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UE458 - La discipline au travail. Salaire, technique et société salariale


Lieu et planning


  • 48 bd Jourdan
    48 bd Jourdan 75014 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, mardi 11:00-13:00
    du 6 février 2024 au 30 avril 2024
    Nombre de séances : 12


Description


Dernière modification : 8 mai 2023 11:38:26

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Économie, Histoire
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Histoire économique et sociale Travail
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Jérôme Bourdieu [référent·e]   directeur d'études, EHESS - directeur de recherche, INRAE / Paris School of Economics (PJSE)
  • Mathieu Arnoux   directeur d'études, EHESS - professeur des universités, Université Paris Cité / Centre de recherches historiques (CRH)
  • Jean-Yves Grenier   directeur d'études, EHESS / Centre de recherches historiques (CRH)

Le séminaire de l’année 2023-2024 reprend la problématique de l’année précédente et se donne pour objectif d’étudier le rôle de la technique dans la construction de la relation salariale. Ce rôle est-il très différent dans les économies non industrielles (ou pré-industrielles) du passé et dans les économies contemporaines ? Comment définir les techniques de production et la façon dont elles interviennent dans l’organisation du travail ? Il s’agira de comprendre si la mise en place de nouvelles techniques conduit nécessairement à une modification du rapport au travail, dans le sens d’une perte d’autonomie et d’appauvrissement de la qualité du travail. L’accent sera mis cette année non pas seulement sur les formes de résistance que suscite l’innovation technique mais aussi sur la manière dont les salariés contribuent à ce changement et sur la diversité des moyens de s’y adapter et en particulier de distribuer les gains qui peuvent en résulter. Plus généralement, on s’efforcera de comprendre quel type de lien il est possible d’établir entre les formes prises par la technique et la construction du lien salarial, voire d’une société salariale.

 La question centrale qu’aborde ainsi le séminaire et la suivante : doit-on considérer que l’évolution des systèmes techniques appliqués à la production économique des sociétés suit une tendance autonome, dictée par l’allure d’un progrès technique « exogène » ou, à l’inverse, qu’elle est aussi, voire surtout, la conséquence d’enjeux économiques et sociaux autour de l’organisation et de la discipline au travail ?

À l’aide d’exemples empruntés à des temps et des lieux très variés, la diversité des situations étudiées – depuis l’Antiquité jusqu’au monde présent, au travers d’aires culturelles différentes – devant fournir autant de terrains d’enquête, il s’agira en particulier de voir comment s’expriment le jeu des forces technologiques sur les éléments qui sont au fondement la relation salariale, le salaire, les formes contractuelles propres au travail, les modes d’organisation du travail dans les entreprises et les institutions qui les régulent dans la société, en particulier les instances de définition des qualifications, de la protection des travailleurs, bref l’ensemble des structures collectives privées ou publiques qui participent à la régulation des rapports de travail et des rapports entre le capital et le travail.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Analyse et politique économiques – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

Jérôme Bourdieu sur rendez-vous.

Réception des candidats
-
Pré-requis
-

Compte rendu


Le séminaire de l’année 2023-2024 a poursuivi l’enquête sur l’effet exercé par les techniques sur l’organisation du travail, perçue aussi bien au travers de la question de l’efficience des processus productifs que des liens qui se nouent entre une technique, les relations de travail et la discipline au travail. Comme les années passées, les thèmes étudiés s’inscrivent dans un cadre historique très large, depuis les sociétés primitives jusqu’aux économies et sociétés industrielles du XXe siècle. Mieux comprendre les interactions entre choix techniques et organisation économique et sociale est donc au cœur de la problématique du séminaire.

Un premier ensemble de séances a été consacré à la question des techniques mobilisées pour la production de biens de subsistance. L’organisation du travail par les cisterciens au Moyen-Âge a conduit à étudier le rôle des granges cisterciennes, dossier de référence pour le séminaire depuis plusieurs années. Créées à partir du XIIe siècle, il s’agit d’exploitations foncières regroupant des équipes de convers, éventuellement aidés par des salariés. L’organisation du travail mais aussi la disposition des granges dans l’espace (à moins d’une journée de marche de l’abbaye) conduisent à la mise en œuvre de techniques d’exploitation et de gestion efficaces, associées à des rapports sociaux de travail spécifiques. Cette nouvelle productivité permet de vendre massivement à l’extérieur des abbayes, transformant l’économie autarcique des débuts en une économie spécialisée tournée vers la commercialisation. Cette importance du lien entre innovation technique, productivité élevée et rapport de la main d’œuvre au travail n’est pas propre au cas cistercien. Elle a ensuite été étendue à deux thématiques très différentes : l’une, que nous avions déjà ouverte les années précédentes, est la question des techniques de moisson dans la céréaliculture de l’Europe du Nord-Ouest au tournant des XVIIIe et XIXe siècles ; l’autre est celle des effets du stockage des produits de la chasse sur les pratiques de travail des populations de chasseur-cueilleurs, dans une perspective qui s’appuyait en particulier sur les travaux d’Alain Testart.

Un deuxième ensemble de séances a porté plus spécifiquement sur la réception par le monde du travail des innovations techniques aux débuts de la Révolution industrielle. Un dossier a traité des effets engendrés par les changements dans la nature et l’intensité des tâches à accomplir avec les premières machines à filer ou à tisser anglaises, depuis la Spinning Jenny (1765) jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Un autre dossier a rassemblé un certain nombre de documents liés à la question du luddisme depuis ses débuts jusqu’à ses formes plus contemporaines. La réflexion a surtout porté sur la question de la compétence associée au travail et de ses liens avec le progrès technique, avec la double problématique de la déqualification (recherchée ou non par les employeurs) provoquée par la mécanisation et de la requalification comme opportunité introduite par la machine. Cette thématique a été mise en œuvre à propos de la mécanisation du travail dans les années 1930 dans les mines de métaux en Sardaigne exploitées par la société Peňarroya (Francesca Sanna, Université Paris-Diderot).

Un troisième ensemble de séances a réfléchi sur les effets de la technique dans la production d’armement en France au cours du XVIIIe siècle. La recherche de productivité mais aussi de qualité (précision du travail mécanique) a conduit à l’existence d’un lien complexe entre qualification du travail, discipline et autonomie des ouvriers (en règle générale très qualifiés, facteur essentiel pour leur autonomie). La nécessaire division du travail n’a pas empêché que, jusqu’à l’époque napoléonienne, la mécanisation suppose le maintien du travail qualifié. La dimension militaire de cette industrie a imposé des exigences spécifiques à cette économie politique de la qualité qui domine les processus manufacturiers préindustriels.

Une dernière thématique a porté sur la question du management du travail dans l’économie allemande du IIIe Reich. L’influence du fordisme a été forte en Europe après la Première guerre mondiale, particulièrement sur certains chefs nazis qui y ont vu un moyen d’accroître la production de guerre (surtout à partir de 1941). Le paradoxe est que le même régime politique a accordé une réelle place à l’autonomie du travail ainsi qu’à des notions comme la compétence ouvrière ou la « qualité des produits » (« deutsche Qualitätsarbeit »), selon les analyses désormais classiques de Alf Lüdtke. C’est sur cette base qu’a pu s’établir un compromis entre milieux ouvriers et classe politique nazie autour de la technique et de l’accroissement de la productivité, d’un côté, et l’acceptation du système productif (et du régime politique), de l’autre.

Dernière modification : 8 mai 2023 11:38:26

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Économie, Histoire
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Histoire économique et sociale Travail
Aires culturelles
-
Intervenant·e·s
  • Jérôme Bourdieu [référent·e]   directeur d'études, EHESS - directeur de recherche, INRAE / Paris School of Economics (PJSE)
  • Mathieu Arnoux   directeur d'études, EHESS - professeur des universités, Université Paris Cité / Centre de recherches historiques (CRH)
  • Jean-Yves Grenier   directeur d'études, EHESS / Centre de recherches historiques (CRH)

Le séminaire de l’année 2023-2024 reprend la problématique de l’année précédente et se donne pour objectif d’étudier le rôle de la technique dans la construction de la relation salariale. Ce rôle est-il très différent dans les économies non industrielles (ou pré-industrielles) du passé et dans les économies contemporaines ? Comment définir les techniques de production et la façon dont elles interviennent dans l’organisation du travail ? Il s’agira de comprendre si la mise en place de nouvelles techniques conduit nécessairement à une modification du rapport au travail, dans le sens d’une perte d’autonomie et d’appauvrissement de la qualité du travail. L’accent sera mis cette année non pas seulement sur les formes de résistance que suscite l’innovation technique mais aussi sur la manière dont les salariés contribuent à ce changement et sur la diversité des moyens de s’y adapter et en particulier de distribuer les gains qui peuvent en résulter. Plus généralement, on s’efforcera de comprendre quel type de lien il est possible d’établir entre les formes prises par la technique et la construction du lien salarial, voire d’une société salariale.

 La question centrale qu’aborde ainsi le séminaire et la suivante : doit-on considérer que l’évolution des systèmes techniques appliqués à la production économique des sociétés suit une tendance autonome, dictée par l’allure d’un progrès technique « exogène » ou, à l’inverse, qu’elle est aussi, voire surtout, la conséquence d’enjeux économiques et sociaux autour de l’organisation et de la discipline au travail ?

À l’aide d’exemples empruntés à des temps et des lieux très variés, la diversité des situations étudiées – depuis l’Antiquité jusqu’au monde présent, au travers d’aires culturelles différentes – devant fournir autant de terrains d’enquête, il s’agira en particulier de voir comment s’expriment le jeu des forces technologiques sur les éléments qui sont au fondement la relation salariale, le salaire, les formes contractuelles propres au travail, les modes d’organisation du travail dans les entreprises et les institutions qui les régulent dans la société, en particulier les instances de définition des qualifications, de la protection des travailleurs, bref l’ensemble des structures collectives privées ou publiques qui participent à la régulation des rapports de travail et des rapports entre le capital et le travail.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Analyse et politique économiques – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

Jérôme Bourdieu sur rendez-vous.

Réception des candidats
-
Pré-requis
-
  • 48 bd Jourdan
    48 bd Jourdan 75014 Paris
    2nd semestre / hebdomadaire, mardi 11:00-13:00
    du 6 février 2024 au 30 avril 2024
    Nombre de séances : 12

Le séminaire de l’année 2023-2024 a poursuivi l’enquête sur l’effet exercé par les techniques sur l’organisation du travail, perçue aussi bien au travers de la question de l’efficience des processus productifs que des liens qui se nouent entre une technique, les relations de travail et la discipline au travail. Comme les années passées, les thèmes étudiés s’inscrivent dans un cadre historique très large, depuis les sociétés primitives jusqu’aux économies et sociétés industrielles du XXe siècle. Mieux comprendre les interactions entre choix techniques et organisation économique et sociale est donc au cœur de la problématique du séminaire.

Un premier ensemble de séances a été consacré à la question des techniques mobilisées pour la production de biens de subsistance. L’organisation du travail par les cisterciens au Moyen-Âge a conduit à étudier le rôle des granges cisterciennes, dossier de référence pour le séminaire depuis plusieurs années. Créées à partir du XIIe siècle, il s’agit d’exploitations foncières regroupant des équipes de convers, éventuellement aidés par des salariés. L’organisation du travail mais aussi la disposition des granges dans l’espace (à moins d’une journée de marche de l’abbaye) conduisent à la mise en œuvre de techniques d’exploitation et de gestion efficaces, associées à des rapports sociaux de travail spécifiques. Cette nouvelle productivité permet de vendre massivement à l’extérieur des abbayes, transformant l’économie autarcique des débuts en une économie spécialisée tournée vers la commercialisation. Cette importance du lien entre innovation technique, productivité élevée et rapport de la main d’œuvre au travail n’est pas propre au cas cistercien. Elle a ensuite été étendue à deux thématiques très différentes : l’une, que nous avions déjà ouverte les années précédentes, est la question des techniques de moisson dans la céréaliculture de l’Europe du Nord-Ouest au tournant des XVIIIe et XIXe siècles ; l’autre est celle des effets du stockage des produits de la chasse sur les pratiques de travail des populations de chasseur-cueilleurs, dans une perspective qui s’appuyait en particulier sur les travaux d’Alain Testart.

Un deuxième ensemble de séances a porté plus spécifiquement sur la réception par le monde du travail des innovations techniques aux débuts de la Révolution industrielle. Un dossier a traité des effets engendrés par les changements dans la nature et l’intensité des tâches à accomplir avec les premières machines à filer ou à tisser anglaises, depuis la Spinning Jenny (1765) jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Un autre dossier a rassemblé un certain nombre de documents liés à la question du luddisme depuis ses débuts jusqu’à ses formes plus contemporaines. La réflexion a surtout porté sur la question de la compétence associée au travail et de ses liens avec le progrès technique, avec la double problématique de la déqualification (recherchée ou non par les employeurs) provoquée par la mécanisation et de la requalification comme opportunité introduite par la machine. Cette thématique a été mise en œuvre à propos de la mécanisation du travail dans les années 1930 dans les mines de métaux en Sardaigne exploitées par la société Peňarroya (Francesca Sanna, Université Paris-Diderot).

Un troisième ensemble de séances a réfléchi sur les effets de la technique dans la production d’armement en France au cours du XVIIIe siècle. La recherche de productivité mais aussi de qualité (précision du travail mécanique) a conduit à l’existence d’un lien complexe entre qualification du travail, discipline et autonomie des ouvriers (en règle générale très qualifiés, facteur essentiel pour leur autonomie). La nécessaire division du travail n’a pas empêché que, jusqu’à l’époque napoléonienne, la mécanisation suppose le maintien du travail qualifié. La dimension militaire de cette industrie a imposé des exigences spécifiques à cette économie politique de la qualité qui domine les processus manufacturiers préindustriels.

Une dernière thématique a porté sur la question du management du travail dans l’économie allemande du IIIe Reich. L’influence du fordisme a été forte en Europe après la Première guerre mondiale, particulièrement sur certains chefs nazis qui y ont vu un moyen d’accroître la production de guerre (surtout à partir de 1941). Le paradoxe est que le même régime politique a accordé une réelle place à l’autonomie du travail ainsi qu’à des notions comme la compétence ouvrière ou la « qualité des produits » (« deutsche Qualitätsarbeit »), selon les analyses désormais classiques de Alf Lüdtke. C’est sur cette base qu’a pu s’établir un compromis entre milieux ouvriers et classe politique nazie autour de la technique et de l’accroissement de la productivité, d’un côté, et l’acceptation du système productif (et du régime politique), de l’autre.