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UE30 - L’espace, catégorie de la pratique et analyseur du monde social
Lieu et planning
-
Campus Condorcet-Centre de colloques
Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
Salle 3.07
annuel / bimensuel (1re/3e/5e), mardi 16:30-18:30
du 7 novembre 2023 au 21 mai 2024
Nombre de séances : 13La séance du 21 mai se déroulera en salle 3.10
Description
Dernière modification : 13 sept. 2023 18:15:55
- Type d'UE
- Séminaires DE/MC
- Disciplines
- Histoire
- Page web
- -
- Langues
- français
- L’enseignement est uniquement dispensé dans cette langue.
- Mots-clés
- Architecture Espace Mouvements sociaux Urbaines (études) Ville
- Aires culturelles
- Europe
Intervenant·e·s
- Isabelle Backouche [référent·e] directrice d'études, EHESS / Centre de recherches historiques (CRH)
- Christian Topalov directeur d'études, EHESS - directeur de recherche (retraité·e), CNRS / Centre Maurice-Halbwachs (CMH)
Que peuvent apporter aux recherches en sciences sociales les approches qui prennent en compte l’espace dans la construction de leur objet ? Nous poursuivons cette année la réflexion entreprise en 2021-2022, en travaillant sur deux chantiers où l’espace urbain est l’objet de vigoureuses luttes d’appropriation. Nous discuterons des enquêtes qui ont porté sur le mouvement des « gilets jaunes » de 2018-2020 en mettant en évidence ses dimensions spatiales, avec l’occupation des ronds-points, les parcours urbains des manifestations, les inégalités régionales de son implantation. Nous aborderons la ville du XIXe siècle comme le théâtre et l’enjeu d’interactions entre classes possédantes et couches populaires, l’accent étant placé sur les rapports entre les divers mondes bourgeois de la philanthropie et de la réforme sociale et le peuple urbain. Un bref voyage dans les Amériques sera l’occasion d’illustrer les « études urbaines critiques » d’aujourd’hui, tandis qu’un moment plus méthodologique permettra d’étudier la mise en oeuvre de certains outils du chercheur travaillant à l’articulation entre l’espace et le social : l’exploitation dense des archives, la photographie anthropologique, la construction et l’analyse spatiale de données urbaines massives.
Les espaces des Gilets jaunes
7 novembre 2023 : Quentin Ravelli (CNRS, Centre Maurice-Halbwachs), « Les cartes de la révolte : Gilets jaunes, grappes giratoires et ambivalence politique »
21 novembre 2023 : Étienne Walker (Université de Caen, Espaces et Sociétés, ESO-Caen), « Des espaces de mobilisation aux espaces de vie : que nous dit la géographie des Gilets jaunes ? »
5 décembre 2023 : Danielle Tartakowsky (Université Paris VIII-Saint Denis), « La "manifestation" et l’"acte" urbain des Gilets jaunes : une histoire longue »
19 décembre 2023 : Violaine Jolivet (Université de Montréal, TRAMES et CRACH), « Perspectives critiques sur les processus de revitalisation urbaine dans les Amériques »
Les outils du chercheur
16 janvier 2024 : Arnaud Sebileau (Institut de formation à l’Education physique et en Sport d’Angers, UCO), « Les archives comme outils d’analyse. Transformations de l’espace et reconfigurations sociales : la balnéarisation d’une communauté paysanne, Saint-Brévin, 1851-1900 »
30 janvier 2024 : Camillo Leon-Quijano (A*Midex/AMU/IDEMEC), « Une anthropologie de la ville en images : saisir l’expérience citadine en photographiant »
6 février 2024 : Julie Gravier (EHESS, SoDUCo), « Analyse spatiale formalisée de données socio-historiques : almanachs et Annuaires commerciaux de la ville de Paris au XIXe siècle »
5 mars 2024 : présentation de travaux étudiants
Les espaces parisiens de la réforme sociale
19 mars 2024 : Christian Topalov, « Réseaux réformateurs à Paris en 1900 : des causes, des partis, des familles »
2 avril 2024 : Christian Topalov, « Géographie sociale des bourgeoisies réformatrices à Paris en 1900 »
30 avril 2024 : Isabelle Backouche et Christian Topalov, « Micro-tactiques des concurrences philanthropiques : quatre quartiers parisiens (fin XIXe siècle) »
7 mai 2024 : Tangi Cavalin (Lycée Romain-Rolland et CEMS) et Nathalie Viet-Depaule (CNRS, CEMS) (à confirmer), « Acteurs et espaces de la présence catholique dans le XIIIe arrondissement de Paris (des années 1940 aux années 1960) »
21 mai 2024 (salle 3.10) : discussion de travaux étudiants
Master
-
Séminaires de recherche
– Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes
– M1/S1-S2-M2/S3-S4
Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
MCC – exposé oral, présentation de la construction de l'objet de recherche, 4-5 pages -
Séminaires de recherche
– Histoire-Histoire et sciences sociales
– M1/S1-S2-M2/S3-S4
Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
MCC – exposé oral, présentation de la construction de l'objet de recherche, 4-5 pages -
Séminaires de recherche
– Sciences sociales-Pratiques de l'interdisciplinarité en sciences sociales
– M1/S1-S2-M2/S3-S4
Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
MCC – exposé oral, présentation de la construction de l'objet de recherche, 4-5 pages -
Séminaires de recherche
– Territoires et développement - Territoires, espaces, sociétés
– M1/S1-S2-M2/S3-S4
Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
MCC – exposé oral, présentation de la construction de l'objet de recherches, 4-5 pages
Renseignements
- Contacts additionnels
- christian.topalov@ehess.fr
- Informations pratiques
le séminaire est ouvert aux étudiants de toutes les disciplines.
- Direction de travaux des étudiants
master et doctorat.
- Réception des candidats
réception sur rendez-vous par courriel.
- Pré-requis
- -
Compte rendu
Le séminaire qu’Isabelle Backouche et moi donnons ensemble sous l’intitulé « Villes et sciences sociales » est entré dans sa huitième année, au cours de laquelle nous avons poursuivi la réflexion méthodologique engagée en 2021-2022 sur le thème : « l’espace, analyseur du monde social ». L’espace, en effet, n’est pas un réceptacle vide ou un décor. Ce n’est pas non plus seulement un environnement matériel et un cadre symbolique que les pratiques sociales façonnent. C’est, plus largement, une catégorie de la pratique. C’est pourquoi les phénomènes sociaux, dans leur diversité, peuvent gagner en intelligibilité si on les analyse en prenant en compte leurs dimensions spatiales : dans cette perspective, l’espace devient un analyseur du monde social. Du moins est-ce ainsi que les sciences sociales parfois le regardent et c’est ce point de vue que voudrait mettre en œuvre le séminaire.
Nous avons à nouveau consacré cette année une séquence à des enquêtes qui s’intéressaient aux dimensions spatiales du mouvement des « Gilets jaunes » de 2018-2020. Quentin Ravelli (CNRS, Centre Maurice-Halbwachs) a présenté ses « cartes de la révolte », qui mettent en évidence la diversité des groupes mobilisés selon les lieux (ronds-points ou manifestations) et les temps, la formation de « grappes giratoires » et les ambivalences politiques distinctes de celles-ci. Etienne Walker (Université de Caen, Espaces et Sociétés, ESO-Caen) a mis en discussion son enquête à Caen, qui combine analyse géographique fine et observation ethnographique : espaces de mobilisation et espaces de vie sont en constante interaction dans un mouvement qui devient de plus en plus urbain au fil du temps. Enfin, Danielle Tartakowsky (Université Paris VIII-Saint Denis) a réfléchi sur la différence de répertoire entre la « manifestation », formalisée dans la France de l’entre-deux-guerres, et l’« acte » urbain des Gilets jaunes, ainsi qu’entre les « bourses du travail » de 1890-1914 et les cabanes des Gilets jaunes, devenues parfois « maisons du peuple ».
Nous avons aussi abordé à nouveau les espaces parisiens de la réforme sociale, théâtres et enjeux d’interactions entre les divers mondes bourgeois et le peuple urbain. Christian Topalov a présenté une recherche en cours sur les réseaux réformateurs à Paris en 1900 : des sous-réseaux s’organisaient autour de familles de causes et étaient dotés de caractéristiques sociales nettement différentes. Plus encore, l’inscription spatiale de ces différents réseaux dans Paris différait sensiblement, les dirigeants des grandes œuvres semi-officielles étant, par exemple, principalement localisés dans les quartiers récents les plus riches de la rive droite, tandis que ceux des œuvres liées au monde catholique étaient implantés d’une part dans le faubourg Saint-Germain, de l’autre selon le réseau capillaire des paroisses. C’est en prenant Proust pour guide que l’on a pu mieux comprendre les significations symboliques différentielles des quartiers bourgeois parisiens. L’année s’est conclue par un exposé de Tangi Cavalin (CEMS) sur les acteurs et les espaces de la présence catholique dans le XIIIe arrondissement de Paris des années 1940 aux années 1960 : la notion de « chrétiens du XIIIe » a été mise en évidence.
Un bref voyage dans les Amériques, grâce à un exposé de Violaine Jolivet (Université de Montréal, TRAMES et CRACH), a été l’occasion d’illustrer les « études urbaines critiques » portant sur les processus de revitalisation urbaine d’aujourd’hui à la Havane et Montréal, tandis qu’une séquence plus méthodologique a permis d’observer la mise en oeuvre de certains outils du chercheur travaillant à l’articulation entre l’espace et le social : les archives comme outil de construction de l’objet de recherche (Arnaud Sebileau, Université catholique de l’Ouest, IFEPS d’Angers), la photographie anthropologique (Camillo Leon-Quijano, A*Midex/AMU/IDEMEC), la construction et l’analyse spatiale formalisée de données historique urbaines massives (Julie Gravier, EHESS, SoDUCo). En milieu d’année, une séance a été consacrée à une présentation de travaux d’étudiants.
Publications
Publications d’Isabelle Backouche
Voir le compte rendu du séminaire : Le logement à Paris pendant l’Occupation, UE 33
Publications de Christian Topalov
Chapitres
Christian Topalov, « Une histoire des sciences sociales en société », in Emanuel Bertrand et Wolf Feuerhahn (dir.), Arpenter l’histoire des sciences. Témoignages de chercheurs français contemporains, Strasbourg, Presses de l’Université de Strasbourg, 2023, p. 237-267.
Christian Topalov, « Affaires de famille. Les Siegfried et les Puaux dans les réseaux réformateurs », in Carole Christen (dir.), Jules Siegfried (1837-1922). Négociant international, républicain libéral, réformateur social, Paris, Classiques Garnier, 2024, p. 411-449.
Note critique
Christian Topalov, « Isabelle Backouche, Paris transformé. Le Marais 1900-1980, Ivry-sur-Seine, Créaphis, [2016] 2019, 435 p. » (note critique), Annales Histoire, Sciences Sociales (Paris), vol. 78, n° 3, 2023, p. 625-627.
Tribune
Joël Laillier et Christian Topalov, « Tribune. Dans la pensée présidentielle, il n’est pas envisagé d’évaluer les résultats des réformes de la recherche qui ont précédé », Le Monde (Paris), 15 décembre 2023.
Dernière modification : 13 sept. 2023 18:15:55
- Type d'UE
- Séminaires DE/MC
- Disciplines
- Histoire
- Page web
- -
- Langues
- français
- L’enseignement est uniquement dispensé dans cette langue.
- Mots-clés
- Architecture Espace Mouvements sociaux Urbaines (études) Ville
- Aires culturelles
- Europe
Intervenant·e·s
- Isabelle Backouche [référent·e] directrice d'études, EHESS / Centre de recherches historiques (CRH)
- Christian Topalov directeur d'études, EHESS - directeur de recherche (retraité·e), CNRS / Centre Maurice-Halbwachs (CMH)
Que peuvent apporter aux recherches en sciences sociales les approches qui prennent en compte l’espace dans la construction de leur objet ? Nous poursuivons cette année la réflexion entreprise en 2021-2022, en travaillant sur deux chantiers où l’espace urbain est l’objet de vigoureuses luttes d’appropriation. Nous discuterons des enquêtes qui ont porté sur le mouvement des « gilets jaunes » de 2018-2020 en mettant en évidence ses dimensions spatiales, avec l’occupation des ronds-points, les parcours urbains des manifestations, les inégalités régionales de son implantation. Nous aborderons la ville du XIXe siècle comme le théâtre et l’enjeu d’interactions entre classes possédantes et couches populaires, l’accent étant placé sur les rapports entre les divers mondes bourgeois de la philanthropie et de la réforme sociale et le peuple urbain. Un bref voyage dans les Amériques sera l’occasion d’illustrer les « études urbaines critiques » d’aujourd’hui, tandis qu’un moment plus méthodologique permettra d’étudier la mise en oeuvre de certains outils du chercheur travaillant à l’articulation entre l’espace et le social : l’exploitation dense des archives, la photographie anthropologique, la construction et l’analyse spatiale de données urbaines massives.
Les espaces des Gilets jaunes
7 novembre 2023 : Quentin Ravelli (CNRS, Centre Maurice-Halbwachs), « Les cartes de la révolte : Gilets jaunes, grappes giratoires et ambivalence politique »
21 novembre 2023 : Étienne Walker (Université de Caen, Espaces et Sociétés, ESO-Caen), « Des espaces de mobilisation aux espaces de vie : que nous dit la géographie des Gilets jaunes ? »
5 décembre 2023 : Danielle Tartakowsky (Université Paris VIII-Saint Denis), « La "manifestation" et l’"acte" urbain des Gilets jaunes : une histoire longue »
19 décembre 2023 : Violaine Jolivet (Université de Montréal, TRAMES et CRACH), « Perspectives critiques sur les processus de revitalisation urbaine dans les Amériques »
Les outils du chercheur
16 janvier 2024 : Arnaud Sebileau (Institut de formation à l’Education physique et en Sport d’Angers, UCO), « Les archives comme outils d’analyse. Transformations de l’espace et reconfigurations sociales : la balnéarisation d’une communauté paysanne, Saint-Brévin, 1851-1900 »
30 janvier 2024 : Camillo Leon-Quijano (A*Midex/AMU/IDEMEC), « Une anthropologie de la ville en images : saisir l’expérience citadine en photographiant »
6 février 2024 : Julie Gravier (EHESS, SoDUCo), « Analyse spatiale formalisée de données socio-historiques : almanachs et Annuaires commerciaux de la ville de Paris au XIXe siècle »
5 mars 2024 : présentation de travaux étudiants
Les espaces parisiens de la réforme sociale
19 mars 2024 : Christian Topalov, « Réseaux réformateurs à Paris en 1900 : des causes, des partis, des familles »
2 avril 2024 : Christian Topalov, « Géographie sociale des bourgeoisies réformatrices à Paris en 1900 »
30 avril 2024 : Isabelle Backouche et Christian Topalov, « Micro-tactiques des concurrences philanthropiques : quatre quartiers parisiens (fin XIXe siècle) »
7 mai 2024 : Tangi Cavalin (Lycée Romain-Rolland et CEMS) et Nathalie Viet-Depaule (CNRS, CEMS) (à confirmer), « Acteurs et espaces de la présence catholique dans le XIIIe arrondissement de Paris (des années 1940 aux années 1960) »
21 mai 2024 (salle 3.10) : discussion de travaux étudiants
-
Séminaires de recherche
– Histoire-Histoire du monde/histoire des mondes
– M1/S1-S2-M2/S3-S4
Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
MCC – exposé oral, présentation de la construction de l'objet de recherche, 4-5 pages -
Séminaires de recherche
– Histoire-Histoire et sciences sociales
– M1/S1-S2-M2/S3-S4
Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
MCC – exposé oral, présentation de la construction de l'objet de recherche, 4-5 pages -
Séminaires de recherche
– Sciences sociales-Pratiques de l'interdisciplinarité en sciences sociales
– M1/S1-S2-M2/S3-S4
Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
MCC – exposé oral, présentation de la construction de l'objet de recherche, 4-5 pages -
Séminaires de recherche
– Territoires et développement - Territoires, espaces, sociétés
– M1/S1-S2-M2/S3-S4
Suivi et validation – annuel bi-mensuelle = 6 ECTS
MCC – exposé oral, présentation de la construction de l'objet de recherches, 4-5 pages
- Contacts additionnels
- christian.topalov@ehess.fr
- Informations pratiques
le séminaire est ouvert aux étudiants de toutes les disciplines.
- Direction de travaux des étudiants
master et doctorat.
- Réception des candidats
réception sur rendez-vous par courriel.
- Pré-requis
- -
-
Campus Condorcet-Centre de colloques
Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers
Salle 3.07
annuel / bimensuel (1re/3e/5e), mardi 16:30-18:30
du 7 novembre 2023 au 21 mai 2024
Nombre de séances : 13La séance du 21 mai se déroulera en salle 3.10
Le séminaire qu’Isabelle Backouche et moi donnons ensemble sous l’intitulé « Villes et sciences sociales » est entré dans sa huitième année, au cours de laquelle nous avons poursuivi la réflexion méthodologique engagée en 2021-2022 sur le thème : « l’espace, analyseur du monde social ». L’espace, en effet, n’est pas un réceptacle vide ou un décor. Ce n’est pas non plus seulement un environnement matériel et un cadre symbolique que les pratiques sociales façonnent. C’est, plus largement, une catégorie de la pratique. C’est pourquoi les phénomènes sociaux, dans leur diversité, peuvent gagner en intelligibilité si on les analyse en prenant en compte leurs dimensions spatiales : dans cette perspective, l’espace devient un analyseur du monde social. Du moins est-ce ainsi que les sciences sociales parfois le regardent et c’est ce point de vue que voudrait mettre en œuvre le séminaire.
Nous avons à nouveau consacré cette année une séquence à des enquêtes qui s’intéressaient aux dimensions spatiales du mouvement des « Gilets jaunes » de 2018-2020. Quentin Ravelli (CNRS, Centre Maurice-Halbwachs) a présenté ses « cartes de la révolte », qui mettent en évidence la diversité des groupes mobilisés selon les lieux (ronds-points ou manifestations) et les temps, la formation de « grappes giratoires » et les ambivalences politiques distinctes de celles-ci. Etienne Walker (Université de Caen, Espaces et Sociétés, ESO-Caen) a mis en discussion son enquête à Caen, qui combine analyse géographique fine et observation ethnographique : espaces de mobilisation et espaces de vie sont en constante interaction dans un mouvement qui devient de plus en plus urbain au fil du temps. Enfin, Danielle Tartakowsky (Université Paris VIII-Saint Denis) a réfléchi sur la différence de répertoire entre la « manifestation », formalisée dans la France de l’entre-deux-guerres, et l’« acte » urbain des Gilets jaunes, ainsi qu’entre les « bourses du travail » de 1890-1914 et les cabanes des Gilets jaunes, devenues parfois « maisons du peuple ».
Nous avons aussi abordé à nouveau les espaces parisiens de la réforme sociale, théâtres et enjeux d’interactions entre les divers mondes bourgeois et le peuple urbain. Christian Topalov a présenté une recherche en cours sur les réseaux réformateurs à Paris en 1900 : des sous-réseaux s’organisaient autour de familles de causes et étaient dotés de caractéristiques sociales nettement différentes. Plus encore, l’inscription spatiale de ces différents réseaux dans Paris différait sensiblement, les dirigeants des grandes œuvres semi-officielles étant, par exemple, principalement localisés dans les quartiers récents les plus riches de la rive droite, tandis que ceux des œuvres liées au monde catholique étaient implantés d’une part dans le faubourg Saint-Germain, de l’autre selon le réseau capillaire des paroisses. C’est en prenant Proust pour guide que l’on a pu mieux comprendre les significations symboliques différentielles des quartiers bourgeois parisiens. L’année s’est conclue par un exposé de Tangi Cavalin (CEMS) sur les acteurs et les espaces de la présence catholique dans le XIIIe arrondissement de Paris des années 1940 aux années 1960 : la notion de « chrétiens du XIIIe » a été mise en évidence.
Un bref voyage dans les Amériques, grâce à un exposé de Violaine Jolivet (Université de Montréal, TRAMES et CRACH), a été l’occasion d’illustrer les « études urbaines critiques » portant sur les processus de revitalisation urbaine d’aujourd’hui à la Havane et Montréal, tandis qu’une séquence plus méthodologique a permis d’observer la mise en oeuvre de certains outils du chercheur travaillant à l’articulation entre l’espace et le social : les archives comme outil de construction de l’objet de recherche (Arnaud Sebileau, Université catholique de l’Ouest, IFEPS d’Angers), la photographie anthropologique (Camillo Leon-Quijano, A*Midex/AMU/IDEMEC), la construction et l’analyse spatiale formalisée de données historique urbaines massives (Julie Gravier, EHESS, SoDUCo). En milieu d’année, une séance a été consacrée à une présentation de travaux d’étudiants.
Publications
Publications d’Isabelle Backouche
Voir le compte rendu du séminaire : Le logement à Paris pendant l’Occupation, UE 33
Publications de Christian Topalov
Chapitres
Christian Topalov, « Une histoire des sciences sociales en société », in Emanuel Bertrand et Wolf Feuerhahn (dir.), Arpenter l’histoire des sciences. Témoignages de chercheurs français contemporains, Strasbourg, Presses de l’Université de Strasbourg, 2023, p. 237-267.
Christian Topalov, « Affaires de famille. Les Siegfried et les Puaux dans les réseaux réformateurs », in Carole Christen (dir.), Jules Siegfried (1837-1922). Négociant international, républicain libéral, réformateur social, Paris, Classiques Garnier, 2024, p. 411-449.
Note critique
Christian Topalov, « Isabelle Backouche, Paris transformé. Le Marais 1900-1980, Ivry-sur-Seine, Créaphis, [2016] 2019, 435 p. » (note critique), Annales Histoire, Sciences Sociales (Paris), vol. 78, n° 3, 2023, p. 625-627.
Tribune
Joël Laillier et Christian Topalov, « Tribune. Dans la pensée présidentielle, il n’est pas envisagé d’évaluer les résultats des réformes de la recherche qui ont précédé », Le Monde (Paris), 15 décembre 2023.