UE114 - Anthropologie de la santé publique

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie, Sociologie
Page web
https://www.college-de-france.fr/site/didier-fassin/index.htm 
Langues
français
Mots-clés
Action publique Anthropologie sociale Biopolitique État et politiques publiques Ethnographie Inégalités Médecine Migration(s) Prisons Santé
Aires culturelles
Afrique Amérique du Nord France

La pandémie de coronavirus a fait découvrir l'importance cruciale de la santé publique dans le monde contemporain. De ce gouvernement de la vie, on explorera une série de facettes qui en éclaireront les enjeux politiques et moraux. L'histoire du saturnisme infantile ouvrira le cours et servira de fil conducteur des différents thèmes: naissance de la santé publique, vérité du chiffre, frontières épistémiques, thèses conspirationnistes, crises éthiques, exils précaires, épreuves carcérales. La dernière séance sera consacrée à une relecture de ces thèmes à la lumière de la pandémie de coronavirus. Réalisé au Collège de France, l'enseignement se composera de huit leçons et de huit séminaires, ces derniers bénéficiant de la présence d'invités acteurs ou observateurs de la santé publique. Il se conclura par un colloque intitulé Politiques de la vie : Crises et critique.

La santé publique est un domaine de l’action publique qui nous est devenu familier à travers les politiques de veille sanitaire des infections et de sécurité sanitaire des aliments, les programmes de dépistage et de prévention des maladies, les calendriers vaccinaux et la médecine scolaire. Elle est aussi une discipline qui fait appel aux savoirs de l’épidémiologie, de la biologie, de l’économie, de la gestion, du droit, de la science politique, et parfois de la sociologie et de l’anthropologie, qui a son enseignement universitaire, ses écoles spécialisées, ses revues scientifiques, ses ouvrages de référence. On n’imagine guère aujourd’hui, dans le monde, un gouvernement qui ne ferait pas de la santé publique une de ses préoccupations majeures ou une faculté de médecine où elle n’aurait pas sa place. 

Mais elle n’a pas toujours existé. On peut en faire l’histoire, et même la généalogie. En effet, bien qu’il soit possible d’en retracer des précédents jusque dans l’empire romain, avant notre ère, ou encore dans l’empire inca, avant la colonisation espagnole, on fait souvent remonter son essor à la réponse apportée aux épidémies de peste à la fin du Moyen Âge, avec la création de comités sanitaires visant à prévenir l’extension de la maladie et progressivement dotés de prérogatives de plus en plus larges, notamment en Italie du nord, et surtout, à partir de la fin du dix-huitième siècle, à la naissance d’un savoir propre, avec l’hygiène publique, la statistique morale et l’arithmétique politique, et d’une organisation spécifique, d’abord locale, puis nationale, et enfin internationale. Ce serait toutefois une erreur de considérer cette généalogie définitivement établie et cette histoire parfaitement linéaire. Il est des embranchements multiples qui font se côtoyer des pratiques déjà anciennes et d’autres faisant appel aux technologies les plus sophistiquées : des centres municipaux de santé aux Centers for Disease Control, il y a beaucoup de demeures dans la maison de la santé publique.

Le point commun de toutes ces pratiques ou de toutes ces demeures est qu’elles constituent un gouvernement de la vie, c’est-à-dire un mode d’intervention sur des populations ou sur des individus en tant qu’ils appartiennent à une population, avec pour objectif principal de promouvoir tout ce qui peut assurer une prolongation ou une amélioration de l’existence physique et, par extension, psychique. Mais ce qui prolonge ou améliore l’existence va bien au-delà du domaine de la médecine curative et même préventive. La santé publique, en tant que gouvernement de la vie, est sans cesse confrontée aux limites de ses compétences et de ses prérogatives. Ainsi est-elle en permanence en redéfinition.

En quoi l’anthropologie peut-elle alors contribuer à une meilleure compréhension de ses enjeux, et notamment de ses enjeux politiques et moraux ? Porteuse d’un autre regard, elle autorise d’autres perspectives. Dire la santé publique autrement, tel est le projet de l'enseignement. Il s’agit notamment de montrer qu’elle peut être comprise, d’une part, comme une construction sociale, par laquelle certains problèmes sont constitués comme tels à travers un appareil statistique et traités précisément en fonction de la manière dont ils sont délimités et interprétés, et d’autre part, comme une production sociale, par laquelle un état donné de la société, et notamment des rapports de pouvoir et de richesse, des choix de priorités et de méthodes en matière de politiques, se traduit par une certain manifestation et une certaine distribution de ces problèmes. 

Penser la santé publique autrement implique aussi de prêter attention à ses points aveugles, ses faces cachées, voire ses domaines controversés. Ainsi, les frontières épistémiques sont-elles le lieu de confrontations entre l’expérience des malades et l’expertise des médecins, dans le cas de la maladie de Lyme ou le syndrome de la guerre du Golfe. Ainsi les thèses complotistes dévoilent-elles des blessures profondes d’une société, comme on l’a vu avec les tensions raciales et postcoloniales autour du sida. Ainsi encore, les crises éthiques surgissent-elles notamment lorsque des logiques mercantiles prennent le pas sur le bien commun, par exemple avec les scandales de l’industrie pharmaceutique. Mais la santé publique se donne aussi à voir avec une particulière acuité à ses marges, qui sont en particulier celles des populations reléguées, notamment des exilés et des prisonniers. 

  • Savoirs en sociétés-Santé, médecine et questions sociales – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Sociologie – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Sciences sociales-Pratiques de l'interdisciplinarité en sciences sociales – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Didier Fassin [référent·e]   directeur d'études, EHESS - professeur, Institute for Advanced Study, USA / Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS)
Contacts additionnels
mbishop@ias.edu
Informations pratiques

personne à contacter : Munirah Bishop par courriel. 

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis

aucun.

  • Autre lieu Paris
    amphithéâtre Marguerite de Navarre
    Collège de France, 11 place Marcelin Berthelot 75005 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, mercredi 10:00-13:00
    du 14 avril 2021 au 16 juin 2021


Intervenant·e·s


  • Didier Fassin [référent·e]   directeur d'études, EHESS - professeur, Institute for Advanced Study, USA / Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS)

Planning


  • Autre lieu Paris
    amphithéâtre Marguerite de Navarre
    Collège de France, 11 place Marcelin Berthelot 75005 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, mercredi 10:00-13:00
    du 14 avril 2021 au 16 juin 2021


Description


Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie, Sociologie
Page web
https://www.college-de-france.fr/site/didier-fassin/index.htm 
Langues
français
Mots-clés
Action publique Anthropologie sociale Biopolitique État et politiques publiques Ethnographie Inégalités Médecine Migration(s) Prisons Santé
Aires culturelles
Afrique Amérique du Nord France

La pandémie de coronavirus a fait découvrir l'importance cruciale de la santé publique dans le monde contemporain. De ce gouvernement de la vie, on explorera une série de facettes qui en éclaireront les enjeux politiques et moraux. L'histoire du saturnisme infantile ouvrira le cours et servira de fil conducteur des différents thèmes: naissance de la santé publique, vérité du chiffre, frontières épistémiques, thèses conspirationnistes, crises éthiques, exils précaires, épreuves carcérales. La dernière séance sera consacrée à une relecture de ces thèmes à la lumière de la pandémie de coronavirus. Réalisé au Collège de France, l'enseignement se composera de huit leçons et de huit séminaires, ces derniers bénéficiant de la présence d'invités acteurs ou observateurs de la santé publique. Il se conclura par un colloque intitulé Politiques de la vie : Crises et critique.

La santé publique est un domaine de l’action publique qui nous est devenu familier à travers les politiques de veille sanitaire des infections et de sécurité sanitaire des aliments, les programmes de dépistage et de prévention des maladies, les calendriers vaccinaux et la médecine scolaire. Elle est aussi une discipline qui fait appel aux savoirs de l’épidémiologie, de la biologie, de l’économie, de la gestion, du droit, de la science politique, et parfois de la sociologie et de l’anthropologie, qui a son enseignement universitaire, ses écoles spécialisées, ses revues scientifiques, ses ouvrages de référence. On n’imagine guère aujourd’hui, dans le monde, un gouvernement qui ne ferait pas de la santé publique une de ses préoccupations majeures ou une faculté de médecine où elle n’aurait pas sa place. 

Mais elle n’a pas toujours existé. On peut en faire l’histoire, et même la généalogie. En effet, bien qu’il soit possible d’en retracer des précédents jusque dans l’empire romain, avant notre ère, ou encore dans l’empire inca, avant la colonisation espagnole, on fait souvent remonter son essor à la réponse apportée aux épidémies de peste à la fin du Moyen Âge, avec la création de comités sanitaires visant à prévenir l’extension de la maladie et progressivement dotés de prérogatives de plus en plus larges, notamment en Italie du nord, et surtout, à partir de la fin du dix-huitième siècle, à la naissance d’un savoir propre, avec l’hygiène publique, la statistique morale et l’arithmétique politique, et d’une organisation spécifique, d’abord locale, puis nationale, et enfin internationale. Ce serait toutefois une erreur de considérer cette généalogie définitivement établie et cette histoire parfaitement linéaire. Il est des embranchements multiples qui font se côtoyer des pratiques déjà anciennes et d’autres faisant appel aux technologies les plus sophistiquées : des centres municipaux de santé aux Centers for Disease Control, il y a beaucoup de demeures dans la maison de la santé publique.

Le point commun de toutes ces pratiques ou de toutes ces demeures est qu’elles constituent un gouvernement de la vie, c’est-à-dire un mode d’intervention sur des populations ou sur des individus en tant qu’ils appartiennent à une population, avec pour objectif principal de promouvoir tout ce qui peut assurer une prolongation ou une amélioration de l’existence physique et, par extension, psychique. Mais ce qui prolonge ou améliore l’existence va bien au-delà du domaine de la médecine curative et même préventive. La santé publique, en tant que gouvernement de la vie, est sans cesse confrontée aux limites de ses compétences et de ses prérogatives. Ainsi est-elle en permanence en redéfinition.

En quoi l’anthropologie peut-elle alors contribuer à une meilleure compréhension de ses enjeux, et notamment de ses enjeux politiques et moraux ? Porteuse d’un autre regard, elle autorise d’autres perspectives. Dire la santé publique autrement, tel est le projet de l'enseignement. Il s’agit notamment de montrer qu’elle peut être comprise, d’une part, comme une construction sociale, par laquelle certains problèmes sont constitués comme tels à travers un appareil statistique et traités précisément en fonction de la manière dont ils sont délimités et interprétés, et d’autre part, comme une production sociale, par laquelle un état donné de la société, et notamment des rapports de pouvoir et de richesse, des choix de priorités et de méthodes en matière de politiques, se traduit par une certain manifestation et une certaine distribution de ces problèmes. 

Penser la santé publique autrement implique aussi de prêter attention à ses points aveugles, ses faces cachées, voire ses domaines controversés. Ainsi, les frontières épistémiques sont-elles le lieu de confrontations entre l’expérience des malades et l’expertise des médecins, dans le cas de la maladie de Lyme ou le syndrome de la guerre du Golfe. Ainsi les thèses complotistes dévoilent-elles des blessures profondes d’une société, comme on l’a vu avec les tensions raciales et postcoloniales autour du sida. Ainsi encore, les crises éthiques surgissent-elles notamment lorsque des logiques mercantiles prennent le pas sur le bien commun, par exemple avec les scandales de l’industrie pharmaceutique. Mais la santé publique se donne aussi à voir avec une particulière acuité à ses marges, qui sont en particulier celles des populations reléguées, notamment des exilés et des prisonniers. 


Master


  • Savoirs en sociétés-Santé, médecine et questions sociales – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Sociologie – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
  • Sciences sociales-Pratiques de l'interdisciplinarité en sciences sociales – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
mbishop@ias.edu
Informations pratiques

personne à contacter : Munirah Bishop par courriel. 

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous.

Réception des candidats

sur rendez-vous.

Pré-requis

aucun.