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UE327 - Sociologie historique et politique de la violence au Moyen-Orient


Lieu et planning


  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    Salle 25-A - Norbert-Elias
    2nd semestre / hebdomadaire, lundi 10:30-12:30
    du 26 février 2024 au 10 juin 2024
    Nombre de séances : 12


Description


Dernière modification : 3 juil. 2023 09:37:37

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Histoire, Sociologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Corps Domination Espace Ethnicité Minorités Politique Violence
Aires culturelles
Arabe (monde) Iranien (monde)
Intervenant·e·s
  • Hamit Bozarslan [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Centre d'études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (CETOBaC)
  • Gabriel Martinez-Gros   professeur des universités (retraité·e), Université Paris Nanterre

Longtemps négligés par les sciences sociales, les thèmes de la coercition comme expression extrême des rapports de domination et de la violence, sociale et politiques, attirent désormais un nombre important de chercheurs. Mais la fragmentation sociale, politique et territoriale, la banalisation de la violence auto-sacrificielle et l’esthétisation macabre de la cruauté sur nombre de terrains de conflit nous poussent aussi à réfléchir aux limites des approches qu’on pourrait définir de phénoménologiques. Partant notamment, mais pas exclusivement, des formes de violence qu’on observe au Moyen-Orient depuis le milieu des années 1990, notre séminaire aura pour ambition de problématiser les situations où « la violence domine tout » mais « ne tranche rien » et ne s’inscrit dans la durée qu’au prix de la destruction du « social » qui lui a donné naissance.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Études politiques – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques

réception sur rendez-vous pris par courriel : Hamit.Bozarslan@ehess.fr

Direction de travaux des étudiants

réception sur rendez-vous pris par courriel : Hamit.Bozarslan@ehess.fr

Réception des candidats

réception sur rendez-vous pris par courriel : Hamit.Bozarslan@ehess.fr

Pré-requis
-

Compte rendu


Tout en poursuivant notre réflexion sur les régimes anti-démocratiques iranien, russe et turc, nous avons consacré une partie de notre séminaire à la Guerre de Gaza, en faisant d’abord un constat :  Un crime de masse suivi d’une guerre de dévastation totale, avec des implications sanglantes au Yémen, en Irak, au Liban et en Syrie, pays pris en otage par des pouvoirs miliciens pro-iraniens, en tentant ensuite de comprendre ces enjeux en termes humanitaires, mais aussi politiques, dans l’espace palestinien autant qu’en Israël où la démocratie est désormais à « l’agonie » (Charles Enderlin).  Nous avons également souligné la nécessité d’avoir à l’esprit que la guerre en cours suit celle de la Syrie (où, entre autres, le camp palestinien de Yarmouk a été anéanti par le régime de Bachar al-Assad), l’occupation de l’Ukraine, les interventions accompagnées de nettoyage ethnique d’Ankara contre le Rojava et de Bakou contre le Haut Karabagh. Ces épisodes qui s’ancrent dans le temps long mais se déroulent souvent sur des micro-territoires, nous interrogent sur le monde des décennies 2010-2020.

Il nous a paru également nécessaire de prendre à bras le corps les tensions que ce conflit a provoquées au sein de plusieurs établissements d’enseignement supérieur en partant des réflexions de Hannah Arendt, qui pensait l’Agora comme un espace de rencontre des différences, d’une conflictualité légitime. Arendt soulignait aussi la nécessité d’une « Academia » autonome, elle-même plurielle et conflictuelle, capable de penser, critiquer, et le cas échéant contribuer à transformer l’Agora. Si les institutions de sciences sociales n’ont pas pour mission de produire de l’expertise, elles ne constituent pas pour autant des isolats et ne peuvent ignorer les transformations, dans certains cas hélas, aussi la brutalisation de leur objet de recherche même qui est la société, qu’elle soit ici ou ailleurs.  

Ce débat pluriel est d’autant plus nécessaire qu’en dépit des polémiques qu’il suscite, ce conflit est en réalité mal connu : on ne peut l’analyser en faisant abstraction des passions nationales qui ont secoué le Vieux Continent au XIXe siècle, de l’effondrement de l’Empire ottoman qui lui-même constitue l’un des épisodes finaux de la Grande Guerre, et bien sûr de la Deuxième Guerre mondiale et de la Shoah. De la même manière, dans nos débats, nous prenons rarement en considération l’immense érudition des historiens sur la fondation de l’État d’Israël et la nakba (« Chute »/« Catastrophe ») palestinienne, la guerre de Six jours en 1967, qui donne naissance à la question palestinienne dans sa configuration actuelle, les deux « Intifada » (« Insurrection »/« Soulèvement ») de la fin des années 1980 et du début des années 2000. Chacun de ces moments décisifs était un tournant présentant des alternatives multiples et divergentes. Un autre Israël, une autre Palestine, une autre configuration israélo-palestinienne auraient pu se désigner par le passé, ou peuvent se désigner dans le futur.

Il importe dès lors de prendre en compte les passions actuelles telles qu’elles se manifestent dans les débats publics en France et ailleurs, écouter la voix des intellectuels et des professionnels qui n’émanent pas directement de nos milieux de recherche et d’enseignement supérieur. De même, il est nécessaire, dans un deuxième temps, « historiciser » le conflit, sans bloquer pour autant l’horizon d’attente des deux sociétés : comme l’histoire de l’Europe occidentale l’atteste amplement, le passé détermine le présent, mais il n’y a aucune raison pour que l’avenir en soit une réplique. Il faut , en dernier lieu, prendre la mesure du contexte régional où sévit, depuis de très longues décennies, et pour des raisons largement indépendantes du conflit israélo-palestinien, un « temps des monstres ».

Publications

Traduction en kurde d’Une histoire de la violence au Moyen-Orient, de la fin de l’Empire ottoman à al-Qaïda : DIroka Tundiyê li Rojhelata Navin. Ji Dawiya Imparatoriya Osmani heta El-Qaîdeyê, Qamischli, Weşanxaniya Silerê, 2023,  555 p.

“Ibn Khaldûn théoricien du fait politique », in H. Touati (dir.), Ibn Khaldûn et les sciences humaines. La médéiation du naturalisme, Paris, CERF 2024, pp. 263-304.

 « Le Moyen-Orient en 2024 : sortir du ‘règne de Thanatos’ », Moyen-Orient, n°63, 2024, pp. 16-21.

 « Des guerres de dé-civilisation : les pères, les fils et les raisons amers », Esprit, n°504, 2023, pp.77-84 (traduction anglaise : https://www.eurozine.com/wars-of-de-civilization/).

« Mère-nation et ses fils virils, Russie et Turquie », Esprit, n°503, 2023, pp. 81-87.

Dernière modification : 3 juil. 2023 09:37:37

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie historique, Histoire, Sociologie
Page web
-
Langues
français
Mots-clés
Corps Domination Espace Ethnicité Minorités Politique Violence
Aires culturelles
Arabe (monde) Iranien (monde)
Intervenant·e·s
  • Hamit Bozarslan [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Centre d'études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (CETOBaC)
  • Gabriel Martinez-Gros   professeur des universités (retraité·e), Université Paris Nanterre

Longtemps négligés par les sciences sociales, les thèmes de la coercition comme expression extrême des rapports de domination et de la violence, sociale et politiques, attirent désormais un nombre important de chercheurs. Mais la fragmentation sociale, politique et territoriale, la banalisation de la violence auto-sacrificielle et l’esthétisation macabre de la cruauté sur nombre de terrains de conflit nous poussent aussi à réfléchir aux limites des approches qu’on pourrait définir de phénoménologiques. Partant notamment, mais pas exclusivement, des formes de violence qu’on observe au Moyen-Orient depuis le milieu des années 1990, notre séminaire aura pour ambition de problématiser les situations où « la violence domine tout » mais « ne tranche rien » et ne s’inscrit dans la durée qu’au prix de la destruction du « social » qui lui a donné naissance.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Études politiques – M1/S2-M2/S4
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques

réception sur rendez-vous pris par courriel : Hamit.Bozarslan@ehess.fr

Direction de travaux des étudiants

réception sur rendez-vous pris par courriel : Hamit.Bozarslan@ehess.fr

Réception des candidats

réception sur rendez-vous pris par courriel : Hamit.Bozarslan@ehess.fr

Pré-requis
-
  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    Salle 25-A - Norbert-Elias
    2nd semestre / hebdomadaire, lundi 10:30-12:30
    du 26 février 2024 au 10 juin 2024
    Nombre de séances : 12

Tout en poursuivant notre réflexion sur les régimes anti-démocratiques iranien, russe et turc, nous avons consacré une partie de notre séminaire à la Guerre de Gaza, en faisant d’abord un constat :  Un crime de masse suivi d’une guerre de dévastation totale, avec des implications sanglantes au Yémen, en Irak, au Liban et en Syrie, pays pris en otage par des pouvoirs miliciens pro-iraniens, en tentant ensuite de comprendre ces enjeux en termes humanitaires, mais aussi politiques, dans l’espace palestinien autant qu’en Israël où la démocratie est désormais à « l’agonie » (Charles Enderlin).  Nous avons également souligné la nécessité d’avoir à l’esprit que la guerre en cours suit celle de la Syrie (où, entre autres, le camp palestinien de Yarmouk a été anéanti par le régime de Bachar al-Assad), l’occupation de l’Ukraine, les interventions accompagnées de nettoyage ethnique d’Ankara contre le Rojava et de Bakou contre le Haut Karabagh. Ces épisodes qui s’ancrent dans le temps long mais se déroulent souvent sur des micro-territoires, nous interrogent sur le monde des décennies 2010-2020.

Il nous a paru également nécessaire de prendre à bras le corps les tensions que ce conflit a provoquées au sein de plusieurs établissements d’enseignement supérieur en partant des réflexions de Hannah Arendt, qui pensait l’Agora comme un espace de rencontre des différences, d’une conflictualité légitime. Arendt soulignait aussi la nécessité d’une « Academia » autonome, elle-même plurielle et conflictuelle, capable de penser, critiquer, et le cas échéant contribuer à transformer l’Agora. Si les institutions de sciences sociales n’ont pas pour mission de produire de l’expertise, elles ne constituent pas pour autant des isolats et ne peuvent ignorer les transformations, dans certains cas hélas, aussi la brutalisation de leur objet de recherche même qui est la société, qu’elle soit ici ou ailleurs.  

Ce débat pluriel est d’autant plus nécessaire qu’en dépit des polémiques qu’il suscite, ce conflit est en réalité mal connu : on ne peut l’analyser en faisant abstraction des passions nationales qui ont secoué le Vieux Continent au XIXe siècle, de l’effondrement de l’Empire ottoman qui lui-même constitue l’un des épisodes finaux de la Grande Guerre, et bien sûr de la Deuxième Guerre mondiale et de la Shoah. De la même manière, dans nos débats, nous prenons rarement en considération l’immense érudition des historiens sur la fondation de l’État d’Israël et la nakba (« Chute »/« Catastrophe ») palestinienne, la guerre de Six jours en 1967, qui donne naissance à la question palestinienne dans sa configuration actuelle, les deux « Intifada » (« Insurrection »/« Soulèvement ») de la fin des années 1980 et du début des années 2000. Chacun de ces moments décisifs était un tournant présentant des alternatives multiples et divergentes. Un autre Israël, une autre Palestine, une autre configuration israélo-palestinienne auraient pu se désigner par le passé, ou peuvent se désigner dans le futur.

Il importe dès lors de prendre en compte les passions actuelles telles qu’elles se manifestent dans les débats publics en France et ailleurs, écouter la voix des intellectuels et des professionnels qui n’émanent pas directement de nos milieux de recherche et d’enseignement supérieur. De même, il est nécessaire, dans un deuxième temps, « historiciser » le conflit, sans bloquer pour autant l’horizon d’attente des deux sociétés : comme l’histoire de l’Europe occidentale l’atteste amplement, le passé détermine le présent, mais il n’y a aucune raison pour que l’avenir en soit une réplique. Il faut , en dernier lieu, prendre la mesure du contexte régional où sévit, depuis de très longues décennies, et pour des raisons largement indépendantes du conflit israélo-palestinien, un « temps des monstres ».

Publications

Traduction en kurde d’Une histoire de la violence au Moyen-Orient, de la fin de l’Empire ottoman à al-Qaïda : DIroka Tundiyê li Rojhelata Navin. Ji Dawiya Imparatoriya Osmani heta El-Qaîdeyê, Qamischli, Weşanxaniya Silerê, 2023,  555 p.

“Ibn Khaldûn théoricien du fait politique », in H. Touati (dir.), Ibn Khaldûn et les sciences humaines. La médéiation du naturalisme, Paris, CERF 2024, pp. 263-304.

 « Le Moyen-Orient en 2024 : sortir du ‘règne de Thanatos’ », Moyen-Orient, n°63, 2024, pp. 16-21.

 « Des guerres de dé-civilisation : les pères, les fils et les raisons amers », Esprit, n°504, 2023, pp.77-84 (traduction anglaise : https://www.eurozine.com/wars-of-de-civilization/).

« Mère-nation et ses fils virils, Russie et Turquie », Esprit, n°503, 2023, pp. 81-87.