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UE505 - Critique de l'économie historique. Ressources naturelles : renouvellement, épuisement et crise


Lieu et planning


  • 48 bd Jourdan
    Salle R 1-14
    48 bd Jourdan 75014 Paris
    annuel / bimensuel (2e/4e), lundi 17:00-19:00
    du 9 novembre 2020 au 14 juin 2021


Description


Dernière modification : 13 octobre 2020 06:57

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Économie, Histoire
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Économie Économie politique Histoire
Aires culturelles
Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Jean-Yves Grenier [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Centre de recherches historiques (CRH)
  • Mathieu Arnoux   directeur d'études, EHESS - professeur des universités, Université de Paris / Centre de recherches historiques (CRH)

Comment expliquer l’épuisement d’une ressource naturelle, et la façon dont les sociétés s’organisent afin de mobiliser un substitut ou, à l’inverse, pour faire face à la crise qui en résulte ? C’est la question que le séminaire – animé par Mathieu Arnoux, Maurice Aymard, Jean-Yves Grenier et Gilles Postel-Vinay – aborde cette année en s’appuyant, comme les années précédentes, sur des études de cas empruntés à des sociétés appartenant à des espaces et des temps très différents, depuis le néolithique jusqu’aux époques les plus contemporaines.

La question de l’épuisement des ressources naturelles est un thème perçu aujourd’hui, non sans raison, comme une menace. Le séminaire s’intéressera à ces aspects contemporains, en particulier dans la perspective des crises énergétiques successives causées par la surconsommation de ressources carbonées non renouvelables, mais aussi d’autres dont on parle moins comme les terres rares. L’épuisement absolu ou relatif d’une ressource – et sa perception, ou non, par les contemporains – est cependant un phénomène récurrent dans l’histoire. Pour connaître un développement durable, chaque société devrait tirer de son environnement un volume de ressources limité. Une telle approche pose aussi la question de la différence entre ressources renouvelables et ressources fossiles et entre systèmes techniques renouvelables ou non renouvelables du point de vue de leur possible épuisement. Derrière une continuité supposée articulée autour de transitions successives, la trilogie bois-charbon-pétrole masque ainsi des dynamiques de long terme plus complexes.

L’évolution historique des sociétés conduit pourtant à ce que, fréquemment, ces limites soient franchies, provoquant une série de crises à l’intensité et aux conséquences très variables. Le passage de certaines ressources qui perdent leur gratuité pour devenir payantes en est, dans nos sociétés contemporaines, un signe.  Les différentes séances du séminaire auront pour objet l’analyse comparée de sociétés historiques différentes quant au mode d’exploitation des ressources disponibles et quant au type de dépendance qui en résulte.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

contacter Jean-Yves Grenier par courriel.

Réception des candidats

contacter Jean-Yves Grenier par courriel.

Pré-requis
-

Compte rendu


Le monde d’aujourd’hui doit faire face au constat que les ressources non renouvelables, dans beaucoup de secteurs, vont atteindre (ou ont déjà atteint) des pics de production dans des délais relativement brefs. L’objectif du séminaire cette année était d’étudier la question de la gestion mais aussi de l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables, en multipliant les études de cas relevant de périodes et d’espaces très variés.

Un premier groupe de séminaires s’est penché sur la question des céréales en mobilisant des contextes et des problématiques très variés. Le Roman de Renart, ensemble médiéval de récits animaliers (XIIe-XIIIe siècles), propose sur fond d’une satire sociale une critique des classes dominantes, incapables de nourrir les petites gens et de gérer un stock de ressources limitées, voire rares. L’Italie à l’époque mussolinienne offre un exemple de politique publique à la fois très active et contraignante dont l’objectif est d’accroître la production nationale de blé afin de se rapprocher de l’autarcie, signe de puissance et d’efficacité de l’État fasciste (Niccolò Mignemi, CNRS). Un dernier exemple est le cas du commerce mondial actuel des céréales (1986-2016) à partir de la théorie des réseaux complexes. L’étude montre que, en 1986, le réseau a les caractéristiques d’un réseau invariant d’échelle avec des « hubs » qui correspondent aux plus grands pays exportateurs occidentaux. Un changement s’observe entre 1995 et 1997 avec une augmentation du nombre de pays à degré de connectivité élevé, changement de structure qui coïncide avec la mise en application en 1995 de l’Accord sur l’agriculture visant à libéraliser les marchés (Marie-Cécile Dupas, Université de Paris).

Un second groupe de séminaires a été consacré aux conséquences sociales de l’exploitation des ressources énergétiques, en particulier les deux transitions bois/charbon, puis charbon/pétrole. Le cas de Paris entre XVIe et XIXe siècle est un bon exemple puisque ces trois siècles permettent de suivre son approvisionnement en bois, grande source d’énergie de la capitale avant, pendant et après le peak-wood (mi-XIXe siècle). C’est un approvisionnement à longue distance et toujours sous tension, mobilisant de forts investissements pour les infrastructures de transport (en particulier pour les canaux) qui atteignent leur pleine efficacité précisément au moment où le bois commence à perdre de son importance (concurrence du charbon) à partir des années 1840, provoquant des grèves et même une insurrection en 1851dans la région de Clamecy. La seconde transition, charbon/pétrole, a été étudiée à partir d’une discussion collective autour du livre de Timothy Mitchell, Pétrocratia. La démocratie à l’âge du carbone (2011). Elle voit le passage d’un groupe social – les mineurs et les cheminots – très puissant car indispensable à la production et au transport du charbon, vers un autre groupe – les ouvriers du pétrole et les marins sur les pétroliers – moins nombreux et beaucoup plus facilement substituables. Cette évolution confère donc une forte indépendance politique à la sphère économique en matière de ressource énergétique.

Un troisième groupe de séminaires a porté sur la situation contemporaine. En retraçant l’histoire pétrolière depuis les années 1960, Michel Lepetit (Shift Project) s’est intéressé en particulier à la rupture de 1970-1973 et aux anticipations qu’ont pu en faire les acteurs économiques et financiers, en particulier les compagnies pétrolières américaines. José Halloy (Université Paris VII-LIED) a proposé une interprétation générale de l’épuisement actuel des ressources minérales et une présentation critique des modèles que l’on a pu imaginer pour le décrire, en particulier la fonction logistique. Enfin, dans la perspective de la mise en œuvre d’une politique des ressources, Léo Corbel (Université de Strasbourg) a analysé les politiques développées par l’Union Européenne et leur compatibilité avec une gestion durable de l’environnement.

Publications

Jean-Yves Grenier

  • « Erkölcsi norma és politikai gazdaságtan (13-21. század) », Korall, 81, 2020, p. 5-30.

Dernière modification : 13 octobre 2020 06:57

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Économie, Histoire
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Économie Économie politique Histoire
Aires culturelles
Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Jean-Yves Grenier [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Centre de recherches historiques (CRH)
  • Mathieu Arnoux   directeur d'études, EHESS - professeur des universités, Université de Paris / Centre de recherches historiques (CRH)

Comment expliquer l’épuisement d’une ressource naturelle, et la façon dont les sociétés s’organisent afin de mobiliser un substitut ou, à l’inverse, pour faire face à la crise qui en résulte ? C’est la question que le séminaire – animé par Mathieu Arnoux, Maurice Aymard, Jean-Yves Grenier et Gilles Postel-Vinay – aborde cette année en s’appuyant, comme les années précédentes, sur des études de cas empruntés à des sociétés appartenant à des espaces et des temps très différents, depuis le néolithique jusqu’aux époques les plus contemporaines.

La question de l’épuisement des ressources naturelles est un thème perçu aujourd’hui, non sans raison, comme une menace. Le séminaire s’intéressera à ces aspects contemporains, en particulier dans la perspective des crises énergétiques successives causées par la surconsommation de ressources carbonées non renouvelables, mais aussi d’autres dont on parle moins comme les terres rares. L’épuisement absolu ou relatif d’une ressource – et sa perception, ou non, par les contemporains – est cependant un phénomène récurrent dans l’histoire. Pour connaître un développement durable, chaque société devrait tirer de son environnement un volume de ressources limité. Une telle approche pose aussi la question de la différence entre ressources renouvelables et ressources fossiles et entre systèmes techniques renouvelables ou non renouvelables du point de vue de leur possible épuisement. Derrière une continuité supposée articulée autour de transitions successives, la trilogie bois-charbon-pétrole masque ainsi des dynamiques de long terme plus complexes.

L’évolution historique des sociétés conduit pourtant à ce que, fréquemment, ces limites soient franchies, provoquant une série de crises à l’intensité et aux conséquences très variables. Le passage de certaines ressources qui perdent leur gratuité pour devenir payantes en est, dans nos sociétés contemporaines, un signe.  Les différentes séances du séminaire auront pour objet l’analyse comparée de sociétés historiques différentes quant au mode d’exploitation des ressources disponibles et quant au type de dépendance qui en résulte.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

contacter Jean-Yves Grenier par courriel.

Réception des candidats

contacter Jean-Yves Grenier par courriel.

Pré-requis
-
  • 48 bd Jourdan
    Salle R 1-14
    48 bd Jourdan 75014 Paris
    annuel / bimensuel (2e/4e), lundi 17:00-19:00
    du 9 novembre 2020 au 14 juin 2021

Le monde d’aujourd’hui doit faire face au constat que les ressources non renouvelables, dans beaucoup de secteurs, vont atteindre (ou ont déjà atteint) des pics de production dans des délais relativement brefs. L’objectif du séminaire cette année était d’étudier la question de la gestion mais aussi de l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables, en multipliant les études de cas relevant de périodes et d’espaces très variés.

Un premier groupe de séminaires s’est penché sur la question des céréales en mobilisant des contextes et des problématiques très variés. Le Roman de Renart, ensemble médiéval de récits animaliers (XIIe-XIIIe siècles), propose sur fond d’une satire sociale une critique des classes dominantes, incapables de nourrir les petites gens et de gérer un stock de ressources limitées, voire rares. L’Italie à l’époque mussolinienne offre un exemple de politique publique à la fois très active et contraignante dont l’objectif est d’accroître la production nationale de blé afin de se rapprocher de l’autarcie, signe de puissance et d’efficacité de l’État fasciste (Niccolò Mignemi, CNRS). Un dernier exemple est le cas du commerce mondial actuel des céréales (1986-2016) à partir de la théorie des réseaux complexes. L’étude montre que, en 1986, le réseau a les caractéristiques d’un réseau invariant d’échelle avec des « hubs » qui correspondent aux plus grands pays exportateurs occidentaux. Un changement s’observe entre 1995 et 1997 avec une augmentation du nombre de pays à degré de connectivité élevé, changement de structure qui coïncide avec la mise en application en 1995 de l’Accord sur l’agriculture visant à libéraliser les marchés (Marie-Cécile Dupas, Université de Paris).

Un second groupe de séminaires a été consacré aux conséquences sociales de l’exploitation des ressources énergétiques, en particulier les deux transitions bois/charbon, puis charbon/pétrole. Le cas de Paris entre XVIe et XIXe siècle est un bon exemple puisque ces trois siècles permettent de suivre son approvisionnement en bois, grande source d’énergie de la capitale avant, pendant et après le peak-wood (mi-XIXe siècle). C’est un approvisionnement à longue distance et toujours sous tension, mobilisant de forts investissements pour les infrastructures de transport (en particulier pour les canaux) qui atteignent leur pleine efficacité précisément au moment où le bois commence à perdre de son importance (concurrence du charbon) à partir des années 1840, provoquant des grèves et même une insurrection en 1851dans la région de Clamecy. La seconde transition, charbon/pétrole, a été étudiée à partir d’une discussion collective autour du livre de Timothy Mitchell, Pétrocratia. La démocratie à l’âge du carbone (2011). Elle voit le passage d’un groupe social – les mineurs et les cheminots – très puissant car indispensable à la production et au transport du charbon, vers un autre groupe – les ouvriers du pétrole et les marins sur les pétroliers – moins nombreux et beaucoup plus facilement substituables. Cette évolution confère donc une forte indépendance politique à la sphère économique en matière de ressource énergétique.

Un troisième groupe de séminaires a porté sur la situation contemporaine. En retraçant l’histoire pétrolière depuis les années 1960, Michel Lepetit (Shift Project) s’est intéressé en particulier à la rupture de 1970-1973 et aux anticipations qu’ont pu en faire les acteurs économiques et financiers, en particulier les compagnies pétrolières américaines. José Halloy (Université Paris VII-LIED) a proposé une interprétation générale de l’épuisement actuel des ressources minérales et une présentation critique des modèles que l’on a pu imaginer pour le décrire, en particulier la fonction logistique. Enfin, dans la perspective de la mise en œuvre d’une politique des ressources, Léo Corbel (Université de Strasbourg) a analysé les politiques développées par l’Union Européenne et leur compatibilité avec une gestion durable de l’environnement.

Publications

Jean-Yves Grenier

  • « Erkölcsi norma és politikai gazdaságtan (13-21. század) », Korall, 81, 2020, p. 5-30.