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UE38 - Sociologie de la connaissance. 1. Le raisonnement anti-sociologique


Lieu et planning


  • 105 bd Raspail
    Salle 5
    105 bd Raspail 75006 Paris
    1er semestre / hebdomadaire, mardi 13:00-15:00
    du 10 novembre 2020 au 9 février 2021


Description


Dernière modification : 7 novembre 2020 06:14

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Sociologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Cognition Politique Sociologie
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Cyril Lemieux [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Laboratoire interdisciplinaire d'études sur les réflexivités. Fonds Yan-Thomas (LIER-FYT)

Les sociologues déplorent souvent l’indifférence, sinon parfois la franche hostilité, avec lesquelles leurs analyses sont accueillies par les non-sociologues. Mais se contenter de blâmer celles et ceux qui, dit-on, « ne comprennent pas la sociologie », constitue-t-il une réponse à la hauteur de l’ambition sociologique ? Dans ce séminaire, on entend enquêter sociologiquement sur ce qui freine, au sein des sociétés contemporaines, l’adoption de raisonnements de nature sociologique, au profit d’autres modes d’appréhension des réalités sociales – tels ceux, notamment, qui individualisent ces réalités ou qui les naturalisent. On se refusera à réduire l’attitude des acteurs face à la pensée sociologique à une simple question de réflexes intériorisés ou encore, d’intérêts et de stratégies : cherchant à renouer avec le projet d’une « sociologie de la connaissance », dont les fondements furent posés il y a près d’un siècle par Karl Mannheim (séance n°12), on s’efforcera de saisir la dimension idéelle et collective de leurs réticences, comme de leurs adhésions, à l’égard du mode de penser sociologique. La première partie du séminaire (séances 2 à 8 ; « Le raisonnement anti-sociologique en société ») sera consacrée aux raisonnements anti-sociologiques, ainsi qu’à leurs mécanismes de reproduction et à leurs effets politiques, au sein de différents milieux sociaux et professionnels (élites politiques, dirigeants économiques, haute administration, médias, militants, travailleurs indépendants, précaires…), en France aussi bien qu’à l’étranger (séance n°8). Dans la seconde partie du séminaire (séances 9 à 12 ; « Le raisonnement anti-sociologique en sociologie »), on reviendra sur la difficulté des sociologues eux-mêmes à résister au raisonnement anti-sociologique dans leur propre démarche, en voyant dans cette difficulté, dont on peut penser qu’elle est aujourd’hui croissante, la source de ce qu’on appellera le « problème actuel de la sociologie » (séance n°1) – un problème dont l’ambition de ce séminaire est d’indiquer des voies de résolution.

10 novembre 2020 : Introduction : le problème actuel de la sociologie.

I. Le raisonnement anti-sociologique en société

17 novembre 2020 : Le raisonnement anti-sociologique dans la gestion de la pauvreté

24 novembre 2020 : Le raisonnement anti-sociologique dans le maintien de l’ordre

1er décembre 2020 : Le raisonnement anti-sociologique dans la gestion des risques

8 décembre 2020 : Raisonnement anti-sociologique et politisation dans la vie ordinaire

15 décembre 2020 : Le raisonnement anti-sociologique dans les professions artistiques

5 janvier 2021 : Raisonnement anti-sociologique et politiques éducatives

12 janvier 2021 : Les obstacles au raisonnement sociologique sont-ils les mêmes selon les nations ?

II. Le raisonnement anti-sociologique en sociologie

19 janvier 2021 : Montesquieu, Tocqueville, Marx : qu'a-t-il manqué aux «précurseurs de la sociologie » pour être sociologues?

26 janvier 2021 : L’évolutionnisme est-il un raisonnement anti-sociologique ? Retour sur certaines critiques adressées à l’œuvre de Norbert Elias

2 février 2021 : Les sociologies actuelles face à la difficulté d’articuler tâches techniquement premières et secondes

9 février 2021 : La sociologie est-elle une utopie ? Karl Mannheim et le projet d'une sociologie de la connaissance


Master


  • Séminaires de recherche – Sociologie – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – Travail de validation
  • Séminaires de recherche – Études politiques – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – travail de validation

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

contacter l'enseignant par courriel

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats
-
Pré-requis
-

Compte rendu


Les sociologues déplorent souvent l’indifférence, sinon parfois la franche hostilité, avec lesquelles leurs analyses sont accueillies par les non-sociologues. Mais se contenter de blâmer celles et ceux qui, dit-on, « ne comprennent pas la sociologie », constitue-t-il une réponse à la hauteur de l’ambition sociologique ? Dans ce séminaire, on a cherché à enquêter sociologiquement sur ce qui freine, au sein des sociétés contemporaines, l’adoption de raisonnements de nature sociologique, au profit d’autres modes d’appréhension des réalités sociales – tels ceux, notamment, qui individualisent ces réalités ou qui les naturalisent. Ce faisant, on s’est refusé à réduire l’attitude des acteurs face à la pensée sociologique à une simple question de réflexes intériorisés ou encore, d’intérêts et de stratégies : cherchant à renouer avec le projet d’une sociologie de la connaissance, dont les fondements furent posés il y a près d’un siècle par Karl Mannheim, on s’est efforcé de saisir la dimension idéelle et collective de leurs réticences, comme de leurs adhésions, à l’égard du mode de penser sociologique.

Grâce à l’intervention de chercheurs/ses invité.e.s, la première partie du séminaire (séances 2 à 8 : « Le raisonnement anti-sociologique en société ») a été consacrée à l’étude des raisonnements anti-sociologiques, ainsi qu’à leurs mécanismes de reproduction et à leurs effets politiques, au sein de différents milieux socio-professionnels : les agents des forces de l’ordre (intervention de Cédric Moreau de Bellaing, maître de conférences à l’ENS) ; les professionnels de l’assistance aux personnes sans domicile (intervention d’Edouard Gardella, chargé de recherche au CNRS) ; les experts spécialistes de la gestion des risques (intervention de Yannick Barthe, directeur de recherche au CNRS) ; les dessinateurs de bandes dessinées (intervention de Pierre Nocérino, postdoctorant au LIER-FYT) ; et les enseignants du secondaire (intervention de Séverine Chauvel, maîtresse de conférences à l’université Paris-Est-Créteil). A été également abordée la question des raisonnements anti-sociologiques dans l’expression ordinaire des rapports entre « communautés », grâce à l’intervention de Noémi Casati, doctorante au LIER-FYT, qui étudie les manifestations de racisme dans la ville de Béziers. Pour clore ce premier cycle, une séance s’est attachée à analyser les obstacles au raisonnement sociologique qui caractérisent en propre la culture et l’organisation sociale de différentes nations – en Europe mais aussi, plus largement, dans le monde. Cinq doctorant.e.s et jeunes docteur.e.s, de nationalités différentes, ont contribué à la réflexion en exposant la situation dans leur propre pays (Aleksandr Lutsenko pour la Russie, Wenting Wang pour la Chine, Asmaa Martah pour le Maroc, Alexandra Oprea pour la Roumanie et Noémi Casati pour l’Italie).

Dans la seconde partie du séminaire (séances 9 à 12 : « Le raisonnement anti-sociologique en sociologie »), on s’est attaché à analyser la difficulté des sociologues eux-mêmes à résister au raisonnement anti-sociologique dans leur propre démarche. On a proposé de voir dans cette difficulté, dont on peut penser qu’elle est aujourd’hui croissante, la source du « problème actuel de la sociologie » (thème de la première séance du séminaire). Le séminaire s’est donné pour tâcher d’analyser non seulement les manifestations de ce « problème actuel » sur le plan des embarras épistémologiques dans lesquels les sociologues contemporains s’enferrent mais encore, et surtout, ses causes sociales (comprises en relation avec les transformations, ces dernières décennies, de l’organisation sociale). Trois jalons, correspondant à trois séances successives, ont été posés dans cette réflexion sur la pratique sociologique : on s’est d’abord demandé ce qui avait « manqué » à trois « précurseurs » de la sociologie (Montesquieu, Tocqueville et Marx) pour être pleinement sociologues : façon d’introduire la question de ce que la pensée sociologique doit à un certain état de la division du travail ; on s’est ensuite attardé sur le reproche souvent adressé à l’œuvre de Norbert Elias d’être « évolutionniste », en se demandant ce qui fonde ce reproche ou plus exactement, ce qui en fait un reproche plutôt qu’un simple constat : cette séance a été menée conjointement avec l’historienne Anne Lafont (directrice d’études à l’EHESS), qui a présenté ses réflexions sur Elias, l’Afrique et l’évolutionnisme, et a été l’occasion d’une réunion de nos deux séminaires et de leurs publics ; une troisième séance a porté sur les sociologies actuelles dans l’espace français et sur leurs difficultés à résister à certains raisonnements anti-sociologiques, notamment ceux que portent les tendances sociales à l’individualisme libéral. Grâce à l’intervention de Dominique Linhardt (chargé de recherche au CNRS), la dernière séance du séminaire a permis de revenir sur le projet d’une sociologie de la connaissance défendu par Karl Mannheim et sur ses implications théoriques et méthodologiques – ce qui a permis de mieux comprendre comment cet auteur conçoit ce qu’est un raisonnement anti-sociologique en lien avec la question du « figement » de la pensée.

Ces douze séances constituaient le premier volet de notre séminaire « Sociologie de la connaissance ». Le second volet, au cours de l’année universitaire 2021-22, permettra d’avancer d’un pas supplémentaire dans la réhabilitation et l’actualisation du projet mannheimien, en portant attention, cette fois, aux rapports qui se nouent entre division du travail et politisation.

Publications
  • Avec Bruno Karsenti, Il socialismo e il futuro dell’Europa, Milan, Meltemi, 2021 (postface de Maurizio Ricciardi). Traduction en italien de Socialisme et sociologie, Paris, Éditions de l’EHESS, coll. « Cas de figure », 2017, 190 p.
  • « Les règles sont-elles des prescriptions ? Exercices conversionnistes », dans Le social à l’esprit. Dialogues avec Vincent Descombes, sous la dir. de F. Callegaro et Jing Xie, Paris, Éditions de l’EHESS, 2020, p. 147-167.
  • « Une historienne profondément sociologue », In Memoriam Larissa Zakharova, Cahiers du Monde Russe, 60/2-3, 2020, p. 585-592.
  • « Uno sguardo altro sulla politicizzazione dei rapporti sociali. A proposito del lavoro concettuale della sociologia pragmatica », Societa Mutamento Politica, vol. 12, n°23, 2021, p. 11-23.
  • « Socialism as a Reaction to Nationalisms: A Durkheimian Perspective », dans  Durkheim & Critique, sous la dir. de Nicola Marcucci, Palgrave Macmillan, 2021, p. 291-314.

Dernière modification : 7 novembre 2020 06:14

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Sociologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Cognition Politique Sociologie
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Cyril Lemieux [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Laboratoire interdisciplinaire d'études sur les réflexivités. Fonds Yan-Thomas (LIER-FYT)

Les sociologues déplorent souvent l’indifférence, sinon parfois la franche hostilité, avec lesquelles leurs analyses sont accueillies par les non-sociologues. Mais se contenter de blâmer celles et ceux qui, dit-on, « ne comprennent pas la sociologie », constitue-t-il une réponse à la hauteur de l’ambition sociologique ? Dans ce séminaire, on entend enquêter sociologiquement sur ce qui freine, au sein des sociétés contemporaines, l’adoption de raisonnements de nature sociologique, au profit d’autres modes d’appréhension des réalités sociales – tels ceux, notamment, qui individualisent ces réalités ou qui les naturalisent. On se refusera à réduire l’attitude des acteurs face à la pensée sociologique à une simple question de réflexes intériorisés ou encore, d’intérêts et de stratégies : cherchant à renouer avec le projet d’une « sociologie de la connaissance », dont les fondements furent posés il y a près d’un siècle par Karl Mannheim (séance n°12), on s’efforcera de saisir la dimension idéelle et collective de leurs réticences, comme de leurs adhésions, à l’égard du mode de penser sociologique. La première partie du séminaire (séances 2 à 8 ; « Le raisonnement anti-sociologique en société ») sera consacrée aux raisonnements anti-sociologiques, ainsi qu’à leurs mécanismes de reproduction et à leurs effets politiques, au sein de différents milieux sociaux et professionnels (élites politiques, dirigeants économiques, haute administration, médias, militants, travailleurs indépendants, précaires…), en France aussi bien qu’à l’étranger (séance n°8). Dans la seconde partie du séminaire (séances 9 à 12 ; « Le raisonnement anti-sociologique en sociologie »), on reviendra sur la difficulté des sociologues eux-mêmes à résister au raisonnement anti-sociologique dans leur propre démarche, en voyant dans cette difficulté, dont on peut penser qu’elle est aujourd’hui croissante, la source de ce qu’on appellera le « problème actuel de la sociologie » (séance n°1) – un problème dont l’ambition de ce séminaire est d’indiquer des voies de résolution.

10 novembre 2020 : Introduction : le problème actuel de la sociologie.

I. Le raisonnement anti-sociologique en société

17 novembre 2020 : Le raisonnement anti-sociologique dans la gestion de la pauvreté

24 novembre 2020 : Le raisonnement anti-sociologique dans le maintien de l’ordre

1er décembre 2020 : Le raisonnement anti-sociologique dans la gestion des risques

8 décembre 2020 : Raisonnement anti-sociologique et politisation dans la vie ordinaire

15 décembre 2020 : Le raisonnement anti-sociologique dans les professions artistiques

5 janvier 2021 : Raisonnement anti-sociologique et politiques éducatives

12 janvier 2021 : Les obstacles au raisonnement sociologique sont-ils les mêmes selon les nations ?

II. Le raisonnement anti-sociologique en sociologie

19 janvier 2021 : Montesquieu, Tocqueville, Marx : qu'a-t-il manqué aux «précurseurs de la sociologie » pour être sociologues?

26 janvier 2021 : L’évolutionnisme est-il un raisonnement anti-sociologique ? Retour sur certaines critiques adressées à l’œuvre de Norbert Elias

2 février 2021 : Les sociologies actuelles face à la difficulté d’articuler tâches techniquement premières et secondes

9 février 2021 : La sociologie est-elle une utopie ? Karl Mannheim et le projet d'une sociologie de la connaissance

  • Séminaires de recherche – Sociologie – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – Travail de validation
  • Séminaires de recherche – Études politiques – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – travail de validation
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

contacter l'enseignant par courriel

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats
-
Pré-requis
-
  • 105 bd Raspail
    Salle 5
    105 bd Raspail 75006 Paris
    1er semestre / hebdomadaire, mardi 13:00-15:00
    du 10 novembre 2020 au 9 février 2021

Les sociologues déplorent souvent l’indifférence, sinon parfois la franche hostilité, avec lesquelles leurs analyses sont accueillies par les non-sociologues. Mais se contenter de blâmer celles et ceux qui, dit-on, « ne comprennent pas la sociologie », constitue-t-il une réponse à la hauteur de l’ambition sociologique ? Dans ce séminaire, on a cherché à enquêter sociologiquement sur ce qui freine, au sein des sociétés contemporaines, l’adoption de raisonnements de nature sociologique, au profit d’autres modes d’appréhension des réalités sociales – tels ceux, notamment, qui individualisent ces réalités ou qui les naturalisent. Ce faisant, on s’est refusé à réduire l’attitude des acteurs face à la pensée sociologique à une simple question de réflexes intériorisés ou encore, d’intérêts et de stratégies : cherchant à renouer avec le projet d’une sociologie de la connaissance, dont les fondements furent posés il y a près d’un siècle par Karl Mannheim, on s’est efforcé de saisir la dimension idéelle et collective de leurs réticences, comme de leurs adhésions, à l’égard du mode de penser sociologique.

Grâce à l’intervention de chercheurs/ses invité.e.s, la première partie du séminaire (séances 2 à 8 : « Le raisonnement anti-sociologique en société ») a été consacrée à l’étude des raisonnements anti-sociologiques, ainsi qu’à leurs mécanismes de reproduction et à leurs effets politiques, au sein de différents milieux socio-professionnels : les agents des forces de l’ordre (intervention de Cédric Moreau de Bellaing, maître de conférences à l’ENS) ; les professionnels de l’assistance aux personnes sans domicile (intervention d’Edouard Gardella, chargé de recherche au CNRS) ; les experts spécialistes de la gestion des risques (intervention de Yannick Barthe, directeur de recherche au CNRS) ; les dessinateurs de bandes dessinées (intervention de Pierre Nocérino, postdoctorant au LIER-FYT) ; et les enseignants du secondaire (intervention de Séverine Chauvel, maîtresse de conférences à l’université Paris-Est-Créteil). A été également abordée la question des raisonnements anti-sociologiques dans l’expression ordinaire des rapports entre « communautés », grâce à l’intervention de Noémi Casati, doctorante au LIER-FYT, qui étudie les manifestations de racisme dans la ville de Béziers. Pour clore ce premier cycle, une séance s’est attachée à analyser les obstacles au raisonnement sociologique qui caractérisent en propre la culture et l’organisation sociale de différentes nations – en Europe mais aussi, plus largement, dans le monde. Cinq doctorant.e.s et jeunes docteur.e.s, de nationalités différentes, ont contribué à la réflexion en exposant la situation dans leur propre pays (Aleksandr Lutsenko pour la Russie, Wenting Wang pour la Chine, Asmaa Martah pour le Maroc, Alexandra Oprea pour la Roumanie et Noémi Casati pour l’Italie).

Dans la seconde partie du séminaire (séances 9 à 12 : « Le raisonnement anti-sociologique en sociologie »), on s’est attaché à analyser la difficulté des sociologues eux-mêmes à résister au raisonnement anti-sociologique dans leur propre démarche. On a proposé de voir dans cette difficulté, dont on peut penser qu’elle est aujourd’hui croissante, la source du « problème actuel de la sociologie » (thème de la première séance du séminaire). Le séminaire s’est donné pour tâcher d’analyser non seulement les manifestations de ce « problème actuel » sur le plan des embarras épistémologiques dans lesquels les sociologues contemporains s’enferrent mais encore, et surtout, ses causes sociales (comprises en relation avec les transformations, ces dernières décennies, de l’organisation sociale). Trois jalons, correspondant à trois séances successives, ont été posés dans cette réflexion sur la pratique sociologique : on s’est d’abord demandé ce qui avait « manqué » à trois « précurseurs » de la sociologie (Montesquieu, Tocqueville et Marx) pour être pleinement sociologues : façon d’introduire la question de ce que la pensée sociologique doit à un certain état de la division du travail ; on s’est ensuite attardé sur le reproche souvent adressé à l’œuvre de Norbert Elias d’être « évolutionniste », en se demandant ce qui fonde ce reproche ou plus exactement, ce qui en fait un reproche plutôt qu’un simple constat : cette séance a été menée conjointement avec l’historienne Anne Lafont (directrice d’études à l’EHESS), qui a présenté ses réflexions sur Elias, l’Afrique et l’évolutionnisme, et a été l’occasion d’une réunion de nos deux séminaires et de leurs publics ; une troisième séance a porté sur les sociologies actuelles dans l’espace français et sur leurs difficultés à résister à certains raisonnements anti-sociologiques, notamment ceux que portent les tendances sociales à l’individualisme libéral. Grâce à l’intervention de Dominique Linhardt (chargé de recherche au CNRS), la dernière séance du séminaire a permis de revenir sur le projet d’une sociologie de la connaissance défendu par Karl Mannheim et sur ses implications théoriques et méthodologiques – ce qui a permis de mieux comprendre comment cet auteur conçoit ce qu’est un raisonnement anti-sociologique en lien avec la question du « figement » de la pensée.

Ces douze séances constituaient le premier volet de notre séminaire « Sociologie de la connaissance ». Le second volet, au cours de l’année universitaire 2021-22, permettra d’avancer d’un pas supplémentaire dans la réhabilitation et l’actualisation du projet mannheimien, en portant attention, cette fois, aux rapports qui se nouent entre division du travail et politisation.

Publications
  • Avec Bruno Karsenti, Il socialismo e il futuro dell’Europa, Milan, Meltemi, 2021 (postface de Maurizio Ricciardi). Traduction en italien de Socialisme et sociologie, Paris, Éditions de l’EHESS, coll. « Cas de figure », 2017, 190 p.
  • « Les règles sont-elles des prescriptions ? Exercices conversionnistes », dans Le social à l’esprit. Dialogues avec Vincent Descombes, sous la dir. de F. Callegaro et Jing Xie, Paris, Éditions de l’EHESS, 2020, p. 147-167.
  • « Une historienne profondément sociologue », In Memoriam Larissa Zakharova, Cahiers du Monde Russe, 60/2-3, 2020, p. 585-592.
  • « Uno sguardo altro sulla politicizzazione dei rapporti sociali. A proposito del lavoro concettuale della sociologia pragmatica », Societa Mutamento Politica, vol. 12, n°23, 2021, p. 11-23.
  • « Socialism as a Reaction to Nationalisms: A Durkheimian Perspective », dans  Durkheim & Critique, sous la dir. de Nicola Marcucci, Palgrave Macmillan, 2021, p. 291-314.