UE285 - Linguistique et histoire. Agir avec les mots


Planning


  • 105 bd Raspail
    Salle 13
    105 bd Raspail 75006 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, vendredi 13:00-15:00
    du 5 mars 2021 au 11 juin 2021


Description


Dernière modification : 16 juillet 2020 09:15

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Histoire, Linguistique, sémantique
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Action Analyse de discours Écriture Histoire Linguistique Littérature Politique Pragmatique Pratiques Témoignage Textes
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Marion Carel [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL)
  • Dinah Ribard   directrice d'études, EHESS / Groupe de recherches interdisciplinaires sur l'histoire du littéraire (CRH-GRIHL)

Ce séminaire met en commun des objets qui concernent à la fois l’histoire et la linguistique : des énoncés produits dans le passé, c’est-à-dire écrits; des actions menées avec ces énoncés ; des situations, sociales ou politiques, des événements dans lesquels ils sont intervenus. Dans quelle mesure l’écrit influe-t-il sur l'activité langagière ? Que peut nous apprendre, d’un point de vue linguistique et d’un point de vue historique, la prise en compte de l’acte de dire quelque chose par écrit ? Qu'est-ce qu'énoncer ? Qu’est-ce que chanter ? Qu’est-ce que le style, la poésie, la prose ? On étudiera dans ce sens, cette année, un ensemble d’écrits d’ouvriers du XIXe siècle : chansons, poèmes, lettres, textes politiques.  

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Linguistique et écrit – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, analyse d'un cas ou d'un objet
  • Séminaires de recherche – Philosophie du langage et de l'esprit – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – analyse d'un cas ou d'un objet, fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – analyse d'un cas ou d'un objet, fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – analyse d'un cas ou d'un objet, fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Études politiques – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, analyse d'un cas ou d'un objet

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis
-

Compte rendu


Le séminaire a porté sur l’événement de presse qu’a constitué, en 1841, le suicide d’un ouvrier qui avait publié un livre sur la condition ouvrière et l’organisation du travail, Adolphe Boyer. Ce suicide a en effet fait l’actualité pendant un moment. Il a été très commenté, très discuté, très écrit, bien au-delà de la presse progressiste ; rapidement, on parle moins d’Adolphe Boyer que de l’acte de se suicider (généralement condamné), moins de Boyer que de la question du suicide et ainsi, finalement, moins de Boyer et de son suicide que de ce qui s’est écrit sur eux dans les autres journaux. 

 Le séminaire a porté plus particulièrement, à l’intérieur de cet événement, sur la publication de la dernière lettre de Boyer dans l’article « Mort de Boyer » du numéro d’octobre 184 de La Ruche populaire, un journal ouvrier saint-simonien. 

Qu’est-ce que parler en mourant ? L’étude de la lettre elle-même a conduit à distinguer pratique discursive et action en disant. On peut en effet reconnaître dans la lettre de Boyer un type de discours, utilisant des formules comme je meurs avec la conviction de et associant un style que nous avons qualifié d’interactif (Il faut tout de suite un Hôtel royal pour les invalides industriels) à un style que nous avons appelé oratoire (Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal). Il existerait une pratique discursive de la dernière lettre, dont on retrouve par exemple les caractères dans la dernière lettre de Manouchian à sa femme qui mêle Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes ecris qui valent d’être lus et Bonheur ! à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la liberté et de la Paix de demain. Cependant, c’est là le point important, cette pratique ne détermine pas l’action en disant entreprise. Boyer a ainsi également écrit à un de ses protecteurs, Isaac Pereire, une autre dernière lettre (elle-même publiée un peu plus tard dans un autre journal) commençant, comme celle publiée dans La Ruche populaire, par la formule De ma propre main, avant de mourir, mais constituant cette fois une demande financière. La pratique discursive choisie ne définit pas l’action entreprise.

Qu’est-ce que la lettre de Boyer a permis de faire ? Insérée dans un article de La Ruche populaire, elle a d’abord soutenu des actions de l’auteur de l’article lui-même, Vannostal, mais elle a aussi permis, en lui donnant la parole, d’achever l’action entreprise par Boyer au moment où il écrivait la lettre : prendre part en tant qu’auteur au débat public sur les prud’hommes. En effet, certaines insertions hétérogènes de la parole d’un autre dans son propre discours ont pour rôle de seulement représenter la parole de l’autre et l’action qu’elle a constituée. Ainsi, en insérant la lettre de Manouchian, dans une forme poétisée, à l’intérieur de « Strophes pour se souvenir », Aragon racontait l’action en mourant des 23 de l’Affiche Rouge. Mais là n’est pas ce que fait Vannostal, qui ne raconte pas la mort de Boyer mais reproduit la lettre sous le titre « lettre d’Adolphe Boyer » pour la faire entendre, pour que les mots de Boyer deviennent parole publique. Nous avons fait l’hypothèse, étayée par l’analyse de la signature (« Boyer » et non « Adolphe Boyer ») qui place cette lettre parmi les textes publics de Boyer, ainsi que par l’étude des autres actions de Boyer en 1841, que Boyer cherchait à rendre public ce texte. L’article de Vannostal a achevé ce projet. 

Publications

Marion Carel

  • « Dire digressif et digression dite », dans Se ré-orienter dans la pensée. Femmes, philosophie et arts, autour de Michèle Le Doeuff, sous la dir. de J.-L. Jeannelle et A. Lasserre,Presses Universitaires de Rennes, 2020, p. 39-49.
  • Dans Cours de Sémantique Argumentative, sous la dir. de 2021. L. Behe, M. Carel, C. Denuc et J. C. Machado, Pedro e João editores, Brésil. Rédaction des chapitres, 2021 : « Préface : la sémantique argumentative », p. 11-19 ; « Les quasi-blocs », p. 125-134 ; « La présupposition dans la TBS », p. 163-174 ; « L’énonciation linguistique : fonctions textuelles, modes énonciatifs, et argumentations énonciatives », p. 349-371.
  • « Énonciation, argumentation et sens », entretien avec Lauro Gomes, Conexão Letras, Porto Alegre, vol. 16, n° 25, 2021, p. 245-259

Dinah Ribard

  • « Écriture. La ressemblance entre textes comme objet d’histoire » dans  De la contagion, sous la dir. de Béatrice Delaurenti et Thomas Le Roux, Paris, Vendémiaire, 2020, p. 117-123.
  • Traduction anglaise «Writing. Textual Resemblance as a Historical Object» dans Cultures of Contagion, sous la dir. de Béatrice Delaurenti et Thomas Le Roux, Cambridge (Mass.)/London, The MIT Press, 2021, p. 321-326.
  • « Poète ouvrier, poète inspiré. Les Chevilles de Maître Adam, Menuisier de Nevers », Littératures classiques, 2020/2, n° 102, p. 105-117
  • « Professions de foi ouvrières », Fabula / Les colloques, 1848 et la littérature, 2021, http://www.fabula.org/colloques/document7048.php
  • « Experts, fous, escrocs. Comprendre la politique au temps de Louis XIV » dans Parole d’experts. Une histoire sociale du politique (XVIe-XVIIIe siècle), sous la dir. de Marion Brétéché et Héloïse Hermant, Rennes, PUR, 2021, p. 201-214.

Dernière modification : 16 juillet 2020 09:15

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Histoire, Linguistique, sémantique
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Action Analyse de discours Écriture Histoire Linguistique Littérature Politique Pragmatique Pratiques Témoignage Textes
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Marion Carel [référent·e]   directrice d'études, EHESS / Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL)
  • Dinah Ribard   directrice d'études, EHESS / Groupe de recherches interdisciplinaires sur l'histoire du littéraire (CRH-GRIHL)

Ce séminaire met en commun des objets qui concernent à la fois l’histoire et la linguistique : des énoncés produits dans le passé, c’est-à-dire écrits; des actions menées avec ces énoncés ; des situations, sociales ou politiques, des événements dans lesquels ils sont intervenus. Dans quelle mesure l’écrit influe-t-il sur l'activité langagière ? Que peut nous apprendre, d’un point de vue linguistique et d’un point de vue historique, la prise en compte de l’acte de dire quelque chose par écrit ? Qu'est-ce qu'énoncer ? Qu’est-ce que chanter ? Qu’est-ce que le style, la poésie, la prose ? On étudiera dans ce sens, cette année, un ensemble d’écrits d’ouvriers du XIXe siècle : chansons, poèmes, lettres, textes politiques.  

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Arts, littératures et langages-Linguistique et écrit – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, analyse d'un cas ou d'un objet
  • Séminaires de recherche – Philosophie du langage et de l'esprit – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – analyse d'un cas ou d'un objet, fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – analyse d'un cas ou d'un objet, fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – analyse d'un cas ou d'un objet, fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Études politiques – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture, analyse d'un cas ou d'un objet
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis
-
  • 105 bd Raspail
    Salle 13
    105 bd Raspail 75006 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, vendredi 13:00-15:00
    du 5 mars 2021 au 11 juin 2021

Le séminaire a porté sur l’événement de presse qu’a constitué, en 1841, le suicide d’un ouvrier qui avait publié un livre sur la condition ouvrière et l’organisation du travail, Adolphe Boyer. Ce suicide a en effet fait l’actualité pendant un moment. Il a été très commenté, très discuté, très écrit, bien au-delà de la presse progressiste ; rapidement, on parle moins d’Adolphe Boyer que de l’acte de se suicider (généralement condamné), moins de Boyer que de la question du suicide et ainsi, finalement, moins de Boyer et de son suicide que de ce qui s’est écrit sur eux dans les autres journaux. 

 Le séminaire a porté plus particulièrement, à l’intérieur de cet événement, sur la publication de la dernière lettre de Boyer dans l’article « Mort de Boyer » du numéro d’octobre 184 de La Ruche populaire, un journal ouvrier saint-simonien. 

Qu’est-ce que parler en mourant ? L’étude de la lettre elle-même a conduit à distinguer pratique discursive et action en disant. On peut en effet reconnaître dans la lettre de Boyer un type de discours, utilisant des formules comme je meurs avec la conviction de et associant un style que nous avons qualifié d’interactif (Il faut tout de suite un Hôtel royal pour les invalides industriels) à un style que nous avons appelé oratoire (Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal). Il existerait une pratique discursive de la dernière lettre, dont on retrouve par exemple les caractères dans la dernière lettre de Manouchian à sa femme qui mêle Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes ecris qui valent d’être lus et Bonheur ! à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la liberté et de la Paix de demain. Cependant, c’est là le point important, cette pratique ne détermine pas l’action en disant entreprise. Boyer a ainsi également écrit à un de ses protecteurs, Isaac Pereire, une autre dernière lettre (elle-même publiée un peu plus tard dans un autre journal) commençant, comme celle publiée dans La Ruche populaire, par la formule De ma propre main, avant de mourir, mais constituant cette fois une demande financière. La pratique discursive choisie ne définit pas l’action entreprise.

Qu’est-ce que la lettre de Boyer a permis de faire ? Insérée dans un article de La Ruche populaire, elle a d’abord soutenu des actions de l’auteur de l’article lui-même, Vannostal, mais elle a aussi permis, en lui donnant la parole, d’achever l’action entreprise par Boyer au moment où il écrivait la lettre : prendre part en tant qu’auteur au débat public sur les prud’hommes. En effet, certaines insertions hétérogènes de la parole d’un autre dans son propre discours ont pour rôle de seulement représenter la parole de l’autre et l’action qu’elle a constituée. Ainsi, en insérant la lettre de Manouchian, dans une forme poétisée, à l’intérieur de « Strophes pour se souvenir », Aragon racontait l’action en mourant des 23 de l’Affiche Rouge. Mais là n’est pas ce que fait Vannostal, qui ne raconte pas la mort de Boyer mais reproduit la lettre sous le titre « lettre d’Adolphe Boyer » pour la faire entendre, pour que les mots de Boyer deviennent parole publique. Nous avons fait l’hypothèse, étayée par l’analyse de la signature (« Boyer » et non « Adolphe Boyer ») qui place cette lettre parmi les textes publics de Boyer, ainsi que par l’étude des autres actions de Boyer en 1841, que Boyer cherchait à rendre public ce texte. L’article de Vannostal a achevé ce projet. 

Publications

Marion Carel

  • « Dire digressif et digression dite », dans Se ré-orienter dans la pensée. Femmes, philosophie et arts, autour de Michèle Le Doeuff, sous la dir. de J.-L. Jeannelle et A. Lasserre,Presses Universitaires de Rennes, 2020, p. 39-49.
  • Dans Cours de Sémantique Argumentative, sous la dir. de 2021. L. Behe, M. Carel, C. Denuc et J. C. Machado, Pedro e João editores, Brésil. Rédaction des chapitres, 2021 : « Préface : la sémantique argumentative », p. 11-19 ; « Les quasi-blocs », p. 125-134 ; « La présupposition dans la TBS », p. 163-174 ; « L’énonciation linguistique : fonctions textuelles, modes énonciatifs, et argumentations énonciatives », p. 349-371.
  • « Énonciation, argumentation et sens », entretien avec Lauro Gomes, Conexão Letras, Porto Alegre, vol. 16, n° 25, 2021, p. 245-259

Dinah Ribard

  • « Écriture. La ressemblance entre textes comme objet d’histoire » dans  De la contagion, sous la dir. de Béatrice Delaurenti et Thomas Le Roux, Paris, Vendémiaire, 2020, p. 117-123.
  • Traduction anglaise «Writing. Textual Resemblance as a Historical Object» dans Cultures of Contagion, sous la dir. de Béatrice Delaurenti et Thomas Le Roux, Cambridge (Mass.)/London, The MIT Press, 2021, p. 321-326.
  • « Poète ouvrier, poète inspiré. Les Chevilles de Maître Adam, Menuisier de Nevers », Littératures classiques, 2020/2, n° 102, p. 105-117
  • « Professions de foi ouvrières », Fabula / Les colloques, 1848 et la littérature, 2021, http://www.fabula.org/colloques/document7048.php
  • « Experts, fous, escrocs. Comprendre la politique au temps de Louis XIV » dans Parole d’experts. Une histoire sociale du politique (XVIe-XVIIIe siècle), sous la dir. de Marion Brétéché et Héloïse Hermant, Rennes, PUR, 2021, p. 201-214.