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UE452 - Anthropologie de la mémoire


Lieu et planning


  • Musée du quai Branly-Jacques Chirac
    37 quai Branly 75007 Paris
    Salle de cours 2
    annuel / hebdomadaire, mercredi 14:00-17:00
    du 29 novembre 2023 au 24 avril 2024
    Nombre de séances : 15


Description


Dernière modification : 8 mai 2023 11:29:56

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Anthropologie et linguistique Comparatisme Mémoire
Aires culturelles
Amérique du Nord Amérique du Sud Océanie
Intervenant·e·s
  • Carlo Severi [référent·e]   directeur d'études (retraité·e), EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

Dans le but de préciser et d’enrichir le concept de mémoire sociale, nous avons, ces dernières années, identifié deux formes de tradition iconographique. L’une, liée à l’exercice conscient d’une mémoire, et que nous avons récemment étendu à l’analyse des pictographies complexes mésoaméricaines, permet de penser autrement l’opposition entre l’oral et l’écrit. L’autre, qui implique la mise en place d’une agentivité attribuée aux images, renouvelle la théorie de l’action rituelle. En nous appuyant sur l’analyse de cas méso-américains, amazoniens et océaniens, nous allons cette année introduire une troisième forme de tradition iconographique, en présentant une première ébauche d’une théorie relationnelle du sacrifice, fondée sur une nouvelle interprétation de l’aspect « magique » que Marcel Mauss attribuait à l’échange d’objets. À partir de ces nouvelles analyses, nous réfléchirons à une lecture critique, et à un développement possible, de certaines thèses majeures de La Pensée Sauvage de Claude Lévi-Strauss.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.


Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Carlo Severi par courriel : severi@ehess.fr

Laboratoire d'anthropologie sociale, Collège de France , 52, rue du Cardinal-Lemoine 75005 Paris.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous, au Laboratoire d'anthropologie sociale, Collège de France , 52, rue du Cardinal Lemoine 75005 Paris.

Réception des candidats

sur rendez-vous pris par courriel : severi@ehess.fr 

Pré-requis

ouvert à tous.


Compte rendu


Anthropologie de l’art occidental : problèmes et perspectives

Longtemps consacrées à l’art abstrait, puis à l’espace chimérique, nos recherches dans le domaine de l’anthropologie de l’art nous ont conduit à identifier trois principes d’intelligibilité des images : l’étude des opérations mentales impliquées pala représentation iconique et les processus de « constitution de subjectivité »que ces opérations supposent ; la définition de l’univers de discours qui leur est propre ; et la mise en place de séries iconographiques qui constituent, selon la formule de Claude Lévi-Strauss, autant de solutions visuelles à des problèmes logiques donnés. Nous nous sommes demandés cette année si cette approche peut-elle s’appliquer à la perspective européenne ? Comment un ou une anthropologue peut-il (ou elle) prétendre d’étudier l’art occidental ? Quels résultats peut-on espérer, qui ne soient pas déjà connus des historiens de l’art ? Nous avons constaté, il y a une trentaine d’années[1], qu’un étrange paradoxe semblait peser sur l’anthropologie de l’art. Alors que les anthropologues tentent de démontrer la validité de leur discipline pour n’importe quelle société, traditionnelle ou moderne, les spécialistes en anthropologie de l’art se sont longtemps limités à l’étude des arts non occidentaux ou aux formes « populaires » des arts européens.

Nous nous sommes demandés pourquoi ne peuvent-ils pratiquement jamais approcher le « grand art » de l’Occident, ses courants d’idées, ses enjeux, ses grands artistes, alors que de nombreux historiens de l’art occidental, à partir de Warburg, évidemment, mais aussi de Baxandall, Freedberg, Settis, Belting, Van Eck ou Bredekamp, se sont rapprochés de l’anthropologie pour renouveler leurs approches. Une fois reconnu que les causes de ce paradoxe sont multiples, nous avons brièvement esquissé l’essentiel de notre approche. Il s’agit pour nous de passer de l’étude du sens des œuvres (ou de leur iconographie), à l’exploration de la relation qu’elles entretiennent avec l’observateur. On se propose donc de passer d’un regard analytique et historique, propres à la recherche historique, à ce qu’Aby Warburg a appelé le regard anthropomorphe[2] qu’on peut poser sur une œuvre d’art.

Cette approche implique trois étapes. Il s’agit d’abord de comprendre un thème dominant dans la tradition occidentale, et notamment l’illusion du mouvement (et donc de la vie) attribué aux œuvres d’art en termes d’agentivité, et donc d’explorer l’espace relationnel que l’œuvre d’art implique. La deuxième étape concerne la définition du concept d’agentivité. La grande majorité des historiens de l’art indique par ce terme une sorte de « substance indifférenciée », quelque chose qui serait, en soi et par définition, propre au « pouvoir » de l’image.

Pour l’anthropologue, il faut au contraire étudier les conditions d’existence de l’agentivité d’une image, et identifier l’ensemble de relations qui l’engendrent. La compréhension du processus d’attribution d’une agentivité de l’œuvre d’art implique donc la compréhension d’une forme de pensée qui permet de projeter une subjectivité dans l’image. L’anthropomorphisme du regard, pour reprendre l’expression de Warburg, est donc à étudier en tant que forme de pensée inhérente à l’image, et non pas comme un phénomène cognitif pré-rationnel de base[3]. Notre troisième point (qu’on ne développera pas ici) concerne l’analyse comparative. Au cours du séminaire de cette année nous avons montré, sur plusieurs exemples, que, si l’on adopte cette approche, une forme élargie de comparatisme, fondée sur les formes d’agentivité propres à des œuvres qui peuvent appartenir à des époques et des cultures différentes, au sein de l’Occident et au-delà, devient possible.

[1] Carlo Severi, « Anthropologie de l’art », in P. Bonte et M. Izard, Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Paris, PUF, 1991, p. 81-85.

[2] Aby Warburg, Fragments sur l’expression, Paris, éditions de l’écarquillé, 2015,p.

[3] Sur ce point, voir David Freedberg et Vittorio Gallese, « Motion, Emotion and Empathy in Esthetic Experience », Trends in Cognitive Science,Vol.11,N.5,, 2007,p.197-203.

Publications

Publications

2024, « Innumerable Illusions. Anthropology and Aesthetics, a new line »,in (Severi, C. ed.), Res Viva, a special issue of Res: Anthropology and aesthetics, volume 79/80, 2023: 1-10. © 

Dernière modification : 8 mai 2023 11:29:56

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Anthropologie et linguistique Comparatisme Mémoire
Aires culturelles
Amérique du Nord Amérique du Sud Océanie
Intervenant·e·s
  • Carlo Severi [référent·e]   directeur d'études (retraité·e), EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

Dans le but de préciser et d’enrichir le concept de mémoire sociale, nous avons, ces dernières années, identifié deux formes de tradition iconographique. L’une, liée à l’exercice conscient d’une mémoire, et que nous avons récemment étendu à l’analyse des pictographies complexes mésoaméricaines, permet de penser autrement l’opposition entre l’oral et l’écrit. L’autre, qui implique la mise en place d’une agentivité attribuée aux images, renouvelle la théorie de l’action rituelle. En nous appuyant sur l’analyse de cas méso-américains, amazoniens et océaniens, nous allons cette année introduire une troisième forme de tradition iconographique, en présentant une première ébauche d’une théorie relationnelle du sacrifice, fondée sur une nouvelle interprétation de l’aspect « magique » que Marcel Mauss attribuait à l’échange d’objets. À partir de ces nouvelles analyses, nous réfléchirons à une lecture critique, et à un développement possible, de certaines thèses majeures de La Pensée Sauvage de Claude Lévi-Strauss.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.

Contacts additionnels
-
Informations pratiques

Carlo Severi par courriel : severi@ehess.fr

Laboratoire d'anthropologie sociale, Collège de France , 52, rue du Cardinal-Lemoine 75005 Paris.

Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous, au Laboratoire d'anthropologie sociale, Collège de France , 52, rue du Cardinal Lemoine 75005 Paris.

Réception des candidats

sur rendez-vous pris par courriel : severi@ehess.fr 

Pré-requis

ouvert à tous.

  • Musée du quai Branly-Jacques Chirac
    37 quai Branly 75007 Paris
    Salle de cours 2
    annuel / hebdomadaire, mercredi 14:00-17:00
    du 29 novembre 2023 au 24 avril 2024
    Nombre de séances : 15

Anthropologie de l’art occidental : problèmes et perspectives

Longtemps consacrées à l’art abstrait, puis à l’espace chimérique, nos recherches dans le domaine de l’anthropologie de l’art nous ont conduit à identifier trois principes d’intelligibilité des images : l’étude des opérations mentales impliquées pala représentation iconique et les processus de « constitution de subjectivité »que ces opérations supposent ; la définition de l’univers de discours qui leur est propre ; et la mise en place de séries iconographiques qui constituent, selon la formule de Claude Lévi-Strauss, autant de solutions visuelles à des problèmes logiques donnés. Nous nous sommes demandés cette année si cette approche peut-elle s’appliquer à la perspective européenne ? Comment un ou une anthropologue peut-il (ou elle) prétendre d’étudier l’art occidental ? Quels résultats peut-on espérer, qui ne soient pas déjà connus des historiens de l’art ? Nous avons constaté, il y a une trentaine d’années[1], qu’un étrange paradoxe semblait peser sur l’anthropologie de l’art. Alors que les anthropologues tentent de démontrer la validité de leur discipline pour n’importe quelle société, traditionnelle ou moderne, les spécialistes en anthropologie de l’art se sont longtemps limités à l’étude des arts non occidentaux ou aux formes « populaires » des arts européens.

Nous nous sommes demandés pourquoi ne peuvent-ils pratiquement jamais approcher le « grand art » de l’Occident, ses courants d’idées, ses enjeux, ses grands artistes, alors que de nombreux historiens de l’art occidental, à partir de Warburg, évidemment, mais aussi de Baxandall, Freedberg, Settis, Belting, Van Eck ou Bredekamp, se sont rapprochés de l’anthropologie pour renouveler leurs approches. Une fois reconnu que les causes de ce paradoxe sont multiples, nous avons brièvement esquissé l’essentiel de notre approche. Il s’agit pour nous de passer de l’étude du sens des œuvres (ou de leur iconographie), à l’exploration de la relation qu’elles entretiennent avec l’observateur. On se propose donc de passer d’un regard analytique et historique, propres à la recherche historique, à ce qu’Aby Warburg a appelé le regard anthropomorphe[2] qu’on peut poser sur une œuvre d’art.

Cette approche implique trois étapes. Il s’agit d’abord de comprendre un thème dominant dans la tradition occidentale, et notamment l’illusion du mouvement (et donc de la vie) attribué aux œuvres d’art en termes d’agentivité, et donc d’explorer l’espace relationnel que l’œuvre d’art implique. La deuxième étape concerne la définition du concept d’agentivité. La grande majorité des historiens de l’art indique par ce terme une sorte de « substance indifférenciée », quelque chose qui serait, en soi et par définition, propre au « pouvoir » de l’image.

Pour l’anthropologue, il faut au contraire étudier les conditions d’existence de l’agentivité d’une image, et identifier l’ensemble de relations qui l’engendrent. La compréhension du processus d’attribution d’une agentivité de l’œuvre d’art implique donc la compréhension d’une forme de pensée qui permet de projeter une subjectivité dans l’image. L’anthropomorphisme du regard, pour reprendre l’expression de Warburg, est donc à étudier en tant que forme de pensée inhérente à l’image, et non pas comme un phénomène cognitif pré-rationnel de base[3]. Notre troisième point (qu’on ne développera pas ici) concerne l’analyse comparative. Au cours du séminaire de cette année nous avons montré, sur plusieurs exemples, que, si l’on adopte cette approche, une forme élargie de comparatisme, fondée sur les formes d’agentivité propres à des œuvres qui peuvent appartenir à des époques et des cultures différentes, au sein de l’Occident et au-delà, devient possible.

[1] Carlo Severi, « Anthropologie de l’art », in P. Bonte et M. Izard, Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Paris, PUF, 1991, p. 81-85.

[2] Aby Warburg, Fragments sur l’expression, Paris, éditions de l’écarquillé, 2015,p.

[3] Sur ce point, voir David Freedberg et Vittorio Gallese, « Motion, Emotion and Empathy in Esthetic Experience », Trends in Cognitive Science,Vol.11,N.5,, 2007,p.197-203.

Publications

Publications

2024, « Innumerable Illusions. Anthropology and Aesthetics, a new line »,in (Severi, C. ed.), Res Viva, a special issue of Res: Anthropology and aesthetics, volume 79/80, 2023: 1-10. ©