kursī-nāma-yi mahāwat-girī, un traité sur l’éléphant et le mahout, dont les copies manuscrites ont été souvent illustrées avec des miniatures. La séance de décembre 2020, a abordé la problématique parallèle de la diffusion du soufisme dans le monde hindou et du yoga dans le monde musulman. Marc Gaborieau (CNRS - EHESS) a abordé la question « Qu’est-ce que le ‘soufisme hindou’ ? Pérégrinations inattendues d’indianistes européens ». Fabrizio Speziale a présenté sa dernière étude sur « Le yoga dans les sociétés musulmanes » ; au cours de son intervention, il a analysé la diffusion du yoga dans le monde musulman contemporain, un phénomène qui concerne surtout les femmes et qui a amené des oulémas à émettre des fatwas ayant pour but d’interdire, ou limiter, la pratique du yoga.

Publications
  • « Persian Treatises on Āyurveda: The Shaping of a Genre », Journal of South Asian Intellectual History, 3, 2020, p. 89–122.
  • Avec Denis Hermann, « Scientific Knowledge and Religious Milieu in Qajar Iran: Negotiating Muslim and European Renaissance Medicine in the Subtleties of Healing », Iran, Journal of the British Institute of Persian Studies, 58, 2020, DOI: 10.1080/05786967.2020.1857939.
  • « The mujaddid and the majdhūb. Shāh ‘Alī Riḍā (d. 1215/1801) and the Different Narratives of the Ni‘mat Allāhī Renewal », dans Shi‘i Sufism in Modern Times, sous la dir. de in Denis Hermann et Mathieu Terrier, Londres, I. B. Tauris – Institute of Ismaili Studies, 2020, p. 157-174.
  • Avec Eva Orthmann, « Qurrat al-mulk », dans Perso-Indica. An Analytical Survey of Persian Works on Indian Learned Traditions, sous la dir. de F. Speziale et C. W. Ernst, 2021, http://www.perso-indica.net/work/qurrat_al-mulk.
  • Avec Eva Orthmann, « Tarjuma-yi Sālōtar », dans  Perso-Indica. An Analytical Survey of Persian Works on Indian Learned Traditions, op. cit., http://www.perso-indica.net/work/tarjuma-yi_salotar.
  • « Gülru Necipoğlu», dans Treasures of Knowledge: An Inventory of the Ottoman Palace Library (1502/3–1503/4), sous la dir. de Cemal Kafadar et Cornell H. Fleischer, Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 83, 1, 2020, p. 144-146.

Dernière modification : 2 avril 2021 13:19

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Histoire, Langues
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Circulations Empire Ethnographie Histoire Histoire des sciences et des techniques Histoire intellectuelle Interactions Islam Médecine Textes
Aires culturelles
Asie Asie méridionale Inde Iranien (monde) Musulmans (mondes) Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Fabrizio Speziale [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du Sud (CEIAS)

Ce séminaire explore les transformations des formes de production et de traduction scientifiques dans les sociétés musulmane et indienne, à travers l’étude de la culture persane d’Asie du Sud et de ses interactions avec les savoirs et les réseaux de savants hindous et non musulmans. D’abord, il s’agira d’envisager : 1) le processus d’expansion transrégionale de la culture persane (de l’Anatolie jusqu’au Bengale), un phénomène qui crée de nouveaux objets, directions et lecteurs des études scientifiques, par rapport à la fois à l’héritage gréco-arabe et à la production persane de l’Iran Safavide (1501-1722) et post-Safavide ; 2) le rôle politique du persan en Asie du Sud, notamment à partir de 1582, lorsqu’il devient la langue officielle de l’empire moghol (1526-1857). Au début du XVIIIe siècle, l’Asie du Sud est la région la plus importante sur une échelle globale pour l’utilisation savante du persan et compte un nombre de locuteurs persanophones plus important que celui de l’Iran. En Asie du Sud, le persan devient un nouveau moyen d’expression et d’enseignement des savoirs hindous, un phénomène caractérisé par la production d’un corpus étendu d’ouvrages et de traductions en persan sur les sciences indiennes. En parallèle, il devient un idiome incontournable des échanges entre les élites lettrées. De nombreuses générations de savants hindous s’en emparent, mais aussi des chrétiens, des parsis, des sikhs et certaines élites européennes, à l’époque coloniale.

L’analyse de différents types de sources et de données (sources primaires en persan et ourdou, rapports de l’époque coloniale, données démographiques, etc.) ainsi que la lecture de recherches récentes permettront de préciser les nouvelles perspectives et hypothèses concernant la fonction des sciences et des savants hindous, à l’époque de l’hégémonie politique du persan en Asie du Sud. Les phénomènes symétriques d’indianisation de la littérature scientifique persane, caractérisée par la traduction et l’incorporation des matériaux indiens, et de persanisation de la formation scientifique des savants hindous, caractérisée par l’étude et la transmission du persan, seront abordés. L’une des hypothèses de ce séminaire est que l’apprentissage du persan opère un changement majeur dans la formation des savants hindous qui peuvent s’emparer des savoirs scientifiques des musulmans, par exemple dans le domaine des études médicales, où ce phénomène se poursuit jusqu’à la fin de l’époque coloniale. Cette hypothèse sera abordée à travers l’étude : 1) des modalités et des contextes d’apprentissage de la culture persane par les hindous (la madrasa, l’enseignement privé, le cadre familial) ; 2) des sources persanes et ourdoues composées par et sur les savants hindous, ainsi que des modalités selon lesquelles ces savants s’approprient des styles textuels, du lexique et des catégories conceptuelles de la culture scientifique arabo-persane.

8 séances les mardis  : 3 novembre, 1er décembre 2020, 12 janvier, 2 février, 2 mars, 6 avril, 4 mai et 1er juin 2021.

  • Séminaires de recherche – Études asiatiques-Histoire et sciences sociales : terrains, textes et images – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Fabrizio Speziale, CEIAS, 54 bd Raspail 75006 Paris, contact par courriel.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis
-
  • 54 bd Raspail
    Salle A07_51
    54 bd Raspail 75006 Paris
    annuel / mensuel (1re), mardi 15:00-18:00
    du 3 novembre 2020 au 1er juin 2021

Le séminaire a approfondi l’étude des interactions entre sociétés musulmane, hindoue et coloniale en Asie du sud, à travers l’analyse des textes persans composés et lus par les savants musulmans, hindous et européens. La séance inaugurale s’est concentrée sur les nouvelles approches touchant les études sur l’histoire intellectuelle des sociétés persanophones et indiennes. Plusieurs séances du séminaire ont été consacrées à l’étude du rôle des européens dans la culture textuelle indo-persane. L’analyse a focalisé sur les textes persans composés en Inde par des lettrés britanniques, portugais, français, allemands et italiens. Il s’agit d’un phénomène qui débute à l’époque moghole et se développe notamment au XVIIIe et au XIXe siècles, à la période des États princiers indiens. Cette analyse a montré que la connaissance du persan, en Inde, est transmise à l’intérieur de plusieurs familles d’origine européenne, comme la famille de savants et médecins portugais de Silva qui furent au service de différents États princiers. Trois textes persans sur la médecine et d’autres sujets scientifiques ont fait l’objet d’une analyse plus approfondie, le Mir’at al-ḥukamā’ de Yūnus Beg Īngrīz (XVIIe siècle environ), composé à la cour des sultans de Bijapur (Deccan), le Tuḥfa al-masīḥā de Dominic Gregory Bautist Dakhanī Beg, dédié au maharaja hindou Jagat Singh II (r. 1734-1751) de Udaipur, et le Mufradāt-i hindī de José de Silva (m. 1826). Une séance du séminaire a été consacrée à l’étude du Ma‘dan al-šifā’ Sikandar-shahī, l’un des plus importants manuels persans sur la médecine ayurvédique composés en Inde, au début du XVIe siècle, à la cour du sultan de Delhi. Une autre séance a abordé la question des textes apocryphes persans sur les savoirs indiens, à travers l’étude du Kursī-nāma-yi mahāwat-girī, un traité sur l’éléphant et le mahout, dont les copies manuscrites ont été souvent illustrées avec des miniatures. La séance de décembre 2020, a abordé la problématique parallèle de la diffusion du soufisme dans le monde hindou et du yoga dans le monde musulman. Marc Gaborieau (CNRS - EHESS) a abordé la question « Qu’est-ce que le ‘soufisme hindou’ ? Pérégrinations inattendues d’indianistes européens ». Fabrizio Speziale a présenté sa dernière étude sur « Le yoga dans les sociétés musulmanes » ; au cours de son intervention, il a analysé la diffusion du yoga dans le monde musulman contemporain, un phénomène qui concerne surtout les femmes et qui a amené des oulémas à émettre des fatwas ayant pour but d’interdire, ou limiter, la pratique du yoga.

Publications
  • « Persian Treatises on Āyurveda: The Shaping of a Genre », Journal of South Asian Intellectual History, 3, 2020, p. 89–122.
  • Avec Denis Hermann, « Scientific Knowledge and Religious Milieu in Qajar Iran: Negotiating Muslim and European Renaissance Medicine in the Subtleties of Healing », Iran, Journal of the British Institute of Persian Studies, 58, 2020, DOI: 10.1080/05786967.2020.1857939.
  • « The mujaddid and the majdhūb. Shāh ‘Alī Riḍā (d. 1215/1801) and the Different Narratives of the Ni‘mat Allāhī Renewal », dans Shi‘i Sufism in Modern Times, sous la dir. de in Denis Hermann et Mathieu Terrier, Londres, I. B. Tauris – Institute of Ismaili Studies, 2020, p. 157-174.
  • Avec Eva Orthmann, « Qurrat al-mulk », dans Perso-Indica. An Analytical Survey of Persian Works on Indian Learned Traditions, sous la dir. de F. Speziale et C. W. Ernst, 2021, http://www.perso-indica.net/work/qurrat_al-mulk.
  • Avec Eva Orthmann, « Tarjuma-yi Sālōtar », dans  Perso-Indica. An Analytical Survey of Persian Works on Indian Learned Traditions, op. cit., http://www.perso-indica.net/work/tarjuma-yi_salotar.
  • « Gülru Necipoğlu», dans Treasures of Knowledge: An Inventory of the Ottoman Palace Library (1502/3–1503/4), sous la dir. de Cemal Kafadar et Cornell H. Fleischer, Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 83, 1, 2020, p. 144-146.