UE280 - Pragmatisme et conflictualité. La critique des pouvoirs en régime de controverse

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Sociologie
Page web
http://www.gspr-ehess.com/ 
Langues
français
Mots-clés
Action publique Argumentation Citoyenneté Collectifs Démocratie Domination Émotions Énergie Enquêtes Environnement État et politiques publiques Études des sciences contemporaines Institutions Milieu Mobilisation(s) Mouvements sociaux Perception Pragmatisme Risques Santé environnementale Sciences Sociologie Sociologie politique Temps/temporalité Violence
Aires culturelles
Amérique du Sud Europe France

La sociologie pragmatique des transformations étudie les processus critiques par lesquels des acteurs font surgir des causes dans l’espace politique. Résumée sous l’expression de balistique sociologique, cette approche a enrichi l’analyse des processus sociaux, conçus comme des échangeurs entre rapports de forces et formes de légitimités. Le cœur de cible de cette sociologie a longtemps été formé par les trajectoires des causes collectives, notamment dans les champs environnementaux, sanitaires ou technologiques. Qu’il s’agisse de changement climatique ou de biodiversité, d’énergie nucléaire ou de gaz de schiste, d’OGM ou de nanotechnologies, de  pesticides ou de pollution atmosphérique, ou enore de gestion des risques de pandémie, on voit s’affronter des porteurs de promesses technologiques, des lanceurs d’alerte, des milieux d'expertise et des mouvements critiques, capables d’étendre les registres de la contestation mais aussi de forger des alternatives. Au cœur des champs de forces qui se dessinent, on trouve des acteurs critiques mais aussi des régulateurs et des acceptologues qui puisent dans le répertoire constamment renouvelé des procédures de concertation ou de débat public. Certains processus font basculer dans un autre état du monde, marqué par de nouvelles formes d'emprise et de violence. C'est le cas lorsque des régimes autoritaires, issus de crises répétées, verrouillent la plupart des sphères publiques.

Les enquêtes pragmatiques changent de modalités lorsqu’on se situe en amont des figures classiques de controverse et de conflit. L'étude des relations d’emprise et de leur transformation graduelle, souvent silencieuse, oblige à affiner quelque peu les modèles sociologiques inspirés par le pragmatisme. A ce titre, le séminaire poursuivra l'exploration des formes d'influence et d’anticipation stratégique, ainsi que les bifurcations et les ruptures à partir desquelles s’élaborent et se transforment des jeux de pouvoirs. Pour fortifier leurs perceptions et leurs interprétations, les acteurs se nourrissent continûment des productions des sciences sociales, et en particulier des théories du pouvoir, des modèles de légitimité et d'action publique, ce qui a des effets en retour sur les joutes académiques – comme c’est souvent le cas à propos de l’« expertise », de la « démocratie participative », des formes de « prospective » ou de l’« acceptabilité sociale des risques ». Que les protagonistes s’opposent frontalement ou optent pour une logique de coopération, la dynamique des conflits rend visibles les opérations interprétatives et les agencements pratiques qui servent à ancrer les croyances et les représentations, et parfois à les réviser. Des épreuves marquantes rendent manifestes des tensions, des contradictions et des points de rupture qui contrarient bien souvent les propositions de monde commun. Comme tout processus critique se déploie sur de multiples scènes, inégalement accessibles à l’observation ou au dévoilement, il convient de doubler l’analyse des actes de protestation et des procédés argumentatifs par l’examen des façons de lier, ou de se lier, au coeur de milieux en interaction. Comment saisir à la fois la production de liens d’intérêts ou de jeux d'interdépendances élaborés au fil du temps, peu visibles dans les dispositifs publics, et les capacités de mobilisation, de coalition ou d’alliance, rarement réductibles à un modèle d’alignement fondé sur l’intérêt bien compris ou sur des valeurs universalisables ? 

Le fil des alertes, des crises et des catastrophes longtemps suivi par le séminaire a connu avec la méga crise du Sars-CoV-2 une bifurcation aussi radicale qu'irréversible. En tirant les leçons épistémiques et axiologiques de cette crise, on approfondira la fabrique des différentes scénarisations du futur, avec une attention particulière aux jeux d'échelle. Par-delà le jeu des utopies et des dystopies, la confection critique des visions du futur pèse sur la portée des processus de mobilisation, contribuant à l’ouverture ou à la fermeture des possibles. Si des versions téléologiques s'opposent en gagnant en puissance d'expression, les processus collectifs témoignent d'une profonde indétermination du sens de l’histoire, indétermination sur laquelle prend forme toute expérience démocratique. Comme l'ont montré aussi bien les catastrophes et les mouvements sociaux inédits de la dernière décennie, on ne peut jamais prédire ni clore par avance la portée d'un processus critique..Les controverses scientifiques ou technoscientifiques ne peuvent plus être seulement « cartographiées » ou « mises à plat » : elle doivent être pensées en rapport avec les formes de vie et les points de recoupement ou d'articulation avec le monde sensible. Comprendre les ouvertures d’avenir et les prises, individuelles ou collectives, sur ces processus, c’est faire du pragmatisme sociologique un programme fort, capable de saisir, dans leur multiplicité, les expériences dans leurs milieux, dont l’irréductibilité foncière ne cesse de s’imposer à l’enquête. La mise à distance des montées automatiques en généralité est ainsi une des conditions majeures de l'exploration des ouvertures d'avenir, créatrices d'alternatives et de reconfigurations, au plus près des pratiques.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Sociologie – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Francis Chateauraynaud [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Groupe de sociologie pragmatique et réflexive (GSPR)
  • Jean-Michel Fourniau   directeur de recherche, IFSTTAR /
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

pour tout renseignement sur le suivi du séminaire, contacter Stéphanie Taveneau par courriel : stephanie.taveneau(at)ehess.fr,

Direction de travaux des étudiants

direction de travaux d'étudiants : les 1er et 3e vendredis du mois sur rendez-vous entre 15 h et 19 h.

Réception des candidats

par courriel ou sur rendez-vous sur demande spécifique, les 1er et 3e vendredis du mois entre 15 h et 19 h.

Pré-requis
-

Aucun planning disponible.


Intervenant·e·s


  • Francis Chateauraynaud [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Groupe de sociologie pragmatique et réflexive (GSPR)
  • Jean-Michel Fourniau   directeur de recherche, IFSTTAR /

Planning


Aucun planning disponible.


Description


Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Sociologie
Page web
http://www.gspr-ehess.com/ 
Langues
français
Mots-clés
Action publique Argumentation Citoyenneté Collectifs Démocratie Domination Émotions Énergie Enquêtes Environnement État et politiques publiques Études des sciences contemporaines Institutions Milieu Mobilisation(s) Mouvements sociaux Perception Pragmatisme Risques Santé environnementale Sciences Sociologie Sociologie politique Temps/temporalité Violence
Aires culturelles
Amérique du Sud Europe France

La sociologie pragmatique des transformations étudie les processus critiques par lesquels des acteurs font surgir des causes dans l’espace politique. Résumée sous l’expression de balistique sociologique, cette approche a enrichi l’analyse des processus sociaux, conçus comme des échangeurs entre rapports de forces et formes de légitimités. Le cœur de cible de cette sociologie a longtemps été formé par les trajectoires des causes collectives, notamment dans les champs environnementaux, sanitaires ou technologiques. Qu’il s’agisse de changement climatique ou de biodiversité, d’énergie nucléaire ou de gaz de schiste, d’OGM ou de nanotechnologies, de  pesticides ou de pollution atmosphérique, ou enore de gestion des risques de pandémie, on voit s’affronter des porteurs de promesses technologiques, des lanceurs d’alerte, des milieux d'expertise et des mouvements critiques, capables d’étendre les registres de la contestation mais aussi de forger des alternatives. Au cœur des champs de forces qui se dessinent, on trouve des acteurs critiques mais aussi des régulateurs et des acceptologues qui puisent dans le répertoire constamment renouvelé des procédures de concertation ou de débat public. Certains processus font basculer dans un autre état du monde, marqué par de nouvelles formes d'emprise et de violence. C'est le cas lorsque des régimes autoritaires, issus de crises répétées, verrouillent la plupart des sphères publiques.

Les enquêtes pragmatiques changent de modalités lorsqu’on se situe en amont des figures classiques de controverse et de conflit. L'étude des relations d’emprise et de leur transformation graduelle, souvent silencieuse, oblige à affiner quelque peu les modèles sociologiques inspirés par le pragmatisme. A ce titre, le séminaire poursuivra l'exploration des formes d'influence et d’anticipation stratégique, ainsi que les bifurcations et les ruptures à partir desquelles s’élaborent et se transforment des jeux de pouvoirs. Pour fortifier leurs perceptions et leurs interprétations, les acteurs se nourrissent continûment des productions des sciences sociales, et en particulier des théories du pouvoir, des modèles de légitimité et d'action publique, ce qui a des effets en retour sur les joutes académiques – comme c’est souvent le cas à propos de l’« expertise », de la « démocratie participative », des formes de « prospective » ou de l’« acceptabilité sociale des risques ». Que les protagonistes s’opposent frontalement ou optent pour une logique de coopération, la dynamique des conflits rend visibles les opérations interprétatives et les agencements pratiques qui servent à ancrer les croyances et les représentations, et parfois à les réviser. Des épreuves marquantes rendent manifestes des tensions, des contradictions et des points de rupture qui contrarient bien souvent les propositions de monde commun. Comme tout processus critique se déploie sur de multiples scènes, inégalement accessibles à l’observation ou au dévoilement, il convient de doubler l’analyse des actes de protestation et des procédés argumentatifs par l’examen des façons de lier, ou de se lier, au coeur de milieux en interaction. Comment saisir à la fois la production de liens d’intérêts ou de jeux d'interdépendances élaborés au fil du temps, peu visibles dans les dispositifs publics, et les capacités de mobilisation, de coalition ou d’alliance, rarement réductibles à un modèle d’alignement fondé sur l’intérêt bien compris ou sur des valeurs universalisables ? 

Le fil des alertes, des crises et des catastrophes longtemps suivi par le séminaire a connu avec la méga crise du Sars-CoV-2 une bifurcation aussi radicale qu'irréversible. En tirant les leçons épistémiques et axiologiques de cette crise, on approfondira la fabrique des différentes scénarisations du futur, avec une attention particulière aux jeux d'échelle. Par-delà le jeu des utopies et des dystopies, la confection critique des visions du futur pèse sur la portée des processus de mobilisation, contribuant à l’ouverture ou à la fermeture des possibles. Si des versions téléologiques s'opposent en gagnant en puissance d'expression, les processus collectifs témoignent d'une profonde indétermination du sens de l’histoire, indétermination sur laquelle prend forme toute expérience démocratique. Comme l'ont montré aussi bien les catastrophes et les mouvements sociaux inédits de la dernière décennie, on ne peut jamais prédire ni clore par avance la portée d'un processus critique..Les controverses scientifiques ou technoscientifiques ne peuvent plus être seulement « cartographiées » ou « mises à plat » : elle doivent être pensées en rapport avec les formes de vie et les points de recoupement ou d'articulation avec le monde sensible. Comprendre les ouvertures d’avenir et les prises, individuelles ou collectives, sur ces processus, c’est faire du pragmatisme sociologique un programme fort, capable de saisir, dans leur multiplicité, les expériences dans leurs milieux, dont l’irréductibilité foncière ne cesse de s’imposer à l’enquête. La mise à distance des montées automatiques en généralité est ainsi une des conditions majeures de l'exploration des ouvertures d'avenir, créatrices d'alternatives et de reconfigurations, au plus près des pratiques.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Sociologie – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

pour tout renseignement sur le suivi du séminaire, contacter Stéphanie Taveneau par courriel : stephanie.taveneau(at)ehess.fr,

Direction de travaux des étudiants

direction de travaux d'étudiants : les 1er et 3e vendredis du mois sur rendez-vous entre 15 h et 19 h.

Réception des candidats

par courriel ou sur rendez-vous sur demande spécifique, les 1er et 3e vendredis du mois entre 15 h et 19 h.

Pré-requis
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