UE1 - Anthropologie des savoirs, pensée politique, visions du monde
Lieu et planning
-
Campus Condorcet (Humathèque)
Cours des humanités 93300 Aubervilliers
Salle 2.11 - Humathèque
1er semestre / hebdomadaire, mardi 14:30-16:30
du 28 octobre 2025 au 3 février 2026
Nombre de séances : 12- Mardi 28/10/2025
- Mardi 04/11/2025 (NB : auditorium Humathèque)
- Mardi 18/11/2025
- Mardi 25/11/2025 (NB : salle 3.06 Humathèque)
- Mardi 02/12/2025
- Mardi 09/12/2025 (NB : salle 3.06 Humathèque)
- Mardi 16/12/2025
- Mardi 06/01/2026
- Mardi 13/01/2026
- Mardi 20/01/2026
- Mardi 27/01/2026
- Mardi 03/02/2026
Description
Dernière modification : 28 avr. 2025 14:28:36
- Type d'UE
- Séminaires DE/MC
- Disciplines
- Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
- Page web
- -
- Langues
- français
- L’enseignement est uniquement dispensé dans cette langue.
- Mots-clés
- Analyse de discours Anthropologie culturelle Anthropologie sociale Cosmologie Démocratie Relations internationales
- Aires culturelles
- Amérique du Nord Europe Russie
Intervenant·e·s
- Wiktor Stoczkowski [référent·e] directeur d'études, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)
Les sociétés démocratiques de la modernité se distinguent par un trait commun exceptionnel : elles sont le théâtre de controverses incessantes. Contrairement aux cultures régies par la tradition où prévaut une vision du monde collectivement partagée, et aux sociétés autoritaires où la propagande d’État impose une doxa obligatoire, la controverse généralisée fait partie intégrante de notre vie sociale. Sur tous les sujets les avis sont partagés : sur les conséquences de l’unification européenne, sur les mécanismes du chômage structurel, sur les causes des migrations internationales, sur le réchauffement climatique, sur les bénéfices de la mondialisation, sur les effets du libéralisme, sur les rapports de genre, sur l’efficacité des vaccins, sur l’islamisme, sur les raisons de l’invasion russe de l’Ukraine, etc. Si nous vivons dans un même monde, pourquoi ne parvenons-nous pas à former de ce monde commun une vision commune ?
L’anthropologie apporte à cette question une réponse éclairante. Le postulat heuristique qui fonde sa démarche traditionnelle est que les humains, quels que soient leur société, leur tradition culturelle ou leur niveau d’instruction, vivent autant dans le monde empirique qui les entoure que dans un monde virtuel confectionné à partir d’idées et de concepts. Dans notre esprit, le monde empirique des faits et le monde conceptuel des idées s’interpénètrent : c’est bien cet ensemble composite que nous croyons être le réel. Pour comprendre ce que pense l’être humain, on ne peut se limiter à porter le regard sur la réalité objective du monde empirique qui l’abrite, il faut également prendre en compte la réalité d’une vision particulière du monde que chaque humain ou chaque groupe social tient pour le monde réel.
Ces visions du monde, plurielles et foisonnantes dans nos sociétés, ne sont que rarement des constructions individuelles : créations collectives, elles constituent une composante importante d’une culture ou d’une subculture dont nous sommes porteurs. Nous ne pouvons échapper à leur emprise, quelles que soient notre intelligence, notre lucidité et l’étendue de nos connaissances. On peut observer ce phénomène aussi bien chez les gens ordinaires que chez les producteurs de connaissance les plus légitimes, comme les chercheurs, les philosophes, les politiciens ou les journalistes.
Le séminaire proposera une méthode nécessaire pour décrire ces visions du monde, les comparer et expliquer leur rôle dans le processus de construction de nos savoirs. Cette méthode a déjà été mise à l’épreuve au travers de son application aux savoirs ordinaires, aux sciences naturelles, aux pseudosciences, à la littérature de science-fiction, à la philosophie, puis aux « grandes théories » des sciences sociales. Pendant le premier semestre de l’année 2025-2026, elle sera appliquée pour la première fois à la pensée politique contemporaine.
La production de discours sur le réel est l’une des fonctions premières des professionnels de la politique. Ces discours sont censés être véridiques : ils mobilisent fréquemment les statistiques, les analyses d’experts, les rapports des services de renseignement, les conclusions de commissions d’enquête parlementaires, les connaissances scientifiques validées par des institutions financées et approuvées par l’État. Bien que les politiciens se plaisent à revendiquer la qualité de réalistes, leurs idées s’éloignent souvent de la réalité dont ils se réclament. De surcroît, leurs avis sur le réel ne suscitent aucun consensus ; nul politicien n’est jamais parvenu, en usant des arguments rationnels, à persuader ses adversaires. Le ressort principal de la pensée politique est donc à chercher en dehors des faits et des raisonnements.
Pour décrire ce ressort et en expliquer le fonctionnement, le séminaire utilisera comme terrain d’enquête les prises de position de politiciens occidentaux face à la guerre d’invasion que la Russie a lancée contre l’Ukraine en février 2022. Le déclenchement de cette guerre a provoqué un effet de surprise dans un grand nombre de chancelleries occidentales, persuadées jusqu’au dernier moment que Poutine bluffait en amassant des forces armées à la frontière avec son voisin de l’ouest. Rapidement une autre stupéfaction suivit : certains politiciens occidentaux se sont mis à expliquer l’agression russe par des arguments qui ressemblaient étrangement aux thèses de la propagande poutinienne. Comment se fait-il que des gens instruits, avisés, bénéficiant des informations que le monde démocratique met à leur disposition, puissent faire échos aux thèses contestables de la dictature russe ? Afin d’expliquer ce paradoxe, on ne peut se limiter à analyser les opinions politiques sur l’Ukraine, la Russie et la guerre en cours. Les interprétations de ce conflit s’appuient sur des visions plus larges, portant sur l’histoire, la démocratie, la nation, la géopolitique, le rôle des leaders politiques, les droits de l’homme, la morale. Il s’agit de visions globales du monde, dont les postulats restent souvent implicites, mais dont l’influence sur la pensée des gens qui les adoptent se traduit par les interprétations divergentes de l’actualité politique.
L’objectif du séminaire sera d’expliciter les axiomes de ces visions du monde, d’en retracer l’histoire et d’illustrer les effets politiques qu’elles engendrent sur la scène internationale. Les exemples soumis à l’analyse seront empruntés au contexte français (Marine Le Pen, Hubert Védrine, Pierre Lellouche), au contexte américain (Donald Trump, James David Vance) et, à titre de comparaison, au contexte russe (Vladimir Poutine, Dimitri Medvedev, Timofeï Sergueïtsev).
Le séminaire s’adresse aux auditeurs intéressés par l’analyse anthropologique des savoirs, par l’étude de la pensée politique, par l’approche pluridisciplinaire des idéologies politiques contemporaines.
Le programme détaillé n'est pas disponible.
Master
-
Séminaires de recherche
– Anthropologie - Ethnologie et anthropologie sociale
– M1/S1-M2/S3
Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
MCC – fiche de lecture
Renseignements
- Contacts additionnels
- -
- Informations pratiques
Sur rendez-vous
- Direction de travaux des étudiants
Sur rendez-vous
- Réception des candidats
Sur rendez-vous
- Pré-requis
- -
Dernière modification : 28 avr. 2025 14:28:36
- Type d'UE
- Séminaires DE/MC
- Disciplines
- Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
- Page web
- -
- Langues
- français
- L’enseignement est uniquement dispensé dans cette langue.
- Mots-clés
- Analyse de discours Anthropologie culturelle Anthropologie sociale Cosmologie Démocratie Relations internationales
- Aires culturelles
- Amérique du Nord Europe Russie
Intervenant·e·s
- Wiktor Stoczkowski [référent·e] directeur d'études, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)
Les sociétés démocratiques de la modernité se distinguent par un trait commun exceptionnel : elles sont le théâtre de controverses incessantes. Contrairement aux cultures régies par la tradition où prévaut une vision du monde collectivement partagée, et aux sociétés autoritaires où la propagande d’État impose une doxa obligatoire, la controverse généralisée fait partie intégrante de notre vie sociale. Sur tous les sujets les avis sont partagés : sur les conséquences de l’unification européenne, sur les mécanismes du chômage structurel, sur les causes des migrations internationales, sur le réchauffement climatique, sur les bénéfices de la mondialisation, sur les effets du libéralisme, sur les rapports de genre, sur l’efficacité des vaccins, sur l’islamisme, sur les raisons de l’invasion russe de l’Ukraine, etc. Si nous vivons dans un même monde, pourquoi ne parvenons-nous pas à former de ce monde commun une vision commune ?
L’anthropologie apporte à cette question une réponse éclairante. Le postulat heuristique qui fonde sa démarche traditionnelle est que les humains, quels que soient leur société, leur tradition culturelle ou leur niveau d’instruction, vivent autant dans le monde empirique qui les entoure que dans un monde virtuel confectionné à partir d’idées et de concepts. Dans notre esprit, le monde empirique des faits et le monde conceptuel des idées s’interpénètrent : c’est bien cet ensemble composite que nous croyons être le réel. Pour comprendre ce que pense l’être humain, on ne peut se limiter à porter le regard sur la réalité objective du monde empirique qui l’abrite, il faut également prendre en compte la réalité d’une vision particulière du monde que chaque humain ou chaque groupe social tient pour le monde réel.
Ces visions du monde, plurielles et foisonnantes dans nos sociétés, ne sont que rarement des constructions individuelles : créations collectives, elles constituent une composante importante d’une culture ou d’une subculture dont nous sommes porteurs. Nous ne pouvons échapper à leur emprise, quelles que soient notre intelligence, notre lucidité et l’étendue de nos connaissances. On peut observer ce phénomène aussi bien chez les gens ordinaires que chez les producteurs de connaissance les plus légitimes, comme les chercheurs, les philosophes, les politiciens ou les journalistes.
Le séminaire proposera une méthode nécessaire pour décrire ces visions du monde, les comparer et expliquer leur rôle dans le processus de construction de nos savoirs. Cette méthode a déjà été mise à l’épreuve au travers de son application aux savoirs ordinaires, aux sciences naturelles, aux pseudosciences, à la littérature de science-fiction, à la philosophie, puis aux « grandes théories » des sciences sociales. Pendant le premier semestre de l’année 2025-2026, elle sera appliquée pour la première fois à la pensée politique contemporaine.
La production de discours sur le réel est l’une des fonctions premières des professionnels de la politique. Ces discours sont censés être véridiques : ils mobilisent fréquemment les statistiques, les analyses d’experts, les rapports des services de renseignement, les conclusions de commissions d’enquête parlementaires, les connaissances scientifiques validées par des institutions financées et approuvées par l’État. Bien que les politiciens se plaisent à revendiquer la qualité de réalistes, leurs idées s’éloignent souvent de la réalité dont ils se réclament. De surcroît, leurs avis sur le réel ne suscitent aucun consensus ; nul politicien n’est jamais parvenu, en usant des arguments rationnels, à persuader ses adversaires. Le ressort principal de la pensée politique est donc à chercher en dehors des faits et des raisonnements.
Pour décrire ce ressort et en expliquer le fonctionnement, le séminaire utilisera comme terrain d’enquête les prises de position de politiciens occidentaux face à la guerre d’invasion que la Russie a lancée contre l’Ukraine en février 2022. Le déclenchement de cette guerre a provoqué un effet de surprise dans un grand nombre de chancelleries occidentales, persuadées jusqu’au dernier moment que Poutine bluffait en amassant des forces armées à la frontière avec son voisin de l’ouest. Rapidement une autre stupéfaction suivit : certains politiciens occidentaux se sont mis à expliquer l’agression russe par des arguments qui ressemblaient étrangement aux thèses de la propagande poutinienne. Comment se fait-il que des gens instruits, avisés, bénéficiant des informations que le monde démocratique met à leur disposition, puissent faire échos aux thèses contestables de la dictature russe ? Afin d’expliquer ce paradoxe, on ne peut se limiter à analyser les opinions politiques sur l’Ukraine, la Russie et la guerre en cours. Les interprétations de ce conflit s’appuient sur des visions plus larges, portant sur l’histoire, la démocratie, la nation, la géopolitique, le rôle des leaders politiques, les droits de l’homme, la morale. Il s’agit de visions globales du monde, dont les postulats restent souvent implicites, mais dont l’influence sur la pensée des gens qui les adoptent se traduit par les interprétations divergentes de l’actualité politique.
L’objectif du séminaire sera d’expliciter les axiomes de ces visions du monde, d’en retracer l’histoire et d’illustrer les effets politiques qu’elles engendrent sur la scène internationale. Les exemples soumis à l’analyse seront empruntés au contexte français (Marine Le Pen, Hubert Védrine, Pierre Lellouche), au contexte américain (Donald Trump, James David Vance) et, à titre de comparaison, au contexte russe (Vladimir Poutine, Dimitri Medvedev, Timofeï Sergueïtsev).
Le séminaire s’adresse aux auditeurs intéressés par l’analyse anthropologique des savoirs, par l’étude de la pensée politique, par l’approche pluridisciplinaire des idéologies politiques contemporaines.
Le programme détaillé n'est pas disponible.
-
Séminaires de recherche
– Anthropologie - Ethnologie et anthropologie sociale
– M1/S1-M2/S3
Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
MCC – fiche de lecture
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- Pré-requis
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Campus Condorcet (Humathèque)
Cours des humanités 93300 Aubervilliers
Salle 2.11 - Humathèque
1er semestre / hebdomadaire, mardi 14:30-16:30
du 28 octobre 2025 au 3 février 2026
Nombre de séances : 12- Mardi 28/10/2025
- Mardi 04/11/2025 (NB : auditorium Humathèque)
- Mardi 18/11/2025
- Mardi 25/11/2025 (NB : salle 3.06 Humathèque)
- Mardi 02/12/2025
- Mardi 09/12/2025 (NB : salle 3.06 Humathèque)
- Mardi 16/12/2025
- Mardi 06/01/2026
- Mardi 13/01/2026
- Mardi 20/01/2026
- Mardi 27/01/2026
- Mardi 03/02/2026