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UE295 - Pétrarque ou l’écriture d’une vie. Création littéraire et espace social au XIVe siècle


Lieu et planning


  • 105 bd Raspail
    Salle 4
    105 bd Raspail 75006 Paris
    annuel / bimensuel (2e/4e), mercredi 15:00-17:00
    du 25 novembre 2020 au 23 juin 2021


Description


Dernière modification : 31 octobre 2020 08:32

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Histoire
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie historique Culture Écriture Esthétique Histoire culturelle Littérature Moyen Âge/Histoire médiévale
Aires culturelles
Europe
Intervenant·e·s
  • Étienne Anheim [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Centre de recherches historiques (CRH)

Ce séminaire de recherche, ouvert aux étudiantes et aux étudiants du master au post-doctorat ainsi qu’à toutes les chercheuses et tous les chercheurs intéressé.e.s, sera consacré au poète et humaniste italien Pétrarque (1304-1374). En prenant comme fil conducteur sa monumentale correspondance, dont la réécriture ordonnée, destinée à composer un vaste recueil autobiographique, commence en 1348, avec la grande peste, on tentera de réfléchir aux conditions matérielles du travail intellectuel et littéraire au XIVe siècle. Ses choix d’écriture s’articulent étroitement à une trajectoire sociale qui le mène de la cour des papes d’Avignon aux seigneurs de Milan et de Padoue. Le séminaire sera donc l’occasion de réfléchir à la signification sociologique, politique et esthétique de ce parcours emblématique de l’humanisme naissant dans l’Europe de la fin du Moyen Âge.

25 novembre 2020 : Pétrarque, création littéraire et espace social au XIVe siècle. Introduction

9 décembre 2020 : Le choix de l’Italie (1349-1353), première partie

13 janvier 2021 : Le choix de l’Italie (1349-1353), deuxième partie

27 janvier 2021 : Clémence Revest (CNRS – Centre Roland Mousnier), « La promotion et la diffusion de l’identité humaniste, dans les pas de Pétrarque. Autour de plusieurs publications récentes ».

  • D. Crouzet, É. Crouzet-Pavan, Ph. Desan et C. Revest (dir.), L’humanisme à l’épreuve de l’Europe XVe-XVIe siècles. Histoire d’une transmutation culturelle, Ceyzérieu, Champ Vallon (coll. « Époques »), 2019.
  • C. Revest (dir.), Discours académiques. L’éloquence solennelle à l’université entre scolastique et humanisme, Paris, Classiques Garnier (coll. « Rencontres »), 2020.
  • D. Crouzet, É. Crouzet-Pavan, L. Petris et C. Revest (dir.), L’Humanisme au pouvoir ? Figures de chanceliers dans l'Europe de la Renaissance, Paris, Classiques Garnier (coll. « Rencontres »), 2020.
  • C. Caby et C. Revest (dir.), Les parcours de l’humanisme. Mobilités professionnelles et expansion culturelle à la Renaissance, Dossier thématique de Diasporas. Circulations, migrations, histoire, 35, 2020.

10 février 2021 : Milan et la seigneurie des Visconti (1353-1361), première partie

10 mars 2021 : Milan et la seigneurie des Visconti (1353-1361), deuxième partie

24 mars 2021 : Chiara Franceschini (Université de Munich), « Visual Conceptio : Giorgio Vasari Visualizing Theology in Early Modern Tuscany » (sous reserve)

14 avril 2021 : Entre Venise et Padoue (1362-1368), première partie

12 mai 2021 : Entre Venise et Padoue (1362-1368), deuxième partie

26 mai 2021 : Entre Padoue et Arquà (1368-1374), première partie

9 juin 2021 : Samantha Kelly (Rutgers University), « La trace de l’Ethiopie dans la Renaissance et la Réforme : contributions culturelles »

23 juin 2021 : Entre Padoue et Arquà (1368-1374), deuxième partie


Master


  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Littératures – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

En période de confinement, le séminaire aura lieu en visioconférence dans la salle virtuelle : https://webinaire.ehess.fr/b/anh-9px-akt

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous pris par courriel.

Réception des candidats

idem.

Pré-requis
-

Compte rendu


Le séminaire a poursuivi la réflexion entamée l’année précédente sur la trajectoire biographique et intellectuelle de Francesco Petrarca (1304-1374). Cette approche biographique visait à confronter la sociologie historique à la question du littéraire chez Pétrarque – qui est un des premiers auteurs à la poser dans des termes voisins de notre catégorie de « littérature », même si les limites de l’historicisation de cette question ont largement retenu notre attention. Son œuvre littéraire et sa trajectoire historique se superposent à un point peut-être unique, dans la mesure où sa biographie, telle que nous la connaissons, n’est à peu près rien d’autre que son autobiographie, telle qu’il l’a menée d’œuvre en œuvre. En repartant d’une perspective historiographie, nourrie de la lecture d’Ugo Dotti et d’Enrico Fenzi, qui rappelle que « Pétrarque est une invention de Pétrarque », nous avons cherché, de séance en séance, à articuler une pratique d’écriture à un horizon social, c’est-à-dire à explorer les conditions historiques de possibilité de la position intellectuelle et littéraire de Pétrarque dans le monde du XIVe siècle.

On a cherché à saisir Pétrarque comme un personnage historique, mais aussi comme un personnage de fiction, à mesurer l’écart entre lui et son double littéraire, même s’il est construit sur un autre pacte narratif que les autobiographies traditionnelles, en particulier à cause du genre épistolaire qui est au cœur de son travail. En prenant comme fil conducteur sa monumentale correspondance, dont la réécriture ordonnée est destinée à composer un vaste recueil autobiographique, l’objectif était de restituer la signification de ce parcours emblématique de l’humanisme naissant dans l’Europe de la fin du Moyen Âge. Chaque séance a reposé sur l’analyse commentée de quelques lettres essentielles, parfois accompagnées d’autres œuvres littéraires, les textes étant adressés à l’avance, en version latine et en traduction, à l’ensemble des participant·e·s au séminaire – deux séances ayant été animées par Clémence Revest (CNRS) et consacrées à l’humanisme du XVe siècle et à ses liens avec Pétrarque.

Le projet a donc été de continuer à lire Pétrarque avec lui et contre lui. L’an passé, on s’était interrogé sur sa jeunesse avignonnaise, sa formation intellectuelle, sa famille, sa position sociale, son entrée au service des Colonna, sur quelques épisodes célèbres, ascension du Mont Ventoux en 1336, couronnement en 1341, puis sa position entre Avignon et l’Italie, qui est aussi située entre la papauté et l’Église, d’un côté, et une Italie des communes et des seigneuries de l’autre, avec un déplacement de l’une vers l’autre.

En insistant sur cette tension, on a essayé cette année de décrire son ambition sociale d’une nouvelle forme d’otium appuyée sur l’institution ecclésiale et curiale, Pétrarque inaugurant la figure moderne de l’intellectuel comme clerc – c’est-à-dire d’un processus de « conversion moderne de la culture cléricale », comme on a pu parler de « conversion chrétienne de la culture antique ». Dans ce processus, les années 1347-1348 ont joué un rôle central dans notre travail : ce sont les années de l’échec de Cola di Rienzo, de la grande peste et du début du projet littéraire de la Correspondance, donc un tournant dans la vie sociale et littérature de Pétrarque. Le choix de s’installer à Milan à partir de 1353, en privilégiant les Visconti plutôt que la commune de Florence, a ensuite été l’occasion d’une réflexion transversale sur la question du politique chez Pétrarque, qu’on a poursuivie lors de son passage à Venise et à Padoue, jusqu’à sa mort à Arquà. S’est progressivement esquissé un tableau de l’humanisme littéraire et politique sensiblement différent de la tradition historiographique, ce qui permit de s’interroger à nouveaux frais sur la question de la professionnalisation de Pétrarque, comme auteur et comme courtisan, et sur son rapport à la temporalité et à la postérité. La réflexivité de Pétrarque nous a semblé en conclusion pouvoir être placée en regard de l’idée de « révolution symbolique », et éclairée par des allers-retours avec la tradition littéraire (Commynes, Machiavel, Rousseau, Chateaubriand, Camus) et théorique (Marx, Freud, Bourdieu, Foucault).

Publications
  • Archives. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 74/3-4, 2019 [paru à l’automne 2020].
  • Avec Patrick Boucheron, L’artiste engagé. De Dante à Rubens (1300-1640), Paris, Éditions de la Sorbonne/École française de Rome, 2020, 376 p.
  • Avec Laurent Feller, Madeleine Jeay et Giuliano Milani, Le pouvoir des listes au Moyen Âge (2). Listes d’objets/listes de personnes, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020, 320 p.
  • Avec Livia Foraison, L’édition en sciences humaines et sociales. Enjeux et défis, Paris, Éditions de l’EHESS, 2020, 397 p.
  • Norbert Elias, Moyen Âge et procès de civilisation, Paris, Éditions de l’EHESS, 2021, texte présenté par Étienne Anheim, « Le Moyen Âge oublié de Norbert Elias », p. 7-41.
  • Avec Manon Castelle, Philippe Dillmann, E. Vega, Clément Blanc-Riehl, Ambre Vilain et Pierre Chastang, « Seal the deal : An extensive study of European historical copper-based seal matrices using a multimodal protocol », Journal of Archaeological Science, 113, 2020, 10.1016/j.jas.2019.105061.
  • « The Consumption of Italian Paintings in Avignon during the 14th Century », Art et économie en France et en Italie au XIVe s. Études de Lettres, 314, 2020, p. 21-37.
  • [version française, « La consommation de peinture italienne en Provence au XIVe siècle », Una nuova cultura del consume. Paradigma italiano ed esperienze europee nel tardo medievo, Viella, Rome, 2021, p. 213-223].
  • « La voix au Moyen Âge. Introduction », La voix au Moyen Âge, 50e Congrès de la SHMESP, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020, p. 11-31.
  • Avec Dominique Vingtain, « Les fresques de la chapelle Saint-Martial (Palais des papes d’Avignon). Techniques picturales et mise en scène du pouvoir pontifical au milieu du XIVe siècle », dans Imago Papae. Le pape en image du Moyen Âge à l’époque contemporaine, sous la dir. de Claudia D’Alberto, Rome, Campisano Editore, 2020.
  • « Experts et expertise en Europe (XVe-XIXe s.). Histoire d’une théorie de la pratique », dans Les experts avant l’expertise. Une généalogie du conseil et du recours à l’expérience, sous la dir. de J. Castiglione et D. D’Errico, Paris, Classiques Garnier, p. 191-206.
  • Avec P. Boucheron, « L’artiste engagé. Une figure en perspective », dans L’artiste engagé. De Dante à Rubens, op. cit., p. 9-19.
  • Avec L. Foraison, « L’édition en sciences humaines et sociales, un bien commun », dans L’édition en sciences humaines et sociales. Enjeux et défis, op. cit., 17-22.
  • Avec L. Feller, M. Jeay et G. Milani, « Listes d’objets et de personnes », dans Le pouvoir des listes au Moyen Âge II. Listes d’objets/listes de personnes, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020, p. 5-18.
  • Avec Valérie Theis, « L’histoire, la science et la cité », dans Mondes profanes. Enseignement, fiction et histoire, sous la dir. de M.-A. Ethier, D. Lefrançois et A. Joly-Lavoie, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, p. 28-36.
  • « Découper le temps », dans Initiation aux études historiques, sous la dir. de R.-M. Bérard, B. Girault et C. Rideau-Kikuchi, Paris, Nouveau Monde/Numérique Premium, 2020, p. 157-171.
  • « Histoire et sciences sociales », dans Initiation aux études historiques, op. cit., p. 327-342.
  • Avec Philippe Bernardi, Valérie Theis et Dominique Vingtain, « Voir et comprendre le Palais des Papes : l’HistoPad », dans Scénographies numériques du patrimoine, sous la dir. de J. Deramond, J. de Bideran et P. Fraysse, Avignon, Éditions universitaires d’Avignon, 2020, p. 35-66.

Dernière modification : 31 octobre 2020 08:32

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Histoire
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie historique Culture Écriture Esthétique Histoire culturelle Littérature Moyen Âge/Histoire médiévale
Aires culturelles
Europe
Intervenant·e·s
  • Étienne Anheim [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Centre de recherches historiques (CRH)

Ce séminaire de recherche, ouvert aux étudiantes et aux étudiants du master au post-doctorat ainsi qu’à toutes les chercheuses et tous les chercheurs intéressé.e.s, sera consacré au poète et humaniste italien Pétrarque (1304-1374). En prenant comme fil conducteur sa monumentale correspondance, dont la réécriture ordonnée, destinée à composer un vaste recueil autobiographique, commence en 1348, avec la grande peste, on tentera de réfléchir aux conditions matérielles du travail intellectuel et littéraire au XIVe siècle. Ses choix d’écriture s’articulent étroitement à une trajectoire sociale qui le mène de la cour des papes d’Avignon aux seigneurs de Milan et de Padoue. Le séminaire sera donc l’occasion de réfléchir à la signification sociologique, politique et esthétique de ce parcours emblématique de l’humanisme naissant dans l’Europe de la fin du Moyen Âge.

25 novembre 2020 : Pétrarque, création littéraire et espace social au XIVe siècle. Introduction

9 décembre 2020 : Le choix de l’Italie (1349-1353), première partie

13 janvier 2021 : Le choix de l’Italie (1349-1353), deuxième partie

27 janvier 2021 : Clémence Revest (CNRS – Centre Roland Mousnier), « La promotion et la diffusion de l’identité humaniste, dans les pas de Pétrarque. Autour de plusieurs publications récentes ».

  • D. Crouzet, É. Crouzet-Pavan, Ph. Desan et C. Revest (dir.), L’humanisme à l’épreuve de l’Europe XVe-XVIe siècles. Histoire d’une transmutation culturelle, Ceyzérieu, Champ Vallon (coll. « Époques »), 2019.
  • C. Revest (dir.), Discours académiques. L’éloquence solennelle à l’université entre scolastique et humanisme, Paris, Classiques Garnier (coll. « Rencontres »), 2020.
  • D. Crouzet, É. Crouzet-Pavan, L. Petris et C. Revest (dir.), L’Humanisme au pouvoir ? Figures de chanceliers dans l'Europe de la Renaissance, Paris, Classiques Garnier (coll. « Rencontres »), 2020.
  • C. Caby et C. Revest (dir.), Les parcours de l’humanisme. Mobilités professionnelles et expansion culturelle à la Renaissance, Dossier thématique de Diasporas. Circulations, migrations, histoire, 35, 2020.

10 février 2021 : Milan et la seigneurie des Visconti (1353-1361), première partie

10 mars 2021 : Milan et la seigneurie des Visconti (1353-1361), deuxième partie

24 mars 2021 : Chiara Franceschini (Université de Munich), « Visual Conceptio : Giorgio Vasari Visualizing Theology in Early Modern Tuscany » (sous reserve)

14 avril 2021 : Entre Venise et Padoue (1362-1368), première partie

12 mai 2021 : Entre Venise et Padoue (1362-1368), deuxième partie

26 mai 2021 : Entre Padoue et Arquà (1368-1374), première partie

9 juin 2021 : Samantha Kelly (Rutgers University), « La trace de l’Ethiopie dans la Renaissance et la Réforme : contributions culturelles »

23 juin 2021 : Entre Padoue et Arquà (1368-1374), deuxième partie

  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Littératures – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

En période de confinement, le séminaire aura lieu en visioconférence dans la salle virtuelle : https://webinaire.ehess.fr/b/anh-9px-akt

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous pris par courriel.

Réception des candidats

idem.

Pré-requis
-
  • 105 bd Raspail
    Salle 4
    105 bd Raspail 75006 Paris
    annuel / bimensuel (2e/4e), mercredi 15:00-17:00
    du 25 novembre 2020 au 23 juin 2021

Le séminaire a poursuivi la réflexion entamée l’année précédente sur la trajectoire biographique et intellectuelle de Francesco Petrarca (1304-1374). Cette approche biographique visait à confronter la sociologie historique à la question du littéraire chez Pétrarque – qui est un des premiers auteurs à la poser dans des termes voisins de notre catégorie de « littérature », même si les limites de l’historicisation de cette question ont largement retenu notre attention. Son œuvre littéraire et sa trajectoire historique se superposent à un point peut-être unique, dans la mesure où sa biographie, telle que nous la connaissons, n’est à peu près rien d’autre que son autobiographie, telle qu’il l’a menée d’œuvre en œuvre. En repartant d’une perspective historiographie, nourrie de la lecture d’Ugo Dotti et d’Enrico Fenzi, qui rappelle que « Pétrarque est une invention de Pétrarque », nous avons cherché, de séance en séance, à articuler une pratique d’écriture à un horizon social, c’est-à-dire à explorer les conditions historiques de possibilité de la position intellectuelle et littéraire de Pétrarque dans le monde du XIVe siècle.

On a cherché à saisir Pétrarque comme un personnage historique, mais aussi comme un personnage de fiction, à mesurer l’écart entre lui et son double littéraire, même s’il est construit sur un autre pacte narratif que les autobiographies traditionnelles, en particulier à cause du genre épistolaire qui est au cœur de son travail. En prenant comme fil conducteur sa monumentale correspondance, dont la réécriture ordonnée est destinée à composer un vaste recueil autobiographique, l’objectif était de restituer la signification de ce parcours emblématique de l’humanisme naissant dans l’Europe de la fin du Moyen Âge. Chaque séance a reposé sur l’analyse commentée de quelques lettres essentielles, parfois accompagnées d’autres œuvres littéraires, les textes étant adressés à l’avance, en version latine et en traduction, à l’ensemble des participant·e·s au séminaire – deux séances ayant été animées par Clémence Revest (CNRS) et consacrées à l’humanisme du XVe siècle et à ses liens avec Pétrarque.

Le projet a donc été de continuer à lire Pétrarque avec lui et contre lui. L’an passé, on s’était interrogé sur sa jeunesse avignonnaise, sa formation intellectuelle, sa famille, sa position sociale, son entrée au service des Colonna, sur quelques épisodes célèbres, ascension du Mont Ventoux en 1336, couronnement en 1341, puis sa position entre Avignon et l’Italie, qui est aussi située entre la papauté et l’Église, d’un côté, et une Italie des communes et des seigneuries de l’autre, avec un déplacement de l’une vers l’autre.

En insistant sur cette tension, on a essayé cette année de décrire son ambition sociale d’une nouvelle forme d’otium appuyée sur l’institution ecclésiale et curiale, Pétrarque inaugurant la figure moderne de l’intellectuel comme clerc – c’est-à-dire d’un processus de « conversion moderne de la culture cléricale », comme on a pu parler de « conversion chrétienne de la culture antique ». Dans ce processus, les années 1347-1348 ont joué un rôle central dans notre travail : ce sont les années de l’échec de Cola di Rienzo, de la grande peste et du début du projet littéraire de la Correspondance, donc un tournant dans la vie sociale et littérature de Pétrarque. Le choix de s’installer à Milan à partir de 1353, en privilégiant les Visconti plutôt que la commune de Florence, a ensuite été l’occasion d’une réflexion transversale sur la question du politique chez Pétrarque, qu’on a poursuivie lors de son passage à Venise et à Padoue, jusqu’à sa mort à Arquà. S’est progressivement esquissé un tableau de l’humanisme littéraire et politique sensiblement différent de la tradition historiographique, ce qui permit de s’interroger à nouveaux frais sur la question de la professionnalisation de Pétrarque, comme auteur et comme courtisan, et sur son rapport à la temporalité et à la postérité. La réflexivité de Pétrarque nous a semblé en conclusion pouvoir être placée en regard de l’idée de « révolution symbolique », et éclairée par des allers-retours avec la tradition littéraire (Commynes, Machiavel, Rousseau, Chateaubriand, Camus) et théorique (Marx, Freud, Bourdieu, Foucault).

Publications
  • Archives. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 74/3-4, 2019 [paru à l’automne 2020].
  • Avec Patrick Boucheron, L’artiste engagé. De Dante à Rubens (1300-1640), Paris, Éditions de la Sorbonne/École française de Rome, 2020, 376 p.
  • Avec Laurent Feller, Madeleine Jeay et Giuliano Milani, Le pouvoir des listes au Moyen Âge (2). Listes d’objets/listes de personnes, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020, 320 p.
  • Avec Livia Foraison, L’édition en sciences humaines et sociales. Enjeux et défis, Paris, Éditions de l’EHESS, 2020, 397 p.
  • Norbert Elias, Moyen Âge et procès de civilisation, Paris, Éditions de l’EHESS, 2021, texte présenté par Étienne Anheim, « Le Moyen Âge oublié de Norbert Elias », p. 7-41.
  • Avec Manon Castelle, Philippe Dillmann, E. Vega, Clément Blanc-Riehl, Ambre Vilain et Pierre Chastang, « Seal the deal : An extensive study of European historical copper-based seal matrices using a multimodal protocol », Journal of Archaeological Science, 113, 2020, 10.1016/j.jas.2019.105061.
  • « The Consumption of Italian Paintings in Avignon during the 14th Century », Art et économie en France et en Italie au XIVe s. Études de Lettres, 314, 2020, p. 21-37.
  • [version française, « La consommation de peinture italienne en Provence au XIVe siècle », Una nuova cultura del consume. Paradigma italiano ed esperienze europee nel tardo medievo, Viella, Rome, 2021, p. 213-223].
  • « La voix au Moyen Âge. Introduction », La voix au Moyen Âge, 50e Congrès de la SHMESP, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020, p. 11-31.
  • Avec Dominique Vingtain, « Les fresques de la chapelle Saint-Martial (Palais des papes d’Avignon). Techniques picturales et mise en scène du pouvoir pontifical au milieu du XIVe siècle », dans Imago Papae. Le pape en image du Moyen Âge à l’époque contemporaine, sous la dir. de Claudia D’Alberto, Rome, Campisano Editore, 2020.
  • « Experts et expertise en Europe (XVe-XIXe s.). Histoire d’une théorie de la pratique », dans Les experts avant l’expertise. Une généalogie du conseil et du recours à l’expérience, sous la dir. de J. Castiglione et D. D’Errico, Paris, Classiques Garnier, p. 191-206.
  • Avec P. Boucheron, « L’artiste engagé. Une figure en perspective », dans L’artiste engagé. De Dante à Rubens, op. cit., p. 9-19.
  • Avec L. Foraison, « L’édition en sciences humaines et sociales, un bien commun », dans L’édition en sciences humaines et sociales. Enjeux et défis, op. cit., 17-22.
  • Avec L. Feller, M. Jeay et G. Milani, « Listes d’objets et de personnes », dans Le pouvoir des listes au Moyen Âge II. Listes d’objets/listes de personnes, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020, p. 5-18.
  • Avec Valérie Theis, « L’histoire, la science et la cité », dans Mondes profanes. Enseignement, fiction et histoire, sous la dir. de M.-A. Ethier, D. Lefrançois et A. Joly-Lavoie, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, p. 28-36.
  • « Découper le temps », dans Initiation aux études historiques, sous la dir. de R.-M. Bérard, B. Girault et C. Rideau-Kikuchi, Paris, Nouveau Monde/Numérique Premium, 2020, p. 157-171.
  • « Histoire et sciences sociales », dans Initiation aux études historiques, op. cit., p. 327-342.
  • Avec Philippe Bernardi, Valérie Theis et Dominique Vingtain, « Voir et comprendre le Palais des Papes : l’HistoPad », dans Scénographies numériques du patrimoine, sous la dir. de J. Deramond, J. de Bideran et P. Fraysse, Avignon, Éditions universitaires d’Avignon, 2020, p. 35-66.