UE344 - La fiction confrontée aux « appropriations culturelles »


Planning


  • 105 bd Raspail
    Salle 7
    105 bd Raspail 75006 Paris
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 11:00-13:00
    du 18 février 2021 au 20 mai 2021


Description


Dernière modification : 26 mai 2020 09:39

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Circulations Éthique Fiction Inégalités
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Brigitte Derlon [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

Le séminaire poursuivra l’examen des spécificités des controverses sur les « appropriations culturelles » qui se déploient dans différents domaines des arts. Après les arts picturaux et plastiques puis la musique traités les années précédentes, et sur lesquels on reviendra très brièvement, on s’intéressera désormais à la fiction : littérature, théâtre et cinéma.  Un romancier blanc peut-il créer des personnages de fiction noirs ? Une cinéaste peut-elle relater un épisode historique impliquant une communauté dont elle ne fait pas partie ? Un metteur en scène peut-il faire jouer des personnages autochtones par des acteurs qui ne le sont pas ? Entre la fin annoncée de la fiction et celle des cultures minoritaires, on examinera les arguments développés à ces propos dans les mondes académique et médiatique, ainsi que les enjeux (politiques, sociaux, culturels, éthiques, économiques) sous-jacents aux controverses en la matière.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – dossier de recherche, exposé ou fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Images, cultures visuelles, histoire de l'art – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – dossier de recherche, exposé ou fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

contacter Brigitte Derlon par courriel.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis
-

Compte rendu


De tous les domaines de la création touchés par des accusations d’« appropriation culturelle », la fiction est celui qui a suscité les débat les plus vifs, car aux yeux de certains de leurs protagonistes, ce qu’elles remettent en cause n’est autre que le fondement même du fictionnel, et donc sa survie en tant que genre (d’où les textes « pour sa défense » écrits par L. Shriver et Z. Smith, par exemple). Dans cette perspective, demander aux romanciers, cinéastes et dramaturges de ne pas créer de personnages dont la couleur de peau ou la culture diffèrent des leurs équivaut à la mort de la fiction, qui consiste justement à s’approprier d’autres vies que la sienne. C’est aussi condamner ces auteurs à ne traiter que de leur propre monde et à s’enfermer ainsi dans un entre-soi peu propice à la compréhension de la différence.

Si depuis une dizaine d’années, on assiste à un regain d’intérêt pour les rapports entre fiction et morale ou politique dont témoignent à la fois l’actualité et les interrogations savantes portant, par exemple, sur la « vérité référentielle » de la littérature (H. Merlin-Kajman) ou sur l’opportunité ou pas de « dissocier l’œuvre de l’auteur » (G. Sapiro), le sujet qui nous occupe a ceci de particulier qu’une œuvre peut être moralement condamnée sans que son contenu idéologique, ni son degré supposé d’ « authenticité », ni les intentions ou la moralité de l’auteur ne soient contestés. L’œuvre est alors indissociable de l’identité biologique ou culturelle de l’auteur qui, à elle seule, l’entache.

On s’est efforcé de comprendre comment on en était arrivé à de tels positionnements, en réinscrivant d’abord ces phénomènes dans le temps long de l’appropriation occidentale de l’altérité, avec une attention particulière portée au « black face » (des minstrels shows) qui, avec la notion de « ventriloquisme racial », sert souvent de métaphore à l’action des auteurs critiqués pour s’inspirer de la culture des « dominés ». On a fait l’hypothèse que les métaphores de ce type, dont on a traqué la présence tant dans la littérature que les arts visuels du XXe siècle, ont pu renforcer l’idée d’un lien spéculaire et quasiment organique entre le personnage et l’acteur qui l’incarne ou l’auteur qui l’a créé.

Puis on s’est intéressé aux arguments des artistes noirs et autochtones d’Amérique du Nord qui, au tournant des années 1990, se mobilisèrent contre les « appropriations culturelles ». Loin du radicalisme de l’opposition entre censure et liberté d’expression autour desquelles se cristallisent souvent les débats, leurs écrits présentent ouvertement l’usage (mesuré) de la notion d’« appropriation culturelle » comme une stratégie politique destinée à souligner les inégalités dans les mondes de l’art et de l’édition ; une stratégie provisoire, pensaient-ils, qui n’aurait plus lieu d’être le jour où les « dominés » pourraient enfin « parler » en leur propre nom au lieu de se voir toujours définis ou racontés par d’autres.

On a vu aussi que ces inégalités (en matière d’accès aux sources de financement et aux moyens de diffusion des œuvres) étaient particulièrement fortes dans certains domaines, dont la littérature pour les enfants et les adolescents, qui sont justement la cible actuelle de très nombreuses accusations d’ « appropriation culturelle ». En s’appuyant sur les travaux de différents auteurs (dont T. Morrison, P. Nel et E. Thomas), on a souligné les conséquences, aussi bien sur l’imaginaire des jeunes que dans la réalité du monde social, de la rareté des personnages non blancs et de ce qu’ils incarnent.

La discussion a aussi porté sur l’usage parfois abusif fait de la notion de « stéréotype culturel » dans les controverses relatives à certaines œuvres de fiction, ainsi que sur les limites du recours de plus en plus fréquent à des relecteurs (sensitivity readers) chargés de vérifier qu’une œuvre ne heurte pas la sensibilité de certaines communautés.

Publications

(cf. CR UE 343)

Dernière modification : 26 mai 2020 09:39

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Circulations Éthique Fiction Inégalités
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Brigitte Derlon [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

Le séminaire poursuivra l’examen des spécificités des controverses sur les « appropriations culturelles » qui se déploient dans différents domaines des arts. Après les arts picturaux et plastiques puis la musique traités les années précédentes, et sur lesquels on reviendra très brièvement, on s’intéressera désormais à la fiction : littérature, théâtre et cinéma.  Un romancier blanc peut-il créer des personnages de fiction noirs ? Une cinéaste peut-elle relater un épisode historique impliquant une communauté dont elle ne fait pas partie ? Un metteur en scène peut-il faire jouer des personnages autochtones par des acteurs qui ne le sont pas ? Entre la fin annoncée de la fiction et celle des cultures minoritaires, on examinera les arguments développés à ces propos dans les mondes académique et médiatique, ainsi que les enjeux (politiques, sociaux, culturels, éthiques, économiques) sous-jacents aux controverses en la matière.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – dossier de recherche, exposé ou fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Images, cultures visuelles, histoire de l'art – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – dossier de recherche, exposé ou fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

contacter Brigitte Derlon par courriel.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis
-
  • 105 bd Raspail
    Salle 7
    105 bd Raspail 75006 Paris
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 11:00-13:00
    du 18 février 2021 au 20 mai 2021

De tous les domaines de la création touchés par des accusations d’« appropriation culturelle », la fiction est celui qui a suscité les débat les plus vifs, car aux yeux de certains de leurs protagonistes, ce qu’elles remettent en cause n’est autre que le fondement même du fictionnel, et donc sa survie en tant que genre (d’où les textes « pour sa défense » écrits par L. Shriver et Z. Smith, par exemple). Dans cette perspective, demander aux romanciers, cinéastes et dramaturges de ne pas créer de personnages dont la couleur de peau ou la culture diffèrent des leurs équivaut à la mort de la fiction, qui consiste justement à s’approprier d’autres vies que la sienne. C’est aussi condamner ces auteurs à ne traiter que de leur propre monde et à s’enfermer ainsi dans un entre-soi peu propice à la compréhension de la différence.

Si depuis une dizaine d’années, on assiste à un regain d’intérêt pour les rapports entre fiction et morale ou politique dont témoignent à la fois l’actualité et les interrogations savantes portant, par exemple, sur la « vérité référentielle » de la littérature (H. Merlin-Kajman) ou sur l’opportunité ou pas de « dissocier l’œuvre de l’auteur » (G. Sapiro), le sujet qui nous occupe a ceci de particulier qu’une œuvre peut être moralement condamnée sans que son contenu idéologique, ni son degré supposé d’ « authenticité », ni les intentions ou la moralité de l’auteur ne soient contestés. L’œuvre est alors indissociable de l’identité biologique ou culturelle de l’auteur qui, à elle seule, l’entache.

On s’est efforcé de comprendre comment on en était arrivé à de tels positionnements, en réinscrivant d’abord ces phénomènes dans le temps long de l’appropriation occidentale de l’altérité, avec une attention particulière portée au « black face » (des minstrels shows) qui, avec la notion de « ventriloquisme racial », sert souvent de métaphore à l’action des auteurs critiqués pour s’inspirer de la culture des « dominés ». On a fait l’hypothèse que les métaphores de ce type, dont on a traqué la présence tant dans la littérature que les arts visuels du XXe siècle, ont pu renforcer l’idée d’un lien spéculaire et quasiment organique entre le personnage et l’acteur qui l’incarne ou l’auteur qui l’a créé.

Puis on s’est intéressé aux arguments des artistes noirs et autochtones d’Amérique du Nord qui, au tournant des années 1990, se mobilisèrent contre les « appropriations culturelles ». Loin du radicalisme de l’opposition entre censure et liberté d’expression autour desquelles se cristallisent souvent les débats, leurs écrits présentent ouvertement l’usage (mesuré) de la notion d’« appropriation culturelle » comme une stratégie politique destinée à souligner les inégalités dans les mondes de l’art et de l’édition ; une stratégie provisoire, pensaient-ils, qui n’aurait plus lieu d’être le jour où les « dominés » pourraient enfin « parler » en leur propre nom au lieu de se voir toujours définis ou racontés par d’autres.

On a vu aussi que ces inégalités (en matière d’accès aux sources de financement et aux moyens de diffusion des œuvres) étaient particulièrement fortes dans certains domaines, dont la littérature pour les enfants et les adolescents, qui sont justement la cible actuelle de très nombreuses accusations d’ « appropriation culturelle ». En s’appuyant sur les travaux de différents auteurs (dont T. Morrison, P. Nel et E. Thomas), on a souligné les conséquences, aussi bien sur l’imaginaire des jeunes que dans la réalité du monde social, de la rareté des personnages non blancs et de ce qu’ils incarnent.

La discussion a aussi porté sur l’usage parfois abusif fait de la notion de « stéréotype culturel » dans les controverses relatives à certaines œuvres de fiction, ainsi que sur les limites du recours de plus en plus fréquent à des relecteurs (sensitivity readers) chargés de vérifier qu’une œuvre ne heurte pas la sensibilité de certaines communautés.

Publications

(cf. CR UE 343)