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UE434 - La fabrique du territoire politique dans les Andes préhispaniques. 2


Lieu et planning


  • 105 bd Raspail
    Salle 10
    105 bd Raspail 75006 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, mercredi 13:00-15:00
    du 3 mars 2021 au 2 juin 2021


Description


Dernière modification : 27 mai 2020 09:19

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
-
Mots-clés
Anthropologie Anthropologie historique Archéologie Collectifs Domination Empire Politique Spatialisation, territoires
Aires culturelles
Amérique du Sud Amérique préhispanique Amériques
Intervenant·e·s
  • Isabel Yaya-Mckenzie [référent·e]   maîtresse de conférences, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

En 1533, l’exécution du dernier dirigeant inca aux mains des conquérants espagnols entraina la chute du plus vaste empire amérindien de l’époque moderne. L’épisode mettait un terme à un siècle et demi de domination inca sur un ensemble de petites et grandes chefferies dispersées depuis la côte pacifique d’Amérique du Sud jusqu’aux contreforts amazoniens. Quelles ont été les formes de pouvoir qui ont sous-tendu la souveraineté inca sur cette immense étendue territoriale ? Les rapports à l’espace sont au cœur de cette problématique car les dirigeants autochtones ont régné sur des mondes sociaux hétérogènes et dispersés, éloignés de la figure centrale du gouvernant. Le séminaire propose d’explorer la construction de cet espace politique. À la lumière de travaux d’anthropologie historique et d’archéologie, la réflexion portera sur les modalités d’ordonnancement de l’espace et des sujets politiques qui l’habitent. Elle permettra d’aborder des thématiques anthropologiques clés telles que le rapport des collectifs aux lieux et aux êtres qui les peuplent, la conception du territoire, les jeux d’échelles ou encore la morphologie sociale. Plus généralement, ce séminaire propose d’explorer à nouveau frais la notion d’empire en s’appuyant sur l’analyse de configurations amérindiennes.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S2
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

direction des travaux sur rendez-vous uniquement.

Réception des candidats

Laboratoire d'anthropologie sociale, 52 rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris.

Pré-requis
-

Compte rendu


Le séminaire a exploré la construction d’un espace politique singulier composé de mondes sociolinguistiques hétérogènes : l’Empire inca (v. 1400-1532). À partir d’une approche comparative des espaces impériaux (J. Burbank & F. Cooper 2010), la réflexion a porté sur les stratégies spatiales mises en œuvre par les Incas pour : construire et maintenir des distinctions entre gouvernants et gouvernés ; discriminer entre eux les groupes de sujets politiques au sein d’un système de représentations et d’un imaginaire politique propres au monde andin. La discussion s’est ouverte sur les théories locales de l’identité et de l’altérité. À partir de l’examen des récits d’émergence des premières humanités et des actions rituelles qui leur étaient destinées, nous avons exploré la manière dont les Incas se sont représentés la diversité du monde sensible, les capacités qu’ils ont attribuées aux composants de cet univers, et comment ils ont interagi avec la multitude hiérarchisée d’êtres et de choses qui le peuplaient. Ces données ont été analysées au prisme des différents cadres théoriques qui visent à interpréter les schèmes d’actions qui organisent le rapport des humains au monde, avant de poursuivre par l’examen des concepts proposés par l’anthropologie pour décrire les êtres de ces premières humanités. Enfin, l’examen des récits incas de migration et d’implantation des groupes sociaux a fait apparaitre un lien indissociable entre l’appropriation de la terre et la capacité de ses occupants à en assurer la productivité. En d’autres termes, l’antériorité sur la terre ne créait pas un droit d’usufruit dans le monde inca. C’était plutôt la faculté de rendre le sol productif sous la tutelle d’une entité « animatrice » (kamaq) qui autorisait son occupation et son usage. Cette conception de la territorialité s’est accompagnée d’une forme de distinction asymétrique entre autochtones et allochtones. Les souverains incas ont ainsi construit leur légitimité à conquérir de nouveaux espaces et à exercer leur mainmise sur les ressources et la main d’œuvre de terres éloignées en s’érigeant comme les garants de la fertilité des êtres et des choses qu’ils ont assimilé à leur domaine de souveraineté. Les grands rassemblements rituels visant à assurer la prospérité collective et la propagation de modes spécifiques d’exploitation et de conservation des ressources (la culture en terrasse, les techniques d’irrigation ou le système de stockage des denrées) étaient au fondement de leur politique expansionniste.

Les séances suivantes ont porté sur la composition des maisons royales qui répliquaient de façon métonymique la territorialité inca, celle d’un empire conçu comme un emboitement de groupes sociaux singuliers et dispersés, rattachés individuellement à l’un des dirigeants incas défunts qui assurait leur prospérité. Les populations assujetties à l’ensemble de ces maisons constituaient le territoire impérial placé sous la domination du souverain régnant, fils proclamé du Soleil, à qui incombait l’organisation, la protection et la prospérité de ces sujets. Cet imaginaire politique a légitimé le morcellement des populations assujetties, leur déplacement et leur recomposition sur des terres distantes. Les Incas ont ainsi fragmenté les groupes sociaux originels, leur ont assigné de nouvelles valeurs hiérarchiques conformément à leur vision étatique des différences culturelles, pour les recomposer sous la dépendance des souverains défunts. Nous avons examiné ces catégories sociales qui visaient à distinguer les sujets politiques entre eux et à réguler leur force de travail en fonction de leur sexe, leur appartenance ethnique, leur statut, leur apparence physique, leur langue ou leur spécialisation économique. Nous avons clos ce panorama par l’étude du pluralisme religieux qui s’est manifesté dans le maintien délibéré de la diversité des cultes locaux et dans la participation massive des sujets impériaux aux grands rassemblements rituels organisés à Cuzco. L’étude de ces différents espaces montre que les Incas ont sans cesse négocié différents modes de gouvernance du religieux, tout en élaborant des distinctions hiérarchiques entre entités sacrées et participants aux cultes. Nous avons clôturé le séminaire sur une réflexion comparative des espaces impériaux en mettant en regard notre description du territoire politique inca avec trois exemples de formations étatiques singulières car mouvantes ou fragmentées : l’Empire mongol, la thèse débattue de l’Empire Comanche et l’Empire Plantagenêt.

Publications
  • « Les émotions minérales. Cosmopolitiques et attachement aux lieux dans le monde inca », dans Ce que peuvent les pierres. Vie et puissance des matières lithiques entre rites et savoirs, sous la dir. de T. Galoppin et C. Guillaume-Pey, Liège, Presses universitaires de Liège, 2021, p. 49-67.

Dernière modification : 27 mai 2020 09:19

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
-
Mots-clés
Anthropologie Anthropologie historique Archéologie Collectifs Domination Empire Politique Spatialisation, territoires
Aires culturelles
Amérique du Sud Amérique préhispanique Amériques
Intervenant·e·s
  • Isabel Yaya-Mckenzie [référent·e]   maîtresse de conférences, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

En 1533, l’exécution du dernier dirigeant inca aux mains des conquérants espagnols entraina la chute du plus vaste empire amérindien de l’époque moderne. L’épisode mettait un terme à un siècle et demi de domination inca sur un ensemble de petites et grandes chefferies dispersées depuis la côte pacifique d’Amérique du Sud jusqu’aux contreforts amazoniens. Quelles ont été les formes de pouvoir qui ont sous-tendu la souveraineté inca sur cette immense étendue territoriale ? Les rapports à l’espace sont au cœur de cette problématique car les dirigeants autochtones ont régné sur des mondes sociaux hétérogènes et dispersés, éloignés de la figure centrale du gouvernant. Le séminaire propose d’explorer la construction de cet espace politique. À la lumière de travaux d’anthropologie historique et d’archéologie, la réflexion portera sur les modalités d’ordonnancement de l’espace et des sujets politiques qui l’habitent. Elle permettra d’aborder des thématiques anthropologiques clés telles que le rapport des collectifs aux lieux et aux êtres qui les peuplent, la conception du territoire, les jeux d’échelles ou encore la morphologie sociale. Plus généralement, ce séminaire propose d’explorer à nouveau frais la notion d’empire en s’appuyant sur l’analyse de configurations amérindiennes.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S2
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

direction des travaux sur rendez-vous uniquement.

Réception des candidats

Laboratoire d'anthropologie sociale, 52 rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris.

Pré-requis
-
  • 105 bd Raspail
    Salle 10
    105 bd Raspail 75006 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, mercredi 13:00-15:00
    du 3 mars 2021 au 2 juin 2021

Le séminaire a exploré la construction d’un espace politique singulier composé de mondes sociolinguistiques hétérogènes : l’Empire inca (v. 1400-1532). À partir d’une approche comparative des espaces impériaux (J. Burbank & F. Cooper 2010), la réflexion a porté sur les stratégies spatiales mises en œuvre par les Incas pour : construire et maintenir des distinctions entre gouvernants et gouvernés ; discriminer entre eux les groupes de sujets politiques au sein d’un système de représentations et d’un imaginaire politique propres au monde andin. La discussion s’est ouverte sur les théories locales de l’identité et de l’altérité. À partir de l’examen des récits d’émergence des premières humanités et des actions rituelles qui leur étaient destinées, nous avons exploré la manière dont les Incas se sont représentés la diversité du monde sensible, les capacités qu’ils ont attribuées aux composants de cet univers, et comment ils ont interagi avec la multitude hiérarchisée d’êtres et de choses qui le peuplaient. Ces données ont été analysées au prisme des différents cadres théoriques qui visent à interpréter les schèmes d’actions qui organisent le rapport des humains au monde, avant de poursuivre par l’examen des concepts proposés par l’anthropologie pour décrire les êtres de ces premières humanités. Enfin, l’examen des récits incas de migration et d’implantation des groupes sociaux a fait apparaitre un lien indissociable entre l’appropriation de la terre et la capacité de ses occupants à en assurer la productivité. En d’autres termes, l’antériorité sur la terre ne créait pas un droit d’usufruit dans le monde inca. C’était plutôt la faculté de rendre le sol productif sous la tutelle d’une entité « animatrice » (kamaq) qui autorisait son occupation et son usage. Cette conception de la territorialité s’est accompagnée d’une forme de distinction asymétrique entre autochtones et allochtones. Les souverains incas ont ainsi construit leur légitimité à conquérir de nouveaux espaces et à exercer leur mainmise sur les ressources et la main d’œuvre de terres éloignées en s’érigeant comme les garants de la fertilité des êtres et des choses qu’ils ont assimilé à leur domaine de souveraineté. Les grands rassemblements rituels visant à assurer la prospérité collective et la propagation de modes spécifiques d’exploitation et de conservation des ressources (la culture en terrasse, les techniques d’irrigation ou le système de stockage des denrées) étaient au fondement de leur politique expansionniste.

Les séances suivantes ont porté sur la composition des maisons royales qui répliquaient de façon métonymique la territorialité inca, celle d’un empire conçu comme un emboitement de groupes sociaux singuliers et dispersés, rattachés individuellement à l’un des dirigeants incas défunts qui assurait leur prospérité. Les populations assujetties à l’ensemble de ces maisons constituaient le territoire impérial placé sous la domination du souverain régnant, fils proclamé du Soleil, à qui incombait l’organisation, la protection et la prospérité de ces sujets. Cet imaginaire politique a légitimé le morcellement des populations assujetties, leur déplacement et leur recomposition sur des terres distantes. Les Incas ont ainsi fragmenté les groupes sociaux originels, leur ont assigné de nouvelles valeurs hiérarchiques conformément à leur vision étatique des différences culturelles, pour les recomposer sous la dépendance des souverains défunts. Nous avons examiné ces catégories sociales qui visaient à distinguer les sujets politiques entre eux et à réguler leur force de travail en fonction de leur sexe, leur appartenance ethnique, leur statut, leur apparence physique, leur langue ou leur spécialisation économique. Nous avons clos ce panorama par l’étude du pluralisme religieux qui s’est manifesté dans le maintien délibéré de la diversité des cultes locaux et dans la participation massive des sujets impériaux aux grands rassemblements rituels organisés à Cuzco. L’étude de ces différents espaces montre que les Incas ont sans cesse négocié différents modes de gouvernance du religieux, tout en élaborant des distinctions hiérarchiques entre entités sacrées et participants aux cultes. Nous avons clôturé le séminaire sur une réflexion comparative des espaces impériaux en mettant en regard notre description du territoire politique inca avec trois exemples de formations étatiques singulières car mouvantes ou fragmentées : l’Empire mongol, la thèse débattue de l’Empire Comanche et l’Empire Plantagenêt.

Publications
  • « Les émotions minérales. Cosmopolitiques et attachement aux lieux dans le monde inca », dans Ce que peuvent les pierres. Vie et puissance des matières lithiques entre rites et savoirs, sous la dir. de T. Galoppin et C. Guillaume-Pey, Liège, Presses universitaires de Liège, 2021, p. 49-67.