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UE300 - Nos autres morts


Lieu et planning


  • Campus Condorcet (bât. Recherche Sud)
    Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    Salle 3.122 (bât. Recherche Sud, 5 cours des Humanités)
    annuel / mensuel (2e), lundi 09:00-11:00
    du 9 novembre 2026 au 14 juin 2027
    Nombre de séances : 7


Description


Dernière modification : 17 juin 2026 16:56:30

Type d'UE
Ateliers de doctorants
Centres
Institut des mondes africains (IMAF)
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
L’enseignement est uniquement dispensé dans cette langue.
Mots-clés
Anthropologie Mort Religieux (sciences sociales du)
Aires culturelles
Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Céliende Lebon [référent·e]   doctorante, EHESS / Institut des mondes africains (IMAF)

Les sociétés modernes tiennent des listes de leurs morts. Sur les monuments, dans les communiqués officiels d'une épidémie comme celle du Covid-19, dans les minutes de silence, mais aussi désormais sur les murs Facebook qui restent « à vie », ou dans les groupes WhatsApp des villages. Cette activité obstinée, à la fois bureaucratique, rituelle et numérique, a un envers. À côté de ceux et celles qu'on compte précisément, il y a ceux et celles qu'on dénombre approximativement (comme les corps repêchés en Méditerranée, recensés par des ONG faute d'État), ceux et celles qu'on enterre sans stèle, ceux et celles dont les proches attendent une dépouille qui ne reviendra pas, ou ceux et celles qui n'apparaissent dans aucun registre collectif officiel. Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils et elles n'appartiennent à aucun « nous » : le plus souvent, ils et elles relèvent de collectifs alternatifs, minoritaires, parfois clandestins, qui les revendiquent depuis les marges.

L'atelier voudrait travailler ces seuils différentiels de visibilité à partir d'une question simple à formuler et difficile à tenir : qu'est-ce qui fait qu'un défunt devient nôtre, et que produit, en retour, le travail de devenir le « nôtre » de quelqu'un ? Lorsqu'un État parle de « nos soldats tombés », ou une famille de « notre disparu », le possessif n'enregistre pas un lien préexistant : il l'institue, il le rend public, il le rend opposable. Inversement, les morts qui ne trouvent preneur dans aucun « nous » dominant sont l'objet d'une opération qui les soustrait aux revendications majoritaires, tout en ouvrant, par ce manque même, l'espace d'autres pratiques.

Nous voudrions saisir ce travail dans son épaisseur, en tenant ensemble trois mouvements. Un mouvement de soustraction, d'abord, par lequel certaines morts sont inscrites dans des catégories administratives qui les neutralisent (les « non-identifiés », les « anonymes »). Un mouvement de réappropriation, ensuite, par lequel des proches, des collectifs minoritaires, des diasporas ou des mouvements politiques reprennent ces défunts à l'opération qui les a soustraits. Et un mouvement de création, enfin, par lequel le moment liminaire qu'ouvre la mort, surtout lorsqu'elle est éloignée, retenue ou dépourvue de corps, devient catalyseur de pratiques nouvelles : rituels recomposés, hommages numériques durables, capacités d'agir reconstituées du côté des survivants et des survivantes. Nous verrons ce que la mort, en tant qu'événement social et biologique, permet de faire.

Les sciences sociales de la mort se sont historiquement organisées autour des rites funéraires, du deuil individuel ou de la biopolitique des populations. La question de savoir comment des collectifs s'approprient symboliquement certains défunts, en laissent d'autres au seuil de la visibilité, et comment ces opérations engendrent à leur tour des reprises et de nouvelles capacités d'agir, reste dispersée entre des espaces de recherche qui se parlent peu : migrations, conflits armés, sorties de dictature, diasporas, anthropologie du numérique.

Cet atelier doctoral voudrait ouvrir les discussions autour de la mort en sciences sociales en assumant la rencontre, et parfois la friction productive, entre approches sociologiques et anthropologiques, et en réunissant des enquêtes situées dont la dissemblance même rend possible une grammaire comparée de ces appropriations collectives.

L'atelier est co-organisé et animé par Céliende Lebon (EHESS - IMAF) et A. Kaan Doğanok (MESOPOLHIS), qui en assureront la modération.
 

Les interventions sont en cours de confirmation auprès des intervenantes et intervenants.


Master


Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.


Renseignements


Contacts additionnels
k.doganok@gmail.com
Informations pratiques

Céliende Lebon ; Abdullah Kaan Doğanok

Direction de travaux des étudiants
-
Réception des candidats

Céliende Lebon ; Abdullah Kaan Doğanok

Pré-requis

Auncun

Dernière modification : 17 juin 2026 16:56:30

Type d'UE
Ateliers de doctorants
Centres
Institut des mondes africains (IMAF)
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
français
L’enseignement est uniquement dispensé dans cette langue.
Mots-clés
Anthropologie Mort Religieux (sciences sociales du)
Aires culturelles
Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Céliende Lebon [référent·e]   doctorante, EHESS / Institut des mondes africains (IMAF)

Les sociétés modernes tiennent des listes de leurs morts. Sur les monuments, dans les communiqués officiels d'une épidémie comme celle du Covid-19, dans les minutes de silence, mais aussi désormais sur les murs Facebook qui restent « à vie », ou dans les groupes WhatsApp des villages. Cette activité obstinée, à la fois bureaucratique, rituelle et numérique, a un envers. À côté de ceux et celles qu'on compte précisément, il y a ceux et celles qu'on dénombre approximativement (comme les corps repêchés en Méditerranée, recensés par des ONG faute d'État), ceux et celles qu'on enterre sans stèle, ceux et celles dont les proches attendent une dépouille qui ne reviendra pas, ou ceux et celles qui n'apparaissent dans aucun registre collectif officiel. Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils et elles n'appartiennent à aucun « nous » : le plus souvent, ils et elles relèvent de collectifs alternatifs, minoritaires, parfois clandestins, qui les revendiquent depuis les marges.

L'atelier voudrait travailler ces seuils différentiels de visibilité à partir d'une question simple à formuler et difficile à tenir : qu'est-ce qui fait qu'un défunt devient nôtre, et que produit, en retour, le travail de devenir le « nôtre » de quelqu'un ? Lorsqu'un État parle de « nos soldats tombés », ou une famille de « notre disparu », le possessif n'enregistre pas un lien préexistant : il l'institue, il le rend public, il le rend opposable. Inversement, les morts qui ne trouvent preneur dans aucun « nous » dominant sont l'objet d'une opération qui les soustrait aux revendications majoritaires, tout en ouvrant, par ce manque même, l'espace d'autres pratiques.

Nous voudrions saisir ce travail dans son épaisseur, en tenant ensemble trois mouvements. Un mouvement de soustraction, d'abord, par lequel certaines morts sont inscrites dans des catégories administratives qui les neutralisent (les « non-identifiés », les « anonymes »). Un mouvement de réappropriation, ensuite, par lequel des proches, des collectifs minoritaires, des diasporas ou des mouvements politiques reprennent ces défunts à l'opération qui les a soustraits. Et un mouvement de création, enfin, par lequel le moment liminaire qu'ouvre la mort, surtout lorsqu'elle est éloignée, retenue ou dépourvue de corps, devient catalyseur de pratiques nouvelles : rituels recomposés, hommages numériques durables, capacités d'agir reconstituées du côté des survivants et des survivantes. Nous verrons ce que la mort, en tant qu'événement social et biologique, permet de faire.

Les sciences sociales de la mort se sont historiquement organisées autour des rites funéraires, du deuil individuel ou de la biopolitique des populations. La question de savoir comment des collectifs s'approprient symboliquement certains défunts, en laissent d'autres au seuil de la visibilité, et comment ces opérations engendrent à leur tour des reprises et de nouvelles capacités d'agir, reste dispersée entre des espaces de recherche qui se parlent peu : migrations, conflits armés, sorties de dictature, diasporas, anthropologie du numérique.

Cet atelier doctoral voudrait ouvrir les discussions autour de la mort en sciences sociales en assumant la rencontre, et parfois la friction productive, entre approches sociologiques et anthropologiques, et en réunissant des enquêtes situées dont la dissemblance même rend possible une grammaire comparée de ces appropriations collectives.

L'atelier est co-organisé et animé par Céliende Lebon (EHESS - IMAF) et A. Kaan Doğanok (MESOPOLHIS), qui en assureront la modération.
 

Les interventions sont en cours de confirmation auprès des intervenantes et intervenants.

Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.

Contacts additionnels
k.doganok@gmail.com
Informations pratiques

Céliende Lebon ; Abdullah Kaan Doğanok

Direction de travaux des étudiants
-
Réception des candidats

Céliende Lebon ; Abdullah Kaan Doğanok

Pré-requis

Auncun

  • Campus Condorcet (bât. Recherche Sud)
    Cours des humanités 93300 Aubervilliers
    Salle 3.122 (bât. Recherche Sud, 5 cours des Humanités)
    annuel / mensuel (2e), lundi 09:00-11:00
    du 9 novembre 2026 au 14 juin 2027
    Nombre de séances : 7