UE95 - Connaissance, ignorance et désinformation


Lieu et planning


  • Institut Jean-Nicod
    29 rue d'Ulm 75005 Paris
    1er semestre / hebdomadaire, lundi 14:30-16:30
    du 6 octobre 2025 au 15 décembre 2025
    Nombre de séances : 12


Description


Dernière modification : 29 avr. 2025 11:41:00

Type d'UE
Séminaires DR/CR
Disciplines
Philosophie et épistémologie
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Épistémologie Philosophie analytique Philosophie politique Philosophie sociale
Aires culturelles
Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Gloria Origgi [référent·e]   directrice de recherche, CNRS / Institut Jean-Nicod (IJN)

1. De quoi parle-t-on quand on parle de vérité ? Depuis une dizaine d’années, le mot « vérité » est devenu un protagoniste du discours politique : on parle de fin de la vérité, de post-vérité, d’un besoin de retour de la vérité en politique. Cette nostalgie pour la vérité est mal placée. La vérité n’a jamais été une notion politique et il est peut-être temps qu’elle le devienne. Mais qu’est-ce que la vérité ? Comment la définir ? Comment la vérité se construit-elle dans une société ?

2. De quoi parle-t-on quand on parle d’information ? La vérité est un concept ancien. L’information est une notion plus moderne, qui a commencé à être utilisée vers les années quarante du siècle dernier. Les deux notions sont liées, et sont souvent confondues. Qu’est-ce que l’information ? C’est une quantité, pas seulement une qualité, comme la vérité. Elle mesure la réduction d’incertitude que la production d’un événement comporte. L’information est-elle toujours vraie ? Les avis divergent sur ce point : un chat en peluche, bien que ce soit un faux chat, contient une certaine information sur les chats. Comprendre ce qu’est l’information est fondamental pour définir quel est le risque de la désinformation. 

3. La nouvelle ère de la désinformation. En 2024, le Forum économique mondial a classé la désinformation comme le risque mondial le plus important, plus grave et urgent que le changement climatique. Pourtant, la définition de la désinformation ne fait pas consensus, et l’impact de la désinformation est difficile à mesurer. Les sources de désinformation reconnues sont fréquentées par de très faibles pourcentages du public. Beaucoup de désinformation circule sur les réseaux sociaux à différents niveaux : parfois, il s’agit de véritables fake news, c’est-à-dire de faux montages de textes et d’images qui disent le faux. D’autres fois, il s’agit d’informations qui circulent hors contexte et peuvent prendre des significations différentes et contradictoires. D’autres fois encore, il s’agit d’informations qui ne sont pas proprement fausses, mais d’une qualité si basse qu’elles peuvent s’avérer contre-productives. Définir ce qu’est la désinformation est la première étape pour réussir à la combattre. 

4. Vérité et liberté d’expression De quelle quantité de vérité la démocratie a-t-elle besoin ? Au fond, la politique est une question d’opinions et brandir la vérité a souvent semblé un moyen de faire taire ceux qui pensent différemment. John Stuart Mill, dans son célèbre essai De la liberté, soutenait que la circulation d’informations fausses n’est pas en soi un risque politique, bien au contraire : elle nous oblige à renforcer les raisons que nous avons de croire ce que nous croyons vrai, elle nous oblige à prendre des responsabilités sur nos vérités, qui sont souvent acquises grâce à l’autorité de quelque expert ou acceptées parce que conformes à nos idéologies. Quelle quantité de fausseté et de désinformation peut circuler dans une société libre sans que ses principes de coexistence ne s’effondrent ? Comment concilier la liberté d’expression avec l’exigence de vérité ? 

5. La vérité ne suffit pas : confiance, pertinence, réputation et impact. La désinformation est-elle créée uniquement par le manque de vérité ? La notion de vérité sur laquelle nous sommes si focalisés aujourd’hui ne semble pas suffisante pour comprendre les dynamiques informationnelles qui créent désordre et ignorance. Elon Musk a modifié l’algorithme de son réseau social X de manière à s’assurer que ses posts soient vus par tous. Il ne dit pas nécessairement le faux, mais il a augmenté de manière impressionnante l’impact de ce qu’il dit. Beaucoup des « vérités » auxquelles nous croyons dépendent de la confiance que nous accordons à ceux qui les prononcent. La réputation d’une institution (un journal, un site, une université) est fondamentale pour sa crédibilité. La pertinence d’un message dans un certain contexte peut influencer la perception de la vérité ou de la fausseté de ce message. Toutes ces notions sont fondamentales pour comprendre comment se crée la désinformation et comment la combattre, peut-être plus fondamentales que la notion de vérité elle-même. 

6. La vérité est une ressource collective L’aspect le plus important de la vérité est que personne ne la produit seul. La recherche de la vérité, dans la science, dans l’histoire, est une entreprise collective qui a des méthodologies et des procédures qui permettent d’arriver à un consensus. Il existe des institutions épistémiques qui favorisent la production de vérité et d’autres qui la défavorisent. Un projet comme Wikipédia, avec ses limites et ses erreurs, est un projet qui permet, à travers son design collaboratif, d’augmenter la connaissance dans le monde entier. Un projet comme X ou Facebook a le résultat opposé. Le problème de la désinformation est plus dans le contexte que dans le message. Pour avoir des vérités collectives, pour augmenter la connaissance de tous, il faut des institutions collectives conçues pour maximiser la qualité de l’information. Quelles nouvelles institutions nous garantissent la survie cognitive ?

SYLLABUS

Introduction

Les sources de la connaissance et de l’ignorance

Texte : K. Popper On the Sources of Knowledge and Ignorance, 1960

Le public fantôme

Texte : B. Latour, introduction à l’édition française de Walter Lipmann, Le public fantôme

Qu’est-ce que la désinformation ?

Texte : M. Simion, « Knowledge and Disinformation”, Episteme, 2023.

Désinformation et liberté d’expression

Texte : J.S. Mill On Freedom, ch. 2

Qui contrôle la vérité ? Démocratie et technocratie

Texte : D. Williams « Citizens, experts and democracy” 2025

L’épistémologie des fake news

Texte : J. Lackey : “Echo chambers, Fake News and Social Epistemology”

Comment se défendre de la désinformation

 A. Margalit On Manipulation, extraits

Alice Dérobert : Second-order evidence ? Authority ? Deference ?

Jason Stanley: The Politics of Language

Santiago Favière-Prado : Epistocratie ?

Conclusions


Master


  • Séminaires de recherche – Philosophie - Philosophie sociale et politique – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
derobertalice@gmail.com
Informations pratiques

Alice Desrobert, doctorante à l'EHESS participera à l'organisation du séminaire.

Direction de travaux des étudiants

Les responsables du séminaire sont en contact avec les étudiants tout au long di séminaire et aident à sélectionner un sujet qui fera l'objet d'une présentation finale et d'un texte de 300 mots à rendre après la fin du séminaire.

Réception des candidats

Contactez moi par email

Pré-requis

La langue anglaise est requise

Dernière modification : 29 avr. 2025 11:41:00

Type d'UE
Séminaires DR/CR
Disciplines
Philosophie et épistémologie
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Épistémologie Philosophie analytique Philosophie politique Philosophie sociale
Aires culturelles
Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
  • Gloria Origgi [référent·e]   directrice de recherche, CNRS / Institut Jean-Nicod (IJN)

1. De quoi parle-t-on quand on parle de vérité ? Depuis une dizaine d’années, le mot « vérité » est devenu un protagoniste du discours politique : on parle de fin de la vérité, de post-vérité, d’un besoin de retour de la vérité en politique. Cette nostalgie pour la vérité est mal placée. La vérité n’a jamais été une notion politique et il est peut-être temps qu’elle le devienne. Mais qu’est-ce que la vérité ? Comment la définir ? Comment la vérité se construit-elle dans une société ?

2. De quoi parle-t-on quand on parle d’information ? La vérité est un concept ancien. L’information est une notion plus moderne, qui a commencé à être utilisée vers les années quarante du siècle dernier. Les deux notions sont liées, et sont souvent confondues. Qu’est-ce que l’information ? C’est une quantité, pas seulement une qualité, comme la vérité. Elle mesure la réduction d’incertitude que la production d’un événement comporte. L’information est-elle toujours vraie ? Les avis divergent sur ce point : un chat en peluche, bien que ce soit un faux chat, contient une certaine information sur les chats. Comprendre ce qu’est l’information est fondamental pour définir quel est le risque de la désinformation. 

3. La nouvelle ère de la désinformation. En 2024, le Forum économique mondial a classé la désinformation comme le risque mondial le plus important, plus grave et urgent que le changement climatique. Pourtant, la définition de la désinformation ne fait pas consensus, et l’impact de la désinformation est difficile à mesurer. Les sources de désinformation reconnues sont fréquentées par de très faibles pourcentages du public. Beaucoup de désinformation circule sur les réseaux sociaux à différents niveaux : parfois, il s’agit de véritables fake news, c’est-à-dire de faux montages de textes et d’images qui disent le faux. D’autres fois, il s’agit d’informations qui circulent hors contexte et peuvent prendre des significations différentes et contradictoires. D’autres fois encore, il s’agit d’informations qui ne sont pas proprement fausses, mais d’une qualité si basse qu’elles peuvent s’avérer contre-productives. Définir ce qu’est la désinformation est la première étape pour réussir à la combattre. 

4. Vérité et liberté d’expression De quelle quantité de vérité la démocratie a-t-elle besoin ? Au fond, la politique est une question d’opinions et brandir la vérité a souvent semblé un moyen de faire taire ceux qui pensent différemment. John Stuart Mill, dans son célèbre essai De la liberté, soutenait que la circulation d’informations fausses n’est pas en soi un risque politique, bien au contraire : elle nous oblige à renforcer les raisons que nous avons de croire ce que nous croyons vrai, elle nous oblige à prendre des responsabilités sur nos vérités, qui sont souvent acquises grâce à l’autorité de quelque expert ou acceptées parce que conformes à nos idéologies. Quelle quantité de fausseté et de désinformation peut circuler dans une société libre sans que ses principes de coexistence ne s’effondrent ? Comment concilier la liberté d’expression avec l’exigence de vérité ? 

5. La vérité ne suffit pas : confiance, pertinence, réputation et impact. La désinformation est-elle créée uniquement par le manque de vérité ? La notion de vérité sur laquelle nous sommes si focalisés aujourd’hui ne semble pas suffisante pour comprendre les dynamiques informationnelles qui créent désordre et ignorance. Elon Musk a modifié l’algorithme de son réseau social X de manière à s’assurer que ses posts soient vus par tous. Il ne dit pas nécessairement le faux, mais il a augmenté de manière impressionnante l’impact de ce qu’il dit. Beaucoup des « vérités » auxquelles nous croyons dépendent de la confiance que nous accordons à ceux qui les prononcent. La réputation d’une institution (un journal, un site, une université) est fondamentale pour sa crédibilité. La pertinence d’un message dans un certain contexte peut influencer la perception de la vérité ou de la fausseté de ce message. Toutes ces notions sont fondamentales pour comprendre comment se crée la désinformation et comment la combattre, peut-être plus fondamentales que la notion de vérité elle-même. 

6. La vérité est une ressource collective L’aspect le plus important de la vérité est que personne ne la produit seul. La recherche de la vérité, dans la science, dans l’histoire, est une entreprise collective qui a des méthodologies et des procédures qui permettent d’arriver à un consensus. Il existe des institutions épistémiques qui favorisent la production de vérité et d’autres qui la défavorisent. Un projet comme Wikipédia, avec ses limites et ses erreurs, est un projet qui permet, à travers son design collaboratif, d’augmenter la connaissance dans le monde entier. Un projet comme X ou Facebook a le résultat opposé. Le problème de la désinformation est plus dans le contexte que dans le message. Pour avoir des vérités collectives, pour augmenter la connaissance de tous, il faut des institutions collectives conçues pour maximiser la qualité de l’information. Quelles nouvelles institutions nous garantissent la survie cognitive ?

SYLLABUS

Introduction

Les sources de la connaissance et de l’ignorance

Texte : K. Popper On the Sources of Knowledge and Ignorance, 1960

Le public fantôme

Texte : B. Latour, introduction à l’édition française de Walter Lipmann, Le public fantôme

Qu’est-ce que la désinformation ?

Texte : M. Simion, « Knowledge and Disinformation”, Episteme, 2023.

Désinformation et liberté d’expression

Texte : J.S. Mill On Freedom, ch. 2

Qui contrôle la vérité ? Démocratie et technocratie

Texte : D. Williams « Citizens, experts and democracy” 2025

L’épistémologie des fake news

Texte : J. Lackey : “Echo chambers, Fake News and Social Epistemology”

Comment se défendre de la désinformation

 A. Margalit On Manipulation, extraits

Alice Dérobert : Second-order evidence ? Authority ? Deference ?

Jason Stanley: The Politics of Language

Santiago Favière-Prado : Epistocratie ?

Conclusions

  • Séminaires de recherche – Philosophie - Philosophie sociale et politique – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
derobertalice@gmail.com
Informations pratiques

Alice Desrobert, doctorante à l'EHESS participera à l'organisation du séminaire.

Direction de travaux des étudiants

Les responsables du séminaire sont en contact avec les étudiants tout au long di séminaire et aident à sélectionner un sujet qui fera l'objet d'une présentation finale et d'un texte de 300 mots à rendre après la fin du séminaire.

Réception des candidats

Contactez moi par email

Pré-requis

La langue anglaise est requise

  • Institut Jean-Nicod
    29 rue d'Ulm 75005 Paris
    1er semestre / hebdomadaire, lundi 14:30-16:30
    du 6 octobre 2025 au 15 décembre 2025
    Nombre de séances : 12