UE552 - Dialogues Afriques : les arts en Afrique et dans les diasporas
Lieu et planning
-
Autre lieu Paris
Fondation Lucien Paye, 45 B bd Jourdan 75014 Paris.
2nd semestre / mensuel (2e), jeudi 18:00-20:00
du 15 janvier 2026 au 11 juin 2026
Nombre de séances : 6
Description
Dernière modification : 30 mai 2026 15:24:16
- Type d'UE
- Séminaires de centre
- Centres
- Institut des mondes africains (IMAF)
- Disciplines
- Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie, Linguistique, sémantique, Signes, formes, représentations
- Page web
- -
- Langues
- anglais français portugais
- Mots-clés
- Anthropologie culturelle Anthropologie politique Anthropologie visuelle Arts Cinéma Circulations Corps Culture visuelle Danse Diaspora Discrimination Esclavage Esthétique Histoire de l’art Performance Post-coloniales (études) Racismes et races Théâtre
- Aires culturelles
- Afrique Amérique du Nord Amérique du Sud Contemporain (anthropologie du, monde) Europe Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
- Christine Douxami [référent·e] maîtresse de conférences, IRD - Université de Franche-Comté / Institut des mondes africains (IMAF)
- Julie Peghini maîtresse de conférences, Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis
- Anne Doquet chargée de recherche, IRD / Institut des mondes africains (IMAF)
Protéiforme, le geste performé échappe à tout cadre. De cette liberté et du lien intime qu’il entretient avec un lieu, une histoire, un public naît une pratique qui sait avec force penser et infléchir le politique. C’est le cas en particulier dans les Afriques, où se déploient aujourd’hui des expérimentations d’une grande radicalité autour des formes, des significations et des possibles de la performance.
Le séminaire, dans la continuité des années précédentes, prendra comme point de départ le travail de chercheurs et d'artistes autour des questions liant l'art performatif et le politique. Nous inviterons pour chaque séance des artistes et des chercheurs, envisageant l'Art dans sa dimension engagée et ses possibles dédoublements au sein des sociétés concernés. La question des rapports entre diasporas européennes et américaines et leurs liens avec le continent africain, passera par l'étude de performances issues de ces différents univers. Cette année le séminaire cherchera également, au travers de différents arts, tant plastiques que musicaux et bien sûr performatifs, à élargir ses perspectives et ses liens entre l'art et le politique dans des sociétés, notamment sur le continent africain, où le fait d'être artiste implique pratiquement de façon implicite un engagement politique.
15 janvier 2026 : Abdoulaye Gueye (université d'Otawa, Canada), « Apports et faiblesses de la littérature décoloniale “made in Africa” : Ce que la bibliométrie africaine nous en révèle »
L’Université africaine est, à nouveau, au centre du débat intellectuel. L’intérêt pour cette Institution n’est point une exclusivité française. Tout au contraire. Outre-Manche, aux États-Unis, et notoirement dans quelques régions du continent africain, le débat s’éploie dans les colonnes de revues, souvent prestigieuses, et des collections de maisons d’éditions, dont certaines peu connues pour leur ouverture à l’Afrique. Dans ce débat sur l’Université africaine, comme souvent, la chose propre à l’Afrique n’est pas étudiée pour elle-même. L’héritage colonial est toujours tapi quelque part, prêt à défigurer le portrait de l’Afrique. Il suffit de lire les théories décoloniales “africaines”, très à la mode de nos jours, appliquées à l’analyse de l’Institution universitaire en Afrique pour en prendre la mesure. L’expérience coloniale y est placée au centre, servant d’ultime unité d’analyse du parcours et de l’état de cette Institution.
La présente conférence est une plongée critique dans la littérature décoloniale africaine consacrée à la sphère de production de savoirs qu’est l’Université africaine. S’appuyant sur des données empiriques relatives aux productions des chercheurs en Afrique, cette conférence vise à établir les faiblesses tant méthodologiques que théoriques de la littérature décoloniale. Elle en dévoile les raccourcis, les amalgames, les non-dits… qui trahissent autant les insuffisances qu’elles voilent les fondations idéologiques de cette littérature.
Abdoulaye Gueye est professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages universitaires, d’un roman, ainsi que de plusieurs dizaines d’articles scientifiques.
Abdoulaye a été récipiendaire d’une demi-douzaine de bourses internationales, au nombre desquelles la bourse de résidence de l’Institut d’études avancées à Marseille, connu sous le nom d’IMERA, la bourse de résidence de l’Institut d’études avancées à Stellenbosch, en Afrique du Sud, la bourse de résidence du Hutchins Center à l’Université Harvard, la bourse de résidence de l’Institut d’études avancées à Princeton et la bourse de recherche de la Fondation Carnegie Corporation à New York.
Abdoulaye a assumé la fonction de rédacteur en chef francophone du Canadian Journal of African Studies/ Revue canadienne des études africaines. Il a également été membre du bureau des directeurs de l’African Studies Association. Abdoulaye a été professeur ou directeur d’études invité dans de nombreuses institutions universitaires, dont l’EHESS à Marseille, l’EHESS à Paris, l’Université du Ghana, l’Université Paris Cité.
12 mars 2026 : Deodata Bunzigiye Niyonzima (doctorante IMAF, Rwanda-RDC) autour de « L’expression artistique des femmes : une célébration vibrante de la paix vécue et tissée au quotidien aux frontières de Goma Rubavu/Rwanda et Goma/RDC »
Originaire de Goma/ RDC, Deodata Bunzigiye Niyonzima est assistante sociale et doctorante à l’IMAF/EHESS. Elle a fondé en 2001 le Collectif Alpha-Ujuvi avec pour missions principales l’éducation et les femmes dont elle est aujourd’hui encore la secrétaire exécutive et cheville ouvrière.
L’expression artistique des femmes : Une célébration vibrante de la paix vécue et tissée au quotidien aux frontières de Goma Rubavu/Rwanda et Goma/RDC
Les femmes impliquées dans la « célébration », considérées comme des «leaders » à petite échelle, se distinguent par une expérience remarquable qui se traduit par leur aspiration à contribuer à la restauration d’une paix durable aux frontières de Goma en RD Congo et à Rubavu au Rwanda. Le mot « Célébration » n’a pas ici la même signification que celle couramment employée pour désigner une cérémonie festive.
Pour ces femmes, il symbolise plutôt un ensemble de pratiques commerciales et sociales axées sur la solidarité et l’entraide. Les femmes de la « célébration » ont choisi d’associer leurs activités financières aux valeurs culturelles de paix de la zone transfrontalière. Non seulement elles les reconnaissent, mais elles les appliquent et en créent d’autres pour valoriser davantage cet héritage de paix. De nouveaux langages, de nouvelles chansons, de nouveaux poèmes naissent de la circulation, grâce à ces femmes, des imaginaires de la paix.
Jeudi 2 avril : séance autour du film Frantz Fanon, avec le réalisateur Abdenour Zahzah et le chercheur Amzat Boukari-Yabara comme chercheur débattant la séance
Amzat Boukari-Yabara est docteur en histoire et civilisations de l'Afrique. Chercheur indépendant et engagé dans de nombreux projets scientifiques et culturels, il préside notamment le Comité international d'orientation du Musée des civilisations noires de Dakar, ainsi que la Ligue Panafricaine - UMOJA. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Africa Unite! Une histoire du panafricanisme" et "L'empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la Françafrique".
Jeudi 16 avril 2026 : Yacine Khiar : "Le prix de l'art. Pour une anthropologie politique de la peinture dans la troisième révolution soudanaise".
La révolution soudanaise débutée en décembre 2018 a engendré d’importants bouleversements politiques, sociaux et culturels. Parmi ces changements, l’un des plus notables, tant visuellement que symboliquement, est l’essor des fresques murales à Khartoum, transformant le paysage urbain et offrant de nouvelles formes d’expression aux activistes ainsi que de nouvelles opportunités de carrières aux acteurs du monde de l’art pictural local. L’inscription de la contestation sur les murs de la ville a initié une métamorphose profonde, contribuant à redéfinir les pratiques artistiques, à modifier les circuits de diffusion et à restructurer le marché de l’art. Loin d’être une rupture radicale, la révolution a accéléré des processus déjà en cours, tout en offrant aux artistes une visibilité inédite. De nouveaux acteurs – street artistes, peintres autodidactes, collectifs d’artistes et espaces d’art alternatifs – ont émergé, contribuant à recomposer un champ artistique en pleine mutation, au croisement de l’engagement politique et des logiques marchandes. L’essor du street art, initialement porté par une volonté contestataire, a progressivement été absorbé par des dynamiques économiques, les fresques révolutionnaires devenant, pour certaines, des objets de valorisation marchande. Parallèlement, la multiplication des circuits de diffusion – expositions en galerie, commandes privées, projets pour des ONG – a favorisé une professionnalisation accrue des artistes. Ces nouvelles opportunités de carrières ne sont plus réservées uniquement aux diplômés des Beaux-Arts, mais à des artistes aux parcours plus diverses, entraînant une reconfiguration des inégalités et des hiérarchies qui structurent le monde de l’art pictural à Khartoum. En croisant anthropologie de l’art et anthropologie politique, cette thèse met en lumière la manière dont une rupture politique, telle que la révolution de December, peut engendrer des transformations profondes d’un monde de l’art, tant du point de vue des pratiques et des thématiques – notamment la centralité des questions de redéfinition des identités soudanaises – que des acteurs et des tensions qui les traversent.
Yacine Khiar est docteur en anthropologie au sein du LAVUE (UMR 7218) à l’Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis. Lauréat d’une bourse doctorale du Musée du quai Branly - Jacques Chirac pour 2025-2026, sa thèse porte sur les relations entre art, politique et transformations sociales en contexte révolutionnaire, à partir d’une enquête ethnographique menée principalement à Khartoum (Soudan). À la croisée de l’anthropologie politique, de la sociologie de l’art et des études urbaines, son travail interroge la manière dont les arts picturaux deviennent des formes d’action politique à part entière, tout en étant traversées par des dynamiques de marchandisation, de professionnalisation et de récupération. Une attention particulière est notamment portée aux inégalités de classes et de genre au sein du monde de l’art à Khartoum, ainsi qu’aux enjeux de reconnaissance, d’anonymat et de visibilité dans des contextes de ruptures politique Il questionne aussi les usages politiques de l’image, les processus de fabrication des mémoires collectives et les reconfigurations des identités nationales. Ses recherches s’inscrivent également dans une réflexion critique sur la globalisation culturelle, les circulations transnationales de normes esthétiques et les rapports de pouvoir Nord-Sud dans le financement et la valorisation de l’art. Il s’intéresse plus largement aux dimensions sensibles, émotionnelles et mémorielles des révolutions, envisagées non seulement comme des événements politiques, mais comme des expériences vécues qui reconfigurent durablement les rapports au temps, à l’espace et au collectif.
21 mai 2026 : Gustavo Gelmini (UMLP et Unirio) video-danse et anti-colonialisme/ Maïra Aggio autour de la performance Macacada
Gustavo Gelmini:
La puissance du corps traversé par la vulnérabilité en cinédanse
À partir de la projection de trois cinédanses dont il est l'auteur Gustavo Gelmini proposera une réflexion autour de vulnérabilité et puissance :
Pedra do Sal a été tournée au sein du site historique du même nom où a habité une communauté quilombola issue de descendants d’esclaves afro-brésiliens à Rio de Janeiro, interprétée par le danseur afro-brésilien Daniel Oliveira. (2017)
Falta a été tournée au Centquatre à Paris pendant la pandémie de Covid 19, interprétée par le danseur d’origine amérindienne colombienne Jorge Castañeda. (2021)
Variações de um Tema de Resistência a été réalisée au Brésil dans un contexte de fragilisation des politiques culturelles interprétée par le danseur afro-brésilien Andre Virgilio. (2022)
Trois danseurs font émerger dans la dramaturgie du mouvement leurs vulnérabilités révélatrices de puissance
Gustavo Gelmini est un réalisateur et chorégraphe brésilien développant ses projets entre la France et le Brésil et dont le travail de recherche artistique se situe à la croisée de la danse et du cinéma. Doctorant en arts de la scène à l’Université de Franche-Comté, il est titulaire d’un master en danse de l’Université Paris 8. Sa compagnie, fondée il y a plus de dix ans, a réalisé plusieurs cinédanses et spectacles, développant une écriture singulière au croisement du geste chorégraphique et du langage cinématographique.
Maïra Aggio:
Maïra de Oliveira Aggio est artiste-auteure pluridisciplinaire et chercheuse indépendante, elle est née et a grandi entre le Nord et le Nordeste brésilien. Diplômée comme trapéziste par l’ESAC ( Ecole Supérieure des Arts du Cirque, Bruxelles ) elle revendique aujourd'hui les acrobaties des idées et ose croiser sa pratique corporelle et artistique avec les champs intellectuels. Son solo en scène MACACADA, étude d’une singe brésilienne, a donné naissance à la traduction du livre La terre donne, la terre veut d’Antônio Bispo dos Santos, philosophe, agriculteur et poète quilombola brésilien, par la maison d’éditions Wildproject. Maïra signe la postface du livre aux côtés de Malcom Ferdinand, préfacier.
Aujourd’hui elle entame une nouvelle recherche-création inspirée librement du livre Non-noyées, leçons féministes Noires apprises auprès des mammifères marines d’Alexis Pauline Gumbs où elle continue de mêler la pluridisciplinarité artistique et les enjeux écologiques, sociaux et contrecoloniaux qui lui sont chers.
18 juin 2026 : Hervé Youmbi, Cameroun, revisiter les stéréotype autour de l'art africain/ Yacouba Ibrahim dit Sage Soldat, Niger, penser l'art engagé au Niger.
Hervé Youmbi est né à Bangui, en République centrafricaine, en 1973 ; il a grandi au Cameroun, où il réside et travaille actuellement. Il a suivi une formation artistique en France, à l’École supérieure des arts décoratifs (ESAD) de Strasbourg, ainsi qu’au Cameroun. La pratique artistique de Youmbi remet en question les stéréotypes liés à l’art africain, notamment la distinction entre art africain classique et contemporain, les notions d’authenticité et de « styles tribaux » appliquées à l’art africain classique, ainsi que les questions de marchandisation et de rapatriement de l’art traditionnel africain. Youmbi est membre fondateur du Cercle Kapsiki, un collectif de cinq artistes plasticiens camerounais créé en 1998.
Biographie/Yacouba Ibrahim
Ibrahim Oumarou Yacouba, connu sous le nom d’artiste Sage Soldat, est un artiste nigérien engagé, à la croisée du théâtre, de la musique, de la médiation et de l’activisme culturel. Titulaire d’un Master2 en Arts du spectacle, culture et communication, il place son art au service des causes sociales et développe une réflexion profonde sur le rôle de l’art en contexte de crise. Inscrit en thèse de recherche création à l’Université Franche-Comté de Besançon en 2025 sous la direction de Christine Douxami en 2025, Hamadou Mandé (Burkina) et Sandra Bonnard (CNRS) en cotutelle, il mène sa recherche sur l’art en tension, explorant ainsi la capacité des artistes nigériens à s’adapter, créer, se produire et diffuser leurs œuvres malgré les violences extrêmes qui frappent le Niger et particulièrement leurs régions respectives. À travers ses performances, il interroge la résilience artistique face à l’insécurité, affirmant donc le pouvoir de l’art comme outil et espace de résistance, de narration et de transformation sociale. En tant qu’expert en droit pour les communautés discriminées, il intervient dans les grandes institutions comme l’ONU à travers des interventions pour les plaidoyers. En qualité d’enseignant vacataire, il dispense le cours de la gestion des espaces culturels (GEC) à l’institut national des arts et de la culture (INAC TAYA) depuis 2 ans.
Résumé :
Je souhaiterais parler de l’art engagé au Niger, mais pas uniquement celui porté par l’engagement masculin, car en Afrique, au Niger généralement quand on évoque la question de l’art engagé ce sont les hommes qui sont mis en avant, la vitrine du premier plan, mais il est essentiel de parler de l’engagement artistique vue sous l’angle féminin. La place de la femme dans l’art. Au Niger, peu sont les femmes qui s’engagent dans les expressions artistiques. Et celles qui le font sont exposées aux critiques et préjugés socioculturels.
Je voudrais donc parler de la posture d’engagement et de résistance de ces femmes engagées modèles de résistance ainsi que des multiples difficultés auxquelles elles font face (religion, société etc). Au Niger elles sont quand-même presente malgré tout. On peut citer entre autres la cantatrice et chansonnière Hamsou Garba qui utilise sa parole pour denoncer la mauvaise gouvernance etc.
Je voudrais aussi parler lors du séminaire des profondes barrières politique et économique auxquelles l’art engagé fait face au Niger.
Master
Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.
Renseignements
- Contacts additionnels
- -
- Informations pratiques
Le séminaire a lieu le jeudi de 18h à 20h à la Fondation Lucien Paye.
Fondation Lucien Paye. Cité internationale universitaire, 45 B bd Jourdan 75014 Paris
Le séminaire comprendra 6 séances de 2 h de 18 h à 20 h, certains jeudi à partir du 2nd semestre.
- Direction de travaux des étudiants
Sur rendez vous uniquement
- Réception des candidats
Christine Douxami, chrisluabela@yahoo.fr
- Pré-requis
- -
Dernière modification : 30 mai 2026 15:24:16
- Type d'UE
- Séminaires de centre
- Centres
- Institut des mondes africains (IMAF)
- Disciplines
- Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie, Linguistique, sémantique, Signes, formes, représentations
- Page web
- -
- Langues
- anglais français portugais
- Mots-clés
- Anthropologie culturelle Anthropologie politique Anthropologie visuelle Arts Cinéma Circulations Corps Culture visuelle Danse Diaspora Discrimination Esclavage Esthétique Histoire de l’art Performance Post-coloniales (études) Racismes et races Théâtre
- Aires culturelles
- Afrique Amérique du Nord Amérique du Sud Contemporain (anthropologie du, monde) Europe Transnational/transfrontières
Intervenant·e·s
- Christine Douxami [référent·e] maîtresse de conférences, IRD - Université de Franche-Comté / Institut des mondes africains (IMAF)
- Julie Peghini maîtresse de conférences, Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis
- Anne Doquet chargée de recherche, IRD / Institut des mondes africains (IMAF)
Protéiforme, le geste performé échappe à tout cadre. De cette liberté et du lien intime qu’il entretient avec un lieu, une histoire, un public naît une pratique qui sait avec force penser et infléchir le politique. C’est le cas en particulier dans les Afriques, où se déploient aujourd’hui des expérimentations d’une grande radicalité autour des formes, des significations et des possibles de la performance.
Le séminaire, dans la continuité des années précédentes, prendra comme point de départ le travail de chercheurs et d'artistes autour des questions liant l'art performatif et le politique. Nous inviterons pour chaque séance des artistes et des chercheurs, envisageant l'Art dans sa dimension engagée et ses possibles dédoublements au sein des sociétés concernés. La question des rapports entre diasporas européennes et américaines et leurs liens avec le continent africain, passera par l'étude de performances issues de ces différents univers. Cette année le séminaire cherchera également, au travers de différents arts, tant plastiques que musicaux et bien sûr performatifs, à élargir ses perspectives et ses liens entre l'art et le politique dans des sociétés, notamment sur le continent africain, où le fait d'être artiste implique pratiquement de façon implicite un engagement politique.
15 janvier 2026 : Abdoulaye Gueye (université d'Otawa, Canada), « Apports et faiblesses de la littérature décoloniale “made in Africa” : Ce que la bibliométrie africaine nous en révèle »
L’Université africaine est, à nouveau, au centre du débat intellectuel. L’intérêt pour cette Institution n’est point une exclusivité française. Tout au contraire. Outre-Manche, aux États-Unis, et notoirement dans quelques régions du continent africain, le débat s’éploie dans les colonnes de revues, souvent prestigieuses, et des collections de maisons d’éditions, dont certaines peu connues pour leur ouverture à l’Afrique. Dans ce débat sur l’Université africaine, comme souvent, la chose propre à l’Afrique n’est pas étudiée pour elle-même. L’héritage colonial est toujours tapi quelque part, prêt à défigurer le portrait de l’Afrique. Il suffit de lire les théories décoloniales “africaines”, très à la mode de nos jours, appliquées à l’analyse de l’Institution universitaire en Afrique pour en prendre la mesure. L’expérience coloniale y est placée au centre, servant d’ultime unité d’analyse du parcours et de l’état de cette Institution.
La présente conférence est une plongée critique dans la littérature décoloniale africaine consacrée à la sphère de production de savoirs qu’est l’Université africaine. S’appuyant sur des données empiriques relatives aux productions des chercheurs en Afrique, cette conférence vise à établir les faiblesses tant méthodologiques que théoriques de la littérature décoloniale. Elle en dévoile les raccourcis, les amalgames, les non-dits… qui trahissent autant les insuffisances qu’elles voilent les fondations idéologiques de cette littérature.
Abdoulaye Gueye est professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages universitaires, d’un roman, ainsi que de plusieurs dizaines d’articles scientifiques.
Abdoulaye a été récipiendaire d’une demi-douzaine de bourses internationales, au nombre desquelles la bourse de résidence de l’Institut d’études avancées à Marseille, connu sous le nom d’IMERA, la bourse de résidence de l’Institut d’études avancées à Stellenbosch, en Afrique du Sud, la bourse de résidence du Hutchins Center à l’Université Harvard, la bourse de résidence de l’Institut d’études avancées à Princeton et la bourse de recherche de la Fondation Carnegie Corporation à New York.
Abdoulaye a assumé la fonction de rédacteur en chef francophone du Canadian Journal of African Studies/ Revue canadienne des études africaines. Il a également été membre du bureau des directeurs de l’African Studies Association. Abdoulaye a été professeur ou directeur d’études invité dans de nombreuses institutions universitaires, dont l’EHESS à Marseille, l’EHESS à Paris, l’Université du Ghana, l’Université Paris Cité.
12 mars 2026 : Deodata Bunzigiye Niyonzima (doctorante IMAF, Rwanda-RDC) autour de « L’expression artistique des femmes : une célébration vibrante de la paix vécue et tissée au quotidien aux frontières de Goma Rubavu/Rwanda et Goma/RDC »
Originaire de Goma/ RDC, Deodata Bunzigiye Niyonzima est assistante sociale et doctorante à l’IMAF/EHESS. Elle a fondé en 2001 le Collectif Alpha-Ujuvi avec pour missions principales l’éducation et les femmes dont elle est aujourd’hui encore la secrétaire exécutive et cheville ouvrière.
L’expression artistique des femmes : Une célébration vibrante de la paix vécue et tissée au quotidien aux frontières de Goma Rubavu/Rwanda et Goma/RDC
Les femmes impliquées dans la « célébration », considérées comme des «leaders » à petite échelle, se distinguent par une expérience remarquable qui se traduit par leur aspiration à contribuer à la restauration d’une paix durable aux frontières de Goma en RD Congo et à Rubavu au Rwanda. Le mot « Célébration » n’a pas ici la même signification que celle couramment employée pour désigner une cérémonie festive.
Pour ces femmes, il symbolise plutôt un ensemble de pratiques commerciales et sociales axées sur la solidarité et l’entraide. Les femmes de la « célébration » ont choisi d’associer leurs activités financières aux valeurs culturelles de paix de la zone transfrontalière. Non seulement elles les reconnaissent, mais elles les appliquent et en créent d’autres pour valoriser davantage cet héritage de paix. De nouveaux langages, de nouvelles chansons, de nouveaux poèmes naissent de la circulation, grâce à ces femmes, des imaginaires de la paix.
Jeudi 2 avril : séance autour du film Frantz Fanon, avec le réalisateur Abdenour Zahzah et le chercheur Amzat Boukari-Yabara comme chercheur débattant la séance
Amzat Boukari-Yabara est docteur en histoire et civilisations de l'Afrique. Chercheur indépendant et engagé dans de nombreux projets scientifiques et culturels, il préside notamment le Comité international d'orientation du Musée des civilisations noires de Dakar, ainsi que la Ligue Panafricaine - UMOJA. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Africa Unite! Une histoire du panafricanisme" et "L'empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la Françafrique".
Jeudi 16 avril 2026 : Yacine Khiar : "Le prix de l'art. Pour une anthropologie politique de la peinture dans la troisième révolution soudanaise".
La révolution soudanaise débutée en décembre 2018 a engendré d’importants bouleversements politiques, sociaux et culturels. Parmi ces changements, l’un des plus notables, tant visuellement que symboliquement, est l’essor des fresques murales à Khartoum, transformant le paysage urbain et offrant de nouvelles formes d’expression aux activistes ainsi que de nouvelles opportunités de carrières aux acteurs du monde de l’art pictural local. L’inscription de la contestation sur les murs de la ville a initié une métamorphose profonde, contribuant à redéfinir les pratiques artistiques, à modifier les circuits de diffusion et à restructurer le marché de l’art. Loin d’être une rupture radicale, la révolution a accéléré des processus déjà en cours, tout en offrant aux artistes une visibilité inédite. De nouveaux acteurs – street artistes, peintres autodidactes, collectifs d’artistes et espaces d’art alternatifs – ont émergé, contribuant à recomposer un champ artistique en pleine mutation, au croisement de l’engagement politique et des logiques marchandes. L’essor du street art, initialement porté par une volonté contestataire, a progressivement été absorbé par des dynamiques économiques, les fresques révolutionnaires devenant, pour certaines, des objets de valorisation marchande. Parallèlement, la multiplication des circuits de diffusion – expositions en galerie, commandes privées, projets pour des ONG – a favorisé une professionnalisation accrue des artistes. Ces nouvelles opportunités de carrières ne sont plus réservées uniquement aux diplômés des Beaux-Arts, mais à des artistes aux parcours plus diverses, entraînant une reconfiguration des inégalités et des hiérarchies qui structurent le monde de l’art pictural à Khartoum. En croisant anthropologie de l’art et anthropologie politique, cette thèse met en lumière la manière dont une rupture politique, telle que la révolution de December, peut engendrer des transformations profondes d’un monde de l’art, tant du point de vue des pratiques et des thématiques – notamment la centralité des questions de redéfinition des identités soudanaises – que des acteurs et des tensions qui les traversent.
Yacine Khiar est docteur en anthropologie au sein du LAVUE (UMR 7218) à l’Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis. Lauréat d’une bourse doctorale du Musée du quai Branly - Jacques Chirac pour 2025-2026, sa thèse porte sur les relations entre art, politique et transformations sociales en contexte révolutionnaire, à partir d’une enquête ethnographique menée principalement à Khartoum (Soudan). À la croisée de l’anthropologie politique, de la sociologie de l’art et des études urbaines, son travail interroge la manière dont les arts picturaux deviennent des formes d’action politique à part entière, tout en étant traversées par des dynamiques de marchandisation, de professionnalisation et de récupération. Une attention particulière est notamment portée aux inégalités de classes et de genre au sein du monde de l’art à Khartoum, ainsi qu’aux enjeux de reconnaissance, d’anonymat et de visibilité dans des contextes de ruptures politique Il questionne aussi les usages politiques de l’image, les processus de fabrication des mémoires collectives et les reconfigurations des identités nationales. Ses recherches s’inscrivent également dans une réflexion critique sur la globalisation culturelle, les circulations transnationales de normes esthétiques et les rapports de pouvoir Nord-Sud dans le financement et la valorisation de l’art. Il s’intéresse plus largement aux dimensions sensibles, émotionnelles et mémorielles des révolutions, envisagées non seulement comme des événements politiques, mais comme des expériences vécues qui reconfigurent durablement les rapports au temps, à l’espace et au collectif.
21 mai 2026 : Gustavo Gelmini (UMLP et Unirio) video-danse et anti-colonialisme/ Maïra Aggio autour de la performance Macacada
Gustavo Gelmini:
La puissance du corps traversé par la vulnérabilité en cinédanse
À partir de la projection de trois cinédanses dont il est l'auteur Gustavo Gelmini proposera une réflexion autour de vulnérabilité et puissance :
Pedra do Sal a été tournée au sein du site historique du même nom où a habité une communauté quilombola issue de descendants d’esclaves afro-brésiliens à Rio de Janeiro, interprétée par le danseur afro-brésilien Daniel Oliveira. (2017)
Falta a été tournée au Centquatre à Paris pendant la pandémie de Covid 19, interprétée par le danseur d’origine amérindienne colombienne Jorge Castañeda. (2021)
Variações de um Tema de Resistência a été réalisée au Brésil dans un contexte de fragilisation des politiques culturelles interprétée par le danseur afro-brésilien Andre Virgilio. (2022)
Trois danseurs font émerger dans la dramaturgie du mouvement leurs vulnérabilités révélatrices de puissance
Gustavo Gelmini est un réalisateur et chorégraphe brésilien développant ses projets entre la France et le Brésil et dont le travail de recherche artistique se situe à la croisée de la danse et du cinéma. Doctorant en arts de la scène à l’Université de Franche-Comté, il est titulaire d’un master en danse de l’Université Paris 8. Sa compagnie, fondée il y a plus de dix ans, a réalisé plusieurs cinédanses et spectacles, développant une écriture singulière au croisement du geste chorégraphique et du langage cinématographique.
Maïra Aggio:
Maïra de Oliveira Aggio est artiste-auteure pluridisciplinaire et chercheuse indépendante, elle est née et a grandi entre le Nord et le Nordeste brésilien. Diplômée comme trapéziste par l’ESAC ( Ecole Supérieure des Arts du Cirque, Bruxelles ) elle revendique aujourd'hui les acrobaties des idées et ose croiser sa pratique corporelle et artistique avec les champs intellectuels. Son solo en scène MACACADA, étude d’une singe brésilienne, a donné naissance à la traduction du livre La terre donne, la terre veut d’Antônio Bispo dos Santos, philosophe, agriculteur et poète quilombola brésilien, par la maison d’éditions Wildproject. Maïra signe la postface du livre aux côtés de Malcom Ferdinand, préfacier.
Aujourd’hui elle entame une nouvelle recherche-création inspirée librement du livre Non-noyées, leçons féministes Noires apprises auprès des mammifères marines d’Alexis Pauline Gumbs où elle continue de mêler la pluridisciplinarité artistique et les enjeux écologiques, sociaux et contrecoloniaux qui lui sont chers.
18 juin 2026 : Hervé Youmbi, Cameroun, revisiter les stéréotype autour de l'art africain/ Yacouba Ibrahim dit Sage Soldat, Niger, penser l'art engagé au Niger.
Hervé Youmbi est né à Bangui, en République centrafricaine, en 1973 ; il a grandi au Cameroun, où il réside et travaille actuellement. Il a suivi une formation artistique en France, à l’École supérieure des arts décoratifs (ESAD) de Strasbourg, ainsi qu’au Cameroun. La pratique artistique de Youmbi remet en question les stéréotypes liés à l’art africain, notamment la distinction entre art africain classique et contemporain, les notions d’authenticité et de « styles tribaux » appliquées à l’art africain classique, ainsi que les questions de marchandisation et de rapatriement de l’art traditionnel africain. Youmbi est membre fondateur du Cercle Kapsiki, un collectif de cinq artistes plasticiens camerounais créé en 1998.
Biographie/Yacouba Ibrahim
Ibrahim Oumarou Yacouba, connu sous le nom d’artiste Sage Soldat, est un artiste nigérien engagé, à la croisée du théâtre, de la musique, de la médiation et de l’activisme culturel. Titulaire d’un Master2 en Arts du spectacle, culture et communication, il place son art au service des causes sociales et développe une réflexion profonde sur le rôle de l’art en contexte de crise. Inscrit en thèse de recherche création à l’Université Franche-Comté de Besançon en 2025 sous la direction de Christine Douxami en 2025, Hamadou Mandé (Burkina) et Sandra Bonnard (CNRS) en cotutelle, il mène sa recherche sur l’art en tension, explorant ainsi la capacité des artistes nigériens à s’adapter, créer, se produire et diffuser leurs œuvres malgré les violences extrêmes qui frappent le Niger et particulièrement leurs régions respectives. À travers ses performances, il interroge la résilience artistique face à l’insécurité, affirmant donc le pouvoir de l’art comme outil et espace de résistance, de narration et de transformation sociale. En tant qu’expert en droit pour les communautés discriminées, il intervient dans les grandes institutions comme l’ONU à travers des interventions pour les plaidoyers. En qualité d’enseignant vacataire, il dispense le cours de la gestion des espaces culturels (GEC) à l’institut national des arts et de la culture (INAC TAYA) depuis 2 ans.
Résumé :
Je souhaiterais parler de l’art engagé au Niger, mais pas uniquement celui porté par l’engagement masculin, car en Afrique, au Niger généralement quand on évoque la question de l’art engagé ce sont les hommes qui sont mis en avant, la vitrine du premier plan, mais il est essentiel de parler de l’engagement artistique vue sous l’angle féminin. La place de la femme dans l’art. Au Niger, peu sont les femmes qui s’engagent dans les expressions artistiques. Et celles qui le font sont exposées aux critiques et préjugés socioculturels.
Je voudrais donc parler de la posture d’engagement et de résistance de ces femmes engagées modèles de résistance ainsi que des multiples difficultés auxquelles elles font face (religion, société etc). Au Niger elles sont quand-même presente malgré tout. On peut citer entre autres la cantatrice et chansonnière Hamsou Garba qui utilise sa parole pour denoncer la mauvaise gouvernance etc.
Je voudrais aussi parler lors du séminaire des profondes barrières politique et économique auxquelles l’art engagé fait face au Niger.
Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.
- Contacts additionnels
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- Informations pratiques
Le séminaire a lieu le jeudi de 18h à 20h à la Fondation Lucien Paye.
Fondation Lucien Paye. Cité internationale universitaire, 45 B bd Jourdan 75014 Paris
Le séminaire comprendra 6 séances de 2 h de 18 h à 20 h, certains jeudi à partir du 2nd semestre.
- Direction de travaux des étudiants
Sur rendez vous uniquement
- Réception des candidats
Christine Douxami, chrisluabela@yahoo.fr
- Pré-requis
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Autre lieu Paris
Fondation Lucien Paye, 45 B bd Jourdan 75014 Paris.
2nd semestre / mensuel (2e), jeudi 18:00-20:00
du 15 janvier 2026 au 11 juin 2026
Nombre de séances : 6