UE413 - Séminaire d'anthropologie américaniste


Planning


  • Autre lieu Paris
    FMSH, Maison Suger, 16-18 rue Suger 75006 Paris
    annuel / mensuel (3e), vendredi 10:00-12:00
    du 20 novembre 2020 au 18 juin 2021


Description


Dernière modification : 2 avril 2021 16:03

Type d'UE
Séminaires de centre
Centres
Centre de recherches sur les mondes Américains (MONDA-CERMA)
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
espagnol français
Mots-clés
Anthropologie Anthropologie culturelle Anthropologie sociale Ethnicité Ethnographie Ethnomusicologie Fait religieux Politique Rituel
Aires culturelles
Amériques
Intervenant·e·s

Ce séminaire propose une réflexion sur les débats contemporains de l'anthropologie américaniste portant sur des sociétés amérindiennes, en croisant les perspectives de l'ethnographie, de l'histoire, de la politique, de l'économie, de la linguistique ou de l'ethnomusicologie. Alternant des aires géographiques et des contextes culturels diversifiés, il ouvre un espace de discussion entre enseignant·e·s-chercheur·e·s, chercheur·e·s et étudiant·e·s autour de recherches en cours. Sont ainsi exposées dans ce séminaire des thématiques variées touchant au rituel, à l’organisation sociale, aux changements sociaux et religieux, aux politiques publiques, aux processus de transformation des sociétés et de construction des savoirs.

Attention !

En raison de la situation sanitaire, vous ne pourrez pas accéder à ce séminaire sans avoir préalablement déposé une demande via le lien suivant (une demande est nécessaire pour chaque séance de séminaire auquel vous souhaitez participer, merci de déposer la demande au plus tard 72 heures avant le début de chaque séance) : https://listsem.ehess.fr/courses/413/requests/new

Les séances de ce séminaire se tiendront les vendredis de 10 h à 12 h EN LIGNE  (pour l'instant) aux dates suivantes :

20 novembre 2020 : Camille Riverti (ATER /EHESS), « Un objet pas comme les autres ? Le cas de la farce quechua adressée à l’ethnographe »

  • Discutant : Pierre Déléage (LAS)

Réalisé au sein d’une communauté bilingue quechua-espagnol dans les Andes péruviennes (2015-2017), mon travail de terrain a été martelé par un type d’interaction burlesque et érotique, engageant à la fois les gens du lieu et l’ethnographe, qui, devenu l’objet central de la thèse, a trouvé le nom de « farce verbale quechua ». Les habitants de San Juan de Dios m’invitaient en effet, sans cesse et presque en toute circonstance (dans la rue, aux mariages, aux funérailles, etc.), à participer à des joutes oratoires mettant en scène une alliance fictive entre les participants. Nous endossions alors, selon les cas, les rôles du futur époux et de la future épouse, de la future belle-mère et de la future bru – personnages principaux d’un petit théâtre burlesque du quotidien soutenu par l’action de « souffleuses ». Participante de ces farces verbales intégralement énoncées en langue quechua, j’ai systématiquement enregistré, transcrit, traduit, analysé ces interactions, mené des entretiens métalinguistiques à leur sujet, en un mot : j’en ai fait un objet d’anthropologie.

Revenant avec un regard critique et épistémologique à la thèse, je présenterai d’abord ces performances burlesques et érotiques auxquelles le champ andiniste a rarement prêté attention jusqu’alors. Puis je centrerai le propos sur les conditions de la fabrique de l’objet en anthropologie en tâchant de répondre aux questions suivantes. À quelles conditions l’anthropologue peut-elle étudier une farce dont elle semble être le clou ? Pourquoi, a priori cet objet ne semble-t-il pas être un « bon objet » ? En définitive, qu’est-ce qu’un « bon objet » en anthropologie ?

18 décembre 2020 : Valérie Robin (Université Paris Descartes). Présentation de son dernier ouvrage : Sur les sentiers de la violence. Politiques de la mémoire et conflit armé au Pérou, éditions de l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine (IHEAL), Presses de l'Université Sorbonne Nouvelle, 2019.

  • Discutant·e·s : Anne-Marie Losonczy (EPHE) et Michel Naepels (CNRS/EHESS)

Extrait de la 4e de couverture : Basé sur des enquêtes menées dans les Andes quechuas d’Ayacucho, cet ouvrage interroge les séquelles du conflit fratricide qui endeuilla le Pérou à la fin du XXe siècle. Cet épisode opposa l’État aux maoïstes du Sentier lumineux et creusa de profondes fractures ethniques, socioéconomiques et politiques. Les violentes disputes qui entourent l’usage des termes terroriste, victime ou héros exercent toujours – à 20 ans de la fin officielle du conflit – un pouvoir performatif sur l’identité et le destin de nombreux individus. Dans ce contexte, comment se construisent de nos jours les mémoires de la guerre ? Pour le comprendre, Valérie Robin Azevedo s’est intéressée aux bricolages sémiotiques qui permettent aux communautés quechuas les plus éprouvées par la guerre d’évoquer la violence. Influencés par un discours hérité de la Commission de la vérité, mais aussi par l’imaginaire culturel andin, ces configurations inédites forment autant de chemins de traverses dans la quête d’un vivre ensemble apaisé. Décalées par rapport au modèle prôné par la justice transitionnelle, les dynamiques mémorielles analysées ici sont peu visibles dans l’espace public national. Pourtant, elles révèlent la valeur symbolique et sociale des procédés alternatifs de gestion du passé en contexte post-conflit. Sur les sentiers de la violence constitue à ce titre un essai original d’anthropologie des mémoires de guerres civiles.

15 janvier 2021  : Magda Helena Dzubinska (Postdoctorante, ANR AMAZ, LAS), « Peut-on se débarrasser de l’amour avec de l’eau de Javel ? Affects, genre et conjugalité en Amazonie péruvienne »

  • Discutant : Olivier Allard (EHESS-LAS)

« Avant les femmes souffraient beaucoup. C’est parce que mes aïeux ne connaissaient pas encore l’amour, à cette époque ils ne savaient pas comment tomber amoureux ». Cette affirmation d’une interlocutrice approchant la soixantaine servira de point de départ pour aborder les rapports d’amour et les affects parmi les Kakataibo d’Amazonie péruvienne. L’amour romantique n’est pas un objet d’étude nouveau pour les sciences sociales et plusieurs chercheurs se sont penchés sur les relations amoureuses et leurs différentes formes d’expressions, ainsi que sur les symboles et les imaginaires qui les sous-tendent dans différents contextes culturels. Considéré habituellement comme un dérivé de la modernité lié à la montée de l’individualisme, et au déclin de l’importance des liens de parenté et des obligations sociales, l’amour romantique est devenu une grille de lecture féconde des transformations culturelles, politiques et économiques. Pour intéressantes que soient ces perspectives, elles laissent finalement peu de place à la réflexion sur l’affect lui-même, considéré comme universel et donc allant de soi. C’est précisément cet angle mort des écrits anthropologiques sur l’amour qu’il s’agira d’explorer à partir de l’ethnographie amazonienne. Qu’est-ce que l’amour pour les Amérindiens ? Comment est-il mis en récit ? Quelle forme d’attachement et d’expérience désigne-t-il ? Comment apprend-on à tomber amoureux ? Peut-on le contrôler ? À la charnière entre l’anthropologie des affects, du genre, les études féministes et l’ethnographie du sensible, cette présentation tentera de répondre à ces questions en mettant en lumière les différents aspects de « l’imaginaire affectif » (Navaro 2017) amérindien.

5 février 2021 : Mounia El Kotni (Cems-EHESS / Fondation de France) https://www.gotomeet.me/Andrea-LuzGutierrez-Choquevilca, « Perceptions des sages-femmes des enjeux de santé environnementale dans le Sud du Mexique »

  • Discutante : Esther Katz (PALOC-IRD)

Depuis les années 1990, la proportion d’accouchements en milieu hospitalier n’a cessé d’augmenter au Mexique. Pourtant, dans les zones rurales du pays, les sages-femmes traditionnelles accompagnent jusqu’à 80 % des naissances. Actrices clés de la santé des femmes, leurs savoirs sont souvent issus de leur expérience empirique et elles disposent d’une vaste connaissance des plantes médicinales. Or, ces outils de soin se font plus rares, en lien avec plusieurs facteurs comme la construction de routes, l’utilisation de pesticides dans l’agriculture, ou encore la pollution des eaux. À partir d’un travail d’enquête débuté en 2013 dans l’État du Chiapas, il s’agira d’analyser les intersections entre médicalisation de la santé des femmes et contamination environnementale, ainsi que les conséquences de la raréfaction des plantes médicinales sur le travail des sages-femmes traditionnelles.

19 mars 2021 : Cyril Menta (post-doctorant au musée du quai Branly), « "Réaffirmation culturelle" et projet politique personnel. Le cas de la danse des búzios des Indiens pankararu (Pernambouc, Brésil) »

  • Discutant : Cédric Yvinec (CRBC-MA/CNRS)

Dans les années 2000, une famille pankararu se réinstalle au village après plusieurs décennies d’exil chez d’autres groupes indigènes de la région, les Kariri-Xocó et les Xukuru-Kariri. Cette famille est impliquée dans la vie rituelle, et organise une réclusion au cours de laquelle les búzios, des aérophones joués par paire, sont utilisés. Ces instruments, introduits à ce moment-là chez les Pankararu, évoquent pourtant un passé révolu, puisque, sous une forme différente, ils étaient effectivement présents jusque dans les années 1940. A l’occasion de cette réintroduction, un jeune du village proche de la famille, Georges de Vasconcelos, dit Vasco, crée l’association « Pankararu Nation culturelle », afin de « renforcer et de réaffirmer la danse des búzios pankararu ». Il emploie des outils de communication modernes et souligne les enjeux collectifs du projet. La danse est adoptée et adaptée localement, se transmet dans le village et s’exhibe en dehors.

L’objectif de cette présentation est d’analyser l’aspect personnel, en particulier dans sa dimension politique, d’un projet de récupération culturelle. À travers ce processus, Vasco est passé de jeune leader pankararu à leader connu et reconnu à l’échelle nationale. La « réaffirmation » culturelle a été une stratégie de promotion politique individuelle.

16 avril 2021 : Sara Shroukh (LAS), « Arts de la mémoire et théâtre d’évangélisation en Nouvelle-Espagne (XVIe siècle) »

  • Discutante : Aurore Monod Becquelin (LESC)

Les missionnaires qui évangélisèrent la Nouvelle-Espagne au XVIe siècle eurent largement recours aux artes memorandi et au théâtre édifiant pour mener à bien leur entreprise. À partir d’exemples relevés dans la tradition européenne de l’exégèse de la liturgie sacramentelle et dans la littérature missionnaire ibéro-américaine, il s’agira de montrer comment s’articulent ces deux pratiques, mnémonique et dramatique.

21 mai 2021 : Carlos D. Londoño Sulkin (Department of Anthropology University of Regina), « Les implications de l’incertitude dans la tragédie d’un Mensch amazonien »

  • Discutant : Philippe Erikson (LESC-Univ. Nanterre)

La présentation se fonde sur une enquête ethnographique menée durant plus de vingt ans sur la moralité auprès des Féénemɨnaa d’Amazonie colombienne (naguère connus comme Muinane), et auprès de l’un d’eux, Barak, un homme extraordinaire, en particulier. Une relation de plus en plus étroite au fil des ans fit naître le projet d’élaborer avec lui une histoire de vie ethnographiquement « épaisse », qui mettrait en lumière à la fois son caractère unique et son évident ancrage dans un contexte social singulier. La présente intervention se centrera sur les principes moraux tant de Barak que de son peuple, et sur la place que tient l’incertitude – c’est-à-dire l’impossibilité d’être certain que les choses sont bien telles qu’elles paraissaient être – dans leurs préoccupations. Le tout avec, en toile de fond, l’incertitude qui est celle de l’ethnographe en tant qu’interprète. En fin de compte, il apparaît avantageux d’appréhender l’incertitude – que ce soit comme implication fondamentale de la constitution sémiotique des personnes, ou des contingences de la vie en général – comme un potentiel dont les différents systèmes moraux vont – ou non – s’emparer.

La communication se fera en espagnol

18 juin 2021 : Raphaël Colliaux (Institut Français d'Études Andines (IFEA) et Pontificia Universidad Catolica del Peru), « La main droite et la main gauche. La polarité homme/femme à la lumière des asymétries corporelles chez certains groupes arawak du Piémont andin (Pérou) »

  • Discutant : Klaus Hamberger (EHESS-LAS)

En partant de la distinction classique entre la main droite et la main gauche, le propos sera de mettre en lumière une série d’oppositions hiérarchiques dans les cosmologies arawak du piémont andin péruvien, afin d’éclairer la construction des relations entre les hommes et les femmes dans ces sociétés amérindiennes. En suivant des Matsigenka et des Ashaninka, nous verrons que la polarité des deux sexes est conçue de manière analogue à certains rapports asymétriques dont le corps humain est le théâtre. Selon eux, en effet, l’une des deux mains, des deux jambes ou encore l’un des deux yeux, est dans un rapport privilégié, plus essentiel, avec le reste du corps envisagé comme un tout. Nous tâcherons de préciser cette prémisse explicative des distinctions sexuelles, et d’en tirer toutes les conséquences. Par cette approche, il s’agit moins de percevoir les différences entre hommes et femmes en termes d’oppositions statutaires que de les comprendre à la lumière de leur participation à un ensemble symbolique qui les englobe, et auquel les deux sexes sont différemment associés.


Master


Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.


Renseignements


Contacts additionnels
daillant@vjf.cnrs.fr
Informations pratiques

Personne à contacter : Anath Ariel de Vidas

Direction de travaux des étudiants
-
Réception des candidats
-
Pré-requis
-

Dernière modification : 2 avril 2021 16:03

Type d'UE
Séminaires de centre
Centres
Centre de recherches sur les mondes Américains (MONDA-CERMA)
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
espagnol français
Mots-clés
Anthropologie Anthropologie culturelle Anthropologie sociale Ethnicité Ethnographie Ethnomusicologie Fait religieux Politique Rituel
Aires culturelles
Amériques
Intervenant·e·s

Ce séminaire propose une réflexion sur les débats contemporains de l'anthropologie américaniste portant sur des sociétés amérindiennes, en croisant les perspectives de l'ethnographie, de l'histoire, de la politique, de l'économie, de la linguistique ou de l'ethnomusicologie. Alternant des aires géographiques et des contextes culturels diversifiés, il ouvre un espace de discussion entre enseignant·e·s-chercheur·e·s, chercheur·e·s et étudiant·e·s autour de recherches en cours. Sont ainsi exposées dans ce séminaire des thématiques variées touchant au rituel, à l’organisation sociale, aux changements sociaux et religieux, aux politiques publiques, aux processus de transformation des sociétés et de construction des savoirs.

Attention !

En raison de la situation sanitaire, vous ne pourrez pas accéder à ce séminaire sans avoir préalablement déposé une demande via le lien suivant (une demande est nécessaire pour chaque séance de séminaire auquel vous souhaitez participer, merci de déposer la demande au plus tard 72 heures avant le début de chaque séance) : https://listsem.ehess.fr/courses/413/requests/new

Les séances de ce séminaire se tiendront les vendredis de 10 h à 12 h EN LIGNE  (pour l'instant) aux dates suivantes :

20 novembre 2020 : Camille Riverti (ATER /EHESS), « Un objet pas comme les autres ? Le cas de la farce quechua adressée à l’ethnographe »

  • Discutant : Pierre Déléage (LAS)

Réalisé au sein d’une communauté bilingue quechua-espagnol dans les Andes péruviennes (2015-2017), mon travail de terrain a été martelé par un type d’interaction burlesque et érotique, engageant à la fois les gens du lieu et l’ethnographe, qui, devenu l’objet central de la thèse, a trouvé le nom de « farce verbale quechua ». Les habitants de San Juan de Dios m’invitaient en effet, sans cesse et presque en toute circonstance (dans la rue, aux mariages, aux funérailles, etc.), à participer à des joutes oratoires mettant en scène une alliance fictive entre les participants. Nous endossions alors, selon les cas, les rôles du futur époux et de la future épouse, de la future belle-mère et de la future bru – personnages principaux d’un petit théâtre burlesque du quotidien soutenu par l’action de « souffleuses ». Participante de ces farces verbales intégralement énoncées en langue quechua, j’ai systématiquement enregistré, transcrit, traduit, analysé ces interactions, mené des entretiens métalinguistiques à leur sujet, en un mot : j’en ai fait un objet d’anthropologie.

Revenant avec un regard critique et épistémologique à la thèse, je présenterai d’abord ces performances burlesques et érotiques auxquelles le champ andiniste a rarement prêté attention jusqu’alors. Puis je centrerai le propos sur les conditions de la fabrique de l’objet en anthropologie en tâchant de répondre aux questions suivantes. À quelles conditions l’anthropologue peut-elle étudier une farce dont elle semble être le clou ? Pourquoi, a priori cet objet ne semble-t-il pas être un « bon objet » ? En définitive, qu’est-ce qu’un « bon objet » en anthropologie ?

18 décembre 2020 : Valérie Robin (Université Paris Descartes). Présentation de son dernier ouvrage : Sur les sentiers de la violence. Politiques de la mémoire et conflit armé au Pérou, éditions de l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine (IHEAL), Presses de l'Université Sorbonne Nouvelle, 2019.

  • Discutant·e·s : Anne-Marie Losonczy (EPHE) et Michel Naepels (CNRS/EHESS)

Extrait de la 4e de couverture : Basé sur des enquêtes menées dans les Andes quechuas d’Ayacucho, cet ouvrage interroge les séquelles du conflit fratricide qui endeuilla le Pérou à la fin du XXe siècle. Cet épisode opposa l’État aux maoïstes du Sentier lumineux et creusa de profondes fractures ethniques, socioéconomiques et politiques. Les violentes disputes qui entourent l’usage des termes terroriste, victime ou héros exercent toujours – à 20 ans de la fin officielle du conflit – un pouvoir performatif sur l’identité et le destin de nombreux individus. Dans ce contexte, comment se construisent de nos jours les mémoires de la guerre ? Pour le comprendre, Valérie Robin Azevedo s’est intéressée aux bricolages sémiotiques qui permettent aux communautés quechuas les plus éprouvées par la guerre d’évoquer la violence. Influencés par un discours hérité de la Commission de la vérité, mais aussi par l’imaginaire culturel andin, ces configurations inédites forment autant de chemins de traverses dans la quête d’un vivre ensemble apaisé. Décalées par rapport au modèle prôné par la justice transitionnelle, les dynamiques mémorielles analysées ici sont peu visibles dans l’espace public national. Pourtant, elles révèlent la valeur symbolique et sociale des procédés alternatifs de gestion du passé en contexte post-conflit. Sur les sentiers de la violence constitue à ce titre un essai original d’anthropologie des mémoires de guerres civiles.

15 janvier 2021  : Magda Helena Dzubinska (Postdoctorante, ANR AMAZ, LAS), « Peut-on se débarrasser de l’amour avec de l’eau de Javel ? Affects, genre et conjugalité en Amazonie péruvienne »

  • Discutant : Olivier Allard (EHESS-LAS)

« Avant les femmes souffraient beaucoup. C’est parce que mes aïeux ne connaissaient pas encore l’amour, à cette époque ils ne savaient pas comment tomber amoureux ». Cette affirmation d’une interlocutrice approchant la soixantaine servira de point de départ pour aborder les rapports d’amour et les affects parmi les Kakataibo d’Amazonie péruvienne. L’amour romantique n’est pas un objet d’étude nouveau pour les sciences sociales et plusieurs chercheurs se sont penchés sur les relations amoureuses et leurs différentes formes d’expressions, ainsi que sur les symboles et les imaginaires qui les sous-tendent dans différents contextes culturels. Considéré habituellement comme un dérivé de la modernité lié à la montée de l’individualisme, et au déclin de l’importance des liens de parenté et des obligations sociales, l’amour romantique est devenu une grille de lecture féconde des transformations culturelles, politiques et économiques. Pour intéressantes que soient ces perspectives, elles laissent finalement peu de place à la réflexion sur l’affect lui-même, considéré comme universel et donc allant de soi. C’est précisément cet angle mort des écrits anthropologiques sur l’amour qu’il s’agira d’explorer à partir de l’ethnographie amazonienne. Qu’est-ce que l’amour pour les Amérindiens ? Comment est-il mis en récit ? Quelle forme d’attachement et d’expérience désigne-t-il ? Comment apprend-on à tomber amoureux ? Peut-on le contrôler ? À la charnière entre l’anthropologie des affects, du genre, les études féministes et l’ethnographie du sensible, cette présentation tentera de répondre à ces questions en mettant en lumière les différents aspects de « l’imaginaire affectif » (Navaro 2017) amérindien.

5 février 2021 : Mounia El Kotni (Cems-EHESS / Fondation de France) https://www.gotomeet.me/Andrea-LuzGutierrez-Choquevilca, « Perceptions des sages-femmes des enjeux de santé environnementale dans le Sud du Mexique »

  • Discutante : Esther Katz (PALOC-IRD)

Depuis les années 1990, la proportion d’accouchements en milieu hospitalier n’a cessé d’augmenter au Mexique. Pourtant, dans les zones rurales du pays, les sages-femmes traditionnelles accompagnent jusqu’à 80 % des naissances. Actrices clés de la santé des femmes, leurs savoirs sont souvent issus de leur expérience empirique et elles disposent d’une vaste connaissance des plantes médicinales. Or, ces outils de soin se font plus rares, en lien avec plusieurs facteurs comme la construction de routes, l’utilisation de pesticides dans l’agriculture, ou encore la pollution des eaux. À partir d’un travail d’enquête débuté en 2013 dans l’État du Chiapas, il s’agira d’analyser les intersections entre médicalisation de la santé des femmes et contamination environnementale, ainsi que les conséquences de la raréfaction des plantes médicinales sur le travail des sages-femmes traditionnelles.

19 mars 2021 : Cyril Menta (post-doctorant au musée du quai Branly), « "Réaffirmation culturelle" et projet politique personnel. Le cas de la danse des búzios des Indiens pankararu (Pernambouc, Brésil) »

  • Discutant : Cédric Yvinec (CRBC-MA/CNRS)

Dans les années 2000, une famille pankararu se réinstalle au village après plusieurs décennies d’exil chez d’autres groupes indigènes de la région, les Kariri-Xocó et les Xukuru-Kariri. Cette famille est impliquée dans la vie rituelle, et organise une réclusion au cours de laquelle les búzios, des aérophones joués par paire, sont utilisés. Ces instruments, introduits à ce moment-là chez les Pankararu, évoquent pourtant un passé révolu, puisque, sous une forme différente, ils étaient effectivement présents jusque dans les années 1940. A l’occasion de cette réintroduction, un jeune du village proche de la famille, Georges de Vasconcelos, dit Vasco, crée l’association « Pankararu Nation culturelle », afin de « renforcer et de réaffirmer la danse des búzios pankararu ». Il emploie des outils de communication modernes et souligne les enjeux collectifs du projet. La danse est adoptée et adaptée localement, se transmet dans le village et s’exhibe en dehors.

L’objectif de cette présentation est d’analyser l’aspect personnel, en particulier dans sa dimension politique, d’un projet de récupération culturelle. À travers ce processus, Vasco est passé de jeune leader pankararu à leader connu et reconnu à l’échelle nationale. La « réaffirmation » culturelle a été une stratégie de promotion politique individuelle.

16 avril 2021 : Sara Shroukh (LAS), « Arts de la mémoire et théâtre d’évangélisation en Nouvelle-Espagne (XVIe siècle) »

  • Discutante : Aurore Monod Becquelin (LESC)

Les missionnaires qui évangélisèrent la Nouvelle-Espagne au XVIe siècle eurent largement recours aux artes memorandi et au théâtre édifiant pour mener à bien leur entreprise. À partir d’exemples relevés dans la tradition européenne de l’exégèse de la liturgie sacramentelle et dans la littérature missionnaire ibéro-américaine, il s’agira de montrer comment s’articulent ces deux pratiques, mnémonique et dramatique.

21 mai 2021 : Carlos D. Londoño Sulkin (Department of Anthropology University of Regina), « Les implications de l’incertitude dans la tragédie d’un Mensch amazonien »

  • Discutant : Philippe Erikson (LESC-Univ. Nanterre)

La présentation se fonde sur une enquête ethnographique menée durant plus de vingt ans sur la moralité auprès des Féénemɨnaa d’Amazonie colombienne (naguère connus comme Muinane), et auprès de l’un d’eux, Barak, un homme extraordinaire, en particulier. Une relation de plus en plus étroite au fil des ans fit naître le projet d’élaborer avec lui une histoire de vie ethnographiquement « épaisse », qui mettrait en lumière à la fois son caractère unique et son évident ancrage dans un contexte social singulier. La présente intervention se centrera sur les principes moraux tant de Barak que de son peuple, et sur la place que tient l’incertitude – c’est-à-dire l’impossibilité d’être certain que les choses sont bien telles qu’elles paraissaient être – dans leurs préoccupations. Le tout avec, en toile de fond, l’incertitude qui est celle de l’ethnographe en tant qu’interprète. En fin de compte, il apparaît avantageux d’appréhender l’incertitude – que ce soit comme implication fondamentale de la constitution sémiotique des personnes, ou des contingences de la vie en général – comme un potentiel dont les différents systèmes moraux vont – ou non – s’emparer.

La communication se fera en espagnol

18 juin 2021 : Raphaël Colliaux (Institut Français d'Études Andines (IFEA) et Pontificia Universidad Catolica del Peru), « La main droite et la main gauche. La polarité homme/femme à la lumière des asymétries corporelles chez certains groupes arawak du Piémont andin (Pérou) »

  • Discutant : Klaus Hamberger (EHESS-LAS)

En partant de la distinction classique entre la main droite et la main gauche, le propos sera de mettre en lumière une série d’oppositions hiérarchiques dans les cosmologies arawak du piémont andin péruvien, afin d’éclairer la construction des relations entre les hommes et les femmes dans ces sociétés amérindiennes. En suivant des Matsigenka et des Ashaninka, nous verrons que la polarité des deux sexes est conçue de manière analogue à certains rapports asymétriques dont le corps humain est le théâtre. Selon eux, en effet, l’une des deux mains, des deux jambes ou encore l’un des deux yeux, est dans un rapport privilégié, plus essentiel, avec le reste du corps envisagé comme un tout. Nous tâcherons de préciser cette prémisse explicative des distinctions sexuelles, et d’en tirer toutes les conséquences. Par cette approche, il s’agit moins de percevoir les différences entre hommes et femmes en termes d’oppositions statutaires que de les comprendre à la lumière de leur participation à un ensemble symbolique qui les englobe, et auquel les deux sexes sont différemment associés.

Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.

Contacts additionnels
daillant@vjf.cnrs.fr
Informations pratiques

Personne à contacter : Anath Ariel de Vidas

Direction de travaux des étudiants
-
Réception des candidats
-
Pré-requis
-
  • Autre lieu Paris
    FMSH, Maison Suger, 16-18 rue Suger 75006 Paris
    annuel / mensuel (3e), vendredi 10:00-12:00
    du 20 novembre 2020 au 18 juin 2021

Pour l’année universitaire 2020-2021, les huit conférences données en ligne dans le cadre du SAA, toujours suivies d’un débat animé, ont porté sur des thèmes d’actualité en anthropologie, histoire et politique concernant différentes aires géographiques de l’Amérique indienne. L’assistance d’une moyenne d’une trentaine de participant·e·s était composée pour une grande partie de doctorant·e·s et de jeunes chercheur·e·s — marquant l’intérêt de ce Séminaire de formation à la recherche anthropologique américaniste — mais aussi de chercheur·e·s confirmé·e·s. Le séminaire a bénéficié ainsi de l’avantage de la visioconférence pour attirer la présence des collègues lointains.

Détails des interventions:

20 novembre 2020

Camille Riverti (ATER /EHESS)

Discutant : Pierre Déléage (LAS)

Un objet pas comme les autres ? Le cas de la farce quechua adressée à l’ethnographe

18 décembre 2020

Valérie Robin (Université Paris Descartes)

Discutant·e·s : Anne-Marie Losonczy (EPHE) et Michel Naepels (CNRS/EHESS)

Présentation de son dernier ouvrage : Sur les sentiers de la violence. Politiques de la mémoire et conflit armé au Pérou, éditions de l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine (IHEAL), Presses de l'Université Sorbonne Nouvelle, 2019.

15 janvier 2021

Magda Helena Dzubinska (Postdoctorante, ANR AMAZ, LAS)

Discutant : Olivier Allard (EHESS-LAS)

Peut-on se débarrasser de l’amour avec de l’eau de Javel ? Affects, genre et conjugalité en Amazonie péruvienne

5 février 2021

Mounia El Kotni (Cems-EHESS / Fondation de France)

Discutante : Esther Katz (PALOC-IRD)

Perceptions des sages-femmes des enjeux de santé environnementale dans le Sud du Mexique

19 mars 2021

Cyril Menta (post-doctorant au musée du quai Branly)

Discutant : Cédric Yvinec (CRBC-MA/CNRS)

« Réaffirmation culturelle » et projet politique personnel. Le cas de la danse des búzios des Indiens pankararu (Pernambouc, Brésil)

16 avril 2021

Sara Shroukh (LAS)

Discutante : Aurore Monod Becquelin (EREA)

Arts de la mémoire et théâtre d’évangélisation en Nouvelle-Espagne (XVIe siècle)

21 mai 2021

Carlos D. Londoño Sulkin (Department of Anthropology University of Regina)

Discutant : Philippe Erikson (LESC-Univ. Nanterre)

Les implications de l’incertitude dans la tragédie d’un Mensch amazonien

18 juin 2021

Raphaël Colliaux (Institut Français d'Études Andines (IFEA) et Pontificia Universidad Catolica del Peru)

Discutant : Klaus Hamberger (EHESS-LAS)

La main droite et la main gauche. La polarité homme/femme à la lumière des asymétries corporelles chez certains groupes arawak du Piémont andin (Pérou)