UE157 - Genèse de l’État : écriture, administrations et sociétés au Proche-Orient ancien


Planning


  • 54 bd Raspail
    Salle AS1_23
    54 bd Raspail 75006 Paris
    annuel / bimensuel (1re/3e/5e), vendredi 09:00-11:00
    du 6 novembre 2020 au 16 avril 2021


Description


Dernière modification : 18 mai 2020 15:24

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Archéologie, Économie, Histoire
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie historique Antiquité (sciences de l’) Culture matérielle Écriture Histoire économique et sociale Orientalisme
Aires culturelles
Asie Méditerranéens (mondes)
Intervenant·e·s
  • Grégory Chambon [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Anthropologie et histoire des mondes antiques (AnHiMA)

S’il est généralement admis que l’État est une invention moderne, le fait étatique a une histoire beaucoup plus ancienne, qui remonte au Proche-Orient ancien. Le développement de grands centres urbains en Mésopotamie à la fin du IVe millénaire a entraîné une division et une spécialisation du travail à grande échelle ainsi que la création de nouveaux outils de gestion des produits agricoles et manufacturés ; cela a en particulier conduit à l’invention de l’écriture. Pendant les trois millénaires suivants, la documentation administrative est restée largement prédominante parmi les autres productions écrites (correspondances épistolaires, textes littéraires, inscriptions royales, traités divinatoires etc.).

Ce séminaire est consacré à l’étude de cette documentation administrative qui en réalité ne représente pas une simple réponse rationnelle à des besoins économiques déterminés, mais une construction sociale et politique, qui n’est pas nécessairement neutre et factuelle. Le management des ressources et les différentes formes de taxation mises en œuvre par les grands organismes (palais, temples…) répondent en effet aussi bien à des logiques économiques qu’à des préoccupations d’ordre idéologique pour créer et entretenir les liens sociaux entre le roi et ses sujets selon un système hiérarchique complexe. Nous nous proposons d’étudier cette genèse de « l’État » à travers plusieurs cas d’études de la documentation cunéiforme sur trois millénaires.

Programme en cours d'organisation

6/11

20/11

4/12

18/12

8/01*

22/01*

5/02

19/02

5/03

19/03

2/04

16/04


Master


  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Savoirs en sociétés-Histoire des sciences, des techniques et des savoirs – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Institutions, organisations, économie et société – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

renseignements par courriel.

Direction de travaux des étudiants

direction de travaux d'étudiants (doctorat, master) sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis

pas de prérequis.


Compte rendu


Le séminaire sur la genèse de l’État au Proche-Orient de cette année a continué d’explorer un ensemble d’activités humaines, dans lesquelles on peut déceler, avec un regard actuel, des « faits étatiques » à défaut d'une véritable notion d'« état ». Il s’agissait en particulier de réfléchir avec les étudiants provenant de plusieurs disciplines (histoire, histoire des sciences et techniques, économie, anthropologie) à cette tension entre une approche émique et une approche étique, pour essayer d’un côté de mieux comprendre les modes d’intellection et les formes de représentations des Anciens concernant les pratiques administratives, et d’un autre côté de mieux préciser un vocabulaire et des outils intellectuels souvent empruntés par les historiens aux sciences de gestion et à l’histoire économique.

Cette démarche, nécessairement réflexive, s’est inspirée en particulier du projet d’« histoire concrète de l’abstraction » de Jean-Claude Perrot qui visait à analyser tout élément abstrait d’une société étudiée par l’historien en le rapportant aux conditions de sa production, de sa circulation et de son utilisation, matérielles et intellectuelles (Chambon 2021c). Les séances ont été consacrées à des études de cas très contextualisées, géographiquement, culturellement et chronologiquement afin de mieux saisir, au niveau local, les interactions essentielles qu’entretenaient les faits économiques et les représentations des pratiques administratives. Les interventions du professeur invité Walther Sallaberger (LMU Munich) sur des « villes-états » du IIIe millénaire av. J.-C. ont particulièrement enrichi cette réflexion, et montré qu’il nous fallait parfois substituer une réalité politique, fondée sur une gestion communautaire de la production et de la consommation, à une vision autocratique de l’administration des grands organismes (palais et temples) inspirée de la notion maintenant dépassée de "despotisme orientale".

En mettant en particulier l’accent sur la reconstitution des gestes, des contextes et des conditions de matérialité des pratiques administratives, parallèlement à l’analyse des documents écrits, nous avons engagé avec les étudiants plusieurs pistes de réflexions. Tout d’abord, nous avons décidé de nous orienter vers l’étude de la corrélation entre un ensemble de pratiques intellectuelles – calculs, estimations, codifications…– et administratives – scellements, manipulation de jetons, usage de containers, production de différents types d’écrits…– qui font sens ensemble dans un contexte socio-économique et un environnement matériel précis. Cela a permis, en particulier, de relativiser les théories actuelles sur la genèse de l’écriture au Proche-Orient ancien, à la fin du IVe millénaire, qui s’appuient sur un schéma internaliste et téléologique partant de l’usage de calculi pour la comptabilité à la production de véritables écrits comptables (Chambon 2021b). Nous en avons conclu que ce n’était en réalité pas l’origine de l’écriture, parallèlement à celle de la comptabilité, qu’il fallait exhumer, mais la conception de la genèse de l’écriture qu’il fallait historiciser (Chambon 2021d) pour saisir les véritables motivations des Anciens.

Ensuite, il est devenu vite nécessaire de se démarquer de la vision traditionnelle considérant les pratiques comptables au Proche-Orient ancien, à la fin du IVe millénaire, comme une réponse rationnelle et factuelle à des besoins économiques. Il s’agit en réalité du fruit de constructions politiques et sociales visant à mémoriser des réseaux d’acteurs et à asseoir un régime fiscal sous la forme d’un contrat moral entre le souverain et chaque acteur (Chambon 2020). En confrontant ainsi le descriptif à l’interprétatif, l'approche anthropologique à l'interprétation historique et l'analyse socio-économique, nous avons pu mieux comprendre la véritable raison d’être des pratiques de comptes dans le cadre du pouvoir.

Publications
  • Histoire des nombres, Que sais-je ?, n°4154, 2020.
  • Avec Marti Lionel, L’Homme et la mesure. Nouvelles approches en sciences humaines et sociales des pratiques et représentations des poids et mesures, Histoire & Mesure XXXV-1, Éditions EHESS, Paris, 2020.
  • « Metrology, Mesopotamia », dans Oxford Classical Dictionary, Oxford University Press, 2021. https://doi.org/10.1093/acrefore/9780199381135.013.8641
  • « Écrire et (se) représenter les nombres en Mésopotamie », Pasiphae, XV, 2021, p. 63-82.
  • « Fiscal Regime and Management of Resources by the ‘King’s Household’ in Mari during the Old Babylonian Period », dans Economic Complexity in the Ancient Near East : Management of Resources and Taxation (Third-Second Millennium BC), sous la dir. de J. Mynářová et S. Alivernini, Prague, 2020, p. 249-277.
  • « Prendre en compte des comptes : scribes, tablettes cunéiformes et historiens du Proche-Orient ancien », Revue de Synthèse, t. 142, n°3-4, 40 pages, sous presse.
  • Postface (30 pages) à la Genèse de l’écriture de Denise Schmandt-Besserat, édition Belles-Lettres, Paris, sous presse..

Dernière modification : 18 mai 2020 15:24

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Archéologie, Économie, Histoire
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Anthropologie historique Antiquité (sciences de l’) Culture matérielle Écriture Histoire économique et sociale Orientalisme
Aires culturelles
Asie Méditerranéens (mondes)
Intervenant·e·s
  • Grégory Chambon [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Anthropologie et histoire des mondes antiques (AnHiMA)

S’il est généralement admis que l’État est une invention moderne, le fait étatique a une histoire beaucoup plus ancienne, qui remonte au Proche-Orient ancien. Le développement de grands centres urbains en Mésopotamie à la fin du IVe millénaire a entraîné une division et une spécialisation du travail à grande échelle ainsi que la création de nouveaux outils de gestion des produits agricoles et manufacturés ; cela a en particulier conduit à l’invention de l’écriture. Pendant les trois millénaires suivants, la documentation administrative est restée largement prédominante parmi les autres productions écrites (correspondances épistolaires, textes littéraires, inscriptions royales, traités divinatoires etc.).

Ce séminaire est consacré à l’étude de cette documentation administrative qui en réalité ne représente pas une simple réponse rationnelle à des besoins économiques déterminés, mais une construction sociale et politique, qui n’est pas nécessairement neutre et factuelle. Le management des ressources et les différentes formes de taxation mises en œuvre par les grands organismes (palais, temples…) répondent en effet aussi bien à des logiques économiques qu’à des préoccupations d’ordre idéologique pour créer et entretenir les liens sociaux entre le roi et ses sujets selon un système hiérarchique complexe. Nous nous proposons d’étudier cette genèse de « l’État » à travers plusieurs cas d’études de la documentation cunéiforme sur trois millénaires.

Programme en cours d'organisation

6/11

20/11

4/12

18/12

8/01*

22/01*

5/02

19/02

5/03

19/03

2/04

16/04

  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire et sciences sociales – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Savoirs en sociétés-Histoire des sciences, des techniques et des savoirs – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Institutions, organisations, économie et société – M1/S1-S2-M2/S3-S4
    Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

renseignements par courriel.

Direction de travaux des étudiants

direction de travaux d'étudiants (doctorat, master) sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis

pas de prérequis.

  • 54 bd Raspail
    Salle AS1_23
    54 bd Raspail 75006 Paris
    annuel / bimensuel (1re/3e/5e), vendredi 09:00-11:00
    du 6 novembre 2020 au 16 avril 2021

Le séminaire sur la genèse de l’État au Proche-Orient de cette année a continué d’explorer un ensemble d’activités humaines, dans lesquelles on peut déceler, avec un regard actuel, des « faits étatiques » à défaut d'une véritable notion d'« état ». Il s’agissait en particulier de réfléchir avec les étudiants provenant de plusieurs disciplines (histoire, histoire des sciences et techniques, économie, anthropologie) à cette tension entre une approche émique et une approche étique, pour essayer d’un côté de mieux comprendre les modes d’intellection et les formes de représentations des Anciens concernant les pratiques administratives, et d’un autre côté de mieux préciser un vocabulaire et des outils intellectuels souvent empruntés par les historiens aux sciences de gestion et à l’histoire économique.

Cette démarche, nécessairement réflexive, s’est inspirée en particulier du projet d’« histoire concrète de l’abstraction » de Jean-Claude Perrot qui visait à analyser tout élément abstrait d’une société étudiée par l’historien en le rapportant aux conditions de sa production, de sa circulation et de son utilisation, matérielles et intellectuelles (Chambon 2021c). Les séances ont été consacrées à des études de cas très contextualisées, géographiquement, culturellement et chronologiquement afin de mieux saisir, au niveau local, les interactions essentielles qu’entretenaient les faits économiques et les représentations des pratiques administratives. Les interventions du professeur invité Walther Sallaberger (LMU Munich) sur des « villes-états » du IIIe millénaire av. J.-C. ont particulièrement enrichi cette réflexion, et montré qu’il nous fallait parfois substituer une réalité politique, fondée sur une gestion communautaire de la production et de la consommation, à une vision autocratique de l’administration des grands organismes (palais et temples) inspirée de la notion maintenant dépassée de "despotisme orientale".

En mettant en particulier l’accent sur la reconstitution des gestes, des contextes et des conditions de matérialité des pratiques administratives, parallèlement à l’analyse des documents écrits, nous avons engagé avec les étudiants plusieurs pistes de réflexions. Tout d’abord, nous avons décidé de nous orienter vers l’étude de la corrélation entre un ensemble de pratiques intellectuelles – calculs, estimations, codifications…– et administratives – scellements, manipulation de jetons, usage de containers, production de différents types d’écrits…– qui font sens ensemble dans un contexte socio-économique et un environnement matériel précis. Cela a permis, en particulier, de relativiser les théories actuelles sur la genèse de l’écriture au Proche-Orient ancien, à la fin du IVe millénaire, qui s’appuient sur un schéma internaliste et téléologique partant de l’usage de calculi pour la comptabilité à la production de véritables écrits comptables (Chambon 2021b). Nous en avons conclu que ce n’était en réalité pas l’origine de l’écriture, parallèlement à celle de la comptabilité, qu’il fallait exhumer, mais la conception de la genèse de l’écriture qu’il fallait historiciser (Chambon 2021d) pour saisir les véritables motivations des Anciens.

Ensuite, il est devenu vite nécessaire de se démarquer de la vision traditionnelle considérant les pratiques comptables au Proche-Orient ancien, à la fin du IVe millénaire, comme une réponse rationnelle et factuelle à des besoins économiques. Il s’agit en réalité du fruit de constructions politiques et sociales visant à mémoriser des réseaux d’acteurs et à asseoir un régime fiscal sous la forme d’un contrat moral entre le souverain et chaque acteur (Chambon 2020). En confrontant ainsi le descriptif à l’interprétatif, l'approche anthropologique à l'interprétation historique et l'analyse socio-économique, nous avons pu mieux comprendre la véritable raison d’être des pratiques de comptes dans le cadre du pouvoir.

Publications
  • Histoire des nombres, Que sais-je ?, n°4154, 2020.
  • Avec Marti Lionel, L’Homme et la mesure. Nouvelles approches en sciences humaines et sociales des pratiques et représentations des poids et mesures, Histoire & Mesure XXXV-1, Éditions EHESS, Paris, 2020.
  • « Metrology, Mesopotamia », dans Oxford Classical Dictionary, Oxford University Press, 2021. https://doi.org/10.1093/acrefore/9780199381135.013.8641
  • « Écrire et (se) représenter les nombres en Mésopotamie », Pasiphae, XV, 2021, p. 63-82.
  • « Fiscal Regime and Management of Resources by the ‘King’s Household’ in Mari during the Old Babylonian Period », dans Economic Complexity in the Ancient Near East : Management of Resources and Taxation (Third-Second Millennium BC), sous la dir. de J. Mynářová et S. Alivernini, Prague, 2020, p. 249-277.
  • « Prendre en compte des comptes : scribes, tablettes cunéiformes et historiens du Proche-Orient ancien », Revue de Synthèse, t. 142, n°3-4, 40 pages, sous presse.
  • Postface (30 pages) à la Genèse de l’écriture de Denise Schmandt-Besserat, édition Belles-Lettres, Paris, sous presse..