UE343 - Les études sur les « appropriations culturelles »


Planning


  • 105 bd Raspail
    Salle 7
    105 bd Raspail 75006 Paris
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 11:00-13:00
    du 5 novembre 2020 au 4 février 2021


Description


Dernière modification : 26 mai 2020 09:36

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Arts Circulations Éthique Ethnicité Minorités Post-coloniales (études)
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Brigitte Derlon [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

La question des « appropriations culturelles », dont les réseaux sociaux et les médias donnent parfois une image caricaturale, a suscité une littérature académique importante au sein des sciences sociales. On se penchera d’abord sur la notion même d’« appropriation culturelle », le contexte historique et politique de son émergence, son absence de définition consensuelle, ainsi que ses différents champs d’application. Puis, en faisant une place de choix au domaine des arts, particulièrement concerné dans les débats, on montrera comment anthropologues, philosophes, spécialistes de la littérature ou encore du droit ont contribué à dessiner le champ des études sur les « appropriations culturelles » en échangeant des arguments sur l’opportunité ou pas de réguler certaines formes de circulation entre les « cultures ». 

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – dossier de recherche, exposé ou fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Images, cultures visuelles, histoire de l'art – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – dossier de recherche, exposé ou fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

contacter Brigitte Derlon par courriel.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis
-

Compte rendu


Au cours des dix dernières années, la notion d’ « appropriation culturelle » a connu une diffusion exponentielle dans les médias et sur les réseaux sociaux où son usage s’est étendu à toutes sortes de situations au point de risquer de lui faire perdre tout son sens. Entre une grille de lecture « décoloniale » et une critique de la « cancel culture », on observe aussi une forte polarisation des débats peu propice aux analyses rigoureuses et approfondies. De plus, les rares articles de fond sur la question parus dans la presse et issus d’entretiens donnés par des chercheurs – ou encore écrits par leurs soins – ne font presque jamais référence aux travaux académiques sur les « appropriations culturelles » qui restent largement méconnus en France.

Dans un premier temps, on s’est intéressé à ces travaux pour analyser les différentes définitions données de cette notion qui, dans son acception la plus fréquente, caractérise et condamne les emprunts faits par des groupes « dominants » à des groupes « dominés. Pour faire ressortir la singularité du regard porté sur les emprunts ainsi caractérisés, on s’est ensuite penché sur la manière dont les sciences sociales conceptualisent les types de transferts culturels opérant entre des groupes politiquement inégaux. On a fait la part belle à G. Tarde et à P. Bourdieu qui tenaient non pas l’imitation, mais son refus, pour un signe de xénophobie et d’affirmation de supériorité de classe, et mettaient plutôt en avant l’imitation des « supérieurs » par les « inférieurs » dans l’espoir de leur ressembler. A ce dernier modèle, on a opposé celui à l’œuvre dans des mouvements artistiques comme l’orientalisme et le primitivisme qui opéraient une distinction entre les arts, admirés et donc imités, et leurs producteurs, le plus souvent tenus pour inférieurs.

C’est justement sur la toile de fond de l’exploitation des pays colonisés et de l’esclavage des Africains sur le sol américain qu’émergera la critique de ces formes de circulation culturelle ; une critique dont on a décelé les prémisses dans les écrits des membres de la Renaissance de Harlem. Ainsi, dans les années 1930, Zora Neale Hurston opposait l’imitation créatrice de la culture blanche par les Noirs à l’imitation pâle et stérile de la culture noire par les Blancs. Dans les années 1960, on trouvera une conception similaire sous la plume d’Amiri Baraka qui, entre Blues People (1963) et The Music (1987), développera une pensée de plus en plus critique sur l’appropriation systématique de la musique et de la culture noires en général.

C’est à l’aube des années 1990 qu’apparaît la première occurrence de l’expression « appropriation culturelle » dans son sens critique et qu’éclate, au Canada, la première controverse médiatique en la matière, en lien avec la montée des mouvements de revendications des peuples autochtone et avec des changements majeurs de paradigmes dans les sciences sociales (postmodernisme, postcolonialisme, féminisme intersectionnel). Négligés par les études sur les « appropriations culturelles », les écrits des artistes qui s’impliquèrent dans cette controverse nourriront pourtant de manière significative les travaux académiques pionniers sur la question. 

La présentation proprement dite de ces travaux s’est faite en croisant approches disciplinaires et thématiques. Les premiers chercheurs qui investirent la question des « appropriations culturelles » furent des spécialistes du droit qui travaillèrent la notion de « bien culturel » en jeu dans les débats sur la restitution des collections muséales et soulignèrent l’inadéquation des lois internationales de la propriété intellectuelle pour protéger les patrimoines immatériels des peuples autochtones. Ils alimentèrent des débats d’une grande richesse argumentative auxquels participèrent aussi des anthropologues, lesquels, beaucoup plus divisés que leurs collègues, étaient souvent pris entre leur désir de protéger les groupes dits minoritaires et leur volonté d’éviter les conceptions essentialisantes des cultures et des identités. Les philosophes, relevant pour la plupart du champ de la philosophie morale et politique, se sont surtout demandés, eux, dans quelles conditions un emprunt culturel dans les domaines de l’art et de la musique était moralement condamnable ou pas. 

Publications
  • « Artefacts organiques et corps humains artefactuels dans les anciens rites du "cycle de vie" en Nouvelle-Irlande (Mélanésie) », dans M. Mauzé et P. Pitrou Reconfigurer le vivant (Cahiers d'anthropologie sociale 19), Paris, L'Herne, 2021, p. 141-158.

Dernière modification : 26 mai 2020 09:36

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie Arts Circulations Éthique Ethnicité Minorités Post-coloniales (études)
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Brigitte Derlon [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

La question des « appropriations culturelles », dont les réseaux sociaux et les médias donnent parfois une image caricaturale, a suscité une littérature académique importante au sein des sciences sociales. On se penchera d’abord sur la notion même d’« appropriation culturelle », le contexte historique et politique de son émergence, son absence de définition consensuelle, ainsi que ses différents champs d’application. Puis, en faisant une place de choix au domaine des arts, particulièrement concerné dans les débats, on montrera comment anthropologues, philosophes, spécialistes de la littérature ou encore du droit ont contribué à dessiner le champ des études sur les « appropriations culturelles » en échangeant des arguments sur l’opportunité ou pas de réguler certaines formes de circulation entre les « cultures ». 

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – dossier de recherche, exposé ou fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Images, cultures visuelles, histoire de l'art – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – dossier de recherche, exposé ou fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

contacter Brigitte Derlon par courriel.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis
-
  • 105 bd Raspail
    Salle 7
    105 bd Raspail 75006 Paris
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 11:00-13:00
    du 5 novembre 2020 au 4 février 2021

Au cours des dix dernières années, la notion d’ « appropriation culturelle » a connu une diffusion exponentielle dans les médias et sur les réseaux sociaux où son usage s’est étendu à toutes sortes de situations au point de risquer de lui faire perdre tout son sens. Entre une grille de lecture « décoloniale » et une critique de la « cancel culture », on observe aussi une forte polarisation des débats peu propice aux analyses rigoureuses et approfondies. De plus, les rares articles de fond sur la question parus dans la presse et issus d’entretiens donnés par des chercheurs – ou encore écrits par leurs soins – ne font presque jamais référence aux travaux académiques sur les « appropriations culturelles » qui restent largement méconnus en France.

Dans un premier temps, on s’est intéressé à ces travaux pour analyser les différentes définitions données de cette notion qui, dans son acception la plus fréquente, caractérise et condamne les emprunts faits par des groupes « dominants » à des groupes « dominés. Pour faire ressortir la singularité du regard porté sur les emprunts ainsi caractérisés, on s’est ensuite penché sur la manière dont les sciences sociales conceptualisent les types de transferts culturels opérant entre des groupes politiquement inégaux. On a fait la part belle à G. Tarde et à P. Bourdieu qui tenaient non pas l’imitation, mais son refus, pour un signe de xénophobie et d’affirmation de supériorité de classe, et mettaient plutôt en avant l’imitation des « supérieurs » par les « inférieurs » dans l’espoir de leur ressembler. A ce dernier modèle, on a opposé celui à l’œuvre dans des mouvements artistiques comme l’orientalisme et le primitivisme qui opéraient une distinction entre les arts, admirés et donc imités, et leurs producteurs, le plus souvent tenus pour inférieurs.

C’est justement sur la toile de fond de l’exploitation des pays colonisés et de l’esclavage des Africains sur le sol américain qu’émergera la critique de ces formes de circulation culturelle ; une critique dont on a décelé les prémisses dans les écrits des membres de la Renaissance de Harlem. Ainsi, dans les années 1930, Zora Neale Hurston opposait l’imitation créatrice de la culture blanche par les Noirs à l’imitation pâle et stérile de la culture noire par les Blancs. Dans les années 1960, on trouvera une conception similaire sous la plume d’Amiri Baraka qui, entre Blues People (1963) et The Music (1987), développera une pensée de plus en plus critique sur l’appropriation systématique de la musique et de la culture noires en général.

C’est à l’aube des années 1990 qu’apparaît la première occurrence de l’expression « appropriation culturelle » dans son sens critique et qu’éclate, au Canada, la première controverse médiatique en la matière, en lien avec la montée des mouvements de revendications des peuples autochtone et avec des changements majeurs de paradigmes dans les sciences sociales (postmodernisme, postcolonialisme, féminisme intersectionnel). Négligés par les études sur les « appropriations culturelles », les écrits des artistes qui s’impliquèrent dans cette controverse nourriront pourtant de manière significative les travaux académiques pionniers sur la question. 

La présentation proprement dite de ces travaux s’est faite en croisant approches disciplinaires et thématiques. Les premiers chercheurs qui investirent la question des « appropriations culturelles » furent des spécialistes du droit qui travaillèrent la notion de « bien culturel » en jeu dans les débats sur la restitution des collections muséales et soulignèrent l’inadéquation des lois internationales de la propriété intellectuelle pour protéger les patrimoines immatériels des peuples autochtones. Ils alimentèrent des débats d’une grande richesse argumentative auxquels participèrent aussi des anthropologues, lesquels, beaucoup plus divisés que leurs collègues, étaient souvent pris entre leur désir de protéger les groupes dits minoritaires et leur volonté d’éviter les conceptions essentialisantes des cultures et des identités. Les philosophes, relevant pour la plupart du champ de la philosophie morale et politique, se sont surtout demandés, eux, dans quelles conditions un emprunt culturel dans les domaines de l’art et de la musique était moralement condamnable ou pas. 

Publications
  • « Artefacts organiques et corps humains artefactuels dans les anciens rites du "cycle de vie" en Nouvelle-Irlande (Mélanésie) », dans M. Mauzé et P. Pitrou Reconfigurer le vivant (Cahiers d'anthropologie sociale 19), Paris, L'Herne, 2021, p. 141-158.