UE376 - Histoire des sciences humaines et sociales
Lieu et planning
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-
Bâtiment EHESS-Condorcet
EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
Salle A327
annuel / bimensuel, vendredi 10:30-12:30
du 16 octobre 2026 au 23 avril 2027
Nombre de séances : 12- Vendredi 16/10/2026 (NB : MNHN, 43 rue Buffon 75005 Paris)
- Vendredi 30/10/2026
- Vendredi 13/11/2026
- Vendredi 27/11/2026
- Vendredi 11/12/2026
- Vendredi 08/01/2027
- Vendredi 22/01/2027
- Vendredi 05/02/2027
- Vendredi 26/02/2027
- Vendredi 12/03/2027
- Vendredi 26/03/2027
- Vendredi 23/04/2027
Description
Dernière modification : 16 oct. 2026 09:19:02
- Type d'UE
- Séminaires DR/CR
- Disciplines
- Histoire, Méthodes et techniques des sciences sociales, Philosophie et épistémologie
- Page web
- -
- Langues
- français
- Mots-clés
- Histoire des idées Histoire des sciences et des techniques Historiographie Méthodes et techniques des sciences sociales
- Aires culturelles
- Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
- Wolf Feuerhahn [référent·e] directeur de recherche, CNRS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)
- Serge Reubi maître de conférences, Muséum national d'histoire naturelle / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)
- Lucia Piccioni chargée de recherche, CNRS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)
Le séminaire Histoire des sciences humaines et sociales propose une approche volontairement généraliste du domaine. Les sciences humaines et sociales sont souvent appréhendées selon des historiographies disciplinaires. L’objectif du séminaire est de prendre du recul par rapport à ce type de perspective, en montrant que l’on peut faire par exemple une histoire des partages et des échanges entre science de l’homme, philosophie, médecine, littérature, sciences de la nature, etc. On s’attachera aux pratiques, aux savoirs, aux dénominations et aux acteurs à partir desquels s’est constitué et se constitue le projet d’édifier une ou des sciences prenant l’Homme et les humains comme objet. Soutenu par la Société française pour l’histoire des sciences de l'homme (SFHSH), ce séminaire est un forum de discussions sur les problématiques actuelles, sur les livres récemment parus, sur le statut et les usages des archives, sur les méthodes et les fonctions d’une approche historique des sciences qui prennent l’humain pour objet. Il s’adresse aux chercheurs, aux doctorants et aux étudiants de master en histoire des sciences et, plus largement, en sciences humaines et sociales.
Le séminaire est organisé par Wolf Feuerhahn, Clémentine Gutron, Lucia Piccioni, Serge Reubi et Nathalie Richard.
Vendredi 16 octobre 2026 (NB : MNHN, 43 rue Buffon 75005 Paris) : Onur Erdur (HU, Berlin), « L’École du Sud. Les racines coloniales de la French Theory »
Que se passe-t-il lorsque l’on déplace le regard de Paris ou de New York vers l’Afrique du Nord pour écrire l’histoire de la French Theory? Plusieurs des penseurs qui ont profondément marqué la pensée française de la seconde moitié du XXᵉ siècle (Bourdieu, Lyotard, Barthes, Foucault, Derrida, Cixous, Balibar et Rancière) ont vécu, enseigné, combattu ou travaillé dans les espaces coloniaux et postcoloniaux d’Afrique du Nord, notamment en Algérie, au Maroc et en Tunisie. À partir de leurs trajectoires, cette conférence propose de réinscrire certaines transformations majeures de leur pensée dans l’histoire de la colonisation et de la décolonisation. Il ne s’agit ni de réduire les œuvres à leurs expériences biographiques, ni d’établir une causalité simple entre expérience coloniale et production théorique, mais, à partir des perspectives élargies de l’histoire des idées et de l’histoire des savoirs, d’interroger ce que ces expériences ont fait à leurs manières de penser le sujet, l’identité, la différence, le pouvoir et l’universalité. Partant du constat que ce que nous (ou plutôt les universités américaines) appelons la « French Theory » est profondément traversé par des rencontres nombreuses et diverses avec la colonisation et la décolonisation, cette conférence est l’occasion de s’interroger sur le fait que cette dimension, pourtant manifeste, reste peu explorée dans les recherches consacrées à la «French Theory» et, plus largement, à l’histoire intellectuelle et à l’histoire des savoirs du XXᵉ siècle. Déplacer le regard vers l’Afrique du Nord ne revient donc pas seulement à ajouter un nouveau contexte à une histoire déjà établie. Il s’agit de reconsidérer les conditions historiques et géographiques dans lesquelles certaines des catégories fondamentales de la pensée française contemporaine ont été élaborées, transformées et mises à l’épreuve.
Vendredi 30 octobre 2026 : Fabrice Cahen (INED), « Les études d’isolats démographiques en France (1945-1970) : l’utopie d’une science pluridisciplinaire de l’Homme total »
Selon une idée encore répandue sur l’histoire des sciences humaines et sociales, la propension à expliquer le social par le social se serait imposée à la fin du XIXe siècle comme la « bonne façon » de patiquer ces disciplines. En réexaminant un chapitre à la fois connu et méconnu de l’histoire de la recherche française, cette présentation tentera d’éclairer la nature réelle d’un projet scientifique et biopolitique dont l’enquête collective de Plozévet (menée dans les années 1960) fut la concrétisation. On reviendra sur le lien entre cette enquête et la « science des problèmes humains », développée sous Vichy dans le cadre de la Fondation française pour l’étude des problèmes humains d’Alexis Carrel. On analysera comment la nécessité de relégitimer l’eugénisme et de reformuler la thématique raciale a pu favoriser une hybridation pluridisciplinaire originale empruntant à l’anthropologie, à la démographie et à la toute jeune génétique des populations. On se demandera enfin ce que cette entreprise pluridisciplinaire nous apprend du consensus encore massif, dans les décennies d’après-guerre, quant à l’indissociabilité de l’Homme social et de l’Homme biologique ; consensus qui n’exclut pas de vives concurrences autour de la définition même de l’anthropologie et des sciences de l’Homme.
Vendredi 13 novembre 2026 : Chloé Rosner (LAM/Les Afriques dans le monde), « Histoires et politiques d'archives de l'archéologie et du patrimoine de la Palestine du XIXe siècle à 1948 »
Les traces matérielles du passé de la Palestine suscitent l’intérêt non seulement des archéologues, mais aussi de voyageurs, collecteurs d'antiquités, religieux, militaires ou diplomates depuis le XIXe siècle. Leurs collections et leurs études, ainsi que la mise en œuvre et le développement des fouilles, ont contribué à façonner science, savoirs et patrimoine archéologiques. D'abord réglementées par la législation ottomane, les activités archéologiques ont ensuite été placées sous l'autorité de l'administration du mandat britannique de 1920 à 1948, après une brève période de régime militaire.
Cette présentation porte sur l'histoire des différentes archives générées par l'exercice de l'archéologie en Palestine du XIXe siècle à 1948, parmi lesquelles : des archives de fouilles, des papiers administratifs, des registres de collections de musées ou d'établissements religieux. Après s'être penché sur leur production en tant que documents, on abordera ensuite le processus de leur archivage et les acteurs impliqués dans cette étape, ainsi que l’état actuel de leur conservation et leurs usages.
À travers ces approches, l’objectif est d'une part, de mettre en lumière la multiplicité des acteurs et des institutions impliqués dans la pratique de la science et la constitution d'un patrimoine archéologique. De l'autre, il s'agit aussi de démontrer le rôle joué par l'archive dans le façonnement de la science et de ses savoirs. Retracer et contextualiser le parcours de cette documentation hétérogène permet également d’examiner, sur la longue durée, les enjeux liés à l'archéologie, le patrimoine, ainsi que les passés et les mémoires qui y sont associés
Vendredi 27 novembre 2026 : Jeanne Favret-Saada (CNRS, EPHE), « L'impossible famille Rivière. Retour sur un triple meurtre en 1835 »
Le 3 juin 1835, un jeune paysan normand, Pierre Rivière, égorge sa mère, sa sœur et son frère avant de s’enfuir. Arrêté le mois suivant, il rédige, dans l’attente de son jugement, un Mémoire d’une cinquantaine de feuillets pour expliquer son geste. Condamné à mort, puis gracié, c’est-à-dire emprisonné à vie, il se suicide dans sa cellule en 1840.
De cette affaire, il nous reste ce Mémoire très détaillé, redécouvert au début des années 1970 par Michel Foucault qui, entouré d’une petite équipe, en produisit l’édition. Jeanne Favret-Saada avait participé à cette entreprise éditoriale, qui se refusait à toute interprétation savante pour laisser la pleine page au jeune homme. Dans son nouvel ouvrage, L’impossible famille Rivière, l’anthropologue revient sur ce travail collectif, mais aussi sur les éléments interprétatifs alors produits. Contre l’interprétation qui réduit ce Mémoire à un discours psychotique, elle propose qu’on le soumette à une enquête qui conjoigne l’ethnologie et l’histoire. Elle examine ainsi les vingt-deux ans d’une vie familiale impossible, Victoire Rivière ayant refusé d’emblée la plupart des devoirs de l’épouse. Le mariage était alors régi par le Code civil napoléonien, pleinement confirmé par la coutume locale en matière de domination masculine. L’analyse serrée des péripéties rapportées par l’assassin montre alors les raisons de son geste meurtrier.
Vendredi 11 décembre 2026 : Isabelle Gouarné (CNRS/CRESPPA), « Psychiatrie réformatrice, « eugénique » et invention de l’État social (France, années 1920-1940) »
La France serait-elle restée allergique à l’eugénisme, ou du moins préservée de ses formes les plus radicales ? À partir des années 1990, une thèse historiographique s’est imposée, présentant le cas français comme l’exemple d’un eugénisme « latin », distinct des expériences dites « anglo-saxonnes », dont le nazisme constituerait le cas limite. C’est cette vulgate qu’on propose d’interroger en pointant ses limites méthodologiques et ses angles morts empiriques.
Pour ce faire, la focale sera centrée sur les fractions réformatrices de la psychiatrie réunies autour d’Édouard Toulouse qui, durant l’entre-deux-guerres, se sont affirmées comme l’une des principales forces de promotion de la langue « eugénique », offrant ainsi un nouveau cadrage biomédical pour penser le « social ». En quoi cette « problématisation » contribua-t-elle à la révolution symbolique qui accompagna l’invention de l’État social dans le premier XXe siècle ? Par quelles médiations fut-elle reprise au sommet de l’État et avec quels effets ?Aborder ces questions permettra de proposer un nouveau regard sur les tensions constitutives de l’État social, pris entre des dynamiques d’inclusion démocratique et une exigence de normalisation des comportements et des individus.
Vendredi 8 janvier 2027 : Ioana Popa (CNRS, Institut des sciences sociales du politique), « Un “moment” de construction des “études aréales” en France. Une enquête de sociologie historique et politique des savoirs »
Une doxa savante, étayée par une partie de l’historiographie, identifie quasi exclusivement l’institutionnalisation des études sur les « aires culturelles » en France à partir du milieu des années 1950 à la VIe Section de l’EPHE et à sa Division des aires culturelles. Cette communication entend mieux comprendre la place que cette institution occupe – à travers les individus qui promeuvent les études sur les « aires culturelles » et s’en revendiquent – au regard et en lien avec d’autres acteurs institutionnels engagés dans l'analyse d'aires étrangères définies selon des critères pluriels. C’est notamment le cas de l’IEP et de la FNSP (en particulier de son Centre d’études des relations internationales) et de Langues O. Ceci explique le recours à l’expression « études aréales », convention de langage et anachronisme assumé permettant de suspendre, à des fins analytiques, le choix entre les appellations indigènes servant à désigner ces études. L’enquête cherche ainsi à saisir les conditions de possibilité de cette construction, en examinant différentes politiques scientifiques et configurations internationales, les financements et les rapports aux diplomaties scientifiques étatiques et philanthropiques qui y ont contribué. Elle appréhende ces conditions également à partir des propriétés sociales et professionnelles des individus qui y prennent part, lesquelles n’ont pas fait jusqu’ici l’objet d’un examen systématique. Elle interroge ainsi l’hypothèse d’une voie européenne dans ce domaine de savoir, plutôt qu’une simple transposition des area studies américaines.
Vendredi 22 janvier 2027 : Arnaud Nanta (CNRS/Institut d'Asie Orientale), « L'histoire des sciences humaines et sociales japonaises en contexte colonial à Taiwan et en Corée (1895-1945) »
Cette intervention reviendra sur nos travaux à propos de l'histoire de l'archéologie, de l'anthropologie, des sciences historiques et du droit en contexte colonial à Taiwan (annexée en 1895) et en Corée (protectorat en 1905, annexée en 1910). Les savoirs coloniaux japonais se sont déployés suivant plusieurs périodes, d'abord via des missions organisées par les universités impériales de métropole, puis au travers d'experts travaillant pour les deux gouvernements-généraux, enfin au travers de deux universités impériales des colonies mises en place à Keijō (Seoul) et à Taihoku (Taipei). Cette présentation évoquera les chronologies de la recherche dans les disciplines étudiées ainsi que leurs caractéristiques, et s'attachera à discuter des profils des chercheurs et experts. Seront également présentés les historiographies ainsi que les corpus documentaires.
Vendredi 5 février 2027 : Félix Barancy (Université de Lorraine, LISEC), « L’institution morale des sciences humaines : expertises philosophiques dans la France du XIXe siècle »
L’étude de l’institution des disciplines s’intéresse généralement aux processus sociaux d’élaboration d’une identité commune et/ou à la structuration d’un système d’échanges multigénérationnels et multilatéraux, notamment au sein des universités. L’institution de métadisciplines demeure, quant à elle, un phénomène peu interrogé. Or cette échelle d’analyse permet aussi d’observer la production d’une épistémologie politique qui s’appuie elle-même sur des savoirs disciplinaires. Étudier ces processus généraux permet donc de mettre en évidence d’autres espaces et modes d’institutionnalisation des disciplines, ici à partir du cas de la philosophie. J’étudierai plus particulièrement l’investissement des philosophes français du XIXe siècle dans la production de catégories morales pour l’action publique, notamment en remplissant des missions d’expertise, en me fondant sur un corpus d’archives administratives peu considérées en histoire des savoirs.
Vendredi 12 février 2027 : Intersemestre
Vendredi 26 février 2027 : Isabelle Lacoue-Labarthe (Sciences Po Toulouse/laboratoire Framespa-UT2J Toulouse), « L’ego-histoire au prisme du genre, France XXe-XXIe siècle »
L’ego-histoire, au sens générique, est devenue une pratique courante des historien·nes, depuis la fin des années 1980. Elle constitue un matériau riche et original dans l’étude de la communauté historienne française, sous différents angles (historiographique, sociologique, épistémologique, etc.). On s’intéressera ici tout particulièrement à la manière dont le genre traverse ces récits : le genre détermine-t-il la manière dont un·e historien·ne se raconte ? En quoi cela renvoie-t-il aux asymétries de genre de la profession ? L’approche par le genre permet-elle de mettre en évidence des ruptures, une périodisation à la fois de l’écriture de soi et de la profession historiennes ? Telles sont quelques-unes des questions que cette communication se propose d’explorer.
Vendredi 12 mars 2027 : Maddalena Cataldi (CNRS, LAHRA), « Préhistoire fasciste : dimensions nationalistes et internationalistes des recherches sur l’origine de l’humanité dans la Rome fasciste »
Ma présentation étudiera le développement de l’archéologie du paléolithique en tant que domaine de recherche dans l’Italie fasciste. Essayant de dépasser l'association historiographique traditionnelle entre archéologie et nationalisme, elle vise à ouvrir une perspective internationale sur les conditions qui ont façonné le développement scientifique d'un « paradigme de l'Homo sapiens » sous le fascisme. Pour ce faire elle se concentre sur la Rome de l’entre-deux-guerres, à la fois capitale et vitrine internationale de la culture italienne sous le régime fasciste. Considérant le rôle crucial du Vatican en tant que vecteur de l’internationalisation du projet fasciste, mon propos examine la co-construction du paradigme universaliste de l’Homo sapiens dans le contexte des années 1920 à 1940.
Vendredi 26 mars 2027 : Séance travaux doctoraux en cours :
- Manuel Borras (SPHERE, Université Paris Cité), « L'Encyclopédie française. Une entreprise éditoriale scientifique et politique (1932-1966) »
- Joséphine Calas (CAK/PALOC, MNHN), « Les savoirs amateurs dans les collections textiles ethnographiques européennes. Questionner les relations de genre dans les collectes, collections et expositions d'objets textiles »
- Arno Porcier-Bertels (Temos, Université du Mans), « Archéologie et diplomatie en Mésopotamie, France-Allemagne (1850-1914) »
Vendredi 23 avril 2027 : Arnaud Hurel et Serge Reubi (MNHN), « Un monde d’impermanence : les collections et les musées de sciences humaines. Autour du numéro 49 de la Revue d'Histoire des Sciences humaines »
Master
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Séminaires de recherche
– Sciences sociales de la santé et des sciences - Histoire des sciences, des techniques et des savoirs
– M1/S1-S2-M2/S3-S4
Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
MCC – fiche de lecture
Renseignements
- Contacts additionnels
- -
- Informations pratiques
contactez: wolf.feuerhahn@cnrs.fr
- Direction de travaux des étudiants
Prendre contact avec l'un ou l'une des organisateurs/organisatrices du séminaire.
- Réception des candidats
sur rendez-vous
- Pré-requis
pas de pré-requis
Dernière modification : 16 oct. 2026 09:19:02
- Type d'UE
- Séminaires DR/CR
- Disciplines
- Histoire, Méthodes et techniques des sciences sociales, Philosophie et épistémologie
- Page web
- -
- Langues
- français
- Mots-clés
- Histoire des idées Histoire des sciences et des techniques Historiographie Méthodes et techniques des sciences sociales
- Aires culturelles
- Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
- Wolf Feuerhahn [référent·e] directeur de recherche, CNRS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)
- Serge Reubi maître de conférences, Muséum national d'histoire naturelle / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)
- Lucia Piccioni chargée de recherche, CNRS / Centre Alexandre-Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CAK)
Le séminaire Histoire des sciences humaines et sociales propose une approche volontairement généraliste du domaine. Les sciences humaines et sociales sont souvent appréhendées selon des historiographies disciplinaires. L’objectif du séminaire est de prendre du recul par rapport à ce type de perspective, en montrant que l’on peut faire par exemple une histoire des partages et des échanges entre science de l’homme, philosophie, médecine, littérature, sciences de la nature, etc. On s’attachera aux pratiques, aux savoirs, aux dénominations et aux acteurs à partir desquels s’est constitué et se constitue le projet d’édifier une ou des sciences prenant l’Homme et les humains comme objet. Soutenu par la Société française pour l’histoire des sciences de l'homme (SFHSH), ce séminaire est un forum de discussions sur les problématiques actuelles, sur les livres récemment parus, sur le statut et les usages des archives, sur les méthodes et les fonctions d’une approche historique des sciences qui prennent l’humain pour objet. Il s’adresse aux chercheurs, aux doctorants et aux étudiants de master en histoire des sciences et, plus largement, en sciences humaines et sociales.
Le séminaire est organisé par Wolf Feuerhahn, Clémentine Gutron, Lucia Piccioni, Serge Reubi et Nathalie Richard.
Vendredi 16 octobre 2026 (NB : MNHN, 43 rue Buffon 75005 Paris) : Onur Erdur (HU, Berlin), « L’École du Sud. Les racines coloniales de la French Theory »
Que se passe-t-il lorsque l’on déplace le regard de Paris ou de New York vers l’Afrique du Nord pour écrire l’histoire de la French Theory? Plusieurs des penseurs qui ont profondément marqué la pensée française de la seconde moitié du XXᵉ siècle (Bourdieu, Lyotard, Barthes, Foucault, Derrida, Cixous, Balibar et Rancière) ont vécu, enseigné, combattu ou travaillé dans les espaces coloniaux et postcoloniaux d’Afrique du Nord, notamment en Algérie, au Maroc et en Tunisie. À partir de leurs trajectoires, cette conférence propose de réinscrire certaines transformations majeures de leur pensée dans l’histoire de la colonisation et de la décolonisation. Il ne s’agit ni de réduire les œuvres à leurs expériences biographiques, ni d’établir une causalité simple entre expérience coloniale et production théorique, mais, à partir des perspectives élargies de l’histoire des idées et de l’histoire des savoirs, d’interroger ce que ces expériences ont fait à leurs manières de penser le sujet, l’identité, la différence, le pouvoir et l’universalité. Partant du constat que ce que nous (ou plutôt les universités américaines) appelons la « French Theory » est profondément traversé par des rencontres nombreuses et diverses avec la colonisation et la décolonisation, cette conférence est l’occasion de s’interroger sur le fait que cette dimension, pourtant manifeste, reste peu explorée dans les recherches consacrées à la «French Theory» et, plus largement, à l’histoire intellectuelle et à l’histoire des savoirs du XXᵉ siècle. Déplacer le regard vers l’Afrique du Nord ne revient donc pas seulement à ajouter un nouveau contexte à une histoire déjà établie. Il s’agit de reconsidérer les conditions historiques et géographiques dans lesquelles certaines des catégories fondamentales de la pensée française contemporaine ont été élaborées, transformées et mises à l’épreuve.
Vendredi 30 octobre 2026 : Fabrice Cahen (INED), « Les études d’isolats démographiques en France (1945-1970) : l’utopie d’une science pluridisciplinaire de l’Homme total »
Selon une idée encore répandue sur l’histoire des sciences humaines et sociales, la propension à expliquer le social par le social se serait imposée à la fin du XIXe siècle comme la « bonne façon » de patiquer ces disciplines. En réexaminant un chapitre à la fois connu et méconnu de l’histoire de la recherche française, cette présentation tentera d’éclairer la nature réelle d’un projet scientifique et biopolitique dont l’enquête collective de Plozévet (menée dans les années 1960) fut la concrétisation. On reviendra sur le lien entre cette enquête et la « science des problèmes humains », développée sous Vichy dans le cadre de la Fondation française pour l’étude des problèmes humains d’Alexis Carrel. On analysera comment la nécessité de relégitimer l’eugénisme et de reformuler la thématique raciale a pu favoriser une hybridation pluridisciplinaire originale empruntant à l’anthropologie, à la démographie et à la toute jeune génétique des populations. On se demandera enfin ce que cette entreprise pluridisciplinaire nous apprend du consensus encore massif, dans les décennies d’après-guerre, quant à l’indissociabilité de l’Homme social et de l’Homme biologique ; consensus qui n’exclut pas de vives concurrences autour de la définition même de l’anthropologie et des sciences de l’Homme.
Vendredi 13 novembre 2026 : Chloé Rosner (LAM/Les Afriques dans le monde), « Histoires et politiques d'archives de l'archéologie et du patrimoine de la Palestine du XIXe siècle à 1948 »
Les traces matérielles du passé de la Palestine suscitent l’intérêt non seulement des archéologues, mais aussi de voyageurs, collecteurs d'antiquités, religieux, militaires ou diplomates depuis le XIXe siècle. Leurs collections et leurs études, ainsi que la mise en œuvre et le développement des fouilles, ont contribué à façonner science, savoirs et patrimoine archéologiques. D'abord réglementées par la législation ottomane, les activités archéologiques ont ensuite été placées sous l'autorité de l'administration du mandat britannique de 1920 à 1948, après une brève période de régime militaire.
Cette présentation porte sur l'histoire des différentes archives générées par l'exercice de l'archéologie en Palestine du XIXe siècle à 1948, parmi lesquelles : des archives de fouilles, des papiers administratifs, des registres de collections de musées ou d'établissements religieux. Après s'être penché sur leur production en tant que documents, on abordera ensuite le processus de leur archivage et les acteurs impliqués dans cette étape, ainsi que l’état actuel de leur conservation et leurs usages.
À travers ces approches, l’objectif est d'une part, de mettre en lumière la multiplicité des acteurs et des institutions impliqués dans la pratique de la science et la constitution d'un patrimoine archéologique. De l'autre, il s'agit aussi de démontrer le rôle joué par l'archive dans le façonnement de la science et de ses savoirs. Retracer et contextualiser le parcours de cette documentation hétérogène permet également d’examiner, sur la longue durée, les enjeux liés à l'archéologie, le patrimoine, ainsi que les passés et les mémoires qui y sont associés
Vendredi 27 novembre 2026 : Jeanne Favret-Saada (CNRS, EPHE), « L'impossible famille Rivière. Retour sur un triple meurtre en 1835 »
Le 3 juin 1835, un jeune paysan normand, Pierre Rivière, égorge sa mère, sa sœur et son frère avant de s’enfuir. Arrêté le mois suivant, il rédige, dans l’attente de son jugement, un Mémoire d’une cinquantaine de feuillets pour expliquer son geste. Condamné à mort, puis gracié, c’est-à-dire emprisonné à vie, il se suicide dans sa cellule en 1840.
De cette affaire, il nous reste ce Mémoire très détaillé, redécouvert au début des années 1970 par Michel Foucault qui, entouré d’une petite équipe, en produisit l’édition. Jeanne Favret-Saada avait participé à cette entreprise éditoriale, qui se refusait à toute interprétation savante pour laisser la pleine page au jeune homme. Dans son nouvel ouvrage, L’impossible famille Rivière, l’anthropologue revient sur ce travail collectif, mais aussi sur les éléments interprétatifs alors produits. Contre l’interprétation qui réduit ce Mémoire à un discours psychotique, elle propose qu’on le soumette à une enquête qui conjoigne l’ethnologie et l’histoire. Elle examine ainsi les vingt-deux ans d’une vie familiale impossible, Victoire Rivière ayant refusé d’emblée la plupart des devoirs de l’épouse. Le mariage était alors régi par le Code civil napoléonien, pleinement confirmé par la coutume locale en matière de domination masculine. L’analyse serrée des péripéties rapportées par l’assassin montre alors les raisons de son geste meurtrier.
Vendredi 11 décembre 2026 : Isabelle Gouarné (CNRS/CRESPPA), « Psychiatrie réformatrice, « eugénique » et invention de l’État social (France, années 1920-1940) »
La France serait-elle restée allergique à l’eugénisme, ou du moins préservée de ses formes les plus radicales ? À partir des années 1990, une thèse historiographique s’est imposée, présentant le cas français comme l’exemple d’un eugénisme « latin », distinct des expériences dites « anglo-saxonnes », dont le nazisme constituerait le cas limite. C’est cette vulgate qu’on propose d’interroger en pointant ses limites méthodologiques et ses angles morts empiriques.
Pour ce faire, la focale sera centrée sur les fractions réformatrices de la psychiatrie réunies autour d’Édouard Toulouse qui, durant l’entre-deux-guerres, se sont affirmées comme l’une des principales forces de promotion de la langue « eugénique », offrant ainsi un nouveau cadrage biomédical pour penser le « social ». En quoi cette « problématisation » contribua-t-elle à la révolution symbolique qui accompagna l’invention de l’État social dans le premier XXe siècle ? Par quelles médiations fut-elle reprise au sommet de l’État et avec quels effets ?Aborder ces questions permettra de proposer un nouveau regard sur les tensions constitutives de l’État social, pris entre des dynamiques d’inclusion démocratique et une exigence de normalisation des comportements et des individus.
Vendredi 8 janvier 2027 : Ioana Popa (CNRS, Institut des sciences sociales du politique), « Un “moment” de construction des “études aréales” en France. Une enquête de sociologie historique et politique des savoirs »
Une doxa savante, étayée par une partie de l’historiographie, identifie quasi exclusivement l’institutionnalisation des études sur les « aires culturelles » en France à partir du milieu des années 1950 à la VIe Section de l’EPHE et à sa Division des aires culturelles. Cette communication entend mieux comprendre la place que cette institution occupe – à travers les individus qui promeuvent les études sur les « aires culturelles » et s’en revendiquent – au regard et en lien avec d’autres acteurs institutionnels engagés dans l'analyse d'aires étrangères définies selon des critères pluriels. C’est notamment le cas de l’IEP et de la FNSP (en particulier de son Centre d’études des relations internationales) et de Langues O. Ceci explique le recours à l’expression « études aréales », convention de langage et anachronisme assumé permettant de suspendre, à des fins analytiques, le choix entre les appellations indigènes servant à désigner ces études. L’enquête cherche ainsi à saisir les conditions de possibilité de cette construction, en examinant différentes politiques scientifiques et configurations internationales, les financements et les rapports aux diplomaties scientifiques étatiques et philanthropiques qui y ont contribué. Elle appréhende ces conditions également à partir des propriétés sociales et professionnelles des individus qui y prennent part, lesquelles n’ont pas fait jusqu’ici l’objet d’un examen systématique. Elle interroge ainsi l’hypothèse d’une voie européenne dans ce domaine de savoir, plutôt qu’une simple transposition des area studies américaines.
Vendredi 22 janvier 2027 : Arnaud Nanta (CNRS/Institut d'Asie Orientale), « L'histoire des sciences humaines et sociales japonaises en contexte colonial à Taiwan et en Corée (1895-1945) »
Cette intervention reviendra sur nos travaux à propos de l'histoire de l'archéologie, de l'anthropologie, des sciences historiques et du droit en contexte colonial à Taiwan (annexée en 1895) et en Corée (protectorat en 1905, annexée en 1910). Les savoirs coloniaux japonais se sont déployés suivant plusieurs périodes, d'abord via des missions organisées par les universités impériales de métropole, puis au travers d'experts travaillant pour les deux gouvernements-généraux, enfin au travers de deux universités impériales des colonies mises en place à Keijō (Seoul) et à Taihoku (Taipei). Cette présentation évoquera les chronologies de la recherche dans les disciplines étudiées ainsi que leurs caractéristiques, et s'attachera à discuter des profils des chercheurs et experts. Seront également présentés les historiographies ainsi que les corpus documentaires.
Vendredi 5 février 2027 : Félix Barancy (Université de Lorraine, LISEC), « L’institution morale des sciences humaines : expertises philosophiques dans la France du XIXe siècle »
L’étude de l’institution des disciplines s’intéresse généralement aux processus sociaux d’élaboration d’une identité commune et/ou à la structuration d’un système d’échanges multigénérationnels et multilatéraux, notamment au sein des universités. L’institution de métadisciplines demeure, quant à elle, un phénomène peu interrogé. Or cette échelle d’analyse permet aussi d’observer la production d’une épistémologie politique qui s’appuie elle-même sur des savoirs disciplinaires. Étudier ces processus généraux permet donc de mettre en évidence d’autres espaces et modes d’institutionnalisation des disciplines, ici à partir du cas de la philosophie. J’étudierai plus particulièrement l’investissement des philosophes français du XIXe siècle dans la production de catégories morales pour l’action publique, notamment en remplissant des missions d’expertise, en me fondant sur un corpus d’archives administratives peu considérées en histoire des savoirs.
Vendredi 12 février 2027 : Intersemestre
Vendredi 26 février 2027 : Isabelle Lacoue-Labarthe (Sciences Po Toulouse/laboratoire Framespa-UT2J Toulouse), « L’ego-histoire au prisme du genre, France XXe-XXIe siècle »
L’ego-histoire, au sens générique, est devenue une pratique courante des historien·nes, depuis la fin des années 1980. Elle constitue un matériau riche et original dans l’étude de la communauté historienne française, sous différents angles (historiographique, sociologique, épistémologique, etc.). On s’intéressera ici tout particulièrement à la manière dont le genre traverse ces récits : le genre détermine-t-il la manière dont un·e historien·ne se raconte ? En quoi cela renvoie-t-il aux asymétries de genre de la profession ? L’approche par le genre permet-elle de mettre en évidence des ruptures, une périodisation à la fois de l’écriture de soi et de la profession historiennes ? Telles sont quelques-unes des questions que cette communication se propose d’explorer.
Vendredi 12 mars 2027 : Maddalena Cataldi (CNRS, LAHRA), « Préhistoire fasciste : dimensions nationalistes et internationalistes des recherches sur l’origine de l’humanité dans la Rome fasciste »
Ma présentation étudiera le développement de l’archéologie du paléolithique en tant que domaine de recherche dans l’Italie fasciste. Essayant de dépasser l'association historiographique traditionnelle entre archéologie et nationalisme, elle vise à ouvrir une perspective internationale sur les conditions qui ont façonné le développement scientifique d'un « paradigme de l'Homo sapiens » sous le fascisme. Pour ce faire elle se concentre sur la Rome de l’entre-deux-guerres, à la fois capitale et vitrine internationale de la culture italienne sous le régime fasciste. Considérant le rôle crucial du Vatican en tant que vecteur de l’internationalisation du projet fasciste, mon propos examine la co-construction du paradigme universaliste de l’Homo sapiens dans le contexte des années 1920 à 1940.
Vendredi 26 mars 2027 : Séance travaux doctoraux en cours :
- Manuel Borras (SPHERE, Université Paris Cité), « L'Encyclopédie française. Une entreprise éditoriale scientifique et politique (1932-1966) »
- Joséphine Calas (CAK/PALOC, MNHN), « Les savoirs amateurs dans les collections textiles ethnographiques européennes. Questionner les relations de genre dans les collectes, collections et expositions d'objets textiles »
- Arno Porcier-Bertels (Temos, Université du Mans), « Archéologie et diplomatie en Mésopotamie, France-Allemagne (1850-1914) »
Vendredi 23 avril 2027 : Arnaud Hurel et Serge Reubi (MNHN), « Un monde d’impermanence : les collections et les musées de sciences humaines. Autour du numéro 49 de la Revue d'Histoire des Sciences humaines »
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Séminaires de recherche
– Sciences sociales de la santé et des sciences - Histoire des sciences, des techniques et des savoirs
– M1/S1-S2-M2/S3-S4
Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
MCC – fiche de lecture
- Contacts additionnels
- -
- Informations pratiques
contactez: wolf.feuerhahn@cnrs.fr
- Direction de travaux des étudiants
Prendre contact avec l'un ou l'une des organisateurs/organisatrices du séminaire.
- Réception des candidats
sur rendez-vous
- Pré-requis
pas de pré-requis
Attention !
Vous ne pourrez pas accéder à ce séminaire sans avoir préalablement déposé une demande via le lien suivant
(une demande est nécessaire pour chaque séminaire auquel vous souhaitez participer, merci de déposer la demande au plus tard 72 heures avant le début de la première séance) :
https://participations.ehess.fr/demandes/__nouvelle__?seminaire=376.
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Bâtiment EHESS-Condorcet
EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
Salle A327
annuel / bimensuel, vendredi 10:30-12:30
du 16 octobre 2026 au 23 avril 2027
Nombre de séances : 12- Vendredi 16/10/2026 (NB : MNHN, 43 rue Buffon 75005 Paris)
- Vendredi 30/10/2026
- Vendredi 13/11/2026
- Vendredi 27/11/2026
- Vendredi 11/12/2026
- Vendredi 08/01/2027
- Vendredi 22/01/2027
- Vendredi 05/02/2027
- Vendredi 26/02/2027
- Vendredi 12/03/2027
- Vendredi 26/03/2027
- Vendredi 23/04/2027