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UE379 - Modernités transatlantiques. L’histoire de la philosophie entre Europe et USA au XIXe siècle


Lieu et planning


  • 105 bd Raspail
    Salle 4
    105 bd Raspail 75006 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, mardi 15:00-17:00
    du 2 mars 2021 au 1er juin 2021


Description


Dernière modification : 18 janvier 2021 11:08

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Histoire, Philosophie et épistémologie
Page web
https://drive.google.com/drive/folders/11L-AM24mIs-0SdF-pwtTNqs_tA4s1oE4?usp=sharing 
Langues
français
Mots-clés
Argumentation Circulations Comparatisme Diaspora Éducation Épistémologie Globalisation Histoire intellectuelle Historiographie Intellectuels Nationalisme Philosophie Philosophie politique Philosophie sociale Savoirs Transnational
Aires culturelles
Amérique du Nord Europe Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Catherine König-Pralong [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)

Au XIXe siècle, l’histoire de la philosophie apparaît aux USA, un territoire géopolitique qui ne fait pas encore partie de l’« Occident ». Des acteurs intellectuels appartenant à diverses sphères sociales, universitaires et extra-universitaires, importent et traduisent des histoires de la philosophie écrites en Europe. Ils décrivent les philosophies européennes comme des pensées nationales et s’efforcent de repenser la modernité hors du sol des traditions européennes, d’où certains d’entre eux ont émigré. Nous verrons comment, au cours de ce jeu d’échanges transatlantiques, les nationalismes européens se voient reconfigurés dans le miroir américain et l’idée de philosophie américaine apparaît en Europe. Victor Cousin par exemple, qui œuvre activement à sa reconnaissance américaine, se voit affublé aux USA des qualités de ses défauts européens : l’éloquence légère, l’éclectisme pédagogique et une certaine propension à la prédication philosophique. La French Theory cousinienne tient sa place dans les cercles transcendantalistes, concurrente de l’hégélianisme des philosophes de St. Louis et du pragmatisme naissant.

Le séminaire pourra être suivi en distanciel sur Zoom (lien et information de connexion ici), quelle que soit l'évolution de la situation sanitaire. Une solution hybride sera proposée dans le cas d'une reprise en présentiel.

Pour prendre connaissance du programme détaillé et de la bibliographie, cliquez ici.

Des documents de travail seront mis à la disposition des participant·e·s ici.


Master


  • Séminaires de recherche – Philosophie sociale et politique – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Savoirs en sociétés-Histoire des sciences, des techniques et des savoirs – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Études politiques – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats
-
Pré-requis
-

Compte rendu


À partir de l’histoire de la philosophie, ce séminaire a reconstruit des circulations et des co-productions scientifiques par des acteurs intellectuels nés des deux côtés de l’Atlantique au XIXe siècle. Les États-Unis du XIXe siècle sont un pays de cocagne pour l’histoire des savoirs : les institutions scientifiques américaines étaient hétérogènes, l’université de recherche de type allemand inexistante, les pratiques très variables au sein d’un même domaine, et la production du savoir moins domestiquée que sur le vieux continent. Les savoirs y étaient encore indisciplinés. Des transcendantalistes aux présidents de colleges, des professeurs d’université aux journalistes, des ministres du culte aux hommes politiques, les acteurs de la philosophie, sans attache disciplinaire forte, étaient peu soucieux de démarquer leur savoir de la sociologie, de la littérature, des sciences naturelles et de la psychologie. Nous avons abordé les USA du XIXe siècle de notre point de vue européen en mobilisant trois regards de voyageurs sur une Amérique vue à la fois comme primitive et futuriste : Alexis de Tocqueville, Aby Warburg et Max Weber. Nous nous sommes ensuite déplacés sur le terrain des institutions savantes américaines, en confrontant les résultats de l’historiographie contemporaine avec les descriptions faites par un immigré, le philosophe allemand Hugo Münsterberg, qui compose Die Amerikaner alors qu’il est professeur de psychologie à Harvard. Le rôle qu’il a joué dans l’organisation du congrès des sciences et des arts à l’exposition universelle de St. Louis (1904), ses démêlées avec le sociologue Albion Small et avec William James, ont permis de déployer une première carte, mouvante, des savoirs américains à l’orée du XXe siècle. Nous sommes ensuite remontés dans le passé pour étudier la production de manuels de philosophie dans les colleges (à dénominations religieuses) et dans les universités en voie de formation. Traduite et reconfigurée, la philosophie (européenne) se vit assigner de nouvelles tâches, notamment former les jeunes adultes à la vie civile. Dans les philosophies produites aux USA, trois composantes nous sont alors apparues primordiales : naturalisme, émergentisme et universalisme anthropologique. Ce dernier contestait le rétrécissement du territoire de la philosophie à l’Europe et à son histoire grecque, qui était opéré alors en Europe. Les Hégéliens de St. Louis (Missouri) ont critiqué leur idole, Hegel, pour avoir affirmé que la philosophie ne peut être que grecque et européenne, et qu’elle est avant tout allemande. Les savoirs américains de l’homme étaient alors traversés par les problèmes de la race, de l’abolition de l’esclavage, et par la question « indienne ». Ce dernier aspect nous a conduits sur le terrain d’interventions philosophiques de la part d’acteurs qui se concevaient comme les représentants des premières nations : John Napoleon Brinton Hewitt, né en 1859 dans une réserve de Tuscaroras, qui a publié une Iroquoian Cosmology, et surtout le médecin Charles Eastman (Ohiyesa), qui a représenté les Amérindiens au premier congrès universel des races à Londres (1911) et qui, la même année, a publié The soul of the Indian. Ces textes revendiquent le nom de « philosophy » (« native » ou « Indian ») pour décrire les cosmologies et les pensées (transmises oralement) des premières nations avant la colonisation. La question de la colonisation et de l’impérialité s’est ainsi posée au sein de l’histoire des savoirs que nous avons tenté de déployer. L’an prochain, il nous faudra rependre ce dossier à partir des interventions de l’anthropologue W.E.B. Du Bois, descendant d’une lignée africaine. Enfin, nous avons commencé à étudier l’institution particulièrement féconde aux USA que constituait le périodique, des actes des sociétés savantes aux revues scientifiques, en passant par les journaux.

Publications
  •  « Les abîmes de la réflexivité en sciences humaines et sociales », Questions de communication, 38, 2021, p. 279-292.
  •  « Dante au 19e siècle: un esprit national sur la scène internationale », La revue de la Bnu, 23, 2021, p. 57-63.
  • « Philosophiefeindlichkeit und konservatives Denken: Karl Wittes Dante », Deutsches Dante-Jahrbuch, 95, 2020, p. 117-130.
  • « Épistémologie déflationniste et théologie universitaire selon Gilles de Rome », Quaestio, 20, 2020, p. 73-88.
  • « L’histoire, héritière des Lumières. À propos d’Antoine Lilti, L’héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité (2019) », Passés Futurs, 7, 2020 (en ligne).
  • « Raison historiographique, réceptions croisées et internationalisation de la recherche. L’histoire de la philosophie aux XVIIIe-XIXe siècles », dans Accuser réception, sous la dir. de S. Zékian et T. Roger, Fabula, Les colloques, 2020 (en ligne).
  •  « Roger Bacon. Rhétorique et sens littéral », dans The Origin and Nature of Language and Logic, sous la dir. de N. Germann et S. Harvey, Turnhout, Brepols, 2020, p. 277-296.

Dernière modification : 18 janvier 2021 11:08

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Histoire, Philosophie et épistémologie
Page web
https://drive.google.com/drive/folders/11L-AM24mIs-0SdF-pwtTNqs_tA4s1oE4?usp=sharing 
Langues
français
Mots-clés
Argumentation Circulations Comparatisme Diaspora Éducation Épistémologie Globalisation Histoire intellectuelle Historiographie Intellectuels Nationalisme Philosophie Philosophie politique Philosophie sociale Savoirs Transnational
Aires culturelles
Amérique du Nord Europe Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Catherine König-Pralong [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)

Au XIXe siècle, l’histoire de la philosophie apparaît aux USA, un territoire géopolitique qui ne fait pas encore partie de l’« Occident ». Des acteurs intellectuels appartenant à diverses sphères sociales, universitaires et extra-universitaires, importent et traduisent des histoires de la philosophie écrites en Europe. Ils décrivent les philosophies européennes comme des pensées nationales et s’efforcent de repenser la modernité hors du sol des traditions européennes, d’où certains d’entre eux ont émigré. Nous verrons comment, au cours de ce jeu d’échanges transatlantiques, les nationalismes européens se voient reconfigurés dans le miroir américain et l’idée de philosophie américaine apparaît en Europe. Victor Cousin par exemple, qui œuvre activement à sa reconnaissance américaine, se voit affublé aux USA des qualités de ses défauts européens : l’éloquence légère, l’éclectisme pédagogique et une certaine propension à la prédication philosophique. La French Theory cousinienne tient sa place dans les cercles transcendantalistes, concurrente de l’hégélianisme des philosophes de St. Louis et du pragmatisme naissant.

Le séminaire pourra être suivi en distanciel sur Zoom (lien et information de connexion ici), quelle que soit l'évolution de la situation sanitaire. Une solution hybride sera proposée dans le cas d'une reprise en présentiel.

Pour prendre connaissance du programme détaillé et de la bibliographie, cliquez ici.

Des documents de travail seront mis à la disposition des participant·e·s ici.

  • Séminaires de recherche – Philosophie sociale et politique – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Savoirs en sociétés-Histoire des sciences, des techniques et des savoirs – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Études politiques – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats
-
Pré-requis
-
  • 105 bd Raspail
    Salle 4
    105 bd Raspail 75006 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, mardi 15:00-17:00
    du 2 mars 2021 au 1er juin 2021

À partir de l’histoire de la philosophie, ce séminaire a reconstruit des circulations et des co-productions scientifiques par des acteurs intellectuels nés des deux côtés de l’Atlantique au XIXe siècle. Les États-Unis du XIXe siècle sont un pays de cocagne pour l’histoire des savoirs : les institutions scientifiques américaines étaient hétérogènes, l’université de recherche de type allemand inexistante, les pratiques très variables au sein d’un même domaine, et la production du savoir moins domestiquée que sur le vieux continent. Les savoirs y étaient encore indisciplinés. Des transcendantalistes aux présidents de colleges, des professeurs d’université aux journalistes, des ministres du culte aux hommes politiques, les acteurs de la philosophie, sans attache disciplinaire forte, étaient peu soucieux de démarquer leur savoir de la sociologie, de la littérature, des sciences naturelles et de la psychologie. Nous avons abordé les USA du XIXe siècle de notre point de vue européen en mobilisant trois regards de voyageurs sur une Amérique vue à la fois comme primitive et futuriste : Alexis de Tocqueville, Aby Warburg et Max Weber. Nous nous sommes ensuite déplacés sur le terrain des institutions savantes américaines, en confrontant les résultats de l’historiographie contemporaine avec les descriptions faites par un immigré, le philosophe allemand Hugo Münsterberg, qui compose Die Amerikaner alors qu’il est professeur de psychologie à Harvard. Le rôle qu’il a joué dans l’organisation du congrès des sciences et des arts à l’exposition universelle de St. Louis (1904), ses démêlées avec le sociologue Albion Small et avec William James, ont permis de déployer une première carte, mouvante, des savoirs américains à l’orée du XXe siècle. Nous sommes ensuite remontés dans le passé pour étudier la production de manuels de philosophie dans les colleges (à dénominations religieuses) et dans les universités en voie de formation. Traduite et reconfigurée, la philosophie (européenne) se vit assigner de nouvelles tâches, notamment former les jeunes adultes à la vie civile. Dans les philosophies produites aux USA, trois composantes nous sont alors apparues primordiales : naturalisme, émergentisme et universalisme anthropologique. Ce dernier contestait le rétrécissement du territoire de la philosophie à l’Europe et à son histoire grecque, qui était opéré alors en Europe. Les Hégéliens de St. Louis (Missouri) ont critiqué leur idole, Hegel, pour avoir affirmé que la philosophie ne peut être que grecque et européenne, et qu’elle est avant tout allemande. Les savoirs américains de l’homme étaient alors traversés par les problèmes de la race, de l’abolition de l’esclavage, et par la question « indienne ». Ce dernier aspect nous a conduits sur le terrain d’interventions philosophiques de la part d’acteurs qui se concevaient comme les représentants des premières nations : John Napoleon Brinton Hewitt, né en 1859 dans une réserve de Tuscaroras, qui a publié une Iroquoian Cosmology, et surtout le médecin Charles Eastman (Ohiyesa), qui a représenté les Amérindiens au premier congrès universel des races à Londres (1911) et qui, la même année, a publié The soul of the Indian. Ces textes revendiquent le nom de « philosophy » (« native » ou « Indian ») pour décrire les cosmologies et les pensées (transmises oralement) des premières nations avant la colonisation. La question de la colonisation et de l’impérialité s’est ainsi posée au sein de l’histoire des savoirs que nous avons tenté de déployer. L’an prochain, il nous faudra rependre ce dossier à partir des interventions de l’anthropologue W.E.B. Du Bois, descendant d’une lignée africaine. Enfin, nous avons commencé à étudier l’institution particulièrement féconde aux USA que constituait le périodique, des actes des sociétés savantes aux revues scientifiques, en passant par les journaux.

Publications
  •  « Les abîmes de la réflexivité en sciences humaines et sociales », Questions de communication, 38, 2021, p. 279-292.
  •  « Dante au 19e siècle: un esprit national sur la scène internationale », La revue de la Bnu, 23, 2021, p. 57-63.
  • « Philosophiefeindlichkeit und konservatives Denken: Karl Wittes Dante », Deutsches Dante-Jahrbuch, 95, 2020, p. 117-130.
  • « Épistémologie déflationniste et théologie universitaire selon Gilles de Rome », Quaestio, 20, 2020, p. 73-88.
  • « L’histoire, héritière des Lumières. À propos d’Antoine Lilti, L’héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité (2019) », Passés Futurs, 7, 2020 (en ligne).
  • « Raison historiographique, réceptions croisées et internationalisation de la recherche. L’histoire de la philosophie aux XVIIIe-XIXe siècles », dans Accuser réception, sous la dir. de S. Zékian et T. Roger, Fabula, Les colloques, 2020 (en ligne).
  •  « Roger Bacon. Rhétorique et sens littéral », dans The Origin and Nature of Language and Logic, sous la dir. de N. Germann et S. Harvey, Turnhout, Brepols, 2020, p. 277-296.