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UE236 - L'idée de « nation » et les formes de la cohésion politique sous la Chine impériale (XIXe-début du XXe siècles)


Lieu et planning


  • 54 bd Raspail
    Salle A07_51
    54 bd Raspail 75006 Paris
    2nd semestre / bimensuel (2e/4e), lundi 10:00-13:00
    du 11 janvier 2021 au 10 mai 2021


Description


Dernière modification : 22 juin 2020 11:29

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Histoire
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Histoire intellectuelle Nationalisme Philosophie politique Relations internationales Transnational
Aires culturelles
Asie orientale Chine Europe
Intervenant·e·s
  • Pablo Blitstein [référent·e]   maître de conférences, EHESS / Groupe d'études sur les historiographies modernes (CRH-GEHM)

Qu’est-ce que la « nation » ? En partant du constat que cette question ne peut avoir qu’une réponse historique, nous proposons d’étudier comment les élites impériales de la Chine du XIXe siècle se sont emparées de cette notion, et comment elles lui ont donné une nouvelle vie en fonction des controverses en cours, de leurs projets et des ressources conceptuelles à leur disposition. Dans ce cadre, nous explorerons l’histoire des arguments politiques sous la Chine impériale, aussi bien au XIXe siècle que dans des périodes plus anciennes, et nous essaierons de situer les processus de « nationalisation » du discours politique dans une histoire plus large, en deçà et au-delà de la Chine. Plus largement, nous proposons de discuter la bibliographie sur les nations et le nationalisme, de comparer les processus chinois avec ceux d’autres parties du monde, et de réfléchir à partir d’un certain nombre de cas aux fondements historiques de l’idée de nation.

Aucune compétence en langue chinoise n’est nécessaire pour participer à ce séminaire.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – travail écrit d'entre 5 et 10 pages à la fin du cours
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – travail écrit d'entre 5 et 10 pages
  • Séminaires de recherche – Études asiatiques-Histoire et sciences sociales : terrains, textes et images – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – travail écrit d'entre 5 et 10 pages à la fin du cours

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

contacter Pabblo Blitstein par courriel

Direction de travaux des étudiants
-
Réception des candidats
-
Pré-requis
-

Compte rendu


Ce séminaire a été guidé par un questionnement double : d’une part, une interrogation sur la « nation » en tant qu’objet historique et sociologique ; de l’autre, une interrogation sur les discours et institutions que cette idée a inspirés dans la Chine de la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle.Nous avons donc exploré l’histoire des arguments politiques sous la Chine impériale, aussi bien au XIXe siècle que dans des périodes plus anciennes, et nous avons essayé de situer les processus de « nationalisation » du discours politique chinois dans une histoire plus large : celle des connexions entre l’Est Asiatique, l’Europe et les Amériques. Dans ce cadre, nous avons discuté des textes classiques sur les nations et le nationalisme, confronté ces textes aux sources et comparé les processus chinois avec ceux d’autres parties du monde.

Lors de la première séance, nous avons discuté deux textes. Le premier a été l’introduction du texte classique de Benedict Anderson, Imagined Communities. À presque quarante ans de sa parution, il s’agissait de faire un bilan du rôle de ce texte dans les études sur le nationalisme. Le texte est aussi intéressant parce qu’il a été écrit par un chercheur issu de ce qu’on appelle en France les « aires culturelles » et que cet aspect de sa carrière, comme Anderson le suggère dans son autobiographie, a eu un poids sur la façon dont il a conçu le livre. Nous avons aussi discuté un texte de Pamela Kyle Crossley sur l’organisation de l’empire des Qing au XVIIIe siècle. Ce texte nous a permis de réfléchir à la notion de « communauté imaginée », et surtout à la relation entre formes politiques nationales et non-nationales. Nous avons fini la séance avec la lecture d’un édit de l’empereur Yongzheng et une analyse de son vocabulaire politique. La séance suivante a été consacrée à l’histoire de l’idée de nation et à ses fondements historiques et sociaux. Durant la discussion, nous avons débattu les hypothèses de Ernest Gellner et lu un texte de Marc Matten sur l’histoire du lexique de la « nation » dans la Chine de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. J’ai profité de l’occasion pour faire une synthèse de deux textes : l’entrée « Nation » dans le Geschichtliche Grundbegriffe de Reinhart Koselleck et al. et un texte de Fang Weigui sur l’histoire des concepts de peuple et nation en Chine.

Dans une séance consacrée à la relation entre nation, ethnie et race, nous avons discuté un texte de Eric Hobsbawm et un autre de Rebecca Karl. Le texte de Karl nous a permis d’aborder la question des connexions entre la Chine, le Japon, l’Europe et les Amériques, et plus largement la question de la « nationalisation » du discours politique sinophone. Nous avons par ailleurs analysé le vocabulaire de la « race » et de l’« ethnie » dans des sources chinoises du XIXe siècle et avant. Une autre séance a été consacrée à une comparaison entre les nationalismes hispano-américains et les nationalismes est-asiatiques (chinois et japonais) à la fin du XIXe siècle. En profitant des possibilités que nous donne la visio-conférence, j’ai proposé à Gabriel Entin (Conicet, Argentine) de nous parler de ce sujet et nous avons fait des comparaisons entre les nationalismes américains et asiatiques.  

Nous avons aussi débattu du lien entre l’idée de nation et l’idée de propriété. À partir du texte d’un philosophe des années 1920, Morris Cohen, et d’un texte de Peter Perdue sur les formes de propriété, nous avons analysé quelques textes des nationalistes chinois de la fin des Qing. Le but était de situer le vocabulaire politique du nationalisme chinois dans des processus intellectuels et sociaux plus larges autour de la propriété de la terre. La séance suivante, intitulée « Le national et le prénational », a été consacrée au débat entre les « primordialistes », qui soutiennent que la nation existe depuis des millénaires, et les « modernistes », qui soutiennent que la nation est née avec la modernité. Nous avons discuté les travaux d’Anthony Smith sur nation et ethnicité et de Nicolas Tackett sur l’émergence de la nation chinoise sous la dynastie des Song. Nous avons dans ce cadre comparé des sources modernes avec des sources pré-Song. La séance suivante était consacrée à « Nation et école ». Pour comprendre le rôle que l’école a joué dans différents processus de nationalisation, nous avons comparé un chapitre de Educating China, de Peter Zarrow, avec un chapitre sur les écoles françaises de Peasants into Frenchmen, de Eugen Weber. Enfin, la dernière séance était consacrée aux nationalismes en contexte diasporique. J’ai invité Yann Scioldo-Zürcher, qui a fait une intervention sur le mouvement sioniste, et nous avons fait une comparaison avec le nationalisme diasporique des chinois dans les Amériques. Pour conclure le séminaire, j’ai aussi sollicité Ron Naiweld, qui nous a parlé de l’idée de nation dans les traditions rabbiniques, et nous avons prolongé les débats autour de la « nation avant la nation ».

Publications
  • « Administering wealth. The concept of “economy” and the new epistemic foundations of statecraft in late imperial China (19th-early 20th century) », International Journal of Asian Studies, 2021, p. 185-206.
  • « A Global History of the Multiple Renaissances », The Historical Journal, 2020, p. 162-184.
  • « Confucianism in late nineteenth-early twentieth century China », dans Dao Companion to Contemporary Chinese Philosophy, sous la dir. de David Elstein, Dordrecht and New York, Springer, 2020, p. 27-46.
  • « Tradition. Ecritures anciennes et légitimation politique dans la Chine du début du 20e siècle », dans De la Contagion, sous la dir. de  Béatrice Delaurenti, Thomas Le Roux, Paris, Vendemiaire, 2020, p. 367-373.
  • « Mandat céleste, hiérarchie et représentation dans les institutions impériales chinoises (XVIIIe-XIXe siècle) », dans La Représentation avant le gouvernement représentatif, sous la dir. de Samuel Hayat, Corinne Péneau et Yves Sintomer, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2020, p. 321-340.
  • « Figures de l’intellectuel en Chine entre le XIXe et le XXIe siècle », Passés Futurs, 8, Politika, 2020, https://www.politika.io/fr/notice/nouvelle-figure-intellectuelle
  • « Pandemia, nación y propiedad privada », La Biblioteca, 2020, p. 387-412.
  • « Pandemia y nacionalismo », Perfil, 19 mars 2020, https://www.perfil.com/noticias/columnistas/pandemia-y-nacionalismo.phtml
  • « Tian Xiaofei, The Halberd at Red Cliff: Jian’an and the Three Kingdoms », Cambridge (Mass.)/Londres, Harvard University Press, 2018 », Journal of the American Oriental Society, 140.3, 2020, p. 733-736.

Dernière modification : 22 juin 2020 11:29

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Histoire
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Histoire intellectuelle Nationalisme Philosophie politique Relations internationales Transnational
Aires culturelles
Asie orientale Chine Europe
Intervenant·e·s
  • Pablo Blitstein [référent·e]   maître de conférences, EHESS / Groupe d'études sur les historiographies modernes (CRH-GEHM)

Qu’est-ce que la « nation » ? En partant du constat que cette question ne peut avoir qu’une réponse historique, nous proposons d’étudier comment les élites impériales de la Chine du XIXe siècle se sont emparées de cette notion, et comment elles lui ont donné une nouvelle vie en fonction des controverses en cours, de leurs projets et des ressources conceptuelles à leur disposition. Dans ce cadre, nous explorerons l’histoire des arguments politiques sous la Chine impériale, aussi bien au XIXe siècle que dans des périodes plus anciennes, et nous essaierons de situer les processus de « nationalisation » du discours politique dans une histoire plus large, en deçà et au-delà de la Chine. Plus largement, nous proposons de discuter la bibliographie sur les nations et le nationalisme, de comparer les processus chinois avec ceux d’autres parties du monde, et de réfléchir à partir d’un certain nombre de cas aux fondements historiques de l’idée de nation.

Aucune compétence en langue chinoise n’est nécessaire pour participer à ce séminaire.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – travail écrit d'entre 5 et 10 pages à la fin du cours
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – travail écrit d'entre 5 et 10 pages
  • Séminaires de recherche – Études asiatiques-Histoire et sciences sociales : terrains, textes et images – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – travail écrit d'entre 5 et 10 pages à la fin du cours
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

contacter Pabblo Blitstein par courriel

Direction de travaux des étudiants
-
Réception des candidats
-
Pré-requis
-
  • 54 bd Raspail
    Salle A07_51
    54 bd Raspail 75006 Paris
    2nd semestre / bimensuel (2e/4e), lundi 10:00-13:00
    du 11 janvier 2021 au 10 mai 2021

Ce séminaire a été guidé par un questionnement double : d’une part, une interrogation sur la « nation » en tant qu’objet historique et sociologique ; de l’autre, une interrogation sur les discours et institutions que cette idée a inspirés dans la Chine de la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle.Nous avons donc exploré l’histoire des arguments politiques sous la Chine impériale, aussi bien au XIXe siècle que dans des périodes plus anciennes, et nous avons essayé de situer les processus de « nationalisation » du discours politique chinois dans une histoire plus large : celle des connexions entre l’Est Asiatique, l’Europe et les Amériques. Dans ce cadre, nous avons discuté des textes classiques sur les nations et le nationalisme, confronté ces textes aux sources et comparé les processus chinois avec ceux d’autres parties du monde.

Lors de la première séance, nous avons discuté deux textes. Le premier a été l’introduction du texte classique de Benedict Anderson, Imagined Communities. À presque quarante ans de sa parution, il s’agissait de faire un bilan du rôle de ce texte dans les études sur le nationalisme. Le texte est aussi intéressant parce qu’il a été écrit par un chercheur issu de ce qu’on appelle en France les « aires culturelles » et que cet aspect de sa carrière, comme Anderson le suggère dans son autobiographie, a eu un poids sur la façon dont il a conçu le livre. Nous avons aussi discuté un texte de Pamela Kyle Crossley sur l’organisation de l’empire des Qing au XVIIIe siècle. Ce texte nous a permis de réfléchir à la notion de « communauté imaginée », et surtout à la relation entre formes politiques nationales et non-nationales. Nous avons fini la séance avec la lecture d’un édit de l’empereur Yongzheng et une analyse de son vocabulaire politique. La séance suivante a été consacrée à l’histoire de l’idée de nation et à ses fondements historiques et sociaux. Durant la discussion, nous avons débattu les hypothèses de Ernest Gellner et lu un texte de Marc Matten sur l’histoire du lexique de la « nation » dans la Chine de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. J’ai profité de l’occasion pour faire une synthèse de deux textes : l’entrée « Nation » dans le Geschichtliche Grundbegriffe de Reinhart Koselleck et al. et un texte de Fang Weigui sur l’histoire des concepts de peuple et nation en Chine.

Dans une séance consacrée à la relation entre nation, ethnie et race, nous avons discuté un texte de Eric Hobsbawm et un autre de Rebecca Karl. Le texte de Karl nous a permis d’aborder la question des connexions entre la Chine, le Japon, l’Europe et les Amériques, et plus largement la question de la « nationalisation » du discours politique sinophone. Nous avons par ailleurs analysé le vocabulaire de la « race » et de l’« ethnie » dans des sources chinoises du XIXe siècle et avant. Une autre séance a été consacrée à une comparaison entre les nationalismes hispano-américains et les nationalismes est-asiatiques (chinois et japonais) à la fin du XIXe siècle. En profitant des possibilités que nous donne la visio-conférence, j’ai proposé à Gabriel Entin (Conicet, Argentine) de nous parler de ce sujet et nous avons fait des comparaisons entre les nationalismes américains et asiatiques.  

Nous avons aussi débattu du lien entre l’idée de nation et l’idée de propriété. À partir du texte d’un philosophe des années 1920, Morris Cohen, et d’un texte de Peter Perdue sur les formes de propriété, nous avons analysé quelques textes des nationalistes chinois de la fin des Qing. Le but était de situer le vocabulaire politique du nationalisme chinois dans des processus intellectuels et sociaux plus larges autour de la propriété de la terre. La séance suivante, intitulée « Le national et le prénational », a été consacrée au débat entre les « primordialistes », qui soutiennent que la nation existe depuis des millénaires, et les « modernistes », qui soutiennent que la nation est née avec la modernité. Nous avons discuté les travaux d’Anthony Smith sur nation et ethnicité et de Nicolas Tackett sur l’émergence de la nation chinoise sous la dynastie des Song. Nous avons dans ce cadre comparé des sources modernes avec des sources pré-Song. La séance suivante était consacrée à « Nation et école ». Pour comprendre le rôle que l’école a joué dans différents processus de nationalisation, nous avons comparé un chapitre de Educating China, de Peter Zarrow, avec un chapitre sur les écoles françaises de Peasants into Frenchmen, de Eugen Weber. Enfin, la dernière séance était consacrée aux nationalismes en contexte diasporique. J’ai invité Yann Scioldo-Zürcher, qui a fait une intervention sur le mouvement sioniste, et nous avons fait une comparaison avec le nationalisme diasporique des chinois dans les Amériques. Pour conclure le séminaire, j’ai aussi sollicité Ron Naiweld, qui nous a parlé de l’idée de nation dans les traditions rabbiniques, et nous avons prolongé les débats autour de la « nation avant la nation ».

Publications
  • « Administering wealth. The concept of “economy” and the new epistemic foundations of statecraft in late imperial China (19th-early 20th century) », International Journal of Asian Studies, 2021, p. 185-206.
  • « A Global History of the Multiple Renaissances », The Historical Journal, 2020, p. 162-184.
  • « Confucianism in late nineteenth-early twentieth century China », dans Dao Companion to Contemporary Chinese Philosophy, sous la dir. de David Elstein, Dordrecht and New York, Springer, 2020, p. 27-46.
  • « Tradition. Ecritures anciennes et légitimation politique dans la Chine du début du 20e siècle », dans De la Contagion, sous la dir. de  Béatrice Delaurenti, Thomas Le Roux, Paris, Vendemiaire, 2020, p. 367-373.
  • « Mandat céleste, hiérarchie et représentation dans les institutions impériales chinoises (XVIIIe-XIXe siècle) », dans La Représentation avant le gouvernement représentatif, sous la dir. de Samuel Hayat, Corinne Péneau et Yves Sintomer, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2020, p. 321-340.
  • « Figures de l’intellectuel en Chine entre le XIXe et le XXIe siècle », Passés Futurs, 8, Politika, 2020, https://www.politika.io/fr/notice/nouvelle-figure-intellectuelle
  • « Pandemia, nación y propiedad privada », La Biblioteca, 2020, p. 387-412.
  • « Pandemia y nacionalismo », Perfil, 19 mars 2020, https://www.perfil.com/noticias/columnistas/pandemia-y-nacionalismo.phtml
  • « Tian Xiaofei, The Halberd at Red Cliff: Jian’an and the Three Kingdoms », Cambridge (Mass.)/Londres, Harvard University Press, 2018 », Journal of the American Oriental Society, 140.3, 2020, p. 733-736.