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UE430 - Identités tsiganes


Lieu et planning


  • EHESS-Toulouse
    Université Toulouse-Jean Jaurès, Maison de la recherche, 5 allées Antonio-Machado 31000 Toulouse
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 16:30-18:30
    du 14 septembre 2023 au 21 décembre 2023
    Nombre de séances : 12


Description


Dernière modification : 23 mai 2023 17:20:27

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique
Page web
-
Langues
français
L’enseignement est uniquement dispensé dans cette langue.
Mots-clés
Anthropologie Culture Ethnicité Histoire Mémoire Oralité Témoignage
Aires culturelles
Europe
Intervenant·e·s
  • Jean-Pierre Cavaillé [référent·e]   maître de conférences, EHESS / Laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires (LISST)

Il s’agira d’approcher croiser une approche d’anthropologie historique aux études de terrain portant sur les aires culturelles européennes. L’enjeu est à la fois d’observer des phénomènes de longue durée et de considérer les ruptures plus ou moins radicales ayant affecté ou affectant aujourd’hui les sociétés que l’on nommera, faute de mieux, tsiganes, gypsies, roms/rrom/roma ou romane. Cette gêne spontanément ressentie dans l’emploi de toute dénomination identitaire générale sera du reste l’objet de notre première approche critique : comment s’articulent et se contredisent souvent les dénominations exogènes et endogènes ? Comment elles contribuent à la constitution d’identité valorisantes ou dévalorisantes, voire dégradantes, justifiant la discrimination, la ségrégation, la contrainte à la sédentarité, voire les déportations et les crimes de masse dont les « tsiganes » (sans doute, les guillemets s’imposent-ils) ont été victimes au XXe siècle ? Mais tout en même temps, nous nous intéresserons à des éléments fort d’identité internes à ces sociétés, telle que la famille comme institution structurante, les formes d’économies spécifiques (services et spectacles), les relations aux gadjé, les relations de genre, les affiliations religieuses, les productions linguistiques, les représentations de l’inscription de la communauté sur le territoire…

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.


Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

le séminaire se déroule exclusivement en présentiel à Toulouse (Université Toulouse Jean-Jaurès, bâtiment Olympe de Gouges).

Direction de travaux des étudiants

chaque jeudi du premier semestre de 14 h à 16 h.

Réception des candidats

contacter l'enseignant avant le 1er septembre 2023 par courriel : cavaille@ehess.fr

Pré-requis

niveau master et/ou doctorants. Les auditeurs libres éventuels doivent prendre contact avec l'enseignant au préalable.


Compte rendu


Cette année, le séminaire Identités tsiganes s’est encore concentré sur la question de l’identité, mais abordée au plus près des données de terrain, à travers l’observation rapprochée de stratégies de différenciation le plus souvent discrètes sinon invisibles. Il s’est agit ainsi d’examiner comment l’identité se joue aussi, sinon d’abord, de manière négative : en ne faisant pas et en ne parlant pas « comme les Gadjé » (non Tsiganes) et donc en relation constante avec ces derniers, par des emprunts multiples mais à travers une appropriation qui, parfois, s’apparente au détournement, voire au contournement, mais également par la soustraction, comme l’avait bien vu Patrick Williams. Les mondes romane sont ainsi le fruits d’emprunts multiples, prélevés, mais aussi détachés du continuum culturel de la société environnante, introduisant des manques, des vides et des silences, à travers des procédures de refus et d’évitement parfois explicites mais souvent non verbalisées.

Pour ma part, j’ai appuyé mes analyses sur l’ethnographie d’un groupe de Manouches du Limousin refusant l’assignation à résidence sur les aires d’accueil et, pour certains, rejetant une partie de l’année au moins – durant la belle saison, l’enferment dans les résidences (HLM) où les services sociaux cherchent à les contenir. Dans les conflits inévitables qui les opposent aux autorités, du fait de leur stationnement illégal sur des terrains publics ou privés, j’ai notamment étudié la mobilisation de l’invocation, qui n’est certes pas seulement de circonstance, de l’identité française (« nous sommes Français »), et de sa justification par l’invocation de la mémoire familiales (« nos anciens ont fait la guerre pour la France ») ; mobilisation toujours difficile des défunts auprès des Gadjé pour dénoncer l’éternelle politique du « camp » (ainsi continuent-ils à nommer « places désignées » les aires d’accueil, seuls lieux de stationnement autorisés) qui leur est imposée. Aussi constatent-ils, amèrement, que leur identité de Manouches « français » et même, dirons-nous, de « Manouches d’ici » (l’attachement au local est déterminante), ne les protège nullement de discriminations systémique et d’un antitsiganisme diffus. Dans ces conditions, les Manouches sont amenés à développer des stratégies qui oscillent entre l’hyper-affirmation (destruction des « murs antigitans » pour « rouvrir » des « places ») et l’invisibilisation maximale : trouver des places « cachées », mais aussi tenter de se faire passer pour des Gadjé dans la vie courante, pour éviter les difficultés inhérentes au statut administratif de « Gens du Voyage » et aux stéréotypes négatifs qui lui sont attachés.

Le séminaire a bénéficié de la présence comme professeure invitée de Stefania Pontrandolfo, qui est intervenue sur les Sinti et les Roms d’Italie, ainsi que des interventions de Yoanna Rubio, sur les femmes gitanes de Bériac près de Carcassonne, et de Jean-Luc Poueyto sur les Manouches de Pau.

Publications
  • « Sodomy and Irreligion in the Culture of the déniaisés », Umberto Grassi ed., Cursed Blessings. Sex and religious radical dissent in early modern Europe, London & New-York, Routledge, 2024, p. 145-154.
  • « Guy Patin, auteur du Theophrastus Redivivus. Note critique au sujet de Gianluca Mori, Athéisme et dissimulation au xviie siècle », La Lettre Clandestine, n° 32, 2024, p. 187-202.
  •  « Les priapolithes et hysterapetrae de Pierre Borel. Vie et reproduction des pierres », Suivre les pierres, Techniques & culture, 2024, n° 79, p. 168-181.
  • « Une correspondance au quotidien : Amélie et Émile Quentin, 1914-1919 », in Agnès Steuckardt, Corinne Gomila et Chantal Wionet (dir.), Gens ordinaires dans la Grande Guerre Correspondances, récits, témoignages, Maison des Sciences de l’Homme, 2024, p. 89-108.
  •  « De quoi la médisance est-elle le nom ? », in Fosca Mariani Zini (ed.), La Malebouche, Histoire des paroles blessantes du Moyen Age aux Lumières, Tours, Centre d’études supérieures de la Renaissance, 2024, p. 295-311.
  •  « The Notion of Erroneous conscience in Pierre Bayle », in Marco Faini / Marco Sgarbi (eds), Errors, False Opinions and Defective Knowledge in Early Modern Europe, Firenze, Firenze University Press, 2023, p. 105-119.
  • « La raillerie blasphématoire au début de l’époque moderne », Littératures classiques, « La raillerie au XVIIe siècle », n° 110, 2023, p. 173-190. Version préparatoire plus étendue : « La raillerie blasphématoire au XVIe siècle à partir des considérations de Henri Estienne », 2021. ⟨hal-04218379⟩
  • « Le Drapeau rom / tsigane : invention, diffusion, perception, usages », Ethnologie Française, 2023/2 (Vol. 54), p. 271-287. Version de travail plus développée et illustrée : « Le drapeau rom/tsigane : un drapeau, mais pour quoi faire ? », 2022, ⟨hal-04174980v2⟩

Dernière modification : 23 mai 2023 17:20:27

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique
Page web
-
Langues
français
L’enseignement est uniquement dispensé dans cette langue.
Mots-clés
Anthropologie Culture Ethnicité Histoire Mémoire Oralité Témoignage
Aires culturelles
Europe
Intervenant·e·s
  • Jean-Pierre Cavaillé [référent·e]   maître de conférences, EHESS / Laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires (LISST)

Il s’agira d’approcher croiser une approche d’anthropologie historique aux études de terrain portant sur les aires culturelles européennes. L’enjeu est à la fois d’observer des phénomènes de longue durée et de considérer les ruptures plus ou moins radicales ayant affecté ou affectant aujourd’hui les sociétés que l’on nommera, faute de mieux, tsiganes, gypsies, roms/rrom/roma ou romane. Cette gêne spontanément ressentie dans l’emploi de toute dénomination identitaire générale sera du reste l’objet de notre première approche critique : comment s’articulent et se contredisent souvent les dénominations exogènes et endogènes ? Comment elles contribuent à la constitution d’identité valorisantes ou dévalorisantes, voire dégradantes, justifiant la discrimination, la ségrégation, la contrainte à la sédentarité, voire les déportations et les crimes de masse dont les « tsiganes » (sans doute, les guillemets s’imposent-ils) ont été victimes au XXe siècle ? Mais tout en même temps, nous nous intéresserons à des éléments fort d’identité internes à ces sociétés, telle que la famille comme institution structurante, les formes d’économies spécifiques (services et spectacles), les relations aux gadjé, les relations de genre, les affiliations religieuses, les productions linguistiques, les représentations de l’inscription de la communauté sur le territoire…

Le programme détaillé n'est pas disponible.

Cette UE n'est rattachée à aucune formation de master.

Contacts additionnels
-
Informations pratiques

le séminaire se déroule exclusivement en présentiel à Toulouse (Université Toulouse Jean-Jaurès, bâtiment Olympe de Gouges).

Direction de travaux des étudiants

chaque jeudi du premier semestre de 14 h à 16 h.

Réception des candidats

contacter l'enseignant avant le 1er septembre 2023 par courriel : cavaille@ehess.fr

Pré-requis

niveau master et/ou doctorants. Les auditeurs libres éventuels doivent prendre contact avec l'enseignant au préalable.

  • EHESS-Toulouse
    Université Toulouse-Jean Jaurès, Maison de la recherche, 5 allées Antonio-Machado 31000 Toulouse
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 16:30-18:30
    du 14 septembre 2023 au 21 décembre 2023
    Nombre de séances : 12

Cette année, le séminaire Identités tsiganes s’est encore concentré sur la question de l’identité, mais abordée au plus près des données de terrain, à travers l’observation rapprochée de stratégies de différenciation le plus souvent discrètes sinon invisibles. Il s’est agit ainsi d’examiner comment l’identité se joue aussi, sinon d’abord, de manière négative : en ne faisant pas et en ne parlant pas « comme les Gadjé » (non Tsiganes) et donc en relation constante avec ces derniers, par des emprunts multiples mais à travers une appropriation qui, parfois, s’apparente au détournement, voire au contournement, mais également par la soustraction, comme l’avait bien vu Patrick Williams. Les mondes romane sont ainsi le fruits d’emprunts multiples, prélevés, mais aussi détachés du continuum culturel de la société environnante, introduisant des manques, des vides et des silences, à travers des procédures de refus et d’évitement parfois explicites mais souvent non verbalisées.

Pour ma part, j’ai appuyé mes analyses sur l’ethnographie d’un groupe de Manouches du Limousin refusant l’assignation à résidence sur les aires d’accueil et, pour certains, rejetant une partie de l’année au moins – durant la belle saison, l’enferment dans les résidences (HLM) où les services sociaux cherchent à les contenir. Dans les conflits inévitables qui les opposent aux autorités, du fait de leur stationnement illégal sur des terrains publics ou privés, j’ai notamment étudié la mobilisation de l’invocation, qui n’est certes pas seulement de circonstance, de l’identité française (« nous sommes Français »), et de sa justification par l’invocation de la mémoire familiales (« nos anciens ont fait la guerre pour la France ») ; mobilisation toujours difficile des défunts auprès des Gadjé pour dénoncer l’éternelle politique du « camp » (ainsi continuent-ils à nommer « places désignées » les aires d’accueil, seuls lieux de stationnement autorisés) qui leur est imposée. Aussi constatent-ils, amèrement, que leur identité de Manouches « français » et même, dirons-nous, de « Manouches d’ici » (l’attachement au local est déterminante), ne les protège nullement de discriminations systémique et d’un antitsiganisme diffus. Dans ces conditions, les Manouches sont amenés à développer des stratégies qui oscillent entre l’hyper-affirmation (destruction des « murs antigitans » pour « rouvrir » des « places ») et l’invisibilisation maximale : trouver des places « cachées », mais aussi tenter de se faire passer pour des Gadjé dans la vie courante, pour éviter les difficultés inhérentes au statut administratif de « Gens du Voyage » et aux stéréotypes négatifs qui lui sont attachés.

Le séminaire a bénéficié de la présence comme professeure invitée de Stefania Pontrandolfo, qui est intervenue sur les Sinti et les Roms d’Italie, ainsi que des interventions de Yoanna Rubio, sur les femmes gitanes de Bériac près de Carcassonne, et de Jean-Luc Poueyto sur les Manouches de Pau.

Publications
  • « Sodomy and Irreligion in the Culture of the déniaisés », Umberto Grassi ed., Cursed Blessings. Sex and religious radical dissent in early modern Europe, London & New-York, Routledge, 2024, p. 145-154.
  • « Guy Patin, auteur du Theophrastus Redivivus. Note critique au sujet de Gianluca Mori, Athéisme et dissimulation au xviie siècle », La Lettre Clandestine, n° 32, 2024, p. 187-202.
  •  « Les priapolithes et hysterapetrae de Pierre Borel. Vie et reproduction des pierres », Suivre les pierres, Techniques & culture, 2024, n° 79, p. 168-181.
  • « Une correspondance au quotidien : Amélie et Émile Quentin, 1914-1919 », in Agnès Steuckardt, Corinne Gomila et Chantal Wionet (dir.), Gens ordinaires dans la Grande Guerre Correspondances, récits, témoignages, Maison des Sciences de l’Homme, 2024, p. 89-108.
  •  « De quoi la médisance est-elle le nom ? », in Fosca Mariani Zini (ed.), La Malebouche, Histoire des paroles blessantes du Moyen Age aux Lumières, Tours, Centre d’études supérieures de la Renaissance, 2024, p. 295-311.
  •  « The Notion of Erroneous conscience in Pierre Bayle », in Marco Faini / Marco Sgarbi (eds), Errors, False Opinions and Defective Knowledge in Early Modern Europe, Firenze, Firenze University Press, 2023, p. 105-119.
  • « La raillerie blasphématoire au début de l’époque moderne », Littératures classiques, « La raillerie au XVIIe siècle », n° 110, 2023, p. 173-190. Version préparatoire plus étendue : « La raillerie blasphématoire au XVIe siècle à partir des considérations de Henri Estienne », 2021. ⟨hal-04218379⟩
  • « Le Drapeau rom / tsigane : invention, diffusion, perception, usages », Ethnologie Française, 2023/2 (Vol. 54), p. 271-287. Version de travail plus développée et illustrée : « Le drapeau rom/tsigane : un drapeau, mais pour quoi faire ? », 2022, ⟨hal-04174980v2⟩