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UE195 - Les formes du capital symbolique. 2. Le charisme


Lieu et planning


  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    Salle gradinée - Marc-Ferro
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 10:30-12:30
    du 9 novembre 2023 au 8 février 2024
    Nombre de séances : 12


Description


Dernière modification : 9 nov. 2023 15:58:02

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Anthropologie Anthropologie historique Anthropologie politique Coloniales (études) Comparatisme Domination Dynamiques sociales Émotions Fait religieux Interactions Oralité Performance Politique Religieux (sciences sociales du) Rituel Symbolique
Aires culturelles
Afrique Contemporain (anthropologie du, monde)
Intervenant·e·s
  • Julien Bonhomme [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

Dans la continuité du travail entamé l’an passé, le séminaire poursuivra le projet d’anthropologie comparative des formes du capital symbolique. Après s’être intéressé aux dynamiques sociales de la renommée et de la célébrité, il se penchera cette année sur une autre forme de prestige personnel : le charisme. Nous mettrons en perspective les usages et critiques de cette notion controversée des sciences sociales, en revisitant des auteurs comme Max Weber, Pierre Bourdieu, Ian Kershaw et Randall Collins. En examinant différentes figures de prophètes ou de chefs, nous étudierons la construction de l’autorité à la croisée des sphères politique et religieuse. Nous privilégierons une approche relationnelle et processuelle afin d’éclairer la production sociale du charisme : à rebours des tendances à héroïser les grands hommes (ou les grandes femmes) et à naturaliser leurs dons personnels, nous mettrons l’accent sur les dynamiques collectives de l’attribution et de la reconnaissance du charisme. Les études de cas porteront en particulier sur les prophétismes africains et autres mouvements « politico-religieux » depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours. En guise de contrepoint comparatiste et critique, nous nous intéresserons également aux usages contemporains de la notion dans les manuels de management et de développement personnel qui proposent à leurs lecteurs et lectrices de cultiver leur charisme afin de mieux « rayonner » dans leur vie personnelle et professionnelle.

Le programme détaillé n'est pas disponible.


Master


  • Séminaires de recherche – Anthropologie-Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Sciences sociales-Pratiques de l'interdisciplinarité en sciences sociales – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture

Renseignements


Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous (après demande par courriel avec envoi d'un CV et d'un projet de recherche).

Réception des candidats

sur rendez-vous (après demande par courriel).

Pré-requis

accessible à tous les étudiants et étudiantes (diplôme de l'École, master, doctorat). Auditeurs et auditrices libres accepté·e·s dans la limite des places disponibles dans la salle.


Compte rendu


Le séminaire a poursuivi le programme d’anthropologie comparative des formes du capital symbolique en se penchant sur la notion de charisme. Nous avons exploré sa généalogie en revenant à Weber et en insistant sur les ambiguïtés de sa sociologie du charisme. Nous avons examiné ses sources protestantes (R. Sohm). En remontant aux « charismes » dans les épîtres de Paul, nous nous sommes demandé comment une notion biblique avait pu être convertie en concept sociologique. L’interrogation est d’autant plus justifiée que le charisme est revenu sur le devant de la scène religieuse, à travers le succès des courants charismatiques.

Nous avons mis en perspective les différentes approches théoriques du charisme. Nous avons critiqué les approches essentialistes typiques de la psychologie, du management et du développement personnel. Celles-ci font du charisme une cause explicative du succès, au lieu qu’il soit le phénomène à expliquer. Elles empêchent de saisir les ressorts du prestige personnel en les dissimulant derrière une justification individualiste. Cette idéologie charismatique, en phase avec le nouvel esprit du capitalisme, fait obstacle à l’analyse sociologique, basée sur une conception relationnelle et processuelle du charisme, qui peut se décliner selon plusieurs approches complémentaires.

L’approche interactionniste voit dans le charisme une qualité attribuée par autrui : il s’agit d’une prétention personnelle à la grandeur qui a trouvé une reconnaissance auprès d’un public. On peut distinguer, au sein d’un continuum, le charisme interpersonnel d’un charisme à plus longue portée, désencastré de la sphère personnelle et dépendant d’arènes publiques de reconnaissance, les médias en particulier. L’approche performative met en avant que le charisme est affaire de performance publique. Le prétendant doit toujours faire la démonstration qu’il est à la hauteur de ses prétentions exceptionnelles. Le charisme n’est rien s’il n’est confirmé par des actes virtuoses. L’approche constructiviste voit dans le charisme une qualité fabriquée. Il est produit à destination d’un public de consommateurs, comme le montre la manufacture de la célébrité par les industries du divertissement. Le charisme est le fruit d’un travail collectif dont son porteur est autant l’objet que le sujet.

L’approche dispositionnaliste pense le charisme en termes de positions et de dispositions dans un espace social et un champ particulier. Celui-ci repose sur des dispositions interpersonnelles, manières d’être, de faire et de parler propres à capter l’attention d’un public. Mais ces qualités personnelles ont une sociogenèse. Le charme, l’aisance, l’éloquence, par exemple, fonctionnent d’autant mieux comme exposant de prestige qu’il s’agit d’un capital culturel incorporé sous forme d’hexis, des manières d’être attachées à la personne. Ces dispositions charismatiques sont généralement liées à l’habitus des classes dominantes. À côté de ce charisme central, sa forme la plus légitime, il faut faire la place à un autre type de charisme, plus périphérique. Il procède souvent d’une situation de crise qui offre des chances inédites d’ascension à des acteurs périphériques. L’outsider – à distinguer du leader – possède des dispositions charismatiques sous forme d’un petit capital culturel incorporé, mais qui ne suffit pas à obtenir une reconnaissance institutionnelle. La stratégie charismatique tente alors de contourner les voies légitimes en cherchant à faire reconnaître par un public ce capital culturel non certifié (c’est-à-dire à le convertir en capital symbolique). Le charisme périphérique est ainsi la forme la plus volatile du capital symbolique. Sa rentabilité est incertaine, car dépendante de performances réussies pour faire et refaire ses preuves. Il est à courte portée, du moins au début, car il est encastré dans des scènes locales et qu’il nécessite un important travail pour se faire reconnaître auprès d’un plus large public. Deux études de cas ont permis d’illustrer cette stratégie charismatique : l’ascension politique d’Adolf Hitler au début des années 20 ; la vocation prophétique de Simon Kimbangu au Congo belge à la même période (qui réussit comme prophète là où il avait échoué à se faire reconnaître comme catéchiste par la mission).

Dernière modification : 9 nov. 2023 15:58:02

Type d'UE
Séminaires DE/MC
Disciplines
Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Page web
-
Langues
anglais français
Mots-clés
Anthropologie Anthropologie historique Anthropologie politique Coloniales (études) Comparatisme Domination Dynamiques sociales Émotions Fait religieux Interactions Oralité Performance Politique Religieux (sciences sociales du) Rituel Symbolique
Aires culturelles
Afrique Contemporain (anthropologie du, monde)
Intervenant·e·s
  • Julien Bonhomme [référent·e]   directeur d'études, EHESS / Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)

Dans la continuité du travail entamé l’an passé, le séminaire poursuivra le projet d’anthropologie comparative des formes du capital symbolique. Après s’être intéressé aux dynamiques sociales de la renommée et de la célébrité, il se penchera cette année sur une autre forme de prestige personnel : le charisme. Nous mettrons en perspective les usages et critiques de cette notion controversée des sciences sociales, en revisitant des auteurs comme Max Weber, Pierre Bourdieu, Ian Kershaw et Randall Collins. En examinant différentes figures de prophètes ou de chefs, nous étudierons la construction de l’autorité à la croisée des sphères politique et religieuse. Nous privilégierons une approche relationnelle et processuelle afin d’éclairer la production sociale du charisme : à rebours des tendances à héroïser les grands hommes (ou les grandes femmes) et à naturaliser leurs dons personnels, nous mettrons l’accent sur les dynamiques collectives de l’attribution et de la reconnaissance du charisme. Les études de cas porteront en particulier sur les prophétismes africains et autres mouvements « politico-religieux » depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours. En guise de contrepoint comparatiste et critique, nous nous intéresserons également aux usages contemporains de la notion dans les manuels de management et de développement personnel qui proposent à leurs lecteurs et lectrices de cultiver leur charisme afin de mieux « rayonner » dans leur vie personnelle et professionnelle.

Le programme détaillé n'est pas disponible.

  • Séminaires de recherche – Anthropologie-Ethnologie et anthropologie sociale – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture
  • Séminaires de recherche – Sciences sociales-Pratiques de l'interdisciplinarité en sciences sociales – M1/S1-M2/S3
    Suivi et validation – semestriel hebdomadaire = 6 ECTS
    MCC – exposé oral, fiche de lecture
Contacts additionnels
-
Informations pratiques
-
Direction de travaux des étudiants

sur rendez-vous (après demande par courriel avec envoi d'un CV et d'un projet de recherche).

Réception des candidats

sur rendez-vous (après demande par courriel).

Pré-requis

accessible à tous les étudiants et étudiantes (diplôme de l'École, master, doctorat). Auditeurs et auditrices libres accepté·e·s dans la limite des places disponibles dans la salle.

  • Bâtiment EHESS-Condorcet
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    Salle gradinée - Marc-Ferro
    1er semestre / hebdomadaire, jeudi 10:30-12:30
    du 9 novembre 2023 au 8 février 2024
    Nombre de séances : 12

Le séminaire a poursuivi le programme d’anthropologie comparative des formes du capital symbolique en se penchant sur la notion de charisme. Nous avons exploré sa généalogie en revenant à Weber et en insistant sur les ambiguïtés de sa sociologie du charisme. Nous avons examiné ses sources protestantes (R. Sohm). En remontant aux « charismes » dans les épîtres de Paul, nous nous sommes demandé comment une notion biblique avait pu être convertie en concept sociologique. L’interrogation est d’autant plus justifiée que le charisme est revenu sur le devant de la scène religieuse, à travers le succès des courants charismatiques.

Nous avons mis en perspective les différentes approches théoriques du charisme. Nous avons critiqué les approches essentialistes typiques de la psychologie, du management et du développement personnel. Celles-ci font du charisme une cause explicative du succès, au lieu qu’il soit le phénomène à expliquer. Elles empêchent de saisir les ressorts du prestige personnel en les dissimulant derrière une justification individualiste. Cette idéologie charismatique, en phase avec le nouvel esprit du capitalisme, fait obstacle à l’analyse sociologique, basée sur une conception relationnelle et processuelle du charisme, qui peut se décliner selon plusieurs approches complémentaires.

L’approche interactionniste voit dans le charisme une qualité attribuée par autrui : il s’agit d’une prétention personnelle à la grandeur qui a trouvé une reconnaissance auprès d’un public. On peut distinguer, au sein d’un continuum, le charisme interpersonnel d’un charisme à plus longue portée, désencastré de la sphère personnelle et dépendant d’arènes publiques de reconnaissance, les médias en particulier. L’approche performative met en avant que le charisme est affaire de performance publique. Le prétendant doit toujours faire la démonstration qu’il est à la hauteur de ses prétentions exceptionnelles. Le charisme n’est rien s’il n’est confirmé par des actes virtuoses. L’approche constructiviste voit dans le charisme une qualité fabriquée. Il est produit à destination d’un public de consommateurs, comme le montre la manufacture de la célébrité par les industries du divertissement. Le charisme est le fruit d’un travail collectif dont son porteur est autant l’objet que le sujet.

L’approche dispositionnaliste pense le charisme en termes de positions et de dispositions dans un espace social et un champ particulier. Celui-ci repose sur des dispositions interpersonnelles, manières d’être, de faire et de parler propres à capter l’attention d’un public. Mais ces qualités personnelles ont une sociogenèse. Le charme, l’aisance, l’éloquence, par exemple, fonctionnent d’autant mieux comme exposant de prestige qu’il s’agit d’un capital culturel incorporé sous forme d’hexis, des manières d’être attachées à la personne. Ces dispositions charismatiques sont généralement liées à l’habitus des classes dominantes. À côté de ce charisme central, sa forme la plus légitime, il faut faire la place à un autre type de charisme, plus périphérique. Il procède souvent d’une situation de crise qui offre des chances inédites d’ascension à des acteurs périphériques. L’outsider – à distinguer du leader – possède des dispositions charismatiques sous forme d’un petit capital culturel incorporé, mais qui ne suffit pas à obtenir une reconnaissance institutionnelle. La stratégie charismatique tente alors de contourner les voies légitimes en cherchant à faire reconnaître par un public ce capital culturel non certifié (c’est-à-dire à le convertir en capital symbolique). Le charisme périphérique est ainsi la forme la plus volatile du capital symbolique. Sa rentabilité est incertaine, car dépendante de performances réussies pour faire et refaire ses preuves. Il est à courte portée, du moins au début, car il est encastré dans des scènes locales et qu’il nécessite un important travail pour se faire reconnaître auprès d’un plus large public. Deux études de cas ont permis d’illustrer cette stratégie charismatique : l’ascension politique d’Adolf Hitler au début des années 20 ; la vocation prophétique de Simon Kimbangu au Congo belge à la même période (qui réussit comme prophète là où il avait échoué à se faire reconnaître comme catéchiste par la mission).